Pour Ruth Elkrief, Mélenchon c’est “l’URSS des années 50″ | Causeur

Pour Ruth Elkrief, Mélenchon c’est “l’URSS des années 50″

Oui mais avant ou après 1953?

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 12 avril 2017 / Médias

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Jean-Luc Mélenchon, un portrait de Staline et Ruth Elkrief, SIPA. 00801640_000002 / AP20016345_000002 / 00722133_000024

Alors que l’on commence à tester des seconds tours avec Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, on sent une certaine fébrilité inquiète gagner les esprits les plus mesurés même celui de l’ami Hervé Algalarrondo.

Cette fébrilité devient même à l’occasion une franche panique. Ainsi, Ruth Elkrief, qui est la grande prêtresse du bavardage politique sur BFM a-t-elle déclaré, dans une hyperbole apeurée : « Mélenchon, c’est l’URSS des années 50 ! »

Staline or not Staline?

Admettons. Ce n’est pas le cas, hélas, mais admettons. D’abord, il aurait été étonnant que Jean-Luc Mélenchon, trotskiste passé par la social-démocratie avant de promouvoir une révolution citoyenne inspirée du président équatorien Rafaël Correa qui vient de laisser la place à son successeur de même obédience Lenin Moreno (comme son prénom l’indique), ait eu, dans l’URSS des années 50, une espérance de vie légèrement supérieure à un piéton traversant la place de la Concorde à six heures du soir. Et puis, entendons-nous bien, l’URSS des années 50, d’accord. Mais avant ou après 1953 ? C’est à dire avant ou après la mort de Staline ? En effet, l’URSS des années 50 après la mort de Staline, c’est celle du dégel entamé par Nikita Kroutchev malgré des tentatives post-staliniennes pour le déstabiliser, notamment après son célèbre discours de février 56. Il semblerait même que cette époque qui dure jusqu’en 1964, année où le pauvre Nikita est déposé, ait été une période relativement heureuse si l’on en croit par exemple l’étonnante somme de Francis Spufford, Capital rouge, un conte soviétique, paru en France à  la fin 2016 aux éditions de l’Aube.

Dans ce docu-fiction qui a la forme d’un roman total, Spufford montre que cette URSS des années 50 qui envoie le premier cosmonaute dans l’espace, est un moment historique paradoxal, où après le cauchemar stalinien, les citoyens soviétiques et leurs dirigeants y croient, y croient vraiment et pensent que leur société est sur le point d’égaler l’ennemi américain. Et il est vrai que si l’on y songe, dans cette URSS qui libérait certains de ses prisonniers politiques, on vivait dans un pays égalitaire, ou qui tendait fortement vers l’égalité, un pays souverain, avec sa monnaie et son armée, un pays sans péril islamiste, sans délinquance et avec des services publics dignes de ce nom, un pays où les femmes, même, avaient accès à la contraception et à l’avortement sans que personne ne songe à remettre tout ça en question. J’en connais en France, dans les régions désindustrialisées, les attentes aux urgences ou les plannings familiaux qui ferment, qui signeraient tout de suite.

Kim Jong-Un va être jaloux!

Bref, si Ruth Elkrief voulait montrer à quel point une France mélenchoniste était un cauchemar, elle aurait été plus avisée de parler de l’URSS des années 30, par exemple, ou de la Corée du Nord aujourd’hui.

Plus sérieusement, le programme de Mélenchon est-il aussi à gauche que ça ?  Bien entendu, il y a chez lui une ferme intention de rééquilibrer le rapport de force entre capital et travail. Mais les inégalités se sont tellement creusées dans les politiques néolibérales austéritaires à l’œuvre depuis trente ans et qui ont les résultats que l’on sait, qu’on ne voit pas comment on pourrait aller plus loin sans attaquer l’os, que ce soit dans la version Barbour-Cyrillus conservatrice de Fillon ou dans la version ubérisée cool de Macron. A la limite, le programme de Benoît Hamon, en tout cas celui du Hamon vainqueur des primaires et non du Hamon qui en voulant se recentrer pour sauver l’unité du PS, se « gastondefferise » puisqu’il est lâché de tous les côtés, était plus à gauche puisqu’il voulait en finir avec la « valeur » travail grâce au revenu universel.

Que Ruth Elkrief se rassure, Mélenchon, c’est au bout du compte un programme de centre-gauche qu’il propose. Simplement, le paysage politique s’est tellement droitisé ces dernières années qu’arriver avec un programme raisonnablement social, par une manière d’illusion d’optique, donne l’impression d’avoir à faire à Che Guevara alors que ce serait, au mieux, Mitterrand en 81-83 ou Jospin en 97-99. Et que de toute manière, la gauche au pouvoir, en France, c’est comme l’amour chez Frédéric Beigbeder, ça dure trois ans, grand maximum.

Ce sera juste un sale moment à passer, Ruth Elkrief, juste ça. Hélas…

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 16 Avril 2017 à 6h07

      Pol&Mic dit

      LE “PROGRES” socialiste !…….. oupsssss! et re-oupssss!

    • 14 Avril 2017 à 12h54

      Augustin Labiche dit

      Monsieur Leroy,

      Je suis d’accord avec vous : Ruth Elkrief n’y est pas. Mélenchon est à l’image du Ubu des Caraïbes, donnez-lui un pays développé disposant d’une manne pétrolière et moins de dix ans après vous faites la queue pour vous acheter du papier hygiénique.

      Mes salutations prolétariennes.

      Augustin Labiche. 

    • 14 Avril 2017 à 12h46

      Guy Gatignol dit

      Mitterrand en 81-83 ?
      On a vu comment cela s’est terminé. Très, très mal. Il faudrait être fou pour rééditer cette expérience calamiteuse.
      Voyons de plus près : Le programme de Jean-Luc Mélenchon, c’est…

      Une hausse massive de la dépense publique et des impôts
      - 200 milliards d’euros de dépenses supplémentaires (pour nationaliser, recruter des fonctionnaires, etc.). Soit une hausse de plus de 50% du budget
      de l’État … que nous devrons payer.
      - D’ores et déjà, des augmentations d’impôts annoncées (plus de 80 milliards d’euros) supérieures aux hausses cumulées des quinquennats Hollande
      et Sarkozy.

      La sortie de l’Europe et de l’euro
      Elle est inévitable. Avec Mélenchon (comme avec Marine Le Pen), ce sera alors un saut dans le vide, avec
      -La ruine assurée des épargnants : une monnaie nationale plus faible, et donc une baisse assurée de la valeur des économies des Français. De 20 à 40%.
      - Une baisse massive de pouvoir d’achat: 1500 euros par ménage et par an. Au moins.

      Une politique étrangère dangereuse
      -Un candidat complaisant avec la Chine et la Russie, dont une renégociation du territoire est prévue (“Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières issues de l’ancienne Union soviétique”)
      - Une fascination pour le Venezuela (“une source d’inspiration pour nous”), qui pourrait être le pays le plus riche d’Amérique latine avec ses réserves pétrolières mais qui connaît aujourd’hui une crise sans précédent
      - Un isolement assuré pour la France: sortie de l’Europe, sortie de l’OTAN et sortie de l’OMC pour rejoindre… l’Alliance Bolivarienne du Venezuela et de Cuba (dont l’Iran et la Russie sont des membres observateurs).

      Un blocage annoncé de la société
      - Alors que les efforts doivent être portés sur l’emploi, le travail et la sécurité, les débats se concentreront sur le passage à une sixième république au début du quinquennat, ce qui fera peser une grande incertitude sur l’avenir pendant plusieurs mois… voire années.

      Nous irions droit à la catastrophe.

      • 14 Avril 2017 à 13h15

        Guy Gatignol dit

        Je me suis “amusé” à faire la même étude du programme de Marine Le Pen. Les similitudes sont assez effrayantes.
        On y trouve :

        La sortie de l’Europe et de l’euro, avec des conséquences désastreuses pour chacun :
        - La ruine assurée des épargnants : une monnaie nationale plus faible et donc une baisse assurée de la valeur des économies des Français. De 20 à 40%.
        - Une baisse massive de pouvoir d’achat: 1500 euros au moins par ménage
        et par année. Sans compter les éventuels effets d’une taxe aux frontières.
        - Une fermeture assurée de marchés étrangers pour nos entreprises et nos agriculteurs (près de 80% des débouchés à l’export des fromages français
        sont par exemple dans la zone euro).

        Des promesses de dépenses pour tous, au détriment inévitable de nos impôts… et de la dette de nos enfants.
        - Plus de 100 milliards de dépenses prévues, avec une approche clientéliste assumée et des dépenses inconsidérées (la nationalisation des autoroutes coûterait à elle seule entre 15 et 20 milliards d’euros, soit l’équivalent de 1000 collèges).
        - Inévitablement, des hausses d’impôt pour tous ou de la dette pour nos enfants… il faudra bien payer.

        Une politique étrangère dangereuse
        - Une candidate complaisante avec la Russie (“Je ne crois absolument pas qu’il y ait eu une annexion illégale en Crimée”), auprès de laquelle son parti n’hésite pas à se financer.
        - Un isolement assuré pour la France : sortie de l’Europe et du commandement intégré de l’OTAN.

        Le “petit plus” Le Pen :
        - Pour la première fois, un projet d’inscription de la préférence nationale dans la Constitution.
        - Des positions d’exclusion toujours bien là : sur les fonctionnaires, menacés avant l’élection, sur le renoncement au principe de scolarisation gratuite des enfants quel que soit le statut de leurs parents.
        - Avec ses déclarations sur le Vel’ d’Hiv, elle a rappelé que le FN est toujours le parti de son père. Avec un programme qui ne protège pas les Français mais les menace.

        Je copie colle… catastrophe.

    • 14 Avril 2017 à 10h57

      José Bobo dit

      Mélanchon n’a aucune chance d’être élu, il est par contre la meilleure (sinon la seule) chance pour Le Pen s’il parvenait au second tour.
      Ceci posé son programme est quand même digne des pires programmes de gauche jamais proposés en France : tranche de l’IR à 100%, nationalisations, sortie de l’Europe, 6e République, ouverture des frontières, augmentation délirante des bas salaires, des prestations sociales… Ce type n’a aucun autre intérêt que de permettre à de petits fonctionnaires de se prendre pour des révolutionnaires à bon compte, sans rien risquer de leurs petits avantages. Minable, minable, minable !

      • 14 Avril 2017 à 12h48

        Guy Gatignol dit

        Non, il écraserait Le Pen.
        Mais il serait tout aussi irresponsable et dangereux qu’elle, ne vous y trompez pas.
        et ce seraient bien sûr les classes moyennes et modestes, donc leurs électeurs, qui seraient laminées. Les riches s’en sortent toujours.

      • 14 Avril 2017 à 12h52

        i-diogene dit

        Mélenchon a simplement occulté le fait que l’ Etat est financé par l’ activité économique..

        .. C’est ballot de scier la branche..!^^

        • 14 Avril 2017 à 13h32

          Guy Gatignol dit

          C’est toujours la même histoire.
          Voilà pourquoi les expériences marxistes ont toujours échoué et continueront à échouer.

    • 14 Avril 2017 à 9h42

      palast dit

      Dans un pays de gens jaloux et aigris comme la France le succès de Monsieur MELENCHON notre petit GOTTWALD n’est pas étonnant.

      Nos communistes recueillaient près de 30 % des voix dans les années 50.

      On peut malheureusement craindre son élection si il arrive au second tour….

      Son programme prévoit que la France adhérera à l’Union Bolivarienne !!!

    • 14 Avril 2017 à 9h12

      agatha dit

      ” pays sans délinquance”, soit, ce n’est pas faux, mais pourquoi ? Est-ce que Jérôme Leroy est prêt à accepter un état policier fort ? Je ne crois pas, d’après toutes ses prises de position ici. S’il essaie un jour de nous inventer une version inédite : le communisme libertaire, ça va devenir intéressant !
      Cela dit sans esprit anti-communiste forcené de ma part. J’ai déjà dit ici que la vie à Moscou sous Brejnev n’était pas forcément l’horreur absolue, par exemple pour un étudiant étranger lambda.