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Que retenir des analyses et commentaires entendus lors de la commémoration du 20e anniversaire du génocide du Rwanda ? Qu’il fut le « génocide des voisins », que la France en fut un acteur primordial, que sa longue planification fut connue de tous et délibérément ignorée, enfin que le président Kagamé, sauveur du peuple tutsi, s’est attelé avec succès à la tâche de réconcilier les Rwandais et de moderniser son pays. Je tenterai de montrer ici qu’il ne s’agit là que de vérités partielles dont la somme constitue un mensonge intéressé, servant la propagande d’un régime dictatorial.

En criminalisant la quasi-totalité des Rwandais hutu, et la France derrière eux, en se présentant comme la voix des suppliciés, le régime rwandais cherche à dissimuler les crimes de masse dont il est lui-même coupable, au Rwanda comme en République démocratique du Congo. Les centaines de milliers de morts qui lui sont imputables le placent parmi les pires régimes de terreur de l’Afrique contemporaine. Seul le président du Soudan, Omar El-Béchir, le surpasse dans ce domaine. Mais on trouvera peu de gens en France pour vanter les mérites de celui-ci, tandis qu’on se bouscule pour relayer le discours de celui-là. S’il est politiquement et moralement juste de distinguer entre un génocide et des massacres, il est choquant d’enfouir dans l’oubli, comme s’il s’agissait d’un négligeable dommage collatéral, les centaines de milliers de vies détruites sous l’autorité du nouveau régime rwandais. Ce fut pourtant, au Rwanda bien sûr et dans une large mesure en France, la tonalité dominante de cette commémoration.

*Photo: Soleil

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