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Sarkozy et le coup du niqab

Comment aurait-il pu le réussir ?

Publié le 23 avril 2010 à 7:00 dans Politique

Au conseil des ministres de mercredi, Nicolas Sarkozy, avant d’expliquer qu’il avait opté pour une loi d’interdiction générale du voile intégral dans l’espace public, a rappelé qu’il avait été opposé à celle, de 2004, qui interdisait les signes religieux à l’Ecole publique. Manière de montrer à tous qu’il savait évoluer et qu’il lui en avait fallu, du courage, pour braver l’avis du Conseil d’Etat mais surtout ses propres fondamentaux intellectuels. On ne peut effectivement pas contester qu’il s’agit d’une révolution pour le président de la République. Il y a un an, lors de la venue du président américain sur les plages normandes, il ne contesta pas la vision de Barack Obama, lequel avait critiqué quelques jours plus tôt au Caire les législations interdisant le voile islamique à l’école.

De même, il a fallu qu’un député communiste, André Gérin, mette les pieds dans le plat pour que ce phénomène de société – le développement du port de burqa ou de niqab – soit pris en compte par le président et le gouvernement. Pris de court, le président de la République affirma solennellement devant les assemblées à Versailles que la burqa n’était pas la bienvenue en France. Parallèlement, on demanda aux services d’étudier l’ampleur du phénomène et on apprit en plein cœur de l’été que trois centaines de femmes seulement étaient concernées. Les services de renseignement auraient reçu des consignes claires pour minimiser au maximum, que personne n’en aurait été outre mesure étonné… D’autant que dans la même période, la commission d’enquête réclamée par le député Gérin et ses collègues cosignataires était refusée et transformée en “mission d’information”, Mme Morano expliquant que la première formule présentait un caractère trop stigmatisant.

Ensuite, Jean-François Copé entra dans la danse et, porté par le débat sur l’identité nationale provoqué par Nicolas Sarkozy et Eric Besson, réussit à se placer en adversaire le plus résolu du voile intégral. Il y a quelques semaines encore, le Président ne voulait entendre parler ni de loi, mais de résolution solennelle à l’Assemblée, ni d’interdiction générale mais seulement d’une prohibition dans les services publics. Les élections régionales et les enquêtes d’opinion1 auront eu raison des fondamentaux sarkozystes. Copé a gagné. Non seulement il a tordu le bras présidentiel, mais en plus, ça se voit.

Afin de faire passer la pilule plus facilement au conseil constitutionnel, le gouvernement, par la voix de François Fillon, a fait valoir que le projet de loi s’appuierait davantage sur l’égalité homme-femme et la dignité de cette dernière. Là encore, Copé doit rire sous cape. Lors de l’émission “Salut les terriens” présentée par Thierry Ardisson, il avait quant à lui basé son opposition au voile intégral du point de vue non de la dignité de la femme ainsi vêtue mais de sa gêne personnelle de discuter ainsi avec elle. On se souvient de cette phrase qui porta l’estocade : “Je ne sais même pas si vous me souriez.” C’est évidemment cela qui était en cause dans cette histoire de niqab. En France, la décence commune veut qu’on ne se promène pas nu dans les rues de nos villes. Mais on doit y montrer son visage. On ne montre pas ses attributs sexuels mais on dévoile sa bobine. Ce n’est même pas une question de sécurité, c’est une question de règles minimales de vivre-ensemble.

Pourtant, il y avait une solution qui aurait permis à Sarkozy de vaincre Copé. Cette solution, je ne sais si elle lui a été proposée par tel ou tel conseiller. Mais elle existait et je me propose de vous l’expliquer.

La solution se trouve dans la Constitution de notre République. Pas dans le fameux “bloc de constitutionnalité” qui, depuis le 16 juillet 1971, a détourné le Conseil Constitutionnel de sa mission originelle2. Non, dans son texte même et précisément dans son article 34. Tout ce qui n’est pas du domaine de la loi – et cet article en donne la liste précise- est du domaine réglementaire, et donc du pouvoir exécutif. Exit Copé. Le président de la République pouvait donc interdire à Copé de se saisir du problème tout en demeurant le gardien des institutions de la Ve République et apparaître ainsi, pour une fois, fidèle aux principes gaulliens.

Restait à demeurer ferme pour ne pas perdre la bataille de l’opinion. Le domaine réglementaire, qui est entre les mains du premier ministre3, permettait d’interdire le voile intégral au nom du vivre-ensemble. Pour les services publics, des arrêtés ministériels ou préfectoraux pouvaient imposer l’interdiction. Peut-être même y avait-il déjà dans le maquis de nos règlements des dispositions déjà existantes et permettant d’interdire cette tenue, du genre “il est interdit de se promener masqué dans les rues en dehors des périodes de carnaval”. Pour la voie publique, il aurait aussi pu ajouter une petite touche très politicienne en demandant à certains maires proches de lui d’édicter des arrêts municipaux. Lorsque des maires de stations balnéaires interdisent, là encore pour une question de décence, de se promener en slip de bain dans les rues, ils ont la possibilité de faire de même pour un vêtement heurtant la décence, même si c’est pour des raisons diamétralement opposées. Ainsi aurait-il pu lancer un championnat de France des maires qui aurait pu mettre en difficulté pas mal d’édiles de l’opposition.

Et si, par la suite, les tribunaux administratifs, puis le Conseil d’Etat4 avaient annulé ces différents arrêtés – ministériels, préfectoraux ou municipaux, il aurait pu in fine décider d’un projet de loi d’interdiction générale, tout en fustigeant les juges pour leur laxisme.

Fermeté, posture institutionnelle revenant aux sources de la constitution du Général, rabattage de caquet de Copé, mise en difficulté des maires socialistes, dénonciation éventuelle des juges et apparences sauvées : tel aurait été le bilan flatteur de Nicolas Sarkozy s’il avait appliqué cette méthode qui aurait dû être mise en pratique dès l’automne dernier. Au lieu de cela, il a capitulé en rase campagne devant Copé et pris le risque d’être désavoué par un conseil constitutionnel, dont le seul membre de gauche est celui qu’il a lui-même nommé, voire par l’Europe dont les Français n’ont pas oublié qu’il en était tellement friand, au point d’imposer – par la voie parlementaire – la constitution européenne qu’ils avaient refusée.

Quand on n’y est plus, on n’y est vraiment plus…

  1. Lesquelles non seulement appuient la thèse selon laquelle l’électorat de droite est, de manière écrasante, d’accord avec Copé mais aussi démontrent qu’en matière de sécurité, d’immigration ou d’identité nationale, les sondés ressentent un décalage entre les mots présidentiels et les actes.
  2. Le Général avait souhaité cette instance justement pour protéger le pouvoir exécutif du pouvoir législatif.
  3. Et donc de lui-même…
  4. Dans sa formation juridictionnelle et non plus celle de conseil du gouvernement.
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  • 25 April 2010 à 12h18

    Zed dit

    En conséquence, un prêtre catholique se déplaçant en soutane tombera sous le coup de la loi, un religieux juif tombera sous le coup de la loi, un musulman en habit sortant de la mosquée tombera sous le coup de la loi.

    C’est du grand n’importe quoi hein … Quand une femme vivant en Europe porte la burka , c’est une provocation et un luxe qu’elle s’autorise de prendre quand elle le fait librement . Une provocation odieuse quand on sait quel signe d’asservissement cette camisole représente pour des milliers de femmes dans d’autres pays qui ne rêvent pour la plupart d’entre elles que de s’en débarrasser . Luxe parce qu’elle , elle est libre de s’en vêtir ou pas . La burka n’est pas une recommandation religieuse . La porter dans nos pays est le signe évident d’un rejet . Rejet de notre civilisation . Et dans ce cas, c’est la valise et le billet d’avion pour l’Arabie Saoudite .

    D’autre part , il n’y a rien d’intolérable a ce qu’un curé porte la soutane , un juif la kippa , la femme musulmane un p’tite foulard ! Ces signes religieux ne sont pas a travers le monde des signes obscurentistes , totalitaires , repressifs

  • 25 April 2010 à 11h50

    Zed dit

    céphéides
    Sauf que ce qui se passe au domicile relève de la vie privée et de l’intimité et que l’Etat n’a pas y intervenir. Sinon, c’est la dictature.

    Ha bon…Donc nous devrions ne pas broncher quand une femme , un enfant ressort de chez lui couvert de bleus !?
    Vôtre voisine pousse des cris de terreurs mais c’est pas grave c’est sa vie de couple , sa vie privée et cela ne nous regarde pas ! Le hic dans l’histoire c’est qu’il y a non secours à personne(s) en danger et cela relève du pénal !
    Nous pouvons également nous demander les raisons , s’inquiéter d’apprendre qu’une femme pour des raisons , idéologiques , religieuses , reste cloitrée chez elle 24/24 H se mettant à l’écart de toute vie sociale . Le fait elle librement ? Qu’est-ce qui l’y pousse? Pourquoi ?Parce que de toute évidence ce n’est pas un raisonnement , une façon de vivre normale .

  • 25 April 2010 à 11h47

    l’oiseau bleu dit

    @ cepheides

    300 personnes en juillet dernier qui sont devenues 2000

    souvenez-vous :
    1- Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort
    Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
    2- Les Rhinocéros de Ionesco

  • 25 April 2010 à 11h44

    expat dit

    @céphéides : pas d’accord. Les voiles couvrant le visage doivent être interdits. Pour des raisons de sécurité, mais aussi pour des raisons de ‘vivre ensemble’.

  • 25 April 2010 à 10h23

    céphéides dit

    De plus, la loi est une disposition générale et impersonnelle.

    Elle ne pourra pas viser expressement la Burqa, sauf à être discriminatoire, mais devra viser tout type de vêtement à caractère religieux …

    En conséquence, un prêtre catholique se déplaçant en soutane tombera sous le coup de la loi, un religieux juif tombera sous le coup de la loi, un musulman en habit sortant de la mosquée tombera sous le coup de la loi.

    Bref, on aura tout gagné. Ce sera la guerre de religion, la guerre contre toutes les religions.

    Et dans tout ça, la liberté ? de conscience, de culte ?

  • 25 April 2010 à 10h16

    David Desgouilles dit

    @guyot

    La soutane couvrait le visage ?

  • 25 April 2010 à 10h11

    céphéides dit

    Zed dit :

    “Ben non … Justement pas ! Lois juives ou chrétiennes …Ou pas , on ne peut pas se foutre de ce que peut subir une victime quand elle est enfermée chez elle !”

    Sauf que ce qui se passe au domicile relève de la vie privée et de l’intimité et que l’Etat n’a pas y intervenir. Sinon, c’est la dictature. Si l

    Doit-on faire une loi pour 300 personnes ?

  • 25 April 2010 à 10h03

    guyot dit

    Concernant la possibilité d un maire d interdire la burqa, j ai des doutes. A l époque de l anticléricalisme triomphant, certains édiles avaient interdit la soutane, mais les arrêtés avaient été cassés par le Conseil d Etat. Suivant l exemple nantais, si on vérifiait la situation familiale, sociale de chaque porteuse de burqa, et la légalité de son séjour, ça en découragerait plus d une.

  • 25 April 2010 à 9h26

    Zed dit

    @ Bibi
    Mouais bof…j’aime moyen moyen le visage de cette France là surtout qu’il est très exagéré …Nous pourrions faire un compromis : http://img687.imageshack.us/img687/4686/1459.jpg mais ça risque de ne pas plaire à tout le monde !

  • 25 April 2010 à 1h36

    Bibi dit

    Zed – Parfaitement!

    Il s’agit du nouveau visage de la France!

  • 25 April 2010 à 0h54

    Zed dit

    l’Ours dit :
    “….Les “lois” juives ou chrétiennes elles,sont conformessur le plan de l’égalité homme/femme.
    Dans l’intimité, on s’en fout!”

    Ben non … Justement pas ! Lois juives ou chrétiennes …Ou pas , on ne peut pas se foutre de ce que peut subir une victime quand elle est enfermée chez elle !

  • 25 April 2010 à 0h35

    Zed dit

    L’Ours dit :
    “oui, mais les vêtement ont aussi du sens. Ici, celui de la soumission de l’homme et de la femme puisque c’est au nom de l’islam qu’elles s’affichent ainsi aux yeux du quidam républicain”

    Et alors … Çà vous pose un problème hum… !! ?

    http://3.bp.blogspot.com/_f0OKjNx_vg0/SQltZrwZ0tI/AAAAAAAAAKA/0O_KI_4p4WQ/s400/burqa.jpg

    Qu’est-ce que vous lui reprochez à la burqua hein ! C’est trèèèèèèès bien … Portez de cette façon j’aime beaucoup. … Vous voyez que tout est dans la manière de porter la burqua ! Pas la peine d’en faire un fromage ! Suffit de faire un ourlets ou deux et hop ! plus de polémiques …

  • 24 April 2010 à 16h36

    Rotil dit

    Au niveau de la loi et des règlements, j’aimerais qu’on me dise si ça, c’est légal:

    http://www.youtube.com/watch?v=HYTuwqz9v6A

  • 24 April 2010 à 13h53

    Amorgos dit

    1 – Intéressant, votre concept de “minimiser au maximum” les statistiques ; et révélateur du désarroi intellectuel induit par ce débat.

    2 – Curieux aussi comme le même débat, mené au nom de la liberté et de l’émancipation, fait ressortir des pulsions d’uniformité et de puritanisme. Je n’ai pour ma part jamais compris au nom de quoi, au XXIe siècle, il fallait encore interdire à des adultes de se balader à poil dans la rue, quelle que soit leur esthétique corporelle (y aurait-il encore dans l’anatomie humaine de terribles secrets dont il faudrait préserver nos chastes regards ?) ; et inversement je ne vois pas en quoi, au nom de quoi, ni depuis quand, donner à voir son visage dans l’espace public serait une règle cardinale du vivre ensemble. A partir de quel degré de couverture (foulard, écharpe, cagoule, lunettes opaques, couvre-chefs…), de travestissement ou de maquillage offense-t-on le vivre ensemble ? Bon courage aux juristes qui pourront aller faire des stages à Riyad ou Téhéran…

  • 24 April 2010 à 1h52

    Bibi dit

    Sophie-oua-Akbar!

  • 24 April 2010 à 0h03

    Sophie dit

    Rackam lisant l’épître haut et fort, un vendredi, devant la mosquée de Nantes.

  • 23 April 2010 à 21h26

    Bibi dit

    @ Rackam,

    Oups! C’est les 100 gates qui m’ont distrait. Je croyais qu’il était question de tester la tolérance.

    D’ailleurs, il paraît qu’une balade dans les zones “off” 18ème en BK sont au moins aussi challenging que celle, surréaliste, aux 100 gates…

  • 23 April 2010 à 21h02

    rackam dit

    Bibi,
    tu veux que je t’offre du Paddy?
    C’est gentiment demandé.
    Mais le but est de tester l’application de la loi, pas l’amitié, la résistance à l’alcool, l’effet du malt sur le tube digestif.

  • 23 April 2010 à 20h57

    Bibi dit

    @Rackam,

    Une bouteille de Scotch (irlandais, à offrir) dans une librairie “d’orient”?

  • 23 April 2010 à 20h29

    rackam dit

    Bibi,
    not bad! let’s see what the others suggest.
    But you first.
    Je lirai le J.P. attentivement.