Romy impératrice | Causeur

Romy impératrice

France 3 rend hommage à l’égérie de Sautet.

Auteur

François-Xavier Ajavon

François-Xavier Ajavon
Chroniqueur, professionnel de la presse.

Publié le 11 novembre 2016 / Culture

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Pour occuper nos heures fériées, le service public propose, vendredi 11 novembre, un documentaire sur Romy Schneider. Loin du sensationnalisme habituel qui entoure la vie de l'actrice, le réalisateur Pascal Forneri nous livre une Romy intime et facétieuse, celle des films et non des drames.

Romy Schneider au festival de Cannes, mai 1957. SIPA. 00615990_000001

Chaque année, en France, pour marquer l’anniversaire de la naissance de Dostoïevski et célébrer l’armistice de la Grande guerre, le 11 novembre est férié. Les Français moyens font la grasse matinée, les anciens combattants se réunissent avec les sous-préfets au pied des monuments aux morts, les enfants finissent par s’ennuyer en fin d’après-midi. C’est cette date symbolique que France 3 a choisi pour rendre hommage à l’une des plus grandes actrices du siècle dernier, Romy Schneider, à travers un très bon documentaire : Romy de tout son cœur (20h55). Autrichienne ou Allemande, d’ailleurs, Romy ? Née à Vienne en 1938, dans une Autriche annexée, l’actrice est née Allemande. C’est auprès de sa mère actrice, Magda, que la jeune Rosemarie Magdalena (de son vrai nom) fait ses débuts dans le cinéma. La maman, ayant flirté avec le nazisme, connaît comme un léger ralentissement dans sa carrière après-guerre. Elle joue pourtant en 1953 dans Lilas blancs, et Romy incarne sa fille. La petite a 15 ans et se fait immédiatement remarquer. La suite on la connait : le succès mondial de la saga des Sissi (de 1955 à 57), la naissance d’une star aux traits juvéniles et à la photogénie ravageuse, qui sera bientôt une icône…

Pascal Forneri, à qui nous devons déjà de nombreux films sur la culture pop (Gainsbourg, Serge Reggiani, ma liberté, Salut les copains, etc.) suit un cheminement chronologique, et lie les différentes étapes de la vie de Romy par la lecture d’extraits de son journal intime par la comédienne Isabelle Carré. Partout, dans ce journal, qu’elle avait appelé « Peggy », affleure sensibilité et humour… En voyage aux Etats-Unis pour faire la promo de Sissi, elle écrit : « On nous apporte une biographie de moi qui a été écrite chez Disney. On y lit : ‘Romy reçoit chaque jour 3000 lettres de fans’. C’est risible. Il y en a au maximum 600 », et d’enchaîner sur les demandes en mariage incongrues qu’elle reçoit depuis qu’elle est impératrice de cinéma. Ailleurs, elle confie à « Peggy » ses doutes : « Tout est compliqué. Peut-être suis-je en fait une bulle de savon qui éclatera un jour dans un grand bruit. Alors il ne restera rien de moi qu’un peu de mousse. Pourtant ce n’est pas moi qui ai fait la bulle ». On devrait obliger toutes les actrices à tenir des journaux intimes…

Pour une fois l’accent est mis sur les films

Puis vient le temps des rencontres décisives. C’est d’abord Alain Delon qui apparaît à l’horizon ; s’ensuit une romance légendaire : Romy suivra le jeune premier et comme par un effet miraculeux elle deviendra soudain une actrice française, et même une Parisienne plus Parisienne que toutes les Parisiennes réunies. De leur amour naîtra notamment La piscine (1969), sommet de sensualité. La seconde rencontre c’est Luchino Visconti, qui offre à Romy l’occasion d’approfondir encore son art de la comédie. Il la dirigera au théâtre dans Dommage qu’elle soit une putain. Ensuite, vers le milieu des années 60, c’est l’expérience-limite du tournage de l’Enfer d’Henri-Georges Clouzot. Le metteur en scène passe des semaines à réaliser des essais visuels extravagants, recouvrant l’actrice de paillettes, faisant tourner au dessus de son visage des spots de couleurs, tout en piquant les colères légendaires qu’on lui connait. L’entreprise n’aboutira pas. Le film est fantôme. Il en reste des heures de rushs, et l’impression que l’occasion a été manquée par Clouzot de réaliser le plus beau film français du XXème siècle. On retrouvera ces images fascinantes, certainement les plus envoûtantes de l’actrice dans le documentaire L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg, sorti en 2009. Sur le chemin de Romy, également, se présente un Allemand, nommé Harry Meyen, acteur (il a été la voix de Bob Mitchum et Peter Sellers dans la langue de Goethe…) et dramaturge. De cette rencontre naîtra une vie conjugale d’une dizaine d’années, parfois chaotique, et la naissance d’un petit garçon, David, au destin tragique que l’on sait.

De nombreux témoignages de ses proches

Le documentaire de France 3 est ponctué, en voix-off, de nombreux témoignages de proches de Romy, les auteurs Jean-Claude Carrière et Jean-Loup Dabadie, le compositeur Philippe Sarde, l’agent Jean-Louis Livi, l’actrice et chanteuse Jane Birkin, etc. Et comme souvent dans ses films, Pascal Forneri ponctue sa narration de petites saynètes de comédie illustratives, donnant à cet hymne à l’actrice une légèreté qui n’est pas coutumière. On a vu trop souvent, au sujet de l’impératrice Romy, des documentaires sensationnalistes, se focalisant sur les dernières années tragiques : le cancer de l’actrice, la mort accidentelle de son fils, les paparazzis déchaînés, sa propre disparition prématurée à l’âge de 43 ans. Pour une fois l’accent est mis sur les films. Et, évidemment, le cinéma élégant, sophistiqué, sentimental de Claude Sautet occupe une bonne place dans cette célébration de Romy. Les choses de la vie (1970), Max et les ferrailleurs (1970), César et Rosalie (1972). Claude Sautet s’approprie les années 70, et l’actrice – après Balzac – invente le concept de femme-de-30-ans. Après Une histoire simple (1978) Sautet promet même à l’actrice un prochain rôle, quand elle aura 50 ans. Le projet n’aboutira donc pas. Tourmentée, touchante, Romy apparaît encore dans quelques films à l’orée des années 80, dont Garde à vue de Claude Miller. Dans ce film, elle quitte la scène en se suicidant. Puis c’est l’éclipse. Le documentaire de France 3 souligne que dans l’émotion l’accent allemand de Romy Schneider s’exacerbait. Les historiens retiendront qu’elle a aussi inventé la notion d’accent allemand…

Documentaire Romy de tout son cœur, France 3, vendredi 11 novembre, 20h55.

A noter qu’Isabelle Carré est sur la scène du Théâtre de l’œuvre (Paris) jusqu’au 8 janvier 2017 dans Le sourire d’Audrey Hepburn

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    • 16 Novembre 2016 à 7h57

      isa dit

      Magnifique documentaire, effectivement, FX Avajon.

    • 12 Novembre 2016 à 11h21

      Pierre Jolibert dit

      En revanche, dans deux jours nous ne commémorerons pas la mort d’un homme dont beaucoup d’ouvrages ont été écrits en français au beau milieu du Grand Siècle français. Un colloque à l’ENS de Lyon s’est tenu en début d’année, puis quelques publications austères. Rien en vue de la part des académiciens prescripteurs de valeurs alors que ce membre de l’académie des Sciences avait eu droit à un éloge funèbre de la part de Fontenelle et que l’Institut de France s’était fendu d’un dialogue avec Hanovre il y a 50 ans, ville où s’est rendu le président Hollande en avril dernier sans qu’aucun journaliste français ne signale le nom de l’université qui a alors reçu les chefs d’Etat et de gouvernement invités par la chancelière.
      Qu’est-ce qui fait que le public français ne laisse jamais passer un jubilé de la mort de Bach sans y trouver des justifications de subventions de disques ou de concerts et qu’un contemporain du musicien guère moins important soit moins que le peu de mousse que se promettait Romy Schneider, alors que son existence pipol au dernier degré pourrait très bien donner lieu au survol par les drones de Stéphane Bern ou des Racines & des ailes de tous les châteaux des princes allemands pour lesquels il a diligemment oeuvré ?
      Lui en veut-on d’avoir inauguré par ses recherches historiques sur les langues tous les délires généalogiques collectifs qui ont fourni en matériau les heures les plus sombres de notre histoire ? Ou bien gît-il éternellement en terre par la faute à Voltaire ?

    • 12 Novembre 2016 à 8h55

      Villaterne dit

      Beau documentaire hier soir à la télé sur Romy Schneider !
      Il y a eu les belles italiennes, pulpeuses comme des fruits juteux, la beauté charnelle voire démoniaque. Il y a eu aussi BB, la beauté bimbo, boudeuse. Et puis il y a eu Romy…la femme dans toute sa beauté mature ! Quel énorme charme dans ce visage ! Et puis ce petit accent à vous faire fondre.
      Toute une époque mon pauvre monsieur. J’avoue en avoir une grande nostalgie !

      • 14 Novembre 2016 à 0h32

        GigiLamourauzoo dit

        La nostalgie,ça se soulage.

    • 11 Novembre 2016 à 15h24

      Chriff dit

      Romy écrit dans son journal intime:
      “Alors il ne restera rien de moi qu’un peu de mousse.”
      Eh oui selon l’expression biblique:
      “…tu es poussière et à la poussière tu retourneras”. 
      C’est le destin de toutes les civilisations et de tous les êtres qu’ils soient connus ou anonymes, grands ou petits, pauvres ou riches, puissants ou faibles…etc. 

      • 12 Novembre 2016 à 9h50

        fxajavon dit

        Je me permets de glisser ici cet aphorisme de Vialatte :

        “L’homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau.”

        Merci de votre lecture !

        fx

    • 11 Novembre 2016 à 11h13

      Tchitchikov dit

      La France révolue? C’est plutôt le chic, la classe, l’élégance, la grâce qui sont révolus.

      http://www.ina.fr/video/CAF89018187

      • 11 Novembre 2016 à 11h52

        clark gable dit

        De nos jours les célébrités sont obligés de sortir des bouquins racontant des tas de malheurs et divers scandales pour attirer les médias et le public
        , et ceux qui ont gardé un peu de classe et d`élégance sont désignés du doigt comme des phénomènes anachroniques , c`est surement pour cette raison qu`on a voit pratiquement plus !

        • 11 Novembre 2016 à 19h16

          alain delon dit

          Vous aussi, cher Clark, vous y êtes allé de votre autobiographie?

    • 11 Novembre 2016 à 9h09

      Ambrosius dit

      Une belle actrice de l’époque  d’une France révolue.

    • 11 Novembre 2016 à 7h58

      alain delon dit

      Une égérie qui s’est largement fait Sautet

      • 12 Novembre 2016 à 13h00

        NELEPHANT dit

        Pfff….je vois que nonobstant votre pseudonyme, vous auriez aimé en être……

        • 12 Novembre 2016 à 15h58

          alain delon dit

          Je vous renvoie à mon immense filmographie: Jean-Edouard et Loana n’ont rien inventé dans la piscine

    • 11 Novembre 2016 à 7h44

      Naif dit

      Célébrer des personnes à l’image d’icône pour en faire des déesses et des dieux dans un panthéon aussi factice que le cinéma, me trouble. Comment peut on glorifier des gens qui n’ont rien fait d’extraordinaire ? Ce que Romy Schneider a vécu des centaines de femmes ont vécu la même chose et même pire, elles ne sont pourtant ni des vedettes adulées ni des héroïnes de carton pâtes alors franchement la vie des acteurs et des actrices, je m’en fous !   

      • 11 Novembre 2016 à 8h32

        L'Ours dit

        Cher Naif, des filles allemandes qui se fâchent avec leur mère quand elles apprennent qu’elles ont fricoté avec les nazis et qui vont jusqu’à appeler leur fils “David”" pour cette raison, il n’y en a pas tant que ça.

        • 11 Novembre 2016 à 17h53

          Naif dit

          Ok c’était une femme courageuse ou au moins honnête, ce qui effectivement n’est pas fréquent. Pour le reste c’est une femme qui a choisi ce métier avec ses avantages et ses inconvénients et je persiste à croire qu’admirer des acteurs n’est pas une bonne chose en soi.

    • 11 Novembre 2016 à 7h42

      L'Ours dit

      Une des rares que j’admirais vraiment.