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Made in France

Nos séries télé hissent enfin la grande toile

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
Né en 1974, Thomas Morales est journaliste indépendant et écrivain.

Publié le 08 janvier 2017 / Culture

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Les Petits meurtres d'Agatha Christie, France 2.

Si la désindustrialisation plane toujours sur notre économie, il y a un secteur où nous relevons la tête : la fiction télévisée ! A force de nous asséner que seuls les américains ont le génie du petit écran, nous commencions à faire des complexes de réalisation. Incapacité à revoir notre chaîne de production, scénaristes à la traîne, comédiens sans entrain, une création figée entre les désirs contradictoires des autorités de tutelle et l’appétit vorace des annonceurs, nous manquions de souffle et d’audace. Les années 90 ont été désolantes de platitudes et d’errements, surtout en prime time. Certains soirs, la ménagère avait envie d’ouvrir le gaz. Nos programmes ressemblaient à un débat soporifique sur les vertus de la monnaie unique entre un social-libéral et un libéral-social.

La zappette en berne comme la vigueur de notre Démocratie, nous doutions de notre santé mentale dans un système aussi vérolé. Nous osions à peine formuler ce rêve fou de regarder des séries de bonne facture ne tombant ni dans les grosses ficelles de la comédie, ni dans un misérabilisme à faire pleurer dans les cités bétonnées. En clair, une télé de qualité comme le furent jadis nos dramatiques et autres feuilletons à rallonges tenant la France qui se lève tôt en haleine. C’était méconnaître notre capacité de rebond et surtout notre vivier d’acteurs de tout premier plan. Quel autre pays au monde offre une telle variété de tempéraments, de caractères et de talents ! Le service public a su, à sa manière, proposer ces dernières années une contre-programmation assez subtile. Il s’agissait de ne pas heurter les téléspectateurs avec des œuvres trop violentes ou faussement révoltées, tout en conservant une fine psychologie des personnages.

Petites séries à la française

Pour cette rentrée, nous avons donc plaisir à retrouver nos héros du vendredi ou du samedi soir. « Les Petits Meurtres d’Agatha Christie », plébiscités par le public dans un dernier sondage OpinionWay paru dans TV Magazine, sont d’une redoutable addiction pour les nostalgiques des années 50 et 60. Il ne suffit pourtant pas de filmer une Facel-Vega, une Lambretta ou des costumes taillés à l’italienne pour faire grimper l’audimat. Plus que l’intrigue plus ou moins alambiquée de chaque épisode, le succès repose essentiellement sur le jeu et la communion d’esprit d’un casting de haut niveau. Samuel Labarthe en irrésistible commissaire Laurence, cabot et délicat, dans cet entre-deux fragile dont il a le secret, déplie avec grâce et malice son long corps dégingandé. Un régal. La journaliste Alice Avril jouée par une Blandine Bellavoir, plus sûre chaque année dans ses exceptionnels dons comiques laisse toujours poindre une émotion véritable qui serre le cœur. Quant à la secrétaire Marlène, pin-up de sous-préfecture au cœur d’artichaut, la protéiforme Elodie Frenck casse vraiment la baraque dans cet exercice de style. Du grand art. Un seul regret, l’absence de Natacha Lindinger. On se demande ce qu’attend le cinéma français pour la faire tourner plus souvent. Certainement la meilleure actrice de sa génération.


Les petits meurtres d’Agatha Christie – Meurtre… par bande-annonce-film

Sur France 2 également, depuis le vendredi 6 janvier, la saison 4 de « Chérif » reprend du service. Là aussi, le duo-vedette composé d’Abdelhafid Metalsi et de Carole Bianic fait des merveilles à la Crim’ de Lyon. Souple et puissant, le capitaine Cherif vient se fracasser sur le granit tendre du capitaine Briard. Ils sont d’un naturel désarmant. Mention spéciale à François Bureloup et Vincent Primault, toujours d’une parfaite justesse de ton.


CHERIF [Ep 5 et 6] – Bande Annonce par CherifFr2

Parmi les retours à l’antenne, la saison 5 de « Caïn » devrait arriver dans les prochaines semaines. Bruno Debrandt, le flic paraplégique le plus intrusif de France et Julie Delarme, sa complice de charme aux failles abyssales font des miracles d’interprétation sous la lumière de Marseille.


SÉRIE : Caïn sur TV5MONDELatina par TV5Monde

Sur France 3, la série franco-britannique « The Collection » démarrée avant Noël se poursuit jusqu’à la mi-janvier. Elle raconte la vie d’une maison de haute-couture dans le Paris de l’après-guerre entre soif d’argent et « Occupation » mal digérée. La présence de la trop rare Irène Jacob mérite un visionnage attentif. En France, on manque finalement de tout sauf d’excellents acteurs. Les candidats à la future Présidentielle devraient en prendre de la graine.


The Collection – La nouvelle série France 3 par france3

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 10 Janvier 2017 à 12h39

      Habemousse dit

       Entre les anciennes séries et les nouvelles, à quoi vont servir les trente huit millions d’euros ( pris dans notre poche ) soi-disant destinés à relancer les séries françaises ?

       Liste actuelle ( il doit en manquer ) :

       - Détectives.
       - Sorcières mais pas trop
       - No Limit
       - Le sang de la Vigne
       - Clem.
       - Les petits meurtres d’Agatha Christie
       - Section de Recherche.
       - Profilage
       - Sherif.
       - Caïn
       - Fais pas ci, fais pas ça.
       - Joséphine ange gardien.
       - L’Instit.
       - Diane femme flic.

      Sans oublier les anciens, Maigret, Burma, la série avec Thierry Lhermitte, et les autres, Sœur Thérèse, qui repassent en boucle etc…

      Je ne comprends pas trop cette relance … Qui concerne t-elle ?
      Les chaines privées, les chaines publiques ?

       Ces séries ne sont elles pas destinées à marteler les « bonnes valeurs » ?

      Bizarre tout de même cette manne à un moment où la série française se porte bien ?

       Si un homme du sérail, ou plusieurs pouvaient nous éclairer ? 

      • 10 Janvier 2017 à 12h43

        Habemousse dit

        Sans oublier “Boulevard du Palais”, “Sauveur Giordano”, “Les boeufs Carottes”, les séries avec les avocates, Clémentine Célarié et les autres … Je ne vois pas pourquoi il faudrait relancer une industrie qui tourne plus que rond ?

        • 10 Janvier 2017 à 12h44

          Habemousse dit

          Et la petite dernière, “Glacé”.

        • 10 Janvier 2017 à 12h58

          Habemousse dit

          Ce qui se joue à travers la diffusion de ces séries ( « scènes de Ménages » « Nos Chers Voisins » encore deux de plus )et ces télé réalités, n’est ce pas l’inoculation douce et pernicieuse de l’idéologie en place ?

          J’en ai bien l’impression. 

          D’où leur présence, partout, sur ( presque ) toutes les chaînes.

    • 8 Janvier 2017 à 22h32

      bu2bu dit

      Sauvés du naufrage: Kabul kit hen, et Kaameloot, bien sûr.

    • 8 Janvier 2017 à 22h28

      bu2bu dit

      De l’avis du tchtchene: Ajoutez les Sopranos, Six feet under, point break…entre autres..En comparaison,
      toutes les séries citées dans l’article sont des daubes plus ou moins avariées.
      Period

    • 8 Janvier 2017 à 18h48

      Letchetchene dit

      Au secours ,
      MAD MEN , TRUE DETECTIVE , RECTIFY , THE AFFAIR, GAME OF THRONES, TURN revenez!!!
      Sory ,je préfère les séries américaines !!!!
      Il n’y a pas photos ni sur le scénario , ni sur les acteurs , ni sur la photo,ni en matière d’intrigue ni sur la façon de filmer en 2 mots ” sur tout” le jour et la nuit .
      Mais bon, les gouts et les couleurs chacun sa préférence……….

      • 8 Janvier 2017 à 21h31

        Ibn Khaldun dit

        Il n’y a pas photos ni sur le scénario , ni sur les acteurs , ni sur la photo,ni en matière d’intrigue ni sur la façon de filmer en 2 mots ” sur tout” le jour et la nuit .

        Vous parlez des séries contemporaines ou des décennies passées ? 

    • 8 Janvier 2017 à 16h58

      NELEPHANT dit

      Beaucoup d’oubliés dans ce papier :

      -”Engrenages”, avec l’incendiaire Audrey Fleurot en avocate aux dents longues et le personnage-complexe et attachant-du juge Roban, ainsi que des flics limite comme Gillou,

      -”Un flic” avec Alex Descas, à l’atmosphère dépressive et crépusculaire, qui n’a eu , et je m’en étonne, aucun succès;

      -”Central Nuit” avec la magistrale interprétation de Michel Creton, ainsi que Vanessa Demouy qui n’hésita pas à casser son image de bimbo en apparaissant en jeans crades et pulls informes, en fliquette braque, sournoise et pas claire; parmi les personnages auxiliaires, Antoine Coesens en flic syndicaliste…

      -”Deux flics sur les docks” avec Jean-Marc Barr et Bruno Solo.

      • 9 Janvier 2017 à 18h53

        alain delon dit

        Et FRANK RIVA, bordel!

    • 8 Janvier 2017 à 14h14

      Eric Dufour dit

      Certes, ce n’est pas le thème de l’article mais j’apprécie beaucoup : “un débat soporifique sur les vertus de la monnaie unique entre un social-libéral et un libéral-social.” C’est la description même des débats économiques sur France Inter, France Culture ou dans “C’ dans l’air“ !

      Pour en revenir au thème, J’apprécie aussi beaucoup “Les petits meurtres d’Agatha Christie” et leur trois acteurs principaux.

      Je pense qu’il ne faut pas oublier non plus “Commissaire Magellan”.

      Enfin, comme le note Habemousse, Bruno Cremer en Maigret a bien fait oublier ses prédécesseurs — sauf Gabin, en particulier dans l’affaire “l’affaire Saint Fiacre” et Guy Marchand  m’a fait passer d’excellente soirée en Nestor Burma.

      N’oublions pas, dans toutes ses séries, les excellents acteurs de “seconds rôles” qui, de par leur jeu et leurs personnages, mettent en avant les vedettes. 

      • 8 Janvier 2017 à 14h16

        Eric Dufour dit

        “excellenteS soiréeS”… pardon :-s
         

    • 8 Janvier 2017 à 12h47

      Habemousse dit

      « Les années 90 ont été désolantes de platitudes et d’errements, surtout en prime time. »

       Je suppose que vous souffrez de troubles de mémoire : les années quatre vingt dix deux mille ont été sous le charme d’un acteur aussi discret que talentueux, Bruno Cremer, qui a endossé le pardessus de l’inspecteur Maigret sans jamais le déformer, au point de faire oublier ses prédécesseurs.

      La moitié de ses téléfilms sont des chefs d’œuvre : il va sans dire qu’avec Simenon à l’écriture et des cinéastes de renom à la caméra, sont immense talent était encore rehaussé.

      A un degré moindre mais talentueux aussi, grâce à la complicité naturelle entre Léo Malet et Guy Marchand, Nestor Burma a ouvert la voie à Duléry et Labarthe dans un second degré plus désabusé mais tout aussi efficace.  

      • 8 Janvier 2017 à 12h55

        alain delon dit

        Merci pour cette réhabilitation de Guy Marchand, ringard et inoubliable tout à la fois

        • 8 Janvier 2017 à 18h55

          Habemousse dit

          C’est un artiste à tout faire, un Belmondo de poche, quoi !

    • 8 Janvier 2017 à 11h28

      A mon humble avis dit

      Et si à la place de “made in France”, on disait “produit, réalisé, créé, fabriqué, manufacturé, etc. en France”?

    • 8 Janvier 2017 à 11h06

      keg dit

      Qui n’a pas noté que série = esclavage.
      Le plus surprenant, c’est que l’on paie pour être esclave. aberrant!

      http://wp.me/p4Im0Q-1tc

    • 8 Janvier 2017 à 10h58

      Habemousse dit

      Agatha Christie avait déjà trouvé un style avec l’Hercule Poirot de David Suchet : messieurs Dulery et Colucci, en y ajoutant le second degré, ont redonné au vieil auteur une jeunesse de potache : Monsieur Samuel Labarthe et ses adoratrices, la blonde et la rousse, ont carrément rhabillé la série noire aux couleurs voyantes des héroïnes en transformant la mort en complice joyeuse.

       L’inspecteur Murdoch, le Tintin canadien et son supérieur, l’inspecteur principal Haddock-Brackenride avaient déjà défriché la veine avec talent en replaçant le bon et le méchant à leur place, en redonnant des repères aux spectateurs.

       M. Labarthe va encore plus loin, en arrêtant les assassins pour de rire, mais non sans mal.

      La série Noire se porte de mieux en mieux car les spectateurs ont de plus en plus envie d’échapper à la triste réalité qui les entoure et qui les assassine, l’un après l’autre sans les tuer.

       Je comprends moins votre enthousiasme à propos de Caïn : mis à part l’inspecteur à roulettes, très bon, le reste, dialogues en tête, n’apporte pas grand chose au genre, sinon la vulgarité et les clichés habituels du petit écran. 

    • 8 Janvier 2017 à 10h55

      alain delon dit

      “Les années 90 ont été désolantes de platitudes et d’errements”

      Vous salissez injustement la mémoire de Rosy Varte, immense interprète de la cultissime “Maguy” dans le feuilleton du même nom, qui a traversé deux décennies.

    • 8 Janvier 2017 à 9h56

      Cyranitto dit

      Et “Un village français” alors ?

    • 8 Janvier 2017 à 9h01

      dov kravi דוב קרבי dit

      Les séries Chérif, Caïn et Petits meurtres d’Agatha Christie vous comblent. Par charité nous nous épargnerons la recension des défauts de ces misérables feuilletons de patronage.
      C’est sans doute louable de n’être point exigeant, mais est-ce par sagesse ou masochisme ?
      Derrick doit vous manquer terriblement.

      • 8 Janvier 2017 à 9h06

        bea33 dit

        Le dénigrement : l’arme des gens qui ne comprennent rien sur les sujets dont ils sont censés donner un avis.

        • 8 Janvier 2017 à 10h11

          Mkutch dit

          Oui, ce sont bien des séries de patronage, ridicules comparées aux séries anglaises. Bien sûr, les comédiens mériteraient de meilleurs scénarios.

        • 8 Janvier 2017 à 10h13

          dov kravi דוב קרבי dit

          Le dénigrement : l’arme des gens qui ne comprennent rien sur les sujets dont ils sont censés donner un avis.

      • 8 Janvier 2017 à 9h40

        isa dit

        Et ils laissent passer “baron noir” et ” le bureau des légendes”?
        Deux séries enfin du niveau des anglo-saxones.
        En tous cas, je n’ai jamais entendu parler de celle citées dans le billet ou alors il y a longtemps.,. 

        • 12 Janvier 2017 à 9h15

          ReCH77 dit

          Je partage. La saison 1 du “Bureau des légendes” d’Eric Rochant fut une vraie belle surprise. Mathieu Kassovitz dont je ne suis pas fan est bon en agent de la DGSE. En évitant le sur-jeu, il rend le scénario crédible. (Pas vu la saison, pas encore.)

        • 12 Janvier 2017 à 9h16

          ReCH77 dit

          Pas vu la saison 2.