Nos ultra gauchistes hexagonaux ont presque toujours été des guignols : à côté des Allemands, des Italiens et même des Américains, ils font pâle figure. Pendant les années dites de plomb, ils ont fait montre d’un amateurisme effarant dans leurs « actions directes », à l’exception du groupe Rouillan-Ménigon-Aubron dont les crimes terroristes (comment peut-on les qualifier autrement ?) ont pu être perpétrés car il n’avait été – pendant une brève période – ni repéré, ni infiltré par la police. Ainsi, les souvenirs des « taupes » de la DST infiltrées au cœur de la défunte Gauche prolétarienne se trouvent-ils aujourd’hui chez tous les bons libraires, à côté des opuscules anonymes des contempteurs radicaux de la vitesse, des OGM, du foie gras et d’autres bienfaits issus de l’ingéniosité de nos semblables.

On ne louera jamais assez la sagesse, la perspicacité et l’humanité des Raymond Marcellin et de la plupart de ses successeurs – de droite comme de gauche, d’ailleurs –, qui sont parvenus à empêcher de brillant(e)s jeunes gens et jeunes filles de commettre l’irréparable. Certains d’entre eux ont, certes, été coffrés quelque temps pour des actes de basse ou moyenne intensité. Il est probable que les « honorables correspondants » avaient contribué à les organiser, en bon pros, de telle manière à ce qu’ils ne provoquent pas de bavures sanglantes. Moyennant quoi les Geismar, Le Bris, Le Dantec, Benny Lévy, Olivier Rolin et quelques autres eurent tout loisir de se recycler dans l’Université, la littérature ou l’étude talmudique financée par Paris VII, pour le plus grand profit de la société qu’ils avaient voulu chambouler.

La riposte flexible du pouvoir bourgeois aux militants des « nouvelles radicalités » est l’une des facettes de la démocratie en acte que l’on ne met pas assez souvent en valeur.

Outre la liberté quasi-absolue d’expression garantie aux « théoriciens » de la révolution par embolie provoquée sur les réseaux complexes de l’Etat moderne, la République se soucie de surcroît de l’avenir de ceux qui mettraient en pratique ces balivernes pseudo-philosophiques. Elle les materne comme une ourse veille sur ses petits qui ont tendance à aller provoquer les vieux mâles irascibles et sanguinaires : elle ne les perd pas des yeux et leur balance de temps en temps une baffe pour les dissuader d’aller se faire manger tout crus.

N’étant pas infiltré dans les rangs de la nouvelle entité administrative née de la fusion de la DST et des Renseignements généraux, je ne dispose d’aucun élément factuel établissant que la récente arrestation du groupe anti-TGV relève d’une méthode policière dite pro-active. Celle-ci consiste à faire commettre à une cellule « révolutionnaire » une action délictueuse mineure, pour disposer d’un motif permettant d’en boucler les membres avant qu’ils ne soient en mesure d’en commettre de plus graves et plus dangereuses.

Mais quelques indices peuvent le laisser supposer : le tempo de l’opération, le jeu de ping-pong médiatique entre un Guillaume Pépy, PDG de la SNCF fâché tout rouge, et le sourire radieux de MAM venant annoncer l’arrestation des nuisibles quarante-huit heures après les faits, ainsi que la séparation d’un « accusé-témoin » du groupe des gardés à vue, tout cela semble bien ficelé. Vite fait, bien fait, pour que les transhumances de Noël ne risquent d’être perturbées par quelques bricolages à base de fer à béton.

Et la morale dans tout cela ? Est-elle du côté du vacarme des prophètes de l’apocalypse qui nous prêchent le slow pace pour nous libérer de l’enfer de la vitesse ? Ou bien dans le silence des obscurs, des sans-grades de l’appareil de sécurité d’Etat, fonctionnaires mal payés de la mansuétude discrète de la République envers ses enfants égarés ?

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