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Schiffter, flâneur classieux et sentimental

La bibliothèque idéale d’un « philosophe sans qualités »

Publié le 19 septembre 2010 à 6:01 dans Culture

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Didier Pruvot/Flammarion

Que faire dans ce que Baudouin de Bodinat nomme « le peu d’avenir que contient le temps où nous vivons » ? L’époque, agrégat de manageurs et de managés volontaires, ne propose guère qu’expédients sécuritaires d’une part, et remèdes euphorisants des babas du blabla philosophique d’autre part. L’époque, il est vrai, n’aime pas les dandies.
Qu’est-ce qu’un dandy? C’est Mastroianni dans la Dolce vita, Jacques Dutronc dans Joseph et la fille avec sa vieille veste kaki, sa dégaine délicatement cabossée et ses yeux de gentleman cambrioleur plantés dans ceux de Hafsia Herzi. C’est, du côté des mots et de l’esprit buissonnier, Frédéric Schiffter, “nihiliste petit-bourgeois”, classieux et dilettante. Point commun à tous : l’élégance comme art de survivre.

Braconnages philosophiques

Dans sa Philosophie sentimentale, flânerie autour de ses quelques auteurs de chevet et des phrases qui nous restent d’eux quand nous avons tout oublié, Schiffter aurait d’ailleurs pu citer Jacques Dutronc : “J’aime les filles de chez Castel / J’aime les filles de chez Régine / J’aime les filles qu’on voit dans Elle / J’aime les filles des magazines.”

Schiffter fait partie de ceux qui pensent que les jeunes filles aident à supporter l’immonde et que la plus touchante des réponses, quand un journaliste demande à une actrice, Brigitte Bardot en l’occurrence, quel est le plus beau jour de sa vie, est : “Une nuit.” Et de nous rappeler, en écho, la pensée de José Ortega y Gasset : “L’amour est la tentative d’échanger deux solitudes.”
Schiffter n’écrit pas de manuel pour être heureux, encore moins d’antimanuel pour se palucher sans entraves. Avec Schopenhauer, il sait que “L’histoire d’une vie est toujours l’histoire d’une souffrance” et L’Ecclésiaste lui est un précieux compagnon de déroute : “Ne sois pas trop juste, ne pratique pas trop la sagesse : pourquoi te rendre ridicule ?
Aux figures imposées des philosophes élyséens et autres rebelles de Caen, il préfère les braconnages hors des lopins balisés. Déjà, lorsqu’il était étudiant, il choisissait Jean-Patrick Manchette et Raymond Chandler plutôt que Kant ou Levinas. La philosophie, c’est aussi un roman noir. Question de style et de plaisir lui qui, avec Pessoa, se souvient qu’il est essentiel de “vivre une vie cultivée et sans passion, suffisamment lente pour être toujours au bord de l’ennui, suffisamment méditée pour n’y tomber jamais.”

Les temps retrouvés

Avec sa Philosophie sentimentale, Schiffter offre un livre de l’inquiétude, du temps perdu et du temps retrouvé. Le temps, pour le philosophe est une arme de guerre à l’heure du règne des VRP, des DRH, des VIP. Le temps et la lenteur, toujours, contre les sigles et les acronymes. Nietzsche ne disait pas autre chose : “Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave.” Le temps, chez Schiffter, est celui de l’ennui enchanteur et des fugues chez Montaigne, Chamfort ou, plus récemment chez Michel Houellebecq. C’est aussi le temps du flirt et des corps amoureux, des lunettes noires et de la plage loin du bavardage des fâcheux et des bonnes femmes.
C’est enfin le temps des larmes. Schiffter est né en Haute-Volta en 1956 : il ne connaitra la France qu’à dix ans, après la mort de son père. Et il faut lire, dans Philosophie sentimentale, ces pages sur le coeur mis à nu d’un orphelin à perpétuité, quand surgissent les silhouettes bouleversantes de ce père mort beaucoup trop tôt et d’une mère malade, qui boit un peu trop, une mère aux gestes “beaux comme les tremblements des mains dans l’alcoolisme”, selon la formule paradoxale et poignante de Lautréamont.


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  • 19 September 2010 à 16h57

    J.M.Théaux dit

    …Schiffter aurait d’ailleurs pu citer Jacques Dutronc : “J’aime les filles de chez Castel / J’aime les filles de chez Régine / J’aime les filles qu’on voit dans Elle / J’aime les filles des magazines.”

    Sauf erreur de ma part, ne serait-ce pas plutôt le grand Jacques Lanzmann qu’il fallait citer ?

  • 19 September 2010 à 15h48

    Impat1 dit

    …”comment éviter les names “…
    Citation de princesse ?

  • 19 September 2010 à 15h21

    Impat1 dit

    …”comment éviter les names et quelques citations “…
    C’est simple: ne pas les éviter mais les utiliser modérément et à bon escient.
    Les noms et citations sont l’alcool de l’écrivain, agréables et de bon goût mais à consommer avec modération.

  • 19 September 2010 à 15h11

    alain jugnon dit

    le republicanisme à la causeur et à la aventin est contre la philosophie, toute la philosophie (le mot et la chose font sortir les flingues des sous pseudos et des de certains chefs qui causent – pas le guern donc)
    ce républicanisme est celui de la femme de ménage, dixit Michel Foucault dans le texte ci-dessous :
    “Les nazis étaient des femmes de ménage au mauvais sens du mot. Ils oeuvraient avec des torchons et des balais, voulant purger la société de tout ce qu’ils considéraient être des sanies, des poussières, des ordures : vérolés, homosexuels, juifs, sangs impurs, noirs, fous. C’est l’infect rêve petit-bourgeois de la propreté raciale qui sous-tendait le rêve nazi” (Foucault, 1975)
    dans la liste de Foucault la femme de ménage sarkochienne aujourd’hui a rajouté d’elle-même les intellectuels de gauche, les philosophes, les gauchistes : tous issus de l’anti-France c’est-à-dire de l’autre race

  • 19 September 2010 à 15h09

    Bibi dit

    Ah, mais on apprend des choses ici. D’aucuns auraient fêté Kippour, “je vous demande pardon, pouvez-vous me passer le saucisson?” à la bouche…

  • 19 September 2010 à 15h03

    Bibi dit

    Hi Rackam,

    La philosophie de nos jours n’est pas celle de nos nuits.
    Elle est parfois clairvoyante et parfois d’un ennui…

  • 19 September 2010 à 15h00

    nadia comaneci dit

    Aventin, vous savez ce qu’il vous reste à faire, le marché Saint Pierre, une rayonne à fleurs et vous voilà un autre homme -;)

    Sinon, Impat et rackam, un peu grinchounnets après avoir trop fêté Kippour hier et fait le plein des pardons, vous me direz comment éviter les names et quelques citations quand on s’attache à établir la bibliothèque idéale et éclectique d’un philosophe.

  • 19 September 2010 à 14h33

    Impat1 dit

    Pour ma part, à lire ce texte je n’ai guère eu le sentiment d’un auteur qui s’efface derrière son sujet.
    On sort de l’article avec une certaine envie de lire le livre, oui. Néanmoins avant d’en arriver à cette envie on ressent à mon goût une gêne, une sorte d’impatience face à un galimatias de noms d’auteurs et de citations qui n’apportent pas grand-chose. Au point que ça ressemble à du remplissage. Trop c’est trop, Rackam n’a pas tort.

  • 19 September 2010 à 14h11

    rackam dit

    Name dropping, quote dropping, ego shining.

  • 19 September 2010 à 14h02

    Aventin dit

    @ Nadia

    Trois kilos de tissu !

  • 19 September 2010 à 13h58

    nadia comaneci dit

    Les enfants ne t’ont pas laissé un seul croissant ce matin pour que tu aies le commentaire aussi aigre rackam meu ? Ou tu as zappé ta grand messe et tu as peur de t’en prendre pour trente ans de purgatoire supplémentaire à lire des critiques de livres autrement plus mal ficelées que celle-ci ?
    Pour une fois, voilà un auteur qui s’efface derrière son sujet, ceux qu’il aime et celui qu’il nous présente. On ne va pas bouder notre plaisir. D’autant qu’il nous donne envie de le lire son dandy book. C’est le but de l’opération, non ?
    Âventin, un dandy ne se mesure pas à la qualité de son costume ou à la marque de ses lunettes. ça se saurait. Certains ont la classe et d’autres pas. “Le dernier acte d’héroïsme possible”, comme disait Beaudelaire. Petite citation pour mon ami rackam qui en est friand le dimanche matin.

  • 19 September 2010 à 13h28

    Aventin dit

    Un dandy, c’est trois kilos de tissu, rien de plus ; êtes vous sûr que ce Monsieur, philosophe de profession… aimerais être classé dans la catégorie “dandy” ?… pour lui, j’espère que non.

  • 19 September 2010 à 9h29

    rackam dit

    Pourquoi écrire une “critique de livre” ici?
    Parce qu’on a un trop plein de citations dans la tête (ou dans un carnet Moleskine mille fois fermé)? Parce qu’on fait des clins d’oeil à des copains amateurs de Wayfarer et de polars? Parce qu’on a du chagrin et qu’une des manières de le dissiper est d’évoquer celui des autres? Parce qu’une semaine où l’on n’a pas publié est comme une occlusion?
    Jusqu’au dernier paragraphe, ce texte est un nombril encré.
    Enfin arrive quelque chose sur le livre qu’on est sensé donner envie de lire.
    Mais, accompagné d’une citation-ver dans un fruit blet.
    J’entends les orfraies habituelles: “Mais non Le Guern est génial”.
    Pas aujourd’hui, non, pas aujourd’hui.