Mayol, un présumé coupable… déclaré innocent | Causeur

Mayol, un présumé coupable… déclaré innocent

L’épilogue d’un feuilleton judiciaire?

Auteur

Jean-Paul Lilienfeld
est cinéaste et scénariste. Il a notamment réalisé La journée de la jupe (2009).

Publié le 07 novembre 2016 / Politique Religion

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samuel mayol iut valls

Samuel Mayol reçoit le Prix de la laïcité, octobre 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00728239_000003.

L’arroseur arrosé. Le Tribunal Administratif vient de condamner l’Université Paris XIII pour avoir suspendu Samuel Mayol sans aucun fondement. C’est la juste fin d’un long cauchemar pour le directeur de l’IUT de Saint-Denis, qui dépend de Paris XIII.

Rappel des faits. Il y a un an, en octobre 2015, en plus de deux autres accusations, dont l’une pour « conflit d’intérêts »,  la direction de Paris XIII déposait une main courante, suspectant Samuel Mayol d’avoir introduit des tapis de prière dans le local d’une association « pour jeter le discrédit sur la présidence de l’université en laissant penser qu’elle tolérait le prosélytisme religieux en son sein ».

Trois ans auparavant, en octobre 2012, Samuel Mayol avait mis fin à la vente non-autorisée de sandwiches par une association étudiante étrangement proche du site « Baytul-Mahdi », des chiites imamites moyennement modérés. Un an et demi plus tard, en février 2014, le directeur de l’IUT tentait de récupérer les clés du local utilisé par l’association en question pour qu’il bénéficie aussi aux autres associations étudiantes. En vain.

Par trois fois, je suis revenu sur cette affaire, notamment lorsque Samuel Mayol a été agressé en bas de chez lui ou que Paris XIII s’est avisé d’inverser les rôles en déposant une main courante contre lui avant que cette même université le suspende de ses fonctions sans aucun motif.

L’un de ces articles me vaut l’honneur de devoir comparaitre prochainement puisque j’ai l’honneur d’être attaqué en diffamation par l’un des protagonistes.

Au cours de son chemin de croix, Mayol a déposé trente-deux plaintes en raison des différentes avanies qu’il a subies (agressions physiques, menaces et injures racistes…), sa trente-troisième et dernière action en justice incriminant Paris XIII pour « dénonciation calomnieuse ». Car en sus de l’affaire des tapis, la présidence de l’université accuse le directeur de l’IUT d’avoir fait bénéficier certains employés « de congés indus, comptabilisés de manière parallèle, en dehors du logiciel de gestion habituel ». Pour couronner le tout, sa hiérarchie soupçonne Mayol de conflit d’intérêts pour avoir signé une convention de partenariat entre l’IUT et le CFA Codis, un organisme de formation aux métiers du commerce qui se trouve être l’employeur de son épouse. On ignore encore si Mayol est jugé coresponsable du réchauffement climatique mais dans le climat pourri qui règne à Saint-Denis, plus rien ne nous étonne…

Mayol a nettoyé les écuries de Saint-Denis

Comme l’atteste un rapport de l’Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche, Samuel Mayol n’est pas le malotru que décrit sa hiérarchie. Il aurait par exemple  mis fin un terme à une curieuse valse d’heures de cours fantômes dans le département « Techniques de commercialisation ». Des cours non-assurés mais rémunérés ! Pour nettoyer les écuries d’Augias, au printemps 2014, Rachid Zouhhad, le directeur de ce département est officiellement destitué lors d’un conseil de l’IUT.

Ce n’est qu’en juillet 2015 que l’université s’est décidée à vider le local de l’association mise en cause. Monsieur Tétard, un des enseignants présents sur les lieux, constate alors la présence de 26 tapis. Deux jours plus tard, une main courante est déposée contre Samuel Mayol après découverte « de plusieurs tapis de prières supplémentaires (une vingtaine de petits formats), par rapport à une précédente visite le 24 juillet ». Mais Samuel Mayol dispose d’arguments  en sa faveur. Et de soutiens de premier plan…

Le 26 octobre, le directeur de l’IUT reçoit un prix qui ne colle pas vraiment avec les accusations portées à son encontre. Aux côtés du pianiste-compositeur turc Fazil Say, il est lauréat du Prix de la laïcité 2015. Et ce prix lui est remis l’Hôtel de Ville de Paris, en présence d’Anne Hidalgo et de Manuel Valls, qui emploie des mots choisis : « Le Comité Laïcité République a toujours été en pointe, quitte à déplaire. » Comprenne qui pourra.

Bilan des courses : la probité de Samuel Mayol lui vaut, deux semaines plus tard, une suspension. Pour son avocat, Maître Richard Malka, « tout est bidonné ». D’après lui, « il s’agit de museler Mayol pour ne pas parler des malversations qui ont lieu au sein de l’Université. » Mieux encore : pour l’avocat du directeur de l’IUT désormais suspendu, il existe « des liens forts entre les personnes mises en cause par ces malversations et le directeur de l’Université, Jean-Loup Salzmann ».

Toujours est-il que le 1er juillet dernier, après quatre ans de feuilleton judiciaire,  Samuel Mayol m’a envoyé ce sms :

Et le 3 novembre :

Bien entendu, les journaux vont certainement titrer sur cette conclusion avec autant d’empressement que lorsqu’ils le traitaient entre les lignes d’individu malhonnête. Enfin peut-être…

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    • 10 Novembre 2016 à 11h25

      MGB dit

      Avant de distribuer louanges ou anathèmes, il serait utile de lire le jugement rendu par le tribunal administratif.

    • 9 Novembre 2016 à 11h05

      philpat dit

      ne déspérons jamais !
      il reste quelques juges honnêtes qui savent la loi et l’appliquent

    • 9 Novembre 2016 à 1h38

      Sancho Pensum dit

      “Bien entendu, les journaux vont certainement titrer sur cette conclusion avec autant d’empressement que lorsqu’ils le traitaient entre les lignes d’individu malhonnête. Enfin peut-être…”
      Pour une fois que Causeur défend le bon cheval, il faut qu’il la ramène en supposant que le reste de la presse ne dira rien…
      Ben, c’est raté, mon con ! A ce jour, donc moins d’une semaine après le jugement du TA, un rapide coup d’oeil à Google montre que déjà Le Parisien, le Figaro, France Info, Le Monde en ont parlé…

    • 8 Novembre 2016 à 17h01

      douce France dit

      de temps en temps , la justice s’honore. Dommage que cette décision vienne de la justice administrative. En effet, je crains que si cette affaire avait dépendu d’un tribunal non administratif, Mayol aurait été jeté sur les rives du Styx ,avant d’être voué aux gémonies …..

      • 9 Novembre 2016 à 1h43

        Sancho Pensum dit

        “si cette affaire avait dépendu d’un tribunal non administratif”
        Voui… et puis si on jugeait les crimes au tribunal de commerce, et les contraventions à la Cour d’assises…
        Pfff

    • 8 Novembre 2016 à 15h34

      Pyrrhon dit

      L’affaire témoigne de l’existence de conflits de personnes de nature politique et idéologique. En principe contraires à l’éthique de l’Université. 
      La Justice est bien utile! 

    • 8 Novembre 2016 à 14h29

      Hannibal-lecteur dit

      Y a pas d’appel possible contre cette décision ?
      La justice fonctionne donc encore. Le plus souvent elle est accusée du contraire, du moins selon ce que les médias nous donnent à lire, par le simple fait que ceux qui s’en plaignent le plus fort sont ceux, mécontents, qu’elle a déboutés, comme il est humain de le faire.
      Ici rendons-lui grâce, puisque l’occasion nous en est donnée. Et notons en outre cette vertu qui est la sienne, selon moi, qu’elle peut même être bien faite, enfin, aussi bien que possible, …par des médiocres ou des aigris comme ceux du mur des cons. C’est une vertu exceptionnelle, due sans doute à son exercice collectif qui interdit les malfaçons trop voyantes…
      Il est même possible, soyons optimiste, que des gaucheux obstinés restent objectifs malgré eux devant la manifestation de l’injustice qui n’est elle ni de droite ni de gauche…
      Hommage à la Justice. Quand on pense au bandeau qu’elle a sur les yeux, elle ne se débrouille pas trop mal avec…. 

    • 8 Novembre 2016 à 13h46

      àboutdepatience dit

      On peut donc de temps en temps compter sur la justice
      J’espère que M.Mayol obtiendra une juste indemnisation du préjudice subi

    • 8 Novembre 2016 à 13h30

      Leboulonnais dit

      Maitre MALKA nous a habitué à de plus mauvaises causes.

    • 8 Novembre 2016 à 10h46

      Nolens dit

      La France a été vendue aux arabes en quasi-totalité. Faut pas s’étonner du peu de réaction.
      Peut-être faut-il voir dans ce jugement une lueur d’espoir dans ce ciel obscurci par les minarets …

      • 8 Novembre 2016 à 10h59

        C. Canse dit

        Bah, l’expropriation existe…

    • 8 Novembre 2016 à 10h27

      dov kravi דוב קרבי dit

      Salzmann s’en tire à bon compte. La honte.

    • 8 Novembre 2016 à 7h39

      QUIDAM II dit

      Par tous types de médias ces événements lamentables – que Mayol a dénoncés et dont il a été la victime – doivent absolument faire l’objet d’un récit circonstancié parce qu’ils sont exemplaires d’une certaine gangrène de l’Université et d’une faiblesse mortelle de l’Etat qu’il faut traiter d’urgence avec la plus grande énergie et détermination.

    • 8 Novembre 2016 à 2h40

      Robinson dit

      Affaires de connivence et de complaisance ; il en est tant qui sont inconnues et cachées par les autorités qui, bien sûr, ne sont pas payées pour s’aventurer dans ces quartiers ; à la police d’agir ? elle agit, mais elle en a marre de devoir trimer pour corriger les errances des nantis.

    • 7 Novembre 2016 à 22h31

      Mouah dit

      Non, Monsieur Lilienfeld, les journaux n’ont pas l’air très empressés pour en parler…
      Bon courage à vous !

    • 7 Novembre 2016 à 22h31

      Mouah dit

      Enfin une bonne nouvelle ! Même si les coupables vont passer à travers les gouttes, une fois de plus.
      Bonne route, Monsieur Mayol ! En espérant que vous parviendrez à “oublier” tout ça…

    • 7 Novembre 2016 à 16h27

      alain delon dit

      Pathétique! Le type a passé la plus grande partie de sa vie à harceler des dauphins et la justice ferme les yeux

    • 7 Novembre 2016 à 16h05

      L'Ours dit

      Au goulag!
      Tout le monde sait que les rois de France gisants à la basilique saint-Denis étaient musulmans et que Saint-Denis a toujours été une terre musulmane.
      Il convient donc de respecter les us et coutumes des aborigènes qui sont d’ailleurs les aborigènes du monde en toute éternité.

      • 7 Novembre 2016 à 16h30

        Rattachiste dit

        Qu’attend l’UNESCO pour adopter une résolution ?

    • 7 Novembre 2016 à 15h20

      IMHO dit

      ” Bien entendu, les journaux vont certainement titrer sur cette conclusion avec autant d’empressement que lorsqu’ils le traitaient entre les lignes d’individu malhonnête. Enfin peut-être… “.
      En tout cas, la bête noire de Causeur, Libération; a té de son côté depuis le début :

      http://www.liberation.fr/recherche/?sort=-publication_date_time&q=samuel+mayol&period=forever&period_start_day=0&period_start_month=0&period_start_year=0&period_end_day=0&period_end_month=0&period_end_year=0&editorial_source=&paper_channel=

      • 7 Novembre 2016 à 16h47

        mogul dit

        Oui enfin, ils évitent surtout de trop se mouiller..

        • 7 Novembre 2016 à 17h43

          IMHO dit

          Ils rendent compte, c’est d’abord ça le journalisme

        • 7 Novembre 2016 à 23h03

          saintex dit

          - S’ils se contentent de rendre compte, ils ne sont pas de son côté… ni d’un autre.
          - Ce serait intéressant de savoir ce qu’est ensuite le journalisme. Selon le site “La Toupie”, Le journaliste est celui dont le métier est d’écrire dans un journal et, par extension d’informer à travers un média : presse écrite, radio, télévision… Son travail consiste à collecter, vérifier, sélectionner, synthétiser et commenter des faits pour les présenter au public.
          - Et Patrick Cohen, pris d’une révélation subite, déchire sa carte de presse après le non renouvellement celle de Pascale Clarck.
          - La coulpe est pleine.

      • 8 Novembre 2016 à 11h23

        scarlet dit

        IMHO: Ceux qui ont soutenu depuis le début, Mayol, ce n’est pas Libe, c’est Marianne. Ce sont eux qui ont révélè cette affaire au tout début, en faisant état d’un rapport effectué par l”Education Nationale qui pointaient les turpitudes diverses d’un Directeur d’enseignement.Lequel après avoir viré toutes les femmes enseignantes du département, a facturé à l’Université des cours non assurés.
        On peut s’étonner et trouver révoltant que cet individu n’ait pas été poursuivi pénalement, de même que le Pdt de l’Université qui n’a eu de cesse de le couvrir. Se faire payer des cours non assurés,c’est du détournement d’argent public.

    • 7 Novembre 2016 à 14h19

      Habemousse dit

      La justice respire encore : bravo à tous ces honnêtes hommes, du journaliste au Directeur d’IUT, en passant par les juges.