Mouvement 5 étoiles, un populisme pur et parfait? | Causeur

Mouvement 5 étoiles, un populisme pur et parfait?

Entretien avec le politologue italien Marco Tarchi

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 22 juin 2016 / Monde

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D'après Marco Tarchi, le parti antisystème de Beppe Grillo, qui vient de conquérir plusieurs grandes villes italiennes, est presque l'idéal-type du mouvement populiste. Mais le franc-parler de son leader sur l'immigration est loin d'avoir libéré le débat en Italie.
italie popumisme grillo rome

Virginia Raggi, nouvelle maire de Rome, issue du Mouvement 5 étoiles. Sipa. Numéro de reportage : AP21911917_000002.

Daoud Boughezala. Le Mouvement 5 étoiles fondé en 2009 par Beppe Grillo vient de remporter les mairies de Rome et de Turin. Pourquoi la crise économique et migratoire bénéficie-t-elle à ce parti antisystème au programme flou plutôt qu’à la droite nationale menée par la Ligue du Nord, clairement opposée à l’euro et à l’immigration ?

Marco Tarchi1. En premier lieu, parce que l’image de la Ligue du Nord est trop marquée par son passé de mouvement séparatiste et « antinational », qui lui empêche de percer dans l’électorat des régions du Centre-Sud du pays, qui n’a pas oublié les invectives contre les paresseux méridionaux (« terroni », comme on les appelle souvent dans le Nord de l’Italie). Et parce que le caractère transversal par rapport au clivage gauche/droite qu’elle revendiquait à ses origines a été renié par l’alliance conclue en 1999 avec Forza Italia, Alleanza nazionale et les démocrates-chrétiens de droite, qui lui a permis de participer au gouvernement de 2001 à 2006 et de 2008 à 2011, mais lui a aliéné les électeurs déçus des partis de gauche qui restent méfiants par rapport à ce rassemblement hétérogène et litigieux qu’est le centre-droit.

L’immigration fait-elle l’objet d’aussi vifs débats en Italie qu’en France ?

Pour l’instant, non. Mais le problème monte, et avec lui le débat. Et, comme en France, tous ceux qui expriment des réserves quant au « devoir d’accueil » des immigrés sont immédiatement accusés d’être des xénophobes. C’est par exemple le destin réservé au plus célèbre politologue italien, Giovanni Sartori, qui, à l’âge de 92 ans, a critiqué durement l’attitude de l’Eglise catholique en ce domaine, s’est fait traiter de raciste dans la blogosphère et ne publie plus ses articles dans le Corriere della Sera, dont il était jusqu’à récemment l’un des éditorialistes.

Doit-on donc comparer le M5S à Podemos, à Syriza ou au Front national de Marine Le Pen ?

Ces quatre mouvements partagent, dans des mesures différentes, certains traits typiques de celle que j’appelle la mentalité populiste, mais ils en offrent des déclinaisons assez divergentes. C’est pourquoi, selon les cas et les événements, ils adoptent l’un envers l’autre, des positions critiques, des attitudes de refus ou des expressions de sympathie. Des quatre, le M5S – mais il faudrait plutôt dire Beppe Grillo, car c’est son discours publique qui exprime à 100% la mentalité populiste, alors que les discours et les actions des dirigeants du Mouvement parfois s’en détachent – est sans doute le plus proche de l’idéal-type du populisme.

En 1946, quelques années avant l’émergence du poujadisme en France, un journaliste italien avait créé le Fronte dell’Uomo Qualunque (« Front de l’homme de la rue ») au programme libéral-populiste. Ce dernier avait fini par décliner en se rapprochant du gouvernement démocrate-chrétien. Le même sort attend-il le M5S ?

Absolument pas, car la raison du succès du M5S est entièrement liée à son caractère d’opposant à la politique politicienne, à la « caste » des politiciens professionnels. Même si les analogies entre le Fronte dell’Uomo Qualunque, le mouvement Poujade et le M5S sont, sous plusieurs points de vue, impressionnantes (il suffit de comparer le « code de comportement » imposé par Poujade à son groupe parlementaire et celui que Grillo a imposé à ses députés et sénateurs pour s’en rendre compte ; et pourtant, je suis sûr que le second n’a pas été calqué sur le premier, que Grillo ne connaît pas), je crois que le fond anti-système du Mouvement Cinq Étoiles est bien plus solide que celui de ses prédécesseurs.

Les partisans de Beppe Grillo font abondamment campagne sur les réseaux sociaux, en développant le mythe d’une démocratie participative permanente. Leur activisme virtuel est-il à même de (re)constituer une communauté nationale dans un pays aux fortes identités locales ?

Je suis très sceptique en la matière. Le but de cet activisme n’est pas de recréer, ou plutôt de renforcer, une identité nationale en termes communautaires, mais de régénérer un peuple et lui restituer son unité à partir de la nation de citoyens, qui n’a que très peu de connotations ethniques et culturelles – même si Beppe Grillo, de son côté, affiche des opinions très peu conformistes quant à l’immigration, le droit du sol et la priorité aux Italiens dans l’emploi (une position qui n’est pas trop loin de la « préférence nationale » du Front national) – et se fonde plutôt sur une éthique de participation à la res publica.

  1. Professeur de science politique à l’université de Florence, Marco Tarchi est un des plus grands spécialistes italiens du populisme.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 25 Juin 2016 à 16h30

      marcopes dit

      trop tôt pour juger

    • 23 Juin 2016 à 19h44

      salaison dit

      “Et, comme en France, tous ceux qui expriment des réserves quant au « devoir d’accueil » des immigrés sont immédiatement accusés d’être des xénophobes”
      …. ainsi les débats sont CLOS avec nos “Gauche socialistes”
      CQFD

    • 23 Juin 2016 à 19h02

      Tonio dit

      “..le mythe d’une démocratie participative..” ?
      pitié! ne reprenez pas les insanités dont Ségolène s’est fait une spécialité en Europe!
      Mais dites-moi où dans ce triste monde on peut admirer une démocratie non participative et parlez-nous de de la Constitution qui la soutient: intéressant.
      L’Italie a montré qu’elle était lasse de la mafia, de la corruption des députés professionnels, de leurs transaction avec la pègre et de tous les “pasticci” et autres “imbrogli” qui gangrènent le pays depuis … l’poque romaine, au moins!

      La France doit voir cela avec une certaine convoitise!

    • 23 Juin 2016 à 18h35

      LOUPI dit

      Ne pas oublier qu’au classement mondial, l’Italie est donnée pour encore plus corrompue que la France

    • 22 Juin 2016 à 23h27

      Grouex dit

      Déjà Berlusconi était apparu quand les partis principaux (démocratie chrétienne et socialistes)avaient été laminé par l’opération judiciaire générale anti-corruption (manipulite).
      L’Italie ne se sort pas de la corruption et des maffias; le peuple est à bout.

    • 22 Juin 2016 à 19h44

      IMHO dit

      ” Le but de cet activisme n’est pas de recréer, ou plutôt de renforcer, une identité nationale en termes communautaires, mais de régénérer un peuple et lui restituer son unité à partir de la nation de citoyens, qui n’a que très peu de connotations ethniques et culturelles “.
      Les Italiens ne sont pas identitaires à la Française, car leur identité actuelle leur vaut trop de misères et d’humiliations .
      Comme les Français devraient le vouloir, les Italiens désirent et espèrent changer, comme un alcoolique qui veut devenir sobre et (re)devenir l’homme qu’il est vraiment.
      C’est un espoir sans cesse déçu depuis vingt ans, malgré la mort de la démocratie-chrétienne et les réels mérites des coalitions
      de centre-gauche.
      Le Mouvement 5 Etoiles est né par hasard et n’est plus le parti de Bppe Grillo .
      Quel parti est-ce aujourd’hui ?
      Un parti de gauche parce que ses députés ne voteraient pas avec les partis de droite contre intérêts des sept premiers déciles.
      Un parti de jeunes modernes et pas riches et de plus vieux inquiets pour leur pays .
      Un parti pas du tout populiste, ce terme n’ayant d’ailleurs aucun sans, sauf quand il est appliqué aux partis qui font voter pour eux des salariés ET leurs ennemis, par exemple les partis démocrates chrétiens .
      Quant au FN, c’est une daube .

      • 23 Juin 2016 à 9h59

        Prince Murat dit

        Le FN est une daube : on se rassure comme on peut…

        Il y aurait en France 460.000 retraités qui perçoivent plus de 1.300 euros par mois. Ils viennent de voir leur CSG augmenter de 2.8 % ce mois-ci.

        Ce sont eux qui viennent publier des commentaires sur Causeur.

        Ils nous chantent leur amour du Capitalisme libéral et les espoirs qu’ils placent dans le retour de Sarko.
        Est-ce bien raisonnable ?

        http://www.boursorama.com/forum-politique-bravo-monsieur-normal-442303986-1

        • 23 Juin 2016 à 13h40

          IMHO dit

          En quoi ceci infirme-t-il le fait que le FN soit une daube ?
          En fait c’est le met qu’on nommait naguère dans l’armée des Etats-Unis, shit on sheet, de la merde sur un plateau, qui était une sorte de bourguignon à la recette strictement codifiée, sans vin bien sur, mais avec du lait concentré.
          Le FN est incomestible, pour le dire court.

    • 22 Juin 2016 à 17h21

      Wil dit

      Je ne sais pas si ce populisme est pur et parfait ou l’inverse mais en tous cas il est très agréable à regarder.C’est d’ailleurs étudier pour j’imagine.

      • 22 Juin 2016 à 17h31

        Wil dit

        étudié,c’est mieux.C’est d’ailleurs ce que j’aurais dû faire un peu plus à l’école.Pfff.

    • 22 Juin 2016 à 16h28

      Angel dit

      Virginia e Bella
      Roma e Torino Liberati.Domani la Grande Britania, Dopo domani tuta l’Europa……

      • 22 Juin 2016 à 17h45

        Fioretto dit

        Ciao Angelo,
        Cosa dicono i sondaggi per il brexit ?

    • 22 Juin 2016 à 16h04

      Aristote dit

      Les Romains ont d’abord vidé une équipe corrompue jusqu’à l’os. Un peu comme le PS dans le Nord ou à Marseille.