Face au terrorisme, la démocratie comme combat | Causeur

Face au terrorisme, la démocratie comme combat

Ne nous laissons pas vaincre par la peur

Auteur

René Poujol
est journaliste, ancien directeur de la rédaction de Pèlerin.

Publié le 27 juillet 2016 / Politique Religion

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Le danger qui nous menace aujourd'hui vient moins des terroristes islamistes que d’une possible résignation à nous laisser diviser par la peur.
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Siant-Etienne du Rouvray, hommage au prêtre égorgé. Sipa. Numéro de reportage : AP21927272_000025.

Le père Jacques Hamel avait 86 ans. Ce 26 juillet il est donc mort, égorgé par deux terroristes se réclamant de Daech, dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, où il célébrait la messe avec quelques fidèles, comme lui pris en otages. Une vie vaut une vie. L’assassinat d’un vieux serviteur de l’Evangile parvenu au terme d’une vie offerte, n’est pas plus abject que celui d’un enfant innocent, broyé sous les roues d’un camion fou, un soir de 14 juillet dans les rues de Nice.

Célébrer la messe, un acte de liberté

Notre République laïque, dans son désir impérieux de tenir tout pouvoir religieux « à distance » des décisions qui concernent la vie de la cité, n’a pas oublié pour autant la force de ce symbole qui a traversé les siècles, se manifestant parfois contre les excès du pouvoir civil lui-même : l’espace sacré de l’église comme ultime refuge contre toute forme de violence, au nom du Dieu d’amour auquel les fidèles ont donné leur foi. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob qui est aussi celui des juifs et des musulmans. Même si chacun le prie dans sa propre « langue » spirituelle. Même si d’autres choisissent librement de se tenir à l’écart de toute appartenance religieuse. Célébrer la messe dans une église ouverte sur la rue, prier Dieu à la mosquée ou à la synagogue sont tout autant des actes d’insurrection, de liberté républicaine que dessiner des caricatures pour Charlie.

C’est bien le symbole religieux d’accueil et de paix, libérateur, civilisateur, qui était visé là et non les dérives matérialistes de nos sociétés sécularisées. Le 19 avril 2015, le massacre qui visait deux églises de Villejuif avait pu être évité. Mais l’on se doutait bien que la cible chrétienne, assimilée au croisé occidental, finirait par resurgir, à l’aveugle, quelque part dans l’Hexagone comme elle existe hélas, depuis des années, en maints lieux du Proche et du Moyen-Orient.

Depuis ce nouvel attentat, le plus étonnant est sans doute l’absence de toute surprise dans les réactions, les attitudes et les commentaires des uns et des autres, dans les prises de décision des autorités. Comme si la feuille de route qui s’impose désormais en de telles circonstances avait été rodée, validée, sans erreur possible, par les drames précédents. Je le dirai ici tel je le pense : l’image qui s’impose à moi est celle d’une forme de désarroi des autorités et de vacuité du discours politique dans son ensemble.

Comme tout citoyen, je m’interroge sur l’action du gouvernement et le soutien parfois ambigu de sa majorité. Je comprends que les Français, dans les sondages, puissent aujourd’hui exprimer leur doute sur la capacité des pouvoirs publics à assurer totalement leur protection. C’est l’une des faces de la réalité, même s’il faut saluer avec gratitude la compétence, la mobilisation et le dévouement exemplaires de nos forces de l’ordre : police, gendarmerie, armée. Pour autant, je n’ai pas trouvé à ce jour dans l’opposition la moindre déclaration qui nourrisse en moi la conviction qu’une « autre politique » serait possible et que les « recettes » formulées ici ou là avec une mâle assurance, auraient pu éviter quoi que ce soit des drames que nous venons de vivre ou seraient à même de nous protéger de manière certaine pour l’avenir.

Que sont nos enfants devenus ?

À dresser un tel bilan dans un contexte où d’autres actes terroristes peuvent survenir à tout moment, on pourrait légitimement se laisser envahir par le doute et la peur. Or la peur ne saurait être une réponse au défi qui nous est jeté. Nous laisser gagner par la peur serait donner raison à ceux qui ont choisi cette stratégie perverse pour nous diviser et faire éclater à terme notre communauté nationale. Oui, quelles que soient nos attentes légitimes vis à vis de nos gouvernants, quel que soit leur devoir de protection, nous savons désormais que d’autres drames sont possibles sauf à renoncer à être un pays de liberté, qu’il nous faut apprendre à vivre sous la menace comme d’autres le font en divers lieux de la planète, et que nous devrons tenir bon, dans la durée, en serrant les poings et les dents, parce qu’il y va de nos raisons de vivre et d’espérer pour nous-mêmes et pour les générations de nos enfants et de nos petits-enfants. Parce qu’il y va de la victoire d’un certain humanisme sur la barbarie.

Oui, nous voici entrés en résistance. Non pas contre d’autres Français, fussent-ils musulmans, eux aussi victimes de la même folie meurtrière. Entrés en résistance contre nos propres peurs et contre ceux qui les nourrissent à des fins électoralistes. Oui nous devons nous battre, sans nous lasser, pour une forme d’unité nationale, en redisant que personne n’est dépositaire des clés d’accès à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui demeurent notre bien commun. Et qu’il est des moments dans l’histoire d’une nation, où des citoyens responsables doivent accepter de suspendre momentanément des surenchères idéologiques, renoncer à la prétention d’imposer leur vérité au seul motif qu’ils en auraient les moyens parlementaires ou médiatiques. Cette sagesse fait aussi partie de notre héritage commun.

Et posons-nous enfin, ensemble, la vraie question : pourquoi certains parmi nos propres enfants en viennent-ils à nourrir une telle haine pour leur pays que répondre à l’appel nihiliste de Daech en y laissant la vie leur apparaisse comme un sort désirable ? Où donc est la faille dans ce que nous continuons d’appeler les valeurs de la République sur lesquelles fonder un vivre-ensemble ?

Si la démocratie est un combat, ne l’épuisons pas en vaines querelles. En temps de paix civile ce serait déjà une faute ; dans la période terrible où nous sommes engagés, c’est devenu un crime absolu.

Dossier: les attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 30 Juillet 2016 à 1h25

      Robert39 dit

      Encore un article provocant.
      Nos enfants? Des enfants massifs (massifs en nombre, massifs en carure, en accoutrement, en langage exotique mais nauséabond, en joggings, en bandes, en attitudes défiantes, agressives, dès leur 3 ans) d’immigrés massifs (depuis des décennies).

      Que sont nos penseurs et simples observateurs devenus?

      Qu’est votre bon sens devenu? 

    • 28 Juillet 2016 à 17h38

      walkyrie dit

      La démocratie ? C’est-à-dire gouvernement du peuple par le peuple ? Où ça ? Je ne vois rien. Nous sommes dans un système bâtard ou le référendum est mal vu, le peuple écarté de tout, le parlement illégitime puisque qu’il y a au moins un parti qui rassemble 25 ou 30% des voix électives et qui n’y a que 3 députés, une justice incontrôlable et incontrôlée par ce même peuple, bref une démocratie qui ne demande aux citoyens que de voter. Après plus rien. Laissez-nous faire. Faire quoi ? Ce qu’on a aujourd’hui. Immigration, terrorisme.

    • 28 Juillet 2016 à 15h51

      porthos dit

      Lamentable. Ce déni de réalité est dramatique. ECRIRE CECI : « Le danger qui aujourd’hui menace vient moins des terroristes islamistes que d’une possible résignation à nous laisser diviser par la peur. » temoigne d’une confusion de la pensée aussi bien que d’une soumission a l’air du temps qui participe au desarmement moral du peuple français.
      Ce pompeux verbiage, ce pret-a-penser indigeste, confineraient au ridicule en d’autres circonstances. Il est, au regard des evenements, ni plus ni moins que criminel.
      Englué dans des nuées idéologiques dont nul n’ignore l’origine, incapable voir et penser les dangers qui nous menace, l’auteur en est reduit a la pratique de la masturbation intellectuelle. A se demander si son cas releve de charenton ou de la paire de claques.

    • 27 Juillet 2016 à 18h47

      Augustin Labiche dit

      Monsieur Poujol,

      De qui parlez-vous quand vous dites : “nos enfants” ?

      Mes salutations interloquées.
      Augustin Labiche.   

      • 28 Juillet 2016 à 0h47

        himavat dit

        Cher Monsieur Labiche,

        comme à l’ usage, vôtre sens de l’ observation fait merveille.
        Plus c’ est écrit gros, moins on le voit …
        “Que sont nos enfants devenus ?”

        Des individus peu recommandables, de ceux que nos mères ne nous auraient jamais permis de fréquenter, ajouteraient, d’ un air effronté :
        “Et ta soeur?”

        Serait-ce excessif selon vous?

        En tous cas dimanche, j’ accompagne mon honorable mère, l’ église a toujours pour la grand’messe un Suisse avec une belle hallebarde.
        Ce qui permettra d’ éviter de déplacer nos forces armées déjà bien dispersées …
        J’ étais samedi dernier à la gare de Lyon, grand départ en vacances, c’ était aussi bien gardé qu’ un 14 juillet à Nice.
        Effarant.

        Toujours en l’ attente de vos observations.

    • 27 Juillet 2016 à 18h07

      Habemousse dit

      A part célébrer la messe que préconise monsieur Poujol pour protéger nos enfants et nos petits enfants ? Les mettre à la crèche de l’Elysée ?

      • 27 Juillet 2016 à 18h30

        himavat dit

        leur petit monde s’ effondre
        ils ont la pétoche
        mais c’ est reparti pour un tour
        “Entrés en résistance contre nos propres peurs et contre ceux qui les nourrissent à des fins électoralistes”

        si on lui dit
        arme la police, camarade, un peu mieux
        entraîne là, au lieu de financer les assoc’s
        détricote gentiment les lois taubiresques
        s’ il faut investir dans les prisons, investis!
        expulse les imams s’ il se faut
        et surtout attaque-toi aux réseaux de financement et au vivier où ces jolis poissons circulent et prolifèrent, la voyoucratie des quartiers
        rien que ça, on verrai du changement
        et on parlera ensuite des élections
        si tu fais rien camarade, tu les perds
        normal

      • 27 Juillet 2016 à 18h34

        Cosmo dit

        L’anticlérical de service est au garde à vous!  Vous pouvez aussi siffler le Pont de la Rivière Kwai et fanfaronner!

    • 27 Juillet 2016 à 17h03

      Flo dit

      Quand je lis ce genre de phrase “Nous laisser gagner par la peur serait donner raison à ceux qui ont choisi cette stratégie perverse pour nous diviser et faire éclater à terme notre communauté nationale”, je fais pffff…

      Mais vous avez du sang de navet dans les veines pour vous positionner par rapport à nos ennemis auxquels notre premier devoir serait de ne pas leur “donner raison” ? Quel est donc ce raisonnement pervers où il faudrait de toute importance et de toute urgence ne pas “leur donner raison” ? 

      Vous êtes grave de chez grave. C’est du narcissisme pur et simple. On se regarde discourir et on se trouve beau. C’est digne du “L’ai-je bien descendu ?”. Pitoyable.
       

      • 27 Juillet 2016 à 17h41

        L'Ours dit

        Tout à fait d’accord flo. Le “ne pas leur donner raison” est une manoeuvre de plus pour nous museler.
        Et encore là ça passe à peu près puisqu’il parle de peur. Et effectivement, j’en ai marre de voir des gens interviewés dire qu’ils ont peur. Ca oui c’est une victoire pour les islamistes car c’est un de leur but.
        Qu’ils parlent donc de notre colère.

        • 27 Juillet 2016 à 17h59

          Flo dit

          “Ne pas leur donner raison” est un slogan vide de sens pour masquer sa propre lâcheté.
          Et je n’en peux plus de tous ces narcissiques qui s’admirent dans leur beau miroir avec leurs discours complètement à côté de la plaque, sans le moindre sens, et qu’ils trouvent sublimes.

          Il ne faudrait pas avoir peur car “ce serait leur donner raison” ! J’ai rarement entendu un truc aussi niais. Si nous ne devons pas céder à la peur, c’est parce que la lâcheté ne nous sera d’aucun secours. C’est tout.