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Enfin une femme à l’Académie française !

Simone Veil, la vieille dame du Quai Conti

Publié le 21 novembre 2008 à 8:08 dans Culture

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A Paris, quand une femme atteint l’âge malheureux qui invite au respect plus qu’il ne pousse au crime, s’offre à elle une alternative pour occuper ses jeudis après-midi : aller à la Coupole ou sous la Coupole. La vie, vraiment, tient à peu de choses. Une simple erreur de préposition et vous vous retrouvez à devoir supporter la compagnie des taxi boys plutôt qu’à endurer la conversation de leurs grands-pères. C’est le grand malheur qui vient de frapper Simone Veil : les chemins qui mènent boulevard Montparnasse lui sont désormais fermés, elle vient d’être élue à l’Académie française.

Hier, c’était jour de fête chez les trente-neuf autres gérontes et gérontesses du quai Conti. On s’est congratulé à s’en faire péter le sonotone, on a débouché une roteuse pour faire chabrot au champagne, il s’en est fallu de peu pour qu’Erik Orsenna entonnât le grand air de La fille de Madame Angot. Giscard avait déjà déballé l’accordéon. L’ambiance y était. La plus contente était de loin Jacqueline de Romilly, qui escompte bien recevoir de l’impétrante quelques tuyaux – et peut-être des rabais – sur l’IVG. Il n’y a pas d’âge pour la gaudriole. Vert, toujours vert.

Tandis que René Girard dissertait sur La Pesanteur et la Grâce – le chef d’œuvre de Simone1 –, il se trouvait l’un ou l’autre râleur pour marmonner : “Encore une femme… On avait déjà Yourcenar, ça ne leur suffisait pas ?” Plus mesurée encore, Hélène Carrère d’Encausse faisait part à Angelo Rinaldi des craintes qu’elle éprouvait : le job de première secrétaire a beau être à perpétuité, on ne se méfie jamais assez des nouvelles. Rinaldi a maugréé. Quant à Jean Dutourd, qui ne boudait ni son plaisir ni sa satisfaction, il a demandé de quel fauteuil Momone avait hérité et si l’on trouvait encore à Paris des coussins péteurs assez corrects.

Que de quolibets ! A même pas cent ans, Simone Veil a l’âge de rejoindre les Immortels – une ancienne tradition recommande de les choisir suffisamment vieux pour que la promesse d’immortalité ne dure pas trop longtemps. Elle en a aussi toutes les qualités. Il se raconte même que son élection n’est pas le fruit du hasard : jamais on n’aura vu lexicographe plus achevé que l’ancienne présidente du Parlement européen. Il suffit de lui susurrer à l’oreille le nom de François Bayrou pour l’entendre labourer un champ lexical de long en large : “Mauvais, intrigant, opportuniste, ambitieux, arriviste, prétentieux, carriériste, menteur, trompeur, hâbleur, esbroufeur, bluffeur, poseur, traître, factieux, séditieux, apostat, infidèle, félon, fourbe, déloyal, parjure, lâcheur, renégat…”

Mais la compétence lexicographique n’est pas la seule qualité de Simone Veil. Elle n’a pas son pareil en versification française et, depuis la mort de Racine, on ne lui trouve aucun rival sérieux sur la place de Paris. Il suffit de lui demander ce qu’elle pense du président du Modem pour qu’elle octosyllabise sur-le-champ :
“Ah ! c’est un traître sûrement,
Mais aussi un illuminé…”

Et puis, on ne le dira jamais assez : Simone Veil, c’est aussi une œuvre littéraire colossale. Elle est l’auteur de deux ou trois livres qui rempliraient à eux seuls la bibliothèque de Nicolas Sarkozy s’il avait songé à les acheter. On n’hésitera pas à se procurer sa remarquable autobiographie, parue sous le nom assez surprenant de : Une vie. Le lecteur en consultera notamment la traduction anglaise qui seule sait parfaitement rendre le style inimitable de la nouvelle académicienne : “François Bayrou is an asshole.”

Et modeste, avec cela ! A peine était-elle élue hier à l’Académie française qu’elle répondait à un journaliste qui lui demandait de débiter quelques phrases pour compléter la nécro fournie par l’AFP : “J’éprouve un très grand honneur qui m’étonne encore aujourd’hui, parce que je ne vois pas les raisons pour lesquelles je me trouve dans cette situation.” Pousser la modestie jusqu’à cacher qu’on a fait soi-même acte de candidature à un poste, c’est ce qui s’appelle de la grande classe. Ou un petit Alzheimer. Va savoir, Simone.


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  1. L’auteur consacre la majeure partie de cet ouvrage à établir la différence sémiologique entre le V et le W.
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  • 7 December 2008 à 11h33

    lycos dit

    Il fallait le dire, c’est fait. Je ne sais pas si quelqu’un a bien compris l’élection se Simone V. à l’académie- pas même l’intéressée semble-t-il, puisqu’elle s’est dit étonnée de cette élection (quelle mauvaise foi!) – sauf peut-être qu’on n’avait pas plus grabataire et littérairement inexistant à se mettre sous la dent. Vive la France !

  • 30 November 2008 à 14h50

    FélixRenédeSessandre dit

    Simone Veil occupe le siège de l’immortel (mais néanmoins décédé) Pierre Messmer.
    Alors, s’il vous plaît, ne soyez pas trop dure!

  • 26 November 2008 à 10h08

    robertbaroque dit

    Musil disait autrefois il y avait des gens qui parlaient tout seul sur les bans publics …
    maintenant ils écrivent!!!

  • 25 November 2008 à 18h55

    Journé Nicolas dit

    super, trop drôle, et même pas très vache, alors que les qualités littéraires de l’immortelle sont à chercher longuement, au microscope….

  • 24 November 2008 à 19h05

    Ortie dit

    @R. Marchenoir
    Vous barbotez dans la mauvaise foi: il ne s’agit pas de la culture allemande en général (bigre! vaste programme…) mais de Trudi Kohl en particulier.
    Si vous jugez humoristiques ses propos sur J de Romilly ou S. Veil, libre à vous. C’est votre opinion, pas la mienne.
    Point n’est besoin de tonner ainsi. Bornez-vous à polir l’auréole que vous vous êtes décernée.

  • 24 November 2008 à 16h55

    Byronissime dit

    On peut rire de tout…pas avec n’importe qui : peut-être (?) aurai-je souri si le texte était signé Elisabeth Levy?
    Allez Schnell, raux et les bergers allemands avec nous qu’on rigole un peu!

  • 24 November 2008 à 2h57

    François Miclo dit

    Cher Jérôme, encore heureux que l’Académie rate chaque fois qu’elle le peut les meilleurs écrivains de son temps. D’abord, parce que c”est à cela que l’on reconnaît une institution : elle a le sens de la durée jusque dans le ratage. Ensuite, a-t-on jamais vu aucun sérail gardé par des étalons ?