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L’Orchidoclaste se met en scène

Rudy Ricciotti à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine

Publié le 15 juin 2013 à 9:30 dans Culture

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rudy riccioti masson

Rudy Ricciotti bénéficie jusqu’en septembre d’une exposition monographique à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine sobrement intitulée « Ricciotti architecte ». La scénographie elle-même est sobre, la salle est plongée dans la pénombre et peu d’objets sont présentés. On découvre une trentaine de projets réalisés ou non sous forme de grandes photographies qui défilent sur des écrans disséminés dans la salle. Au sol se trouvent des éléments de structure en acier ou des moules de coffrages en béton à l’échelle 1, qui servent à délimiter les différentes parties de l’exposition. Aux murs on peut voir de belles photographies et des aquarelles représentant des détails des réalisations les plus emblématiques de Rudy Ricciotti (le Pavillon noir à Aix-en-Provence, le Département des Arts de l’Islam au Louvre, le stade Jean Bouin). Enfin sur le mur du fond un petit écran (trop petit) diffuse un entretien produit par la Cité de l’Architecture : l’architecte y aborde surtout les questions techniques, en particulier le béton son matériau fétiche.
L’exposition comporte seulement deux maquettes et aucun dessin préparatoire, c’est un choix du commissaire en accord avec l’architecte lui-même. Des bornes multimédia complètent la présentation mais la scénographie privilégie en réalité les grandes images mouvantes qui focalisent l’attention des visiteurs, et c’est là que réside une des principales lacunes de l’exposition. En effet il n’y a aucune date mentionnée pour les bâtiments, seulement le lieu et le cas échéant le concours (on regrette au passage que les projets de Ricciotti aient été rejetés pour certains concours comme celui du Musée du quai Branly). L’absence de chronologie gêne si l’on ne connaît pas bien la biographie de l’architecte, et le public peut se laisser entraîner dans une rêverie esthétique. Outre la beauté, les bâtiments de Ricciotti ont une forte identité qui dérange et une présence physique évidente, on ne peut les réduire à de belles images. L’exposition conçue par un cabinet d’architectes semble donc s’adresser aux initiés: elle donne l’impression étrange d’évoquer l’œuvre de Ricciotti par l’absence comme s’il s’agissait d’un décor de cinéma.
Le cinéma resurgit justement dans le documentaire de Laetitia Masson qui accompagne l’exposition, intitulé L’Orchidoclaste (synonyme de casse-pieds mais la traduction littérale est plus fleurie). La réalisatrice avoue au début ne pas savoir exactement quel portrait elle veut tourner et cela suscite une certaine inquiétude chez Rudy Ricciotti. Elle dit le filmer comme un homme filme une femme, et cette inversion des rôles fait naître un trouble perceptible pendant toute la durée du film. Il cherche à la séduire, il se montre provocateur voire vulgaire, mais Laetitia Masson contourne les obstacles avec finesse. Elle ne réussit cependant pas à débusquer l’architecte derrière l’homme du sud, il lui échappe toujours au profit de la personnalité publique de Ricciotti, comme elle s’y attendait. La réalisatrice utilise la métaphore de la corrida pour décrire ce rapport de force, la comparaison s’imposait vu les origines gitanes et camarguaises de l’architecte, mais la séduction réciproque appelle plutôt l’image d’un tango périlleux. Dans les dernières minutes du film on voit quelques scènes amoureuses jouées par la réalisatrice et l’architecte sans que l’on sache ce qui relève du vécu ou du rêvé, elle dit simplement que ce ne sont ni des souvenirs ni des fantasmes mais juste du cinéma. Cela ajoute encore au trouble du spectateur…
Ce documentaire renforce surtout l’impression que Ricciotti cherche à éviter qu’on le définisse, comme s’il se situait toujours sur un autre plan. L’exposition sans chronologie couplée au documentaire délimiterait l’espace de la fiction comme le lieu où Ricciotti existe pleinement aux côtés de ses réalisations : il parle fréquemment de « narration » pour les décrire. On sort de l’exposition convaincu qu’il évolue dans les interstices d’une fiction qu’il construit lui-même.

Rudy Ricciotti à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine jusqu’au 8 septembre 2013.

*Photo : capture d’écran de L’Orchidoclaste, film de Laetitia Masson avec Rudy Ricciotti.

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  • 17 Juin 2013 à 4h14

    Bruno Cortona dit

    L’Orchidoclaste,

    tétrapilectomie ou capillo-traction ?

    Pédication de brachycères ?

    De qui Rudy Riccioti, architecte connu, reconnu et à la réussite internationale casse t il les COUILLES ?

    Allez, réponds Olympe, on s’en fiche que Laet’ craque pour lui, on veut savoir qui a les COUILLES cassées !

    Des noms, des noms !

  • 15 Juin 2013 à 16h09

    agatha dit

    Je n’aurai pas l’occasion d’aller voir cette expo, en revanche je savoure ceci, sans doute sa dernière réalisation, en collaboration avec Roland Carta, inaugurée début juin :
    http://www.laprovence.com/article/loisirs/2393421/le-mucem-elu-a-lunanimite.html
    Je n’ai pas encore vu les collections de ce nouveau musée, mais pour le bâtiment, c’est une vraie réussite. En dehors du snobisme et du lyrisme obscur qui se rattachent d’habitude à l’art contemporain, on peut assurer que c’est une belle et délicate architecture. Mieux que sur les photos qui ne lui rendent pas justice, sans doute parce qu’il manque l’air, le vent, l’horizon marin. Cela complète à merveille la nouvelle organisation aux abords du Vieux-Port.
    Ce n’est pas “un cube sombre”, comme dit par un journaliste télé. Et apparemment, les touristes – surtout étrangers- apprécient.

  • 15 Juin 2013 à 11h40

    laborie dit

    Question “casse-couille” ça doit en effet se poser là….

    • 15 Juin 2013 à 11h41

      laborie dit

      …et peut-être même au pluriel…

    • 15 Juin 2013 à 18h33

      Victoire5678 dit

      C’est vrai que vous manqueriez à Causeur, vous…