Sarkozy et Mélenchon sont furieux. Il y a de quoi | Causeur

Sarkozy et Mélenchon sont furieux. Il y a de quoi

Retour sur deux grosses colères

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 26 mars 2013 / Politique

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melenchon sarkozy moscovici

Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon ont au moins un point commun : ils se mettent facilement en rogne. La colère n’est pas forcément, d’ailleurs, une mauvaise chose en politique. Elle est un excès et l’excès réveille. Que cette colère soit sincère, feinte, surjouée, peu importe finalement. L’homme politique moderne, qui se doit d’être un animal médiatique, rencontre le même problème que le comédien et son paradoxe chez Diderot. Diderot distinguait ceux qui « jouaient d’âme » et ceux qui « jouaient d’intelligence », ceux qui ressentaient les émotions qu’ils devaient donner à voir et ceux qui ne les ressentaient pas.
On a l’impression que ce qui fait que Sarkozy et Mélenchon « passent »,  c’est que chez eux, les deux jeux se mélangent, s’imbriquent et qu’ils sont constamment en équilibre, à la merci d’un dérapage plus ou moins contrôlé.
Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon ont éprouvé récemment deux grosses colères. Sarkozy parce qu’il a été mis en examen dans le cadre de l’affaire Bettencourt pour « abus de faiblesse » et Mélenchon parce que sa charge virulente contre Pierre Moscovici a été interprétée comme… de l’antisémitisme ! Oui, rien que ça…
On peut penser que Nicolas Sarkozy a trouvé extrêmement désagréable cette qualification d’« abus de faiblesse ». Les images que cela suscite ne sont pas glorieuses, c’est vrai. On se croirait dans un roman de Balzac ou une comédie italienne quand les personnages s’agitent autour de vieillards fortunés par des manœuvres qui provoquent le rire ou le dégoût. On peut comprendre que ça énerve. Mais ce qui a dû encore plus mettre en difficulté l’ex-président, c’est l’excès de zèle de ses amis. Les seconds rôles ont tapé avec une telle force que la colère de Sarkozy s’est retrouvée dépassée d’une manière que l’ancien président n’aurait peut-être pas souhaité tant elle a été excessive.
Ceci dit, dans le contexte actuel de la société française, l’accusation d’abus de faiblesse, à côté de celle d’antisémitisme, c’est presque de la petite bière. En cas d’innocence, Sarko sera blanchi par la justice qui l’a mis en cause.
L’antisémitisme en revanche, comme la pédophilie, est la saloperie la plus disqualifiante que l’on puisse imaginer quand on veut éliminer un artiste, un penseur ou un homme politique de l’espace public. On rappellera comment cela est tombé sur le dos de Mélenchon. Lors du congrès du Parti de Gauche, ce week-end, il a piqué une colère à propos de la politique de Moscovici, notamment vis-à-vis de l’UE : « Donc c’est un comportement irresponsable. Ou plus exactement c’est un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. »
Aussitôt, les grands amis du Front de gauche que sont Jean-Michel Aphatie et Jean Quatremer parlent de « tournant nationaliste » pour le premier et  de « sifflet à ultra-sons antisémites » pour le second. Vient se rajouter une retranscription fautive de l’AFP : « Un comportement de quelqu’un qui ne pense pas français, qui pense finance internationale ». Vous voyez, il suffit d’une petite préposition entre « penser » et « français » pour transformer un discours anticapitaliste en crapulerie maurassienne. Du côté du PS, l’occasion est trop belle : il faut dire qu’un Mélenchon antisémite serait tellement plus facile à combattre qu’un Méluche rappelant à la gauche de gouvernement ses reniements toujours plus grands.
Harlem Désir va y aller très fort : « C’est un vocabulaire des années 30 que l’on ne pensait plus entendre de la bouche d’un républicain et encore moins d’un dirigeant de gauche ». En gros, Mélenchon, c’est Doriot en pire. On aurait beau jeu de faire remarquer à ses accusateurs qu’assimiler la finance internationale aux Juifs n’est pas forcément très malin.
Plus généralement, l’imputation d’antisémitisme à toute personne ayant tendance à trouver que la finance et les banques imposent leur ordre sans que les peuples aient leur mot à dire a une fâcheuse tendance à se généraliser, comme si les arguments manquaient dans le camp d’en face. Si on est aussi sûr de son coup, du côté de la Troïka et du mainstream libéral des partis de gouvernements, pourquoi en arrive-t-on à ce genre de mise en cause ?
On a reproché aux antisarkozystes d’avoir comparé sans vergogne leur bête noire à Pétain. C’était effectivement pour le moins approximatif et idiot. Mais taxer d’antisémitisme une colère antilibérale est tout aussi abject et inconséquent.

*Photo : Remi Noyon.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 18 Avril 2013 à 0h16

      Robespierre dit

      Bien dit, vive causeur

    • 27 Mars 2013 à 19h51

      livia dit

      C’est vrai ça, Mélenchon combien de divisions? et Joly, Besanscenot qu’on nous sert sur les plateaux télé et qui sont autant de chiffons rouges (?) comme s’ils représentaient un grand nombre de leurs compatriotes.

      Mais les médias:pravda en sont persuadés et n’en démordent pas.

      JLM à de la chance que ses alliés du PCF se soient moderniser ,sinon de robustes blouses blanches seraient venues le mettre hors d’état de nuire depuis longtemps.

      • 28 Mars 2013 à 10h23

        Malvilar dit

        Melenchon est à la politique ce que le chanteur à voix est au show business. Il s’est forgé un personnage aux allures de notaire de province, le col serré par une cravate dont la couleur doit plus à une symbolique qu’à la tendance. Il correspond à l’idée que je me fais d’un parlementaire de III° Republique, ramené au XXI° siècle . Melenchon c’est hibernatus…un phénomène de foire.

        • 28 Mars 2013 à 10h29

          Malvilar dit

          Ceci dit, le procès d’intention qu’on lui fait concernant l’interprétation ultrasonique de ces propos est capillotractée. à moins d’être une Chauve-souris bien sur !

    • 27 Mars 2013 à 15h38

      Lauro dit

      Pour moi ces deux personnages sont morts, ils n’iront nul part, les médias sont obsédés par Mélenchon mais le peuple lui aux élections, ne vote pas pour lui mais pour le FN de MLP, que ça plaise ou non, comme on l’a encore vu dans les partielles de l’Oise

      Mon blog : http://bougerlafrance.kazeo.com/

    • 27 Mars 2013 à 14h26

      alpha dit

      Analyse  justifiée.Je ne pense pas du tout que Mélenchon ait  tenu des propos antisémites ,même de manière  inconsciente.En revanche , sa violence verbale peu constructive me paraît choquante.

    • 27 Mars 2013 à 10h40

      Patrick dit

      assimiler la finance internationale aux Juifs n’est pas forcément très malin”
      “taxer d’antisémitisme une colère antilibérale est tout aussi abject et inconséquent

      Je dirais même plus : la pensée antisémite, n’est-elle pas plutôt chez ceux qui associent “finance internationale” et “juifs” ?
      Dans la finance internationale, il y a aussi des Arabes (pétro-dollars) et toutes sortes d’autres gens qui ne sont absolument pas juifs.

    • 27 Mars 2013 à 10h10

      kersablen dit

      Que Jérôme défende le juge Gentil est tout a son honneur, il lui rappelle l’objectivité des procureurs des procès de Moscou . Moscovici ne proteste pas contre la qualification que donne de lui Mélenchon, il la trouve donc justifiée ?

    • 27 Mars 2013 à 7h50

      kravi dit

      Je ne vois rien d’antisémite — et pourtant je suis plus que chatouilleux sur ce sujet — dans sa remarque.
      Juste pour apporter au dossier.

      • 27 Mars 2013 à 8h40

        eclair dit

        @kravi
        C’est quoi être juif si c’est pas une religion? Une race un peuple?  L’auteur ne le précise vous pourriez nous éclairer?

      • 27 Mars 2013 à 10h41

        Claude Roche dit

        Il y a deux sens au mot antisémite. Le premier c’est quelqu’un qui s’en prend à un individu au motif de son appartenance à un peuple ou une ethnie – juive, et aujourd’hui à une nation – israel. Ce sens a largement vieilli.
        Le deuxième sens est : quelqu’un en désaccord avec le Parti Socialiste sur un point essentiel de sa politique.

        • 27 Mars 2013 à 14h09

          kravi dit

          Votre première acception a pu vieillir à un moment donné, en gros depuis la dernière guerre mondiale, tout au moins sous nos climats.
          Mais elle a pris un peu partout un sacré coup de jeune depuis, disons, 1967.

    • 27 Mars 2013 à 0h04

      laborie dit

      En effet mauvais procès à Méluche qui n’en demandait pas tant pour pousser sa grosse colère surjouée en directions de ses admirateurs béats.

    • 26 Mars 2013 à 21h09

      arronax dit

      M. Leroy, si Sarkozy est mis en examen pour abus de faiblesse et non pour financement illégal, c’est qu’il y a prescription pour le putatif financement illégal. C’est ça la magie de la politique française.

      • 27 Mars 2013 à 2h36

        eclair dit

        @arronas
        Tu peux rajouter que c’est sous sarkozy que la durée de prescription a changé. 

    • 26 Mars 2013 à 19h04

      Ferdinand dit

      Monsieur Leroy

      Pour pleunicher aisément sur Mélanchon, vous vous abritez derrière Sarkozy, dont la situation juridique vous laisse sans doute plus indifférent qu’il n’y paraît. La manipulation est un peu grossière. De plus, je doute que Harlem Désir ait eu l’idée de comparer Melanchon avec Maurras, dont il ignore sans doute l’existence. Vous traitez Maurras de crapule. Comme vous y allez ! Le gentil Mélanchon anti-libéral et la crapule Maurras. Là encore, la manipulation manque de finesse. Les KGBistes ont encore de beaux jours, semble-t-il.

      • 27 Mars 2013 à 16h21

        Vassili Tchouïkov dit

        Où le camarade Leroy a-t-il traité Maurras de « crapule » ?
        En tout cas, s’il l’a fait, ce n’est pas le mot adéquat. Maurras est un traître, et condamné comme tel par une juridiction française la Libération. Pour « intelligence avec l’ennemi ». Échappant de très peu au peloton. C’est vrai, ce n’est pas nécessairement crapuleux, c’est simplement et définitivement déshonorant.