Saint Augustin Legrand, comédien et rebelle | Causeur

Saint Augustin Legrand, comédien et rebelle

Don Quichotte le Retour, une histoire à coucher dehors ?

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 28 octobre 2008 / Médias

Je ne sais pas pour vous mais, pour moi, la période est éprouvante. Pas un jour ne se passe sans qu’un grand rebelle, mort ou vif, ne soit proposé à notre admiration. Aux heures de grande écoute, il n’est plus question que de résistance, d’anticonformisme, de combat – contre les préjugés, les conservatismes, les pesanteurs, la pauvreté, la faim dans le monde, les institutions. C’est à se demander pourquoi il est si important de lutter contre un ordre établi que personne ne défend. Ce n’est pas nouveau, juste massif : “l’esprit Canal” règne en maître, y compris à TF1.

Après avoir enduré la canonisation de Coluche, “saint laïque” comme l’a déclaré sans rire un intervenant du “Fou du roi”, il a donc fallu supporter celle – plus discrète il est vrai – de Mesrine, ancien ennemi public numéro devenu un rôle-titre1. Le cadavre de Mesrine n’était pas encore froid (vous voyez ce que je veux dire) que feu l’ennemi public a dû céder la place sur les écrans à sœur Emmanuelle ensevelie sous un tombereau de superlatifs avant de l’être sous la terre, chaque journaliste y allant de surcroît de sa petite anecdote sur sa rencontre avec l’une des concurrentes les plus sérieuses de Zidane “dans le cœur des Français” comme on dit au JDD.

En plus de faire le bien, elle savait faire des relations publiques, la fiancée du Seigneur. Le lancement post-mortem de ses mémoires devrait figurer dans les annales du marketing. Face aux souvenirs masturbatoires d’une nonne, le dialogue BHL/Houellebecq est soudain apparu comme de la pure branlette. Futée, la sœur savait parfaitement qu’elle n’intéresserait personne avec d’assommantes histoires de miséreux et de brigands convertis à l’amour de leur prochain. (Il faut un Capra pour faire du grand art avec un tel pitch.) Et puis, après une vie en habit de nonne, elle avait envie de se mettre un peu à poil, vous comprenez. Non, je ne blasphème pas, c’est exactement ce qu’elle a dit : “Je ne veux pas, de mon vivant, être nue devant d’autres. Pourtant, je veux me dénuder.” Au nom, évidemment de l’exigence de vérité. La plupart des gens ne pensent pas que la vérité leur impose de raconter à la terre entière leur découverte du touche-pipi, et c’est heureux. En tout cas, sœur Emmanuelle a doublement gagné ses galons de rebelle : d’abord, en demandant au pape d’autoriser la contraception, puis en faisant savoir urbi et orbi que même les nonnes ont un clitoris. Moi ça me gêne un peu cet étalage, mais il paraît que c’est la preuve qu’elle était aussi une femme (à prononcer en appuyant) et même une femme libre. À poil par-delà la mort : une vraie rebelle, sœur Emmanuelle. Après tout, comme le dit une héroïne de Pascale Ferran que je ne remercierai jamais assez pour cette réplique, “il vaut mieux être belle et rebelle que moche et re-moche”.

Peut-être devrais-je en venir au véritable sujet de cet article. Après cette indigestion de rebellitude couronnée, on pouvait espérer être tranquilles pour quelques jours. Macache. Alors vint Augustin Legrand, ami des sans-logis et terreur des puissants. Augustin Legrand, vous vous rappelez ? Les SDF du canal Saint-Martin, les tentes Quechua, les people égarés, les engagements solennels du candidat Sarkozy, le “plus jamais ça” lancé par ce grand échalas à qui on trouva des airs christiques : sur nos écrans, les Don Quichotte avaient assuré le show, donnant à nos fêtes de fin d’année ce supplément d’âme, ce zeste de conscience malheureuse sans lequel le foie gras aurait eu moins bon goût. Sur ce, Augustin avait filé on ne sait où pour un tournage. (suite)

  1. Au passage, quand le type qui jouait le rôle de Vincent Cassel était un héros de JT, c’est-à-dire dans les années 1970, on prononçait le “s” de son nom. Aujourd’hui, pas un journaliste, pas un chroniqueur ne commettrait un tel impair : comme si notre saint truand avait du fond des enfers, fait passer la consigne.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 6 Novembre 2008 à 15h40

      marco dit

      Madame, merci de me laisser croire qu’existent encore quelques poches de résistance à la bêtise angélique consensuelle et au culturellement correcte.
      Je ne m’étonne plus du fait que les français soient champions du monde de prises de “psychotropes” . (Substances médicamenteuses, politiques et culturelles)

    • 4 Novembre 2008 à 4h46

      Ludovic Lefebvre dit

      Zemmour, rebelle, pas si sûr quand il est face à BHL. C’est la seconde fois qu’il regarde ses chaussures au lieu d’argumenter comme il l’a fait avec Glucksman, par exemple.
      Eric Zemmour est rompu à l’exercice, a les armes sémantiques, historiques nécessaires, ce n’est pas d’ailleurs compliqué de relever les contradictions. Je ne comprends pas !

    • 1 Novembre 2008 à 17h33

      Jean-Marie 92 dit

      Il y a quelques années, quand la rebellitude a commencé d’être le nouveau must au pays des médias, on avait l’occasion de sourire et même de rire assez souvent. Quoi de plus farcesque qu’un BHL, par exemple, se proclamant écrivain maudit et baillonné par la presse ? Puis sont apparus d’autres rebelles, qui prenaient très au sérieux leur carrière, eux aussi, et surtout, surtout, ne supportaient pas la moindre contradiction. Ceux-là maîtrisaient au plus au point la technique de la prise de pouvoir médiatique : pour base une cause inattaquable, pour tremplin du visuel hyper vendeur, et comme tactique une agressivité tous azimuts. Augustin Legrand, avec l’inoubliable séquence des tentes Quechua au bord du canal et ses provocs permanentes, en est quasiment le prototype. Merci à Elisabeth Lévy de l’avoir épinglé contre Zemmour. Legrand chez Ruquier s’est révélé en vrai et en nature. Legrand, c’est un mec qui est tellement sûr d’avoir raison qu’il en serait prêt apparemment à cogner.
      Apparemment. Mais au cours de cette séquence pénible (et presque terrifiante par moments), le vrai rebelle, c’était finalement Zemmour.

    • 1 Novembre 2008 à 2h33

      Ludovic Lefebvre dit

      Emilie et Patrick, je suis né rue du Chien qui Fume, dois-je aboyer dès que j’allume une Craven A ?

    • 31 Octobre 2008 à 3h24

      Ludovic Lefebvre dit

      Se trouver ou se retrouver à la rue et devoir dépendre de sieurs comme les Legrand frères, voilà un acharnement du sort, un double coup de griffes. Il fait froid, tu es anxieux et fatigué et voila Augustin qui débarque avec sa tronche de cake, qui t’interdit de boire, qui pose face caméra en te parlant comme si tu étais demeuré, qui dort à tes cotés. Heureusement au réveil, il reste le canal Saint-Martin pour pouvoir se jeter dedans !

    • 30 Octobre 2008 à 23h27

      Emilie dit

      Voyez comme les choses sont bizarrement agencées et comme la vie est spirituelle : figurez-vous que je suis née rue Javert et j’ai, il y a quelques semaines, démasqué ce misérable…LO !

    • 30 Octobre 2008 à 20h14

      Patrick dit

      Candide,
      Superbe recherche, vives félicitations ! Cela confirme la grande antériorité du personnage à son irruption chez Lewis Carroll. D’aucuns jugeront notre conversation superficielle, je la crois essentielle par les temps qui courent : elle ne coûte ni ne rapporte rien, elle s’exclut d’elle même du règne marchand.

      Zoran
      Il y a quelque chose d’étrange dans votre protestation, une opacité qui me rebute autant qu’elle m’intrigue, et une «singularité» qui ne laisse pas indifférent.

      Émilie
      Figurez-vous que je suis né près de la rue de Lévis, à Paris. J’en suis heureux mais je n’en tire aucun orgueil et ne fonde non plus là-dessus nulle parade d’immodestie…

    • 30 Octobre 2008 à 18h22

      Béret vert dit

      Bravo madame Levy. Notre saint Augustin du XXème est un modèle de charité inspiré de Saint Luc ( le vrai):

      Saint Luc, Chapitre 12, verset 24:
      « Considérez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont ni cellier ni grenier ; et Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas plus que les oiseaux ! »

      http://www.blog-agri.com/beretvert/index.php?id_article=364&commentaires=on&titre=La_Parabole_du_riche_fermier

    • 30 Octobre 2008 à 18h17

      Zoran dit

      Patrick : vous avez très bien compris l’allusion et le message.

      Votre question n’a strictement aucun intérêt : vous êtes dans la recherche des satisfactions mesquines.

      Commencez donc à parlez sérieusement “ressentiment” et “bouc-émissarisation”.

      Essayez de prendre un peu de hauteur.

      Les entrevues d’É. Lévy sur F-Inter étaient nettement plus intéressantes, grâce aux invités, que ces radotages.

      Bref, tout dépend des invités et des participants.

    • 30 Octobre 2008 à 18h16

      Emilie dit

      Pour P.M, qui se reconnaîtra, s’il passe par ici., ces quelques mots du Duc de Lévis :

      Vous vous croyez modeste, je ne vous savais pas si orgueilleux! ;-))

    • 30 Octobre 2008 à 18h12

      candide dit

      Patrick je vs confirme que le point de départ c’est bien la chute de ce canon à COLCHESTER EN août 1648….
      “H.D ..sur un mur
      H.D ..a eu une grande chute et la suite vs connaissez .En fait le canon était sur un mur prés de l’église et non sur le clocher comme je l’ai dit précédemment .

    • 30 Octobre 2008 à 17h45

      candide dit

      Un ami me confirme que c’est en 1649 que la comptine serait partie, une fois que ce canon fût détruit et tombé à terre du haut ,effectivement ,d’une église .A vérifier .

    • 30 Octobre 2008 à 17h36

      CANDIDE dit

      Il me semble que c’était le nom d’un canon monté sur une église mais n’en sait pas plus à ce jour .Sans doute début 17 ème ou fin 16 ème pendant la guerre civile anglaise .

    • 30 Octobre 2008 à 17h01

      Patrick dit

      Zoran,
      Après cette tornade dont le taux d’alcoolémie doit atteindre 5%, ce tsunami de comptoir qui m’ont laissé pantois et tremblant, auriez-vous l’obligeance de répondre à la question que j’ai eu l’impudence de vous soumettre et que j’ai l’imprudence de vous poser derechef :
      «Pour mon malheur, implacable bretteur, je vais néanmoins insister : je continue à penser (ou à espérer) que la figure comique de Humpty-Dumpty est antérieure à son apparition dans Alice au pays des merveilles.»

    • 30 Octobre 2008 à 16h26

      Joëlle dit

      Zoran, éclairez-nous. A qui s’adresse cette rhétorique approximative?
      A des phrases comme celles-là : “il y a des gens bien plus subtils et sérieux que Zemmour”, “”vous vous accrochez à votre héros télévisuel”, faut-il répondre? Leur bêtise intrinsèque les condamne immédiatement.
      Je ne sais pas ce que c’est qu’une société française pure et moi, ça ne m’intéresse pas.
      Pour ce qui est du conflit, si vous l’aimez particulièrement, soyez rassuré, vous ne serez jamais en manque dans notre beau pays. Personnellement, je préfère l’éviter quand c’est possible.
      Mais celui qui que vous visiez réellement va peut-être vous répondre.

    • 30 Octobre 2008 à 16h10

      Agathon dit

      “Eric Zemmour est un symptôme. Celui du rabougrissement de la France”.

      Le sarkozysme a ses émules à la téloch.
      C’est le “mahdi” des communautaristes.
      Un ayatollah

      Je crois bien que c’est un peu cela.