Don Juan des urnes
Et Nicolas Sarkozy s’éprit du référendum…
Publié le 16 février 2012 à 9:20 dans Politique
Mots-clés : démocratie, Jean-Michel Aphathie, Nicolas Sarkozy, referendum

C’était trois jours avant la Saint-Valentin. Dans Le Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy, s’adressant à la France comme un amant infidèle à son amoureuse déçue, lui jurait les yeux dans les yeux qu’il avait changé, qu’il avait compris, que cette fois, on ne l’y reprendrait plus : il lui rendrait la parole si elle acceptait de le reprendre. Cette fois, on allait voir ce qu’on allait voir, les référendums allaient se multiplier, le peuple pourrait enfin s’exprimer sur des sujets qui le concernent directement : l’emploi, la fonction publique, et même l’immigration. L’infidèle d’hier serait désormais un modèle. C’est ce qu’il vient de lui redire à l’oreille, devant Laurence Ferrari, en déclarant sa candidature – assurant que pour son éventuel second quinquennat, il a en tête « une idée centrale » : « Redonner la parole au peuple français par le référendum ».
Mais ce repentir tardif est-il vraiment sincère ? En somme, peut-on croire qu’en cas de réélection, le président donnera effectivement la parole à ce peuple qu’André Tardieu, sous la IIIe République, nommait « le souverain captif », précisément parce qu’il était privé de référendum ? Tout le monde peut changer, même un Don Juan des urnes. Mais on doit tout de même convenir que ni le passé, ni le présent n’augurent, pour l’institution référendaire, d’un avenir radieux en cas de réélection.
Le passé, d’abord, laisse planer quelques doutes sur les promesses du Président. C’est sur ce point, du reste, que Jean-Michel Aphathie, le 15 au matin, s’est amusé à cuisiner Madame le ministre Nadine Morano. Nicolas Sarkozy, accusait le journaliste, n’a organisé aucun référendum en cinq ans : pourquoi en irait-il autrement dans les cinq ans qui viennent ? A quoi Mme le ministre rétorqua du tac au tac – ce qui figurait vraisemblablement sur les petites fiches en bristol apportées pour l’occasion -, que pas du tout, il en avait fait trois. Trois ! Stupeur d’Aphathie, qui se demande s’il n’a pas loupé un épisode. Oui, trois référendums, précise Mme Morano : en Corse, le 6 juillet 2003, à Mayotte, le 29 mars 2009, et puis en Guyane, le 10 janvier 2010. Rires discrets dans la salle : le premier fut organisé par Jacques Chirac ; en outre, deux des trois « référendums » cités ont été des échecs, ce qui, aux yeux de leur initiateur, ne plaide pas vraiment en faveur du mécanisme ; enfin et surtout, il ne s’agissait évidemment pas de référendum. Ni au sens propre, puisqu’un référendum consiste à interroger le peuple dans sa totalité, et non pas les seuls habitants d’une collectivité territoriale, ni au regard du droit, la constitution, qui prévoit ce type de consultation dans ses articles 72-1 alinéa 5 et 72-4 alinéa 2, se gardant bien de les qualifier de référendum.
Jean-Michel Apathie, faisant preuve de sa mansuétude bien connue, renonça à pousser le bouchon plus loin avec Madame le ministre. Il aurait pourtant pu évoquer, parmi les indices négatifs, la grande révision du 23 juillet 2008.
Cette révision, qui modifie en profondeur la constitution de la Ve république, et qui concerne donc très directement le peuple souverain, n’a cependant pas été adoptée par référendum, mais par la voie du congrès : une procédure qui, à l’origine, était réservée exclusivement aux révisions trop mineures pour que l’on dérange le peuple. En outre, cette révision du 23 juillet 2008, voulue et portée à bout de bras par le président, a eu notamment pour objectif de neutraliser le référendum obligatoire de l’article 88-5 issu de la révision du 1er mars 2005, qui obligeait à consulter les Français en cas d’entrée de nouveaux Etats dans l’Union européenne. Désormais, il existe une alternative parlementaire, ce qui fait que, très vraisemblablement, les Français ne seront jamais consultés sur ces questions.
La révision de 2008 prévoit, il est vrai, une innovation apparemment intéressante, un référendum d’initiative populaire inscrit dans le nouvel article 11 alinéa 3. Sauf qu’en réalité, il ne s’agit pas d’un référendum d’initiative populaire, mais d’un référendum d’initiative parlementaire appuyé par un dixième des électeurs inscrits. Une procédure si lourde, si complexe et potentiellement si décevante, qu’elle n’a pratiquement aucune chance d’être jamais organisée. Une procédure pour laquelle fut d’ailleurs prévue, en juillet 2008, l’adoption d’une loi organique qui, bientôt quatre ans plus tard, n’a toujours pas été adoptée – ce qui indique une certaine… nonchalance des pouvoirs publics sur ce point.
À ce propos, M. Apathie aurait pu enfin évoquer la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne en février 2008, lequel reprend l’essentiel ce que les Français avaient refusé par référendum le 29 mai 2005, en disant massivement non au Traité sur la constitution européenne. En l’occurrence, le respect élémentaire du principe démocratique exigeait que l’on consulte à nouveau les Français. Mais la chose était risquée : d’où, le choix de renoncer, une fois de plus, à la glorieuse incertitude du référendum.
En somme, le passé augure mal de l’avenir. D’autant que les promesses elles-mêmes manquent de crédibilité. Ainsi, la presse a-t-elle évoqué la possibilité d’un référendum sur l’immigration : mais celui-ci serait vraisemblablement jugé contraire à la constitution, l’article 11 disposant que le président de la République « peut soumettre au référendum tout projet de loi portant (…) sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent ». En l’espèce, ce n’est pas le cas, ce qui signifie que le Conseil constitutionnel, obligatoirement saisi, invaliderait d’emblée le projet de loi référendaire.
Même chose à propos de la « règle d’or » évoquée par Mme Morano : celle-ci ne pourrait être introduite dans la constitution par voie de référendum que selon la procédure de l’article 89 alinéa 2, qui suppose au préalable un vote conforme des deux chambres. Ce qui signifie que, même en cas de victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, puis de l’UMP aux législatives, la nouvelle majorité de gauche du Sénat empêcherait, en toute hypothèse, l’inscription de la « règle d’or » dans la constitution.
En conclusion, le référendum, « parangon de notre démocratie », paraît plutôt mal barré, comme dit le poète. Voilà pourquoi il ne faut pas toujours croire les messieurs qui vous disent des choses gentilles et vous promettent, les yeux dans les yeux, qu’ils vont changer, et que maintenant, ça ne sera plus comme avant…
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L'auteur
Frédéric Rouvillois est né en 1964. Il est professeur de droit public à l’université Paris Descartes, où il enseigne le droit constitutionnel et s’intéresse tout particulièrement à l’histoire des idées et des mentalités. Après avoir travaillé sur l’utopie et l’idée de progrès (L’invention du progrès, CNRS éditions, 2010), il a publié une Histoire de la politesse (2006), une Histoire du snobisme (2008) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (élu par la rédaction du magazine Lire Meilleur livre d’histoire littéraire de l’année 2011).
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saintex dit
Super !!!! Un fan de Brassens.
Absolument M. Persistésigne, vous avez le plein droit de l’être en étant jeune et de trouver des compagnies plus âgé dans la même… ? confrérie ?
Maintenant, faut pas non plus vous sentir obligé.
saintex dit
Florence, Divine Hathorique,
Si la lecture d’un rapport vous semble trop austère, le figaro avait déjà fait une analyse sur base de synthèse.
http://www.lefigaro.fr/societes/2011/12/03/04015-20111203ARTFIG00002-l-argent-cache-des-syndicats.php
hathorique dit
@ Saintex
merci,
pour le Bouthan je l’ignorais et de ce que vous me dites, je me demande si je ne vais pas adhérer au bouthanisme originel, et rien ne me froisse des jolis noms de ruminantes dont vous m’honorez.
”Une douce ruminante qui aurait dans la tête à peu près les idées d’une tulipe” (Goncourt ) dit le Jules,n langue de vipère acérée et misogyne engagé.
Longue vie à l’anarchie solitaire, j’en connais peu : Elisée Reclus, Auguste Blanqui, Félix Fénéon, l’ami des peintres et des écrivains une femme bien sur Louise Michel et surtout Gaston Couté le vibrant poète de la douleur et de la misère, que je connais mieux
http://gastoncoute.free.fr/ses_oeuvres.htm
je vais de ce pas cheminer pour élargir mon champ de recherches.
Bien à vous
saintex dit
Hathorique, solaire ruminacidé sacrée (1)
Oui, nous sommes proches. C’est comme dans la chanson du Grand Jacques :
“On n’était pas du même bord, on n’était pas du même chemin, mais on cherchait le même port”.
Et l’évidence qu’il dit s’accompagne d’une autre, on s’aime bien.
Non, je n’ai pas tort. Vous voyez les choses différemment, c’est tout. Avoir raison ou tort se définit dans le but, en disant le port et pas le chemin.
Ben si tout de même, vous avez la marotte du suffrage universel. Nous avons tous des marottes. Pour le coup, ce n’est pas la mienne, et je ne veux pas la porter comme une valeur intrinsèque. Et je ne veux pas non plus me retrouver dans le camp des méchants pour cette seule raison.
Je n’ai d’ailleurs rien contre le suffrage universel. Je pense qu’à l’heure qu’il est, leurre il est. Deux lois régissent le grand ordonnancement, le forment et le déforment sans cesse, qui sont le nombre et le mouvement.
Chaque engagement doit alors être considérée dans la relativité d’une situation avec ses quatre ordonnées connues de nous.
Mon idéal de société, c’est l’anarchie, signifiant la responsabilité de chacun face aux autres et le respect des autres face à la liberté de chacun. Je ne disconviens pas du caractère utopique à ce jour. C’est le propre d’un idéal et cela nécessite d’en trouver la voie, pour autant que l’on y adhère.
Le suffrage universel peut être sur un des chemins y menant. Mais je le trouve aussi dévoyé que le sens étymologique de la démocratie. Je ne vois aussi comme seul objectif, que le développement de la technique, du commerce, des éléments de confort, aux détriment de tous autres. Plus encore, ces éléments sont toujours présentés comme la base du bonheur, inféodant et réduisant ce dernier à la médecine ou à Li Pad.
Outre que cela s’appuie sur l’idée d’une croissance permanente en pourcentage, ce qui est une absurdité arithmétique, cela ne peut se lire que sur et avec des indices que je trouve martiens, tels que des PIB ou des sacrifices à Saint Cast, patron des pauvres andouillettes que nous sommes.
Le Bouthan a décrété le BNB, bonheur national brut comme référence de vie de ce… royaume.
Là encore, on peut me répondre utopie ? Et pourquoi donc ? Existerait-il des preuves que les Bouthanais sont moins heureux que les portes-étendard de 1789, champions du monde de la consommation de psychotropes et du « museau » dans la rue et le métro ?
Il serait probablement plus éclairant de le répondre nombre d’habitants. Retour aux lois du nombre et ses conséquences. Ne trouve-t-on pas normal que la politique chinoise ait été à la décroissance de sa population ? Cela signifie que rien n’est figé, que tout peut être remis en cause, que tout chemin peut être le bon pour autant d’être d’accord sur le port
(1) Délire de pure plaisanterie. Je crois que vous le savez, je préfère le redire.
hathorique dit
@ Florence
je crois que vous aviez mis en lien un article du Point sur l’enterrement de première classe sans fleurs ni couronnes du rapport sur le fonctionnement des syndicats.
Ce journal a décidé d’en publier l’intégralité pour la connaissance du meilleur dans le monde syndical, altruiste forcément altruiste.
http://www.lepoint.fr/economie/argent-des-syndicats-le-rapport-interdit-16-02-2012-1431943_28.php
je dis bravo et à la fin de l’envoi je bisse.
bien à vous
Florence dit
Bien à vous Hathorique et bonne nuit
Florence dit
Le Meilleur des Mondes ?
On y est déjà puisqu’on a déjà commencé à réecrire l’Histoire.
Saul dit
ou on commence juste, on n’y est pas tout à fait.
puisque il y a encore ici ou là quelques réticences.
Florence dit
Je mélange le Meilleur des Mondes avec 1984 ! oups.
A ma décharge, c’est assez lié.
Dio Gêne dit
L’insanité dont vous parlez ne serait pas plutôt celle de l’hypocrisie. La vulgarité est une arme dont on se sert contre les pédants et qui se pose quand on rentre à la maison, l’hypocrisie elle colle à la peau, même nue.
Guenièvre dit
Tiens pas une seule faute cette fois-ci !
Et puis j’avais employé exprès le mot “insanité” ! Monsieur Jugnon m’avait fait un jour exactement la même réponse à propos de ce mot-là ! Vous aviez tout à fait raison Rotil !
Dio Gêne dit
Pourriez vous faire exprès d’être intelligente au lieu de toujours ‘essayer d’avoir de l’aide de vos pauvres coreligionnaires. Je ne connais pas ce monsieur Jugnon, c’est quoi? Un truc de vieux?
sausage dit
Damned, j’observe que je ne suis pas tout seul…
Guenièvre dit
C’est vrai sausage, vous aussi vous aviez remarqué ?
Et il se trahit de nouveau avec son ” truc de vieux”. Pas si facile d’échapper à ses obsessions…
Bonne journée à vous !
Dio Gêne dit
Alors les vieux, ça radote???
Guenièvre dit
@ isa,
Quand je pense qu’E.Lévy vous a envoyé un mail pour vous rappeler à l’ordre ( c’est bien ça ? ) et que je vois toutes les insanités que ce type laisse ici sans problème,il y a vraiment de quoi se poser des questions . Je crois que je vais faire comme vous d’ici peu…
isa dit
Guenièvre, j’ai effectivement reçu il y a quelque temps un mail fort désagréable d’EL, et je pensais effectivement que cela augurait d’un proche licenciement.
Rien depuis, ni excuses, ni licenciement….
J’espère que le diogènejugnesque s’est attiré au moins le dixième des foudres que je m’étais attirées, dela part de la patronne.
Dio Gêne dit
Sarkosy ne fera rien, Hollande n’on plus bande de naifs!
C’est juste des effets d’annonces. Ce n’est pas opportunistes carriéristes à la botte de la finance qui vont révolutionner la politique.
Dio Gêne dit
La France c’est comme une bonne tarte dans la gueule , c’est quand tu t’y attends le moins qu’elle te retourne la face.
L'Ours dit
Guenièvre,
deux suffisent pour une loi.
J’aime beaucoup cette phrase subtile de Arendt:
“la loi, c’est cet espace entre deux hommes”.
Marie dit
@l’auteur
Dominique Reynié a très bien expliqué le pourquoi de l’usage proposé du referendum…
isa dit
Mais non, ce n’est pas à l’envers.
Je crois comprendre que nécessité fait loi, ex-saint (super l’Ours), mais non, Mon Saintex l’anar, on est obligés de faire des lois pour que les femmes votent, par exemple.
Même si vous, seul, vous pensez que c’est évident, cela ne suffit pas.
Je vous comprends totalement d’un côté, mais le REEL?