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Alors comme ça, Bruno Le Maire a gagné ? L’écoute des chaînes d’information, le regard sur la une des quotidiens, un petit tour sur les réseaux ne peuvent laisser aucun doute. « Quelle claque ! Nicolas Sarkozy affaibli. Le retour raté. L’homme fort c’est Bruno Le Maire. C’est lui le vrai vainqueur. » Un petit coup d’œil sur les résultats chiffrés et là, surprise. Bruno Le Maire recueille 30 % malgré l’apport évident des voix des amis de Juppé et Fillon, effectivement un triomphe…. Nicolas Sarkozy récupère sans coup férir le premier parti d’opposition. L’appareil, les moyens matériels, les élus, les contacts, les fichiers et le pouvoir de nommer et d’investir. Jolie défaite en effet. J’avais dit dans ces colonnes mon incompréhension devant la haine suscitée par l’ancien Président de la République. Mais, manifestement depuis quelque temps le mainstream a basculé dans la pensée magique. La mise en place de l’inéluctable scénario qui verra le retour de Sarkozy aux affaires en mai 2017 provoque une telle panique que l’on entend plus que des incantations conjuratoires. En vain, il n’y a pas d’autres scénarios plausibles.

Petit retour en arrière. En 1993, le Parti socialiste subissait une défaite majeure ne renvoyant que 52 députés à l’Assemblée nationale. L’élection présidentielle de 1995 apparaissait comme perdue. Les candidats socialistes ne se bousculaient pas pour aller au massacre. Lionel Jospin réussit à faire mieux qu’une candidature de témoignage, même si sa défaite au second tour fut assez nette, le Parti socialiste avait de nouveau un leader. Qui gagnera les législatives de 1997. Le rapport de force gauche/droite après les 14 ans de présidence Mitterrand était équilibrée. La défaite de 2002 fruit d’une série d’erreurs tactiques ne se joua en fait qu’à peu de choses. Le PS en fut traumatisé, mais resta puissant disposant d’un outil politique maillant l’ensemble du territoire. La première erreur des éléphants fut de maintenir à la tête du parti le concierge que Lionel Jospin y avait installé pour garder la maison pendant qu’il était Premier ministre avant de devenir Président de la République. Les candidats à la succession de Jospin préférant se préparer pour 2007. François Hollande mis la machine au point mort, ce qu’il est probablement capable de faire le mieux. Arriva le séisme politique du non au référendum sur le TCE. Le PS fut divisé, c’était sa chance. Il ne sut pas la saisir. Ne comprenant pas le message, il fit taire tous ces militants, sympathisants, électeurs qui avaient voté non. Erreur politique majeure, qui a introduit dans ses veines le virus mortel qui est en train de le tuer. La présidentielle de 2007 qui aurait dû être imperdable s’est terminée comme l’on sait. Un parti soigneusement dépolitisé par François Hollande, les poids-lourds tout occupés à organiser leurs écuries présidentielles, les militants panurgiques choisissant massivement (60 % au premier tour !) celle que des sondages habiles leur avaient présentée comme devant l’emporter. Nouvelle catastrophe politique que cette candidature désastreuse qui ouvrait un boulevard à Nicolas Sarkozy. Son élection de 2007 fut d’abord la défaite de Ségolène Royal.

Quelles étaient les conditions politiques de l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la Présidence ? Celle d’un rapport de force encore équilibré entre les deux blocs. Le surprenant redressement de la gauche entre les deux tours des législatives était un signal fort. Les élections municipales de 2008 aboutirent encore à un renforcement de son implantation dans les institutions de la France décentralisée. Le nouveau Président, plutôt que de s’occuper de l’électorat de droite qui l’avait soutenu, tenta de porter des coups à la gauche avec son ouverture et une démarche sociétaliste. Avec le résultat que l’on sait. Cela ne lui a pas rapporté une voix et exaspéré son électorat. En 2012 dans une France culturellement à droite, un candidat socialiste improbable devint l’instrument du rejet de Nicolas Sarkozy.

Avec un écart finalement assez faible, une petite majorité de Français a porté à la magistrature suprême cet inconnu, dont ceux qui le connaissaient, surtout chez ses camarades, savaient qu’il ne valait pas grand-chose. Mais, l’attrait des salons de la République et la haine de Sarkozy ont suffisamment aveuglé pour ne pas voir le piège qui attendait la gauche. L’arrivée au pouvoir de cette équipe dans ces conditions ne pouvait aboutir qu’à la catastrophe. Je confesse que bien que la prévoyant, je ne l’imaginais pas de cette ampleur. Pour la gauche, un Sarkozy élu de justesse avec une opposition puissante et tenue par son discours d’opposition, aurait peut-être été préférable. Il aurait été plus facile de mener des luttes, d’apporter la contradiction, d’éviter l’ampleur de l’aplatissement atlantiste, la destruction pour longtemps de la gauche politique, et l’ouverture d’un boulevard populaire au Front National.

Mais ce qui est fait est fait. L’hégémonie territoriale de la gauche vient de disparaître. La perspective de son candidat au deuxième tour en 2017 c’est : « même pas en rêve ». Ce sera Marine Le Pen contre le candidat de la droite. La gauche rêvait de Juppé et l’avait intronisé sans aucune vergogne. À la réflexion, l’âge, la personnalité, le passé et le passif plombent quand même le candidat des Inrockuptibles. S’enthousiasmer pour la copie conforme, toute de gaieté et de souplesse, du majordome Nestor de Moulinsart, cela risque d’être laborieux.

Depuis l’élection à la présidence de l’UMP, c’est le gendre idéal Bruno Le Maire, si propre, si lisse qui devient le candidat de la gauche. Et c’est justement ce qui va constituer un très gros handicap. Car l’élection de 2017 va se jouer à droite, très à droite. À chaque élection présidentielle, on nous a vendu des baudruches centristes adoubées par les médias. Autant de catastrophes.

Nicolas Sarkozy va récupérer un outil politique puissant. S’appuyer sur un tissu d’élus locaux qui vient de s’étoffer de plus de 90 000 nouveaux membres. Avoir la haute main sur l’élaboration du programme, le choix des collaborateurs, la maîtrise des investitures …

J’entendais Nicolas Domenach exiger péremptoirement « des primaires ouvertes à l’UMP, parce que c’est démocratique ! » Je pense qu’il lui sera répondu, d’abord de se mêler de ses affaires, et ensuite de cesser de prendre les gens pour des imbéciles. Les primaires « ouvertes » seraient en la circonstance destinées à mobiliser massivement le PS et l’UDI pour imposer son candidat à l’UMP. Et, il serait prudent de ne pas prendre Nicolas Sarkozy pour un imbécile. Si primaires ouvertes il y a, les conditions de participation seront justement fixées pour éviter la manipulation. Et Nicolas Sarkozy sera donc le candidat de l’UMP. Il lui suffira de faire autour de 20 % des voix au premier tour de la présidentielle pour être contre Marine Le Pen au second. Où il a toutes les chances d’être élu.

Rien n’est jamais complètement écrit. Personne n’avait prévu (encore que…) Nafissatou Diallo. Mais une chose semble claire, l’instrumentalisation de la justice est arrivée au bout. Ce ne sont pas les juges qui choisiront le prochain Président de la République.

Quelle sera sa situation politique alors ? Un PS qui aura du mal à récupérer 50 députés. Qui traversera une crise majeure dont la convalescence sera très longue. Une gauche de gauche groupusculaire. Une droite complètement hégémonique dans les collectivités locales. Et un Front national autour de 40 % à l’élection la plus importante. Résultat direct et malheureusement prévisible du vote Hollande du 6 mai 2012. Bravo !

Dites, mes camarades cela risque d’être un peu chaud non ? Avec un peuple de droite avide de revanche. Exaspéré par le comportement des élites roses et qui demandera des têtes. Un Front national qui tapera la porte. Il ne reste plus qu’à espérer que Nicolas Sarkozy joue les amortisseurs.

*Photo : CHINE NOUVELLE/SIPA. 00698977_000005.

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