Sarkozy et les médias : tous contre seul !
Si le président tient les journalistes, il les tient mal
Publié le 15 juin 2008 à 13:08 dans Médias
Mots-clés : Nicolas Sarkozy
La main de Sarkozy dans la culotte de ma sœur. Que ma sœur et les lecteurs me pardonnent cette innocente ironie, mais ces jours-ci c’est un peu la ligne de nos plus estimables journaux (en particulier de ceux pour qui j’ai l’honneur de travailler : pas de chance). Donc, cette semaine, Marianne et Le Point annoncent concomitamment en “une” la mauvaise “nouvelle”, si on peut employer ce terme s’agissant d’un “marronnier”, ce qui, dans le jargon du métier, désigne un sujet rabâché. “Main basse sur les médias”, annonce l’hebdo fondé par Jean-François Kahn à qui il faut au moins reconnaître sur ce sujet une rare constance. “Sarkozy contrôle-t-il les médias”, s’interroge Le Point qui affiche plein pot la radieuse Laurence Ferrari, laquelle a fait cette semaine son entrée dans la cour des grands et figurera donc désormais parmi les people bénéficiant à vie des bontés de Photoshop. Comme Claire Chazal, elle a trente-cinq ans pour l’éternité, la veinarde1. Le plus rigolo est que ceux qui s’émerveillaient hier de l’impertinence de la dame parce qu’elle avait eu le “courage” de dire à Nicolas Sarkozy qu’il était candidat à la présidence de la République (quel magnifique culot) décrètent aujourd’hui par avance qu’elle sera la voix de son maître, parfois en frôlant le mauvais goût sur un mode plus ou moins subliminal.
Marianne et Le Point ne sont pas seuls sur ce bon coup. Le Monde en remet une louche avec un article intitulé “Sarkozy au cœur des médias”. Et sur i télé, sans s’aviser de l’incohérence logique de son propos, le nouveau patron du Nouvel Observateur s’excuse presque de ne pas avoir consacré sa couverture à cet important sujet. Toutefois, que les lecteurs de l’Obs ne s’énervent pas. Eux aussi ont droit à leur dose de sarkozyne, avec deux articles – également annoncés en “une” – consacrés aux martyrs de la semaine. Car qui dit oppression dit opprimés. Drôles de martyrs, au demeurant : après Alain Genestar, viré de Paris Match pour avoir publié en “une” la photo de l’épouse d’un futur président avec son amant, c’est Patrick Poivre d’Arvor, débarqué du 20 heures de TF1 après trente ans de bons et loyaux services. On ose espérer que ces deux victimes de la répression sarkozyste ne sont pas parties les mains vides – j’aimerais bien, moi, me faire virer de causeur, avec un petit en-cas pour la route (en vrai, non !).
Derrière la disgrâce de ces deux héros de la liberté, se profilerait donc l’ombre de notre omnipotent président. A vrai dire, concernant le premier, l’indignation peut surprendre. Après tout, on a beau être large d’esprit, on est en droit de trouver assez minable la publication d’une photo d’épouse adultère, quand bien même il s’agirait de celle d’un ministre. Genestar livre le récit de son Expulsion (Grasset) dans un petit ouvrage : “Je savais qu’il avait demandé ma tête”, écrit-il. Ah ? Comme source, c’est un peu faible, mais admettons. On y apprend aussi qu’il se sent désormais étranger dans ce pays devenu Sarkoland. Bon. Peut-être aurait-il pu s’en rendre compte plus tôt : en réalité, bien avant la présidentielle, la grande période de sarkophilie galopante des journalistes (qui ciraient allègrement les pompes du ministre sans paraître souffrir de sa poigne de fer) a dû plus ou moins coïncider avec le sacerdoce de Genestar à la tête de l’hebdomadaire. Il semble qu’à l’époque, il ne se sentait pas si étranger à cette France qui s’apprêtait à se donner au tyran. Quoi qu’il en soit, Genestar est un ingrat : après quarante ans de métier au service de la political correctness, le voilà qui tombe en martyr – tout en se défendant de l’être. Elle est pas belle, la vie ?
Mais le camp de la résistance héroïque peut s’enorgueillir d’une prise de guerre autrement plus intéressante. Voilà donc notre national PPDA fêté comme Jean Moulin. Bien sûr, il y a la chute de l’audience de TF1, l’agacement qu’il suscitait chez son patron à faire comme si c’était lui, le patron, sans compter le livre dans lequel quelques-uns de ses camarades, courageux et anonymes, taillaient à l’icône un costard pas très chouette. Ne vous y trompez pas : la véritable raison de l’éviction du meilleur d’entre nous est cette petite phrase sur le caractère impétueux et légèrement infantile du menhir de la politique – le président –, pour laquelle il aurait présenté des excuses. En tout cas, au cours de toutes ces années, il ne s’était pas, lui non plus, avisé de l’amitié qui lie Martin (Bouygues) à Nicolas (Sarkozy). Il n’est jamais trop tard pour apprendre. Depuis qu’il est au courant, on ne la lui fait pas, à PPDA. Le testament qu’il laisse aux journalistes de TF1 est empreint de gravité : il ne reste plus qu’à espérer qu’ils sauront lutter pour leur indépendance maintenant qu’il n’est plus là pour faire barrage de son corps. On en pleurerait. A moins qu’on ne préfère en rigoler.
- Je dois avouer que moi, je l’aime bien la Lolo ; je l’ai croisée une fois dans une émission d’Ardisson au milieu de quelques tristes sires de la télé et il faut dire qu’elle sortait du lot. Bon, elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle veut n’est pas forcément génial, mais elle en a. ↩
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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parsifal dit
Merci Elisabeth!
Je suis un nouveau causeur et j’apprécie vos écrits incisifs et pleins de vivacité
jean pierre jacquet dit
seconde couche (?)
Langue en accroche-cœur longtemps il déversa
Ses merdiques infos par tombereaux bien gras
Il se brossait les dents au cirage complet
Baranne et l’Élysée en sponsors l’imposaient !
jean pierre jacquet dit
N’êtes-vous qu’un passé de CAUNES et DARGET
Sans les cathos jadis les DROIT et les ROYER
Thuriféraires bruts des limites gaulliennes
Vous pourriez abréger nos temps des Éoliennes
Ô pets de politique aux foireuses senteurs
Un journalisme plat leur sert ventilateur
Préposés aux questions de la Garden-Party
Dans un Police Car vous seriez repartis
Si à carrière on tient miel à l’interrogé
Irrévérence et plus … si on a des Idées
Pour JACKY La Mallette une audace correcte
Tolérée au sommet pour les beaux intellects
Hier on apprécia le plein talent d’AMAR
Sans la pompe à étrons il cuisina dans l’art
Et l’ordure chérie du priapique VIEUX
Et l’absolu néant du fasciste nazieux
SERILLON l’égala auprès de la diva
Des casinos vendus des Z qu’il barbouilla
- Savez-vous bien Monsieur qui devant vous plastronne ?
- Dans un proche futur … quelqu’un qu’on emprisonne !
La starlette piquée par CLAUDE et ses questions
Tout défense embraya ses intimidations
C’est dans les yeux parfois qu’on trouve les réponses
Avec le pur bonheur d’un corniaud qu’on défonce
Le tronc de la pin-up tournait cornet glacé
Le costume gaufré même un peu déconnait
Une tête fondait brûlant comme des liasses
Il ne fut point léché le parfum à la chiasse !
Ludovic-Lefebvre dit
“La main de Sarkozy dans la culotte de ma soeur”. Belle accroche, terriblement érotique lorsqu’on a un peu de visualisation, d’imagination, plutôt que provocatrice, mais pauvre soeur tout de même !
riveste dit
Bon sang que ça fait du bien!!! Désolée, pour ce relâchement verbal, mais cette objectivité est inespérée dans le climat actuel de sarkophilie démagogue!
Donc un dernier mot : MERCI.
Devlin dit
Cher Joelle je vous promets que ce soir je vais prendre mon temps pour regarder le 20 heure . Pour une fois ….
Joëlle dit
Au sujet de Mme Ferrari, il m’est revenu en mémoire un interview d’elle dans un journal télé, il y a deux ou trois ans.
Sans malice, assez benoîtement, elle y racontait que lorsqu’elle recevait un nouveau livre paru, elle en lisait les 10 premières pages, 10 pages au milieu et les 10 dernières pages.
On en pense ce qu’on veut, on peut imaginer que c’est la pratique habituelle. Moi, ça m’avait quand même chagrinée, sur le coup, puis, bien sûr, j’avais oublié.
Robert Marchenoir dit
“La radieuse Laurence Ferrari, laquelle a fait cette semaine son entrée dans la cour des grands et figurera donc désormais parmi les people bénéficiant à vie des bontés de Photoshop. Comme Claire Chazal, elle a trente-cinq ans pour l’éternité, la veinarde.”
Ooooooooooh, c’est un truc de filles, ça! Un coup en douce par derrière, et paf! prends ça, ma grande!
Bon, c’est peut-être vrai, mais c’est petit, hein.
nuage dit
Un article assez pertinent, mais qui laisse croire, joint aux autres qu’ Élisabeth Lévy est la nouvelle petite soeur des riches.
Toujours prête à défendre les puissants contre les faibles.
Non sans raisons, mais avec une affectation de courage que je trouve gênante.
Vitelloni dit
Laurence Ferrari,ce n’est pas PPDA qu’elle devrait remplacer,mais bien Claire Chazal,dont elle semble être le clone parfait,avec exactement 10 ans de moins.
Qui pour remplacer PPDA?
Et si on jouait la carte familiale,avec son frère ou son fils pour présenter le journal Télévisé?
Comme ça le 20h resterait dans la famille.
Pourquoi faut-il toujours que les journalistes,caste nombriliste,se croient victimes de la défaveur du prince ou d’un complot,lorsqu’ils sont écartés.
Il ne viendrait jamais à l’esprit de PPDA que d’autres avant lui ont connu le même sort,d’Yves Mourousi à Roger Gicquel,et que les vrais raisons ont souvent été les mêmes : L’usure, les meilleures choses ayant une fin;et que 20 ans pour un CDD,ce n’est déjà pas si mal.
Si certains journalistes se croient l’objet d’une surveillance de la part du pouvoir et de ses officines,c’est qu’ils surestiment leur importance.
Et ce n’est certainement pas parce qu’on a été,un jour, impertinent avec le président de la République,sur un plateau de télévision,qu’on a fait ses preuves et gagné le droit au respect.
Etre irrévérencieux avec le pouvoir n’est pas d’un grand mérite dans une démocratie.
Merci beaucrou dit
Très bon, le titre: «contre seul»!
Fallait le trouvère!
C’est origignal !
Belle formulure, ma foi!
Merci beaucrou !
Golan dit
Mme E Levy, pourquoi ne pas inciter les médias à débattre sur eux-mêmes. Le problème est, comme le soulève Jodoran, chez eux-mêmes. Les journalistes, avec le développement de la TNT, du Cable d’Internet, sentent que leur métier fou-le-camp. Ils s’accrochent à tout ce qui fait du chiffre ( des recettes).La passion, la chasse aux petits mots, la chasse à l’image sur Sarkozy n’est pas sans rappeler la recherche de bouc emissaire en d’autres temps.
DG dit
Les medias aux ordres, mmh? Sarko doit quand même se dire qu’avec des amis comme ca, il n’a pas besoin d’avoir d’ennemis. A part JFK, évidemment, dont la verve et la subtilité…mais bon, inutile d’épiloguer, il le fait très bien tout seul….Le plus drôle, c’est que tous ces rebellocrates subventionnés sont intimement convaincus de leurs propres arguments sur la liberté d’expression, les dérives du pouvoir, blah blah blah…
On attend avec impatience le prochain lynchage à venir, celui du martyr Enderlin, le confrère, l’ami, le professionnel irréprochable.