Saint Stéphane Guillon, comédien et martyr
Plus comédien que martyr
Publié le 29 juin 2010 à 18:00 dans Société
Mots-clés : Didier Porte, France Inter, Stéphane Guillon

Viré de France Inter, Stéphane Guillon est-il réellement un martyr de la foi ?
Il l’aura bien cherché, mouillé son maillot, cent fois sur le métier remis l’ouvrage. Mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. Il l’a obtenu de haute lutte et ne le lâchera plus, son bâton de maréchal, son summa cum laude. Héros et Martyr. Guillon viré, enfin, entré au panthéon des victimes de la droite réactionnaire, qui a commis la forfaiture la plus honteuse que l’on puisse imaginer : l’atteinte au droit de libre expression. Bingo ! The winner is Stéphane Guillon !
Un “humoriste”, cela a tous les droits, dit la vulgate de gauche. Eh bien, non. Un humoriste n’a pas le droit de ne pas être drôle, par exemple. Et je ne trouvais pas Guillon drôle. Comique de répétition relou, toujours pareil. Où est l’esprit, où est la nouveauté lorsqu’un comique, devient à ce point prévisible ?
Il y avait eu un précédent en eau de boudin, lorsque Frédéric Bonnaud racontait inlassablement les mésaventures de “Mon Nicolas” sur Europe 1, d’une voix trop haut perchée. Pari impossible que de feuilletonner ainsi pendant toute une saison sur le même sujet. Insupportable parce que plus drôle du tout. Alors Guillon s’y est mis, en draguant la bonne gauche de la gauche, celle qui croit penser, mais ne fait jamais que réagir. Tout ce qui est à droite est moche, con, nul. Tout ce qui est à gauche est élevé, moral, éclairé. Le monde à la photocopieuse, en tout noir et en tout blanc. Et Guillon buzzait. Donc il avait raison ? Pas du tout : il prêchait des convaincus, ceux qui appartiennent à la “gauche automatique”, ceux qui se marrent, qui se bidonnent, trop heureux de se faire instrumentaliser, parce que c’est le prix à payer pour en être…
Des légions entières de beaufs de gauche
Pour en être, pour y appartenir, aux légions de beaufs de gauche aussi nombreux que ceux de droite. Car ils sont bien légion, les beaufs de gauche, sauf qu’ils se singularisent. Le beauf de gauche s’habille d’humanisme, de moralisme ou de militantisme pour se distinguer. À part cela, il est aussi primate, primitif et primaire que le beauf de droite, une sorte de Gaston Lagaffe complètement aigri, souvent loser, qui n’existe qu’en étant contre. Contre la droite bien sûr, mais aussi le grand capital, les méchants de toutes sorte. Parce que le beauf de gauche lui a toujours toutes les solutions, yaka l’écouter, faucon le suive. En lieu de cela, il se panurgise et se retrouve au chaud en bêlant de concert avec les autres moutons. Position confortable qui évite de douter, de s’interroger, de prendre de la distance.
Quand Guillon pratique le harcèlement
Retour à Guillon. On ne pourra pas dire qu’il n’a pas produit des efforts acharnés pour se faire virer. Passons sur le mauvais goût, les délits de sale gueule “humoristiques” pour en venir au bombardement quasi quotidien de ses deux patrons, Jean-Luc Hees et Philipe Val. Nommés par Sarkozy, donc chiens forcément. Un message répétitif qui voulait dire : “Je vous chie dans les bottes, mais vous z’êtes pas cap.” Bien sûr que si. C’est un bon principe que, quand on vous colle une, vous en rendiez deux. Une pour rétablir l’équilibre, et une autre en cadeau de la maison. “Je ne suis pas Domenech”, disait Jean Luc Hees au Monde, et il a bien raison. L’autre aurait trop aimé que le patron de Radio France lise en plus un communiqué de reddition, comme Raymond-la-pas-Science l’a fait avec son équipe de Bleus. Même pas en rêve…
Contre nous de la tyrannie, l’étendard sans gland est levé !
Oui, mais moi, Guillon, je suis humoriste et le droit à la libre expression est sacré. Comme elle est facile, cette excusette. Ah ! la liberté du fou, le bouclier final contre tous les Dark Vador du mal. L’humour n’est de qualité que lorsqu’il s’accompagne de légèreté, même pour dire des abominations. Guillon, lui, pratiquait cette forme de sous-humour qu’est la dérision, qui renvoie à sa substance : le dérisoire, le pas sérieux. Or, il n’y a pas plus sérieux que l’humour. On peut prendre en exemple Guy Bedos, bien de gauche certes, mais avec de l’esprit et de la légèreté, de la créativité. Sauf que lui, il va chercher ses spectateurs sur les scènes, et pas bien à l’abri derrière le micro calfeutré d’un service public qui n’a qu’a être bonne fille ad nauseam.
Il ne manque pas de sel que Philippe Val ait été obligé de virer Guillon, lui qui, pendant des lustres, n’a pratiqué que cela, la dérision, la gauche ouarf-ouarf. Tant pis pour lui, ou tant mieux. On ne peut pas jouer à yau de poêle toute sa vie, faut bien en sortir un jour, dans la douleur parfois…
De profundis Didier Porte
Je suis un salaud, et je manque de solidarité avec l’autre “victime”, Didier Porte qui lors d’un sketch mettant en voix Dominique de Villepin lui faisait dire à plusieurs reprises “j’encule Sarkozy”, un anelkisme qui semble faire florès. Gros, gras, vulgaire. Nicolas Canteloup a fait pendant toute une saison un personnage récurrent de son Villepin qui déteste Sarkozy. Jamais une vulgarité, jamais une lourdeur. Et cela faisait rire.
Non, je ne parlerai pas de Didier Porte, parce qu’il est définitivement un très triste sire. Il s’est répandu dans la presse avec un argument qui tue, enfin qui le tue lui même. En substance : je vais mal et j’ai deux gosses dont je ne peux plus m’occuper, alors je vais les donner à l’assistance publique. Le chantage aux enfants ! Manquait plus que ça : j’ai le droit de dire n’importe quoi, parce j’ai des bouches à nourrir. Pauvre type, t’avais qu’à y penser avant, et tu pourras toujours te souvenir qu’il y a dans ce pays des millions de parents qui ont des bouches à nourrir, sans tomber dans cet odieux chantage. Ils se sentiraient déshonorés de proférer des monstruosités pareilles. Il est vrai qu’ils ne sont pas “humoristes”, mais simplement laborieux…
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L'auteur
GS est journaliste et traducteur.
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Placebo45 dit
Réduire France Inter à Porte et à Guillon et faire d’eux des symboles me paraît relever du grand n’importe quoi ! Heureusement France Inter peut se targuer de compter dans ses rangs nombres de journalistes et de chroniqueurs tout aussi libres et ayant cent fois plus de talent que ces deux moralisateurs de bas étages…
Confondre humour et insulte, même si cette erreur est largement répandue à notre époque, n’en reste pas moins une erreur. Croire que plus t’es méchant plus t’es drôle, c’est juste stupide et je suis poli. Le rire ainsi provoqué me semble malsain, destinés à ceux qui sont trop contents que ça tombe sur quelqu’un d’autre, un peu comme ces automobilistes qui ralentissent au niveau des accidents sur l’autoroute…
Enfin comparer Radio France à Charlie Hebdo me semble d’une mauvaise foi évidente. Si les deux existent pour informer, distraire et faire réfléchir (si si !),
le premier appartenant au service public se doit de ne pas choquer
alors que le deuxième a toute latitude de le faire et ne s’en prive d’ailleurs pas.
Nul doute que Philippe Val a conscience de cela (lui !) et qu’il sait bien
qu’il n’est pas venu à France Inter pour y faire du Charlie Hebdo !
Yul dit
@sophie
“Sur la forme…. qu’en dirait Lacan?”
que le subconscient est un tore.
Sophie dit
@ Rackam
“la camp des vainqueurs, qu’on confond toujours avec celui du bien.”
Bien dit!
Sur le fond, vous avez, comme souvent, tout à fait raison.
Sur la forme…. qu’en dirait Lacan?
Dandy de Grandchemin dit
Miche : “Article de beauf écrit pour les beaufs, et qui prétend dénoncer d’autres beaufs.
De droite, de gauche, on s’en fout : ânonner ainsi des banalités digne d’un café du commerce, d’où ne se dégage qu’une odeur aigre de conformisme cul-serré bien petit-bourgeois comme il faut, je ne vois vraiment pas l’intérêt.
Déménagez, mon vieux, allez sucer les orteils dodus de Berlusconi au pays de la pizza et de la pasta. Ou mieux encore : allez donc ramper aux pieds de Poutine, sur la Place Rouge.
Là-bas, vous trouverez une presse digne, des humoristes fins et toujours pleins d’humour respectueux qui fait pouffer, vaut mieux d’ailleurs car si on ne rit pas c’est la taule…
D’autant qu’accuser Guillon de gauchiste parce qu’il n’aurait tapé que sur des gens de droite, c’est soit la preuve d’une mauvaise foi crasse, soit tout simplement d’une méconnaissance complète du sujet (et alors là franchement, autant fermer sa gueule). DSK ou encore Aubry, sans parler de Royal, on tous fait les frais de son incorrection.
Qu’il ait à assumer son jusqu’au-boutisme, soit. De la à défendre ceux qui l’ont fait taire sous prétexte qu’il ne VOUS faisait pas rire…
De la cuistrerie, pure et dure. ”
Pas mieux.
Heureusement le beauf de droite, il a toujours son Bigard un peu partout, ça au moins, ça le fait rire, aux larmes.
poetiste dit
Parler de Didier Porte et Stéphane Guillon, ça passe le temps quand on a du temps à perdre. Il s’agit là d’un règlement de “conte”, remake du “loup et l’agneau”. Ce n’est pas le rôle des agneaux de hurler ou rugir car après une telle provocation, le loup les emporte et puis les vire. Il n’y a pas d’humour entre le loup et l’agneau. C’est la struggle for life, la loi de la jungle. Seul le loup peut être vulgaire et le rester car il détient le pouvoir. Les loups qui ne sont pas chefs de horde mangent après le mâle dominant, ils hurlent et vocifèrent, c’est leur manière de s’exprimer, ils n’ont droit qu’à cela qu’il soient à droite ou à gauche, vielles notions éculées, entre nous soit dit, car on ne sait plus bien qui est qui. Ave Marianne, ceux qui vont mourir te saluent ! Moi, je ne baisserai pas le pouce. La démocratie des mots crasseux ne me branche pas car elle est une tyrannie éclatée. Laissons les loups hurler avec les loups et les moutons brouter, même à Ganagobie (Étonnante cette référence à des Dominicains dans ce forum!). Bon! J’ai une vaisselle à faire, excusez-moi : j’y vais.
A.C
Chris dit
Il est intéressant de noter qu’au temps de la Révolution Française , le vous-voiement fut banni de la conversation parmi les jacobins ; le vous-voiement étant considéré comme étant anti-révolutionnaire . Le ‘ Monsieur ‘ futt également banni , considéré comme trop aristocratique .
Pour certains révolutionnaires la grossiéreté des maniéres était une conséquence naturelle et une expression de leur liberté et qu’il était trés mal vu d’être trés poli !