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Sarko sur les traces de Mao

Révolution culturelle dans la France populaire

Publié le 14 mars 2012 à 9:20 dans Politique

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Ceux qui triomphaient, dimanche 11 mars à Villepinte, étaient les paladins de la Droite populaire : on avait donné quartier libre à Thierry Mariani et Eric Ciotti pour aller gloser sur les chaînes d’infos après la performance de Nicolas Sarkozy devant le peuple UMP. Foin de circonvolutions : on entendit même Guillaume Peltier, l’étoile montante de la garde rapprochée du candidat sortant, affirmer que ce dernier d’adressait à la France du « non » au référendum constitutionnel de 2005. Peltier se payait le luxe de rappeler qu’il fut, à l’époque à la pointe du combat contre l’adoption de ce traité aux côtés de Philippe de Villiers.

On tire ainsi le rideau sur la séquence « Sarko l’européen », sauveteur de l’euro et complice d’Angela Merkel dans la mise au pli d’austérité d’une UE saisie par la débauche dépensière, pour ouvrir celle du candidat des Français de France, pourfendeur des élites sans patrie ni frontières. Le casting people était raccord : exit Johnny l’expatrié fiscal, salut Enrico le rapatrié iconique. Gérard Depardieu avait amené sa masse corporelle pour que le bon peuple de Villepinte sente qu’un Obélix était derrière le petit président qui n’a pas peur des grands.
Pour ceux qui s’interrogeaient encore sur la stratégie d’un Nicolas Sarkozy plombé par son impopularité et les failles de son bilan, le temps des questions est terminé. Ce sera l’approche maoïste du combat politique, « Révo cul dans la France pop » pour parodier la critique situationniste de la geste du Grand Timonier.

Descendu des sommets du pouvoir pour entrer dans l’arène électorale, Sarkozy commence par purger le passé : le Fouquet’s ? Le yacht de Bolloré ? C’est la faute de l’ancienne impératrice1 qui a « fait exploser » sa famille le jour même du couronnement. Quoi de plus normal que d’aller rejoindre des copains au bistrot quand la maison est vide ? Qui reprocherait au mari délaissé d’aller se faire consoler quelques jours sur l’embarcation d’un ami compatissant ? C’est peut-être du storytelling mais cela semble efficace, car la dépolitisation des symboles les prive de leur charge négative.

Maintenant la voix est libre pour construire un candidat de combat du peuple contre les élites. C’est « feu sur le quartier général ! » ou plutôt sur tous les quartiers généraux qui font écran entre le guide et les masses : les « corps intermédiaires » syndicats, juges, enseignants, journalistes dont l’immobilisme, l’arrogance et la crispation sur leurs privilèges sont à la source des maux de la nation. Ce sont elles, les classes dominantes qui imposent leur loi à une « majorité silencieuse » dont le bon sens est tourné en dérision par les prétendus experts de la pensée complexe et les arbitres des élégances éthiques. Le besoin d’entre soi, de frontières, de réassurance sur les valeurs fondamentales de la République et la Nation est laissé en déshérence par les européistes et les élites mondialisées ? Je prends ! Je vais pourfendre les technocrates bruxellois qui laissent l’Europe devenir une passoire pour tous les miséreux de la planète.

Inversement, les déserteurs de l’impôt se verront menacés d’expulsion de la communauté nationale s’ils ne crachent pas au bassinet fiscal. En bon maoïste, Nicolas Sarkozy n’ignore pas qu’il existe des contradictions au sein du peuple, et qu’il faut les utiliser à son profit. Pourquoi les professeurs des écoles seraient astreints à vingt-six heures de présence hebdomadaire dans leurs établissements, alors que leurs collègues des lycées et collèges ne sont là que dix-huit, voire quinze heures ? Pourquoi les victimes n’auraient-elles pas leur mot à dire sur le parcours pénitentiaire de ceux qui leur ont causé du tort ? Pourquoi les salariés d’une PME désireux de conclure un « accord de compétitivité » (entendez baisse de salaire et/ou augmentation du temps de travail) avec leur patron pour sauver leur entreprise s’en verraient-ils empêchés par une bureaucratie syndicale gardienne des privilèges des nantis de l’emploi ? En s’appropriant ce questionnement, et en fournissant les réponses que le bon sens populaire est prêt à approuver, Nicolas Sarkozy devient un candidat d’opposition, renvoyant sur ses adversaires la responsabilité des échecs de son quinquennat.

L’homme fort de sa campagne, Patrick Buisson, dans un entretien au Monde, résume admirablement ce tournant stratégique : « Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices ».

C’est en allant marauder dans les champs de Jean-Luc Mélenchon – seule la référence à la « déferlante migratoire » distingue ce discours de celui du Front de gauche – que l’on espère semer la confusion dans les rangs de l’adversaire. Ou, comme dirait Mao « encercler les villes à partir des campagnes ».

  1. Les agissements incivils de P’tit Louis Sarkozy importunant une policière de faction devant l’Elysée peuvent être interprétés comme une révolte adolescente d’un fils malheureux de voir son père charger sa mère de tous ses péchés.
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  • 16 Mars 2012 à 12h42

    Sophie dit

    “tout humain deviendra un être sans père ni mère, sans antécédents, sans racines ni postérité, nomade absolu”

    Mais il commence à me foutre les jetons, le père Attali!

    • 16 Mars 2012 à 12h51

      isa dit

      ne trouvez-vous pas, sophie, que cet oiseau de mauvaise augure ressemble fort à notre Nostramus causeurien (sauf au niveau de l’expression écrite, bien sûr) ?

      • 16 Mars 2012 à 13h22

        eclair dit

        @isa
        encore 2 semaines à me supporter  

  • 15 Mars 2012 à 16h40

    Marie dit

    Le maoïsme c’est plutôt ça et ça fait froid dans le dos!
    Dans une interview parue dans L’Avenir de la vie, Jacques Attali développe quelques considérations éclairantes :”L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit: la logique socialiste c’est la liberté, et la liberté fondamentale, c’est le suicide; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société. Dans une société capitaliste, des machines à tuer, des prothèses qui permettront d’éliminer la vie lorsqu’elle sera trop insupportable ou économiquement trop coûteuse, verront le jour et seront de pratique courante. Je pense donc que l’euthanasie, qu’elle soit une valeur de liberté ou une marchandise, sera une des règles de la société future.”
    “tout humain deviendra un être sans père ni mère, sans antécédents, sans racines ni postérité, nomade absolu”
    “il s’agit aujourd’hui de se défaire des vieux oripeaux des sociétés européennes et d’oublier la notion réactionnaire de famille et tout ce qui est hérité à la naissance”
    “il faudrait que la population étrangère naturalisé atteigne un tiers de la population”

    • 15 Mars 2012 à 16h57

      SPQR dit

      Très éclairant Marie… merci!
      On y apprend que dans nos sociétés non-socialistes (disons, démocratiques), le droit au suicide direct n’est pas garanti! En effet, il y a peu, il était encore passible de la peine de mort !
      Je ne comprends pas le glissement qu’il fait entre société socialisme et société capitaliste…
      Pour le reste, c’est tellement caricatural que j’ai du mal à croire qu’il le pense.

    • 15 Mars 2012 à 23h44

      pirate dit

      Marie si vous commencez à vous arrêter aux délires du nostradamus local, on a pas fini. je sais bien que dans votre esprit perturbé les communistes mangent les enfants et les socialistes les font cuire, mais faudrait peut-être calmer l’affaire sur la coke.

    • 16 Mars 2012 à 0h33

      eclair dit

      @marie
      http://www.dailymotion.com/video/xbgm2p_nicolas-sarkozy-objectif-metissage_news
      déclaration de sarkozy appelant au métissage forcé de la population française. 

      ““tout humain deviendra un être sans père ni mère, sans antécédents, sans racines ni postérité, nomade absolu”” 9a c’est plutot le libéralisme.

      Et les machines à suicide sont des conceptions liés au libéralisme et au capitalisme.

       

      • 16 Mars 2012 à 3h55

        pirate dit

        “Et les machines à suicide sont des conceptions liés au libéralisme et au capitalisme.” tiens l’étincelle de la pensée, si tu nous développait un peu cette idée fumeuse qu’on rigole un coup, dans ton français habituel hein, tu sais celui qui donne l’impression que t’écris en slovène retranscrit avec un traducteur automatique.

      • 16 Mars 2012 à 8h09

        eclair dit

        @pirate
        Pouvoir se suicider est un concept libéral, c’est un concept individualiste si les gens veulent mourir on les laisse mourir voir on les aide c’est typiquement une notion libérale..
        Se suicider pour raison économique c’est lié au capitalisme et au libéralisme.. Si tu n’est pas rentable tu est à jeter.

        Et oui le PS est un parti libéral dans ces choix de societé!  
          

  • 14 Mars 2012 à 14h24

    l’oiseau bleu dit

    Tu quoque Luc ?

  • 14 Mars 2012 à 11h54

    laborie dit

    Magnifique, quel bonheur de lire L.R dans Causeur et non plus dans le Mondemachin….

  • 14 Mars 2012 à 11h52

    red benjamin dit

    Ma cure de sommeil a mal tourné je crois, je fais des blackouts à répétition…c’est qui le président depuis 2007 déjà?

  • 14 Mars 2012 à 11h06

    Alpheratz51 dit

    Les agissements incivils de P’tit Louis Sarkozy importunant une policière de faction devant l’Elysée peuvent être interprétés comme une révolte adolescente d’un fils malheureux de voir son père charger sa mère de tous ses péchés. ↩

    Vous avez raison, mon cher Luc RosenFreud !

    • 14 Mars 2012 à 11h12

      pirate dit

      L’histoire est vraiment d’un ridicule et qui a fait le tour de tous les indignés de service en partant de Libé et en faisant le tour de tout le 20ème arrondissement de panam. Grande surprise à 15 ans on fait des conneries…

      • 14 Mars 2012 à 11h24

        Marie dit

        Indignation à géométrie variable et surtout qui fait avancer le schmilblick!

  • 14 Mars 2012 à 9h50

    skardanelli dit

    Chassez le naturel il revient au galop, on ne sort visiblement pas indemne de Libé et du Monde …

    • 14 Mars 2012 à 10h24

      Bibi dit

      Tout à fait!
      Vous souvenez-vous d’une certaine opera buffa du même auteur?
      Indignons-nous!
       

    • 14 Mars 2012 à 10h29

      pirate dit

      On pourrait un peu dire la même de votre réponse cher Ska, il y a juste un moment où il faut savoir prendre du recul sur un personnage. Acceptez donc le fait qu’on parle stratégie de campagne, en 2007 il s’agissait de se calquer sur celle de Mitterrand en 81, en 2012 on a juste gardé l’affiche…