Une stèle littéraire pour Xavier Dupont de Ligonnès | Causeur

Une stèle littéraire pour Xavier Dupont de Ligonnès

Seuls sont les assassins présumés

Auteur

Marie Céhère

Marie Céhère
Sophistique, littérature.

Publié le 15 avril 2017 / Culture

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Hommage aux victimes de la famille Dupont de Ligonnès à Nantes, avril 2011. SIPA. 00618057_000038

En 2011, la famille Dupont de Ligonnès, mère, enfants et chiens, a été retrouvée morte et enterrée sous la terrasse de sa maison nantaise. Le père s’est volatilisé. Il bénéficie toujours de la présomption d’innocence, il est le seul suspect, et mort ou vif, il est introuvable.

Le scénariste Samuel Doux lui consacre non une enquête – elles pullulent sur internet – mais un roman-reconstitution, une biographie d’un homme que ses voisins qualifièrent de « sans histoires ». Il en raconte pourtant beaucoup.

Un environnement catholique traditionaliste

Xavier est l’aîné d’une famille catholique traditionaliste. Sa mère affirmait recevoir et transcrire des messages du Christ, son père multipliait les aventures. C’est une histoire de dualité irréconciliable. D’un côté, le christianisme dans sa version tridentine : messes en latin, flagellations, Dieu de colère, prêtres vengeurs et inquisiteurs du pêché, de l’autre, les années 1960, 1970 et 1980, l’appel du large, la séduction que le jeune homme exerce sur les femmes, sa passion pour les États-Unis. Quand il s’attarde sur l’enfance de Xavier, Samuel Doux parle de « stigmates ». On ne peut douter de l’influence qu’une liturgie aussi dramatique et violente exerce sur un esprit d’enfant. Ainsi, en 2011, après les faits, les enquêteurs se sont penchés sur ce qu’ils appellent la « piste mystique » : ayant perdu la foi, le père de famille postait  pourtant régulièrement des messages sur des forums de discussion en ligne, catholiques, où il évoquait le sacrifice humain et son approbation par Dieu. De là à un passage à l’acte, il ne manquait que des éléments de tragédie moderne. La suite de l’histoire les apporte.

Privé de référent masculin, élevé dans un « gynécée versaillais », Xavier manque d’air. Il tente sa chance aux États-Unis, il parcourt le pays de long en large avec santiags et Stetson, imite l’accent des rednecks, il s’y sent chez lui, mais n’y fera pas affaire. D’une manière générale, les comptes de la famille révèlent que Xavier n’a jamais réussi dans le rôle de père à l’ancienne qu’il s’était attribué. Criblé de dettes, mais arrogant, menteur, infidèle, irritable, « il adorait ses enfants ». Dans des passages que l’auteur a à peine imaginés, il apparaît insouciant devant les obstacles terrestres, sûr de lui, même et surtout devant la mort qui n’est pour lui qu’un mauvais moment à passer pour atteindre le Paradis des catholiques. Fort de l’idée qu’il possédait un « destin », Xavier Dupont de Ligonnès fait le lien et le grand écart entre la Contre-Réforme et Doctissimo, entre la religion du Christ et celle de l’argent ; on est tenté de conclure que c’est là l’air du temps.

Un homme clivé et pris au piège

Les indices dont disposent les enquêteurs et le grand public, que nous découvrons dans le livre de Samuel Doux et sur les écrans, forment le portrait d’un homme clivé, d’une manière si caricaturale que les crimes dont il est suspect répondent à une logique accablante, et surtout, d’un homme pris au piège. Cela ne veut pas dire que tous les ratés deviennent des assassins, cela ne veut pas dire que la « société », dans son sens péjoratif, la société comme usine à dettes et à petits propriétaires châtrés, fabrique des bombes à retardement. Cela veut dire que Xavier Dupont de Ligonnès en est le symbole involontaire et parfait.

« Pourvu qu’on ne le retrouve jamais », souhaite l’auteur de L’éternité de Xavier Dupont de Ligonnès, et le lecteur avec lui. La justice des hommes ne peut rien, ni pour, ni contre lui. « Comme tout bon cow-boy, il sait qu’il ne lui reste plus qu’une chose à faire : une balle dans la tête et une caresse sur le flanc, pas nécessairement dans cet ordre. »

Samuel Doux, L’éternité de Xavier Dupont de Ligonnès – Julliard, 336 pages.

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    • 16 Avril 2017 à 15h43

      rvbubu dit

      Ben, s’il est innocent, pourquoi souhaiter ne pas le retrouver?
      Cet article, et les commentaires subséquents, n’a aucun sens, aucun intérêt. Lire cette bouillie m’a pris juste le temps de cuire le dîner- ça tombe bien.

    • 16 Avril 2017 à 11h46

      saintex dit

      Le père s’est volatilisé. Il bénéficie toujours de la présomption d’innocence, il est le seul suspect, et mort ou vif, il est introuvable.

      • 16 Avril 2017 à 11h48

        saintex dit

        OK, c’est écrit une fois, mais cela ne suffit pas. Pour l’instant, c’est la justice version Angot ou “juste courroux du peuple indigné” qui prévaut. Est-ce que cela change en le disant une nouvelle fois. Il bénéficie toujours de la présomption d’innocence.

        • 16 Avril 2017 à 13h43

          dov kravi דוב קרבי dit

          Les bonnes gens n’en ont cure. L’indignation et le passionnel hurlent toujours plus fort et plus vite que la raison. Voir ci-dessous.

        • 17 Avril 2017 à 11h28

          IMHO dit

          Le peuple est-il indigné ?
          Il me semble au contraire que cette affaire criminelle a été reçue par le public pour ce qu’elle est : le crime très exceptionnel d’un psychopathe narcissique , crime qui n’aurait pu être évité que par un contrôle social psychiatrique sans doute impossible et certainement très dangereux .
          Cette malheureuse famille a péri comme si elle avait écrasée par la chute d’un rocher en montagne et l’opinion l’a admis avec compassion et fatalisme , et avec pour le probable assassin l’inintérêt mêlée d’un peu de pitié qui est due aux fous .
          Notre société ne s’émeut ou ne s’indigne pas si facilement , car
          elle est en fin de compte rationnelle par expérience et sait faire la distinction entre l’inévitable et l’inadmissible .

    • 16 Avril 2017 à 3h25

      IMHO dit

      Extraits de ci-dessus :

      le lien et le grand écart entre la Contre-Réforme et Doctissimo, entre la religion du Christ et celle de l’argent ; on est tenté de conclure que c’est là l’air du temps.

      C’est l’air du temps ? Il y a beaucoup de français qui se soucient de leur santé et de leur salut ? Pas vraiment selon ceci :

      https://trends.google.fr/trends/explore?date=all&geo=FR&q=doctissimo,%2Fm%2F0709n

      • 16 Avril 2017 à 11h53

        saintex dit

        Et réciproquement.
        On a tout de même “sacrément” la sensation que la foi te gêne, quoique tu n’aies visiblement aucune idée de ce qu’est la foi chrétienne. Le chrétien ne se soucie pas de son salut, ça c’est le bigot. Le chrétien se soucie du présent et du devenir de l’humanité en ayant intégré que l’humain appartient à l’univers.

        • 17 Avril 2017 à 11h11

          IMHO dit

          Le chrétien se soucie du présent et du devenir de l’humanité en ayant intégré que l’humain appartient à l’univers.

          Je vois : teilhardisme sur fond de bernanosisme , ce n’est pas mortel mais pas curable non plus .

      • 16 Avril 2017 à 19h27

        IMHO dit

        Les seuls faits qui me gênent , ce sont les affirmations sans preuves ou contre les preuves : si celles que je vois courir dans Causeur étaient inspirées par le marxisme , le féminisme, le libéralisme, n’importe-quoi en isme , je tirerais dessus aussi .

    • 15 Avril 2017 à 17h33

      dov kravi דוב קרבי dit

      Si j’en crois l’article (je en connais rien à l’affaire), sa mère était psychotique. Imagine-t-on les dégâts psychiques que cela peut induire ?
      A l’attention des lanceurs d’anathèmes forcément (et férocement) indignés, je précise qu’un essai d’explication n’est en aucun cas une tentative d’excuse.

      • 16 Avril 2017 à 0h13

        Simbabbad dit

        Les gens qui ont eu aussi une mère psychotique mais n’ont tué personne, eux, restent en revanche dans l’anonymat. Personne n’écrit des livres sur eux, personne ne pleure sur eux, personnes ne donne des leçons aux autres pour les défendre. Ils sont sans intérêt – ils n’ont pas torturé ni tué, où est donc la séduction?

        Et s’ils sont assassinés, on en parlera encore moins.

        • 16 Avril 2017 à 12h01

          saintex dit

          Les deux sont étudiés et l’anonymat n’est pas la question. Le cas étudié n’est pas une glorification.
          Il est normal d’étudier ce qui a dysfonctionné si l’on veut éviter ce cela ne se reproduise, et il est normal d’en faire part au plus grand nombre.
          Il est de l’ordre de la littérature de parler sans limite de ce qui est en-deça comme au-delà des limites. Du poinçonneur des lilas on fait une chanson, mais 300 pages avec des petits trous, ça lasse avant la fin.
          Jack l’éventreur ou Landru ont beaucoup inspiré, mais il y a tout de même peu de monde pour juger que les œuvres qui y réfèrent en sont des panégyriques. Où est la différence ? Le temps peut-être. Dans ce cas, refermons la fenêtre en espérant que le soleil prochain sera éclairant.

      • 16 Avril 2017 à 0h14

        Simbabbad dit

        J’ajoute que j’aime beaucoup le: “je ne sais pas de quoi je parle, mais je défends l’assassin contre les méchants”.

        • 16 Avril 2017 à 8h30

          dov kravi דוב קרבי dit

          Je sais très bien de quoi je parle, et je ne défends personne. Vous semblez savoir lire, mais ne rien comprendre à ce que vous lisez. Les dégâts de l’école pédagogo, sans doute.

    • 15 Avril 2017 à 15h36

      rvbubu dit

      Et s’il est crevé j’espére qu’il a bien souffert.

    • 15 Avril 2017 à 15h34

      rvbubu dit

      Ouais ben j’espére qu’on le retrouvera cet enculé, nonobstant vos considérations cinématographico-littéraires. Les mômes, z’ont rien demandé à personne, et ont été privés de leur vie: C’est dégueulasse, et tout autant de souhaiter qu’on ne le retrouve pas.

      • 15 Avril 2017 à 17h34

        Simbabbad dit

        Tout pareil. Il y en a assez de cette fascination pour les assassins.