Salah Abdeslam, l’islam au pied de la lettre | Causeur

Salah Abdeslam, l’islam au pied de la lettre

Pourquoi le sociologisme ne tient pas

Auteur

Samuel Piquet
Professeur

Publié le 26 janvier 2017 / Société

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Salah Abdeslam filmé dans les rues de Bruxelles. Sipa. Numéro de reportage : AP21887754_000004.

« Elle ne brille pas par son contenu, uniquement centré sur la religion », résumait le site 20minutes.fr à propos de la lettre de Salah Abdeslam en prison, révélée il y a quelques jours par Libération. Ce dernier « y affiche sa très forte religiosité et c’est à peu près tout », ajoute le journaliste en charge de la rédaction du papier. « J’ai senti qu’il se radicalisait de manière extrême » ajoute même son ancien avocat, Me Berton, dans Libération, estimant sans doute que ses actes terroristes perpétrés jusqu’ici ne pouvaient pas être considérés comme tels.

Un fou de Dieu sous les verrous…

Outre cette religiosité prétendument récente, l’élément qui a retenu l’attention des journalistes est l’absence de honte éprouvée par Salah Abdeslam, le site Atlantico choisissant de titrer son article par cette affirmation du terroriste « Je n’ai pas honte ». Idem pour BFM TV et Le Point, à la différence près que ce dernier ajoute le terme « stupéfiante » pour qualifier la lettre.

Aucun des journalistes ne semble s’intéresser au fait que Salah Abdeslam, qui ne parle absolument à personne, qui ne daigne répondre à aucune des lettres d’admiration ou d’interview qui lui sont adressées, prenne la peine de répondre à une inconnue et termine sa lettre ainsi : « Es-tu soumise ? Sinon alors dépêche-toi de te repentir et de te soumettre à lui. N’écoute pas les paroles des gens mais plutôt les paroles de ton Seigneur. Il te guidera. » On est loin de l’individu sans cœur qu’on s’amuse à nous dépeindre mais surtout très loin d’un radicalisé qui se serait islamisé.  On a plutôt affaire à un fou de Dieu, quelqu’un qui prend tout à la lettre et qui cherche clairement à « sauver » cette femme qui lui écrit.

Il n’y a, par ailleurs, absolument aucune forme de violence dans ses propos, aucune haine non plus, aucun ressentiment ni aucun sentiment de revanche par rapport à une nation qui l’aurait opprimée. Encore moins de ce nihilisme censé guider tous les actes terroristes selon Yann Moix dans son dernier essai ou encore Olivier Roy, qui affirmait en novembre 2015 dans Le Monde que le « djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste »« Je ne cherche ni à m’élever sur terre ni à commettre le désordre », écrit Abdeslam, contredisant là encore la thèse d’Olivier Roy selon laquelle les terroristes « cherchent une cause, un label, un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle ». Rien de tout cela chez Salah Abdeslam : « Je ne veux que la réforme, je suis musulman » écrit-t-il simplement, comme si ce dernier vocable suffisait à justifier ce qu’il a commis.

… objet de toutes les fascinations

La sobriété de ton d’Abdeslam et son refus des nombreux honneurs qu’on lui décerne discréditent également la thèse du déséquilibré, du fou narcissique ou du loup solitaire. Toujours selon Libération, il serait pourtant l’objet de toutes les fascinations : « Des catholiques lui écrivent pour l’interroger sur sa foi, des femmes crient leur amour et déclarent vouloir porter son enfant […] c’est incessant ». Comme pour Mohamed Merah, beaucoup considèrent donc qu’il a fait ce qu’il fallait, qu’il a agi pour le bien. C’est bien la preuve qu’un certain nombre de gens se reconnaissent, hélas, dans ces atrocités.

Toutes les théories selon lesquelles la plupart des terroristes ne seraient pas des gens véritablement religieux – Libé ne manque d’ailleurs pas de rappeler, dans son article, que « quelques semaines avant les attentats, Salah Abdeslam écumait encore les discothèques belges » - viennent donc se fracasser sur la lettre de l’enfant de Moleenbeek. Certes, Abdeslam, comme d’autres avant lui, n’a pas eu un parcours religieux au sens où il aurait dédié toute sa vie à l’Islam. Mais ce n’est pas parce que certaines conversions sont rapides qu’elles sont nécessairement insincères. Le zèle religieux dont font preuve certains nouveaux convertis devrait au contraire nous alerter sur la facilité avec laquelle d’autres risquent de se laisser influencer. Tant que des gens peu scrupuleux, dans les prisons ou dans nos quartiers, continueront à pouvoir utiliser les versets d’un livre qui se prétend incréé pour justifier des attentats, les candidats pour le djihad ne manqueront pas.

Qu’une toute petite partie de radicalisés cherchent dans l’Islam une justification à leur haine, leur désespoir, leur envie de revanche ou d’absolu, cela peut évidemment exister. Mais continuer à ne vouloir établir aucun rapport, comme le font Olivier Roy, Alain Bertho ou Yann Moix, entre ces terroristes et la montée d’un Islam radical dans beaucoup de pays du Moyen-Orient mais également d’Europe est, au mieux, un déni de réalité, au pire l’expression d’un profond aveuglement.

On m’objectera peut-être que si Abdeslam n’est pas allé jusqu’à s’ôter la vie, c’est sans doute que son profil diffère légèrement de celui des autres terroristes. Ce n’est pas impossible, mais étant donné qu’il ne regrette rien de ce qu’il a fait, il est fort probable que ces différences soient minimes. Et c’est toujours plus riche d’enseignement que de se contenter de faire parler les morts.

« Une religion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation » disait Montesquieu dans De l’Esprit des lois. De ce point de vue là, Salah Abdeslam et consorts font très bien leur travail.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 30 Janvier 2017 à 20h46

      Bacara dit

       Une planète inconnue pour nombre d’occidentaux qui n’arrivent pas à concevoir ce que représente l’islam pour des millions d’illettrés. Le bolchevisme à côté c’est du pipi de chat. C’est de l’abrutissement distillé chaque jour à heures précises . C’est terrible , mais c’est la réalité.
      Les gamins de nos banlieues nourris par l’Etat sont restés des djihadistes en puissance.  

    • 29 Janvier 2017 à 11h18

      Danshu dit

      Cet article contribue, à l’insu de son auteur, à surdimensionner un individu ordinaire pour en faire un héros en y associant les mots “fascination”, “honneurs”, “sobriété” etc.  
      Par ailleurs, il entretient le débat jargonneux du blanc et du jaune d’oeuf, de la radicalisation et de l’islamisation, comme si en séparant et en éloignant ces deux mots l’un de l’autre, on y verrait plus clairement lequel précéde l’autre. Que signifie la radicalisation sans le tison de l’islam ? 
      Il n’y a aucun mystére dans le cerveau de ce type sinon la confusion des tenebres du mal.  

    • 28 Janvier 2017 à 14h01

      persee dit

       Réjouissons nous , tous ses admirateurs et coreligionnaires vont voter Hamon puis Mélenchon , pour définitivement mettre notre pays K.O, en y gagnant des droits supplémentaires à nous “nicker” au figuré comme au propre . Déjà un quart de la population , vous voyez le pays dans quinze ans ?  Partager la même misère  , tous pauvres ensemble , la culture non-musulmane éliminée . L’horizon indépassable du bled pour tous , mais ils auront refait la France à leurs goûts, c’est tout ce qui compte ..

    • 28 Janvier 2017 à 12h06

      netrick dit

      C’est surtout un pétochard qui a eu peur de se faire exploser comme ses petits camarades.

      • 30 Janvier 2017 à 13h03

        persee dit

        Si des “informés ” bien informés disent vrai , il aurait fallu faire une modification spéciale du dogme des 72 vierges qui attendent le croyant au paradis et qui ne peuvent que laisser totalement froid ce “monsieur “. 

    • 28 Janvier 2017 à 9h05

      keg dit

      Pour Abdeslam c’est donc en post-scriptum, un peu comme une excuse….
      En attendant il a le gîte et le couvert de la république qu’il hait au plus haut point. N’y a t-il anomalie à se faire prendre en charge par ce que l’on condamne. L’islam ne serait donc que cela? Où est la fierté des vrais croyants?
      Jusque quand?

      http://wp.me/p4Im0Q-1vP

      • 28 Janvier 2017 à 14h09

        lisa dit

        La fierté ne doit pas être une valeur de l’islam car il n’est pas le seul musulman à vivre du travail de gens qu’il exècre.

        • 28 Janvier 2017 à 14h28

          Chriff dit

          Vous faites gravement erreur par votre inculture et vous dites une contre vérité. . 
          Vérifiez et vous apprendrez comme moi qu’en islam le travail à la valeur d’adoration de Dieu. Voici exactement l’expression du Prophète :
          “le travail est un acte d’adoration”.  

        • 29 Janvier 2017 à 18h14

          Alex Z dit

          @Chriff “Le travail est une adoration” dites-vous ? Tiens-donc !
          Encore faut-il mettre des actes derrière ces belles paroles.
          Voilà l’”adoration” du sujet de l’article, selon un de ses amis rapporté par “Ouest France”.

          « Ce n’était pas la peine d’essayer de le trouver avant 15 heures. Il passait son temps à dormir, parce qu’il sortait tard. Il sortait, il dormait, il sortait, il dormait. Il était toujours un peu “stone”. Il faisait les quatre cents coups. Son truc, c’était les bonnes cuites, les femmes, presque une différente tous les soirs… »
          Un grand “adorateur”.

    • 27 Janvier 2017 à 22h21

      Chriff dit

      On a laissé en liberté ce dérangé mental, Il fait parti de ces délinquant et trafiquants de drogue. Pire, il était le patron d’un bar.
      Avec quels revenus??
      On a appris que ces terroristes auteurs des attentats sont composés surtout d’individus d’origine marocaine ayant parfois des liens familiaux entre eux et habitués au cannabis.  Le tout sans opposition de leurs parents qui n’ignoraient pas leur train de vie. 
      Ce ne sont que des écervelés, des criminels connus, multirécidivistes, condamnés, passés par la case prison et fichés.
      On est en pleine folie…
      On comprend mieux pourquoi on nous dit que la religion n’a rien à voir avec leurs crimes barbares. 

    • 27 Janvier 2017 à 19h29

      persee dit

       Tant que l’occident reste  prisonnier de son dogme ; la séparation  de  la foi  et de la raison , il sera impuissant à résoudre l’équation adverse  de cette religion : ” la foi EST la raison “. Il faut donc attaquer cette doctrine . en comprenant la difficulté  à savoir que l’on ne peut pas enlever par la raison   une conviction qu’un individu ne  s’est pas faites par la raison ( lorsqu’elle est inculquée dés  la petite enfance notamment par la peur et la contrainte  ),  

      • 27 Janvier 2017 à 21h44

        Barbapapa dit

        Très juste mais alors comment procéder ?

    • 27 Janvier 2017 à 15h16

      rolberg dit

      « J’ai senti qu’il se radicalisait de manière extrême » ou « J’ai senti qu’il s’extrémisait de manière radicale » ?

    • 27 Janvier 2017 à 12h33

      marcopes dit

      “Salah Abdeslam, l’islam au pied de la lettre” ou plutot Salah Abdeslam, le terrorisme au pied de la lettre; ni fou ni dieu .la religion ayant toujours été associée au pouvoir et à la manipulation elle devient un puissant vecteur de destruction pour ceux qui savent s’en servir et notre histoire nous en donne de nombreux exemples .

    • 27 Janvier 2017 à 11h58

      edeggs dit

      Je sais bien que la presse est là pour informer, mais faut-il offrir une tribune à ce type par média interposé ? L’article du professeur Piquet est intéressant s’il est utilisé pour comprendre la dérive terroriste et la combattre, pas pour comprendre le type dont il est question, sauf à vouloir lui donner des excuses.

      • 29 Janvier 2017 à 11h30

        Danshu dit

        Tout à fait d’accord avec vous. Cet article fait de la propagande pour un individu qui ne demande que cela.