Roland, c’était mieux avant? | Causeur

Roland, c’était mieux avant?

On refait le match, 35 ans après!

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
est journaliste et écrivain...

Publié le 28 mai 2016 / Culture Sport

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En 1981, William Klein tourne « The French », un documentaire sur Roland-Garros. Quinze jours à l’intérieur de la Porte d’Auteuil. Sa caméra foule la terre battue des Internationaux de France avant et pendant le tournoi. Les courts, les vestiaires, les soirées, les tribunes, l’organisation, les joueurs, le public, un monde mis à nu ! Vous saurez tout sur la planète tennis à un moment où ce sport individuel était en train de gagner son offensive démocratique. Deux heures sans filtre, sans agents de sécurité, sans langue de bois et surtout sans commentaire moralisateur du réalisateur. Juste la parole brute des acteurs de ce spectacle qui serait bientôt mondialisé. La balle jaune allait tout rafler sur son passage au cours des années 80. Souvenez-vous de cette époque charnière où les équipementiers, les télés et toutes les municipalités misaient sur le tennis comme on parie en bourse.

Au cours de cette décennie flamboyante, chaque commune se dotera d’un court en quick, d’un club loi 1901 et d’un indispensable Pop Lob (lance-balles automatique) espérant qu’un petit Lendl, Borg, Connors ou Noah fassent vibrer notre terroir et chanter nos campagnes. La Fédération se frottait les mains, les licenciés accouraient par milliers et les sponsors faisaient le pied de grue dans l’espoir de signer de juteux contrats. La « bulle tennis » était en apesanteur, il fallait la presser au maximum. Pour les nostalgiques du jeu ample, esthètes du beau geste, mélomanes des cordages en boyaux naturels, « The French » est un pur bijou de régression mentale. Adeptes des raquettes en bois et tamis riquiqui, vous serez aux anges. Ces images ont bercé notre jeunesse, ont façonné notre destin aussi. Chris Evert en jupette de secrétaire de direction, Nastase, le tombeur de Bucarest, faisant du gringue dans un numéro de charme désopilant, Tiriak impassible dans sa moustache de Sergent Garcia, McEnroe contestant chaque point, Jacques Dorfmann, le juge-arbitre pondérant la colère de l’Américain et Philippe Chatrier, le boss en costard rayé, s’assurant que tout son barnum fonctionne. Le tennis de papa avec toute sa mythologie : les bobs Europe 1, le ballet de Citroën CX transportant les personnalités, Pecci et sa boucle d’oreille, Panatta et sa mine contrite, Tulasne et Leconte en minots du Grand Chelem et puis, notre star national, Yannick pas encore couronné mais déjà couvé par Jean-Paul Loth, Patrice Hagelauer et Arthur Ashe. Sans oublier, Lino Ventura en spectateur avisé, la classe à l’italienne qui passe sous l’œil de Klein. On jubile.

L’année dernière, Géraldine Maillet a refait le match en appliquant la méthode Klein : poser la caméra et laisser tourner. Dans un mimétisme romantique, son film « In the French » interroge actuels et anciens joueurs sur un tennis devenu hautement professionnel. « On a coupé le son » se lamente Yannick, déplorant que le jeu ait perdu au fil des années son élan artistique et une certaine variété. L’argent, le règlement, la pression, les enjeux colossaux en somme, ont fait naître un autre tennis. Verrait-on aujourd’hui un Nishikori s’acharner sur un arbitre à la manière de Big McEnroe, le pourrir sans se faire exclure dans la seconde du circuit ATP ? Les marques veillent au grain.

Alors, oui Wawrinka n’a pas le charme de Vilas, Federer la désinvolture de Nastase ou Nadal, la liberté de parole de Yannick ? Mais, si l’on ne se laisse pas emporter par ses sentiments, la différence entre l’édition 1981 et 2015 est minime. Rien ne change à Paris. On scrute la météo, les ramasseurs (les plus affutés) chahutent en coulisses, le public (passionnés ou invités) s’emballe durant les grandes rencontres et les opérations de com’/marketing ont toujours existé. McEnroe vantait le dernier appareil photographique Canon et Borg entrait sur le Central comme une rock-star. Le président Gachassin et l’académicien Dabadie rigolaient déjà ensemble en 1981. C’est rassurant aussi de voir que chaque année, Jean-Paul Belmondo et Charles Gérard sont de la partie. Le spectacle est peut-être plus calibré, ça pousse moins à l’entrée du stade, mais le jeu est là ! Plus rapide, plus physique et pas moins enthousiasmant.

 « The French » (1981) et « In the French ». Edition collector 2 DVD – FNAC Exclusivité.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 28 Mai 2016 à 18h30

      Villaterne dit

      J’ ajoute (pour faire bonne figure quand même) que je regrette le tennis de Nastase !
      Le toucher de balle, la bisquouette, et le sourire……

      • 30 Mai 2016 à 17h22

        Lector dit

        Yes ! La grande époque ! Avec Vilas et Connors. Une bande de potes.
        Et Lendl, l’inépuisable de fond de court…

        • 31 Mai 2016 à 4h44

          Naif dit

          Et puis iceborg, l’ennui pendant 2 heures ! Et encore qu’en t’avais du bol !
          qu’est ce qu’on se marrait à l’époque… 

      • 31 Mai 2016 à 12h35

        Habemousse dit

        J’ai eu un petit pincement au cœur quand Mats Wilander a quitté le circuit, il crachait avec tant d’application et d’indifférence à la fois, sans signe aucun de démonstration, comme aujourd’hui : ah les glaviots d’antan avaient une autre allure, les biches attroupées à la porte des vestiaires et le long des courts, la bave aux lèvres, ne s’y trompaient pas !
        On a beau dire, l’éducation se perd. 

    • 28 Mai 2016 à 16h20

      SILVERSTONE dit

      Merci infiniment pour cette petite bouffée nostalgique d’un temps,malheureusement révolu où la quasi insouciance régnait & on pouvait,plus aisément,se laisser aller à se passionner pour des échanges tennistiques!Mais,quand même,les joueurs de l’époque,leurs attitudes,leur sens du show ont disparu & bien que la qualité des l’images(tv)n’était pas formidable par rapport à celle d’aujourd’hui,un peu comme un vinyle,le plaisir était total!Aujourd’hui,le tout est aseptisé,& l’ambiance s’est évaporée. Oui,c’était mieux avant…

    • 28 Mai 2016 à 16h15

      Villaterne dit

      Aller assister pendant quatre heures à un match de tennis est pour moi une impossibilité cervicale. De plus je n’ai aucun goût pour le mouvement pendulaire.
      Et puis le meilleur joueur de tennis restera toujours “le mur” !

    • 28 Mai 2016 à 16h14

      thierryV dit

      Cet événement a perdu de son impact dans le grand public .Non pas que le spectacle soit mauvais mais parce que quelque chose le place en décalage avec les matraquages incessants de la presse audio visuelle.Il en est de même avec Cannes , qui a terminé son tour de piste dans une relative indifférence . Les temps ne sont pas à l’auto suffisance médiatique . Il y a trop de tout et surtout pas ce qu’on s’attend a entendre .Les vrais événements sont ailleurs et superbement évités par les médias institutionnels .
      Sont ils nombreux à commenter la relaxe du Gal Piquemal ?

    • 28 Mai 2016 à 13h22

      clark gable dit

      Le Tennis ca fait parti des énigmes de la société !
      Imaginez 2 prétentieux en short se renvoyant une balle pendant des heures en multipliant des attitudes et des tics aussi répétitifs que grotesques
      Mais le plus marrant c`est le public qui paye ( et pas qu`un peu ) pour regarder et également se montrer
      Et une fois terminé , on ira vire inscrire le fiston ou la fifille au club du coin , au cas ou ca deviendrait un champion , vu que cet échange interminable de balle peut rapporter gros niveau argent

    • 28 Mai 2016 à 12h17

      Wil dit

      “le jeu est là ! Plus rapide, plus physique et pas moins enthousiasmant.”
      Je ne suis pas d’accord.A l’époque il y avait de vraies différences de caractère mais aussi de jeu entre les joueurs et ça rendait le Tennis plus intéressant.McEnroe que j’adorais était le typique volleyeur et avait un jeu très différent des Borg,Lendl,ect. qui étaient des joueurs de fond de court.il y avait de vraies oppositions de style et ça rendait ce sport plus intéressant.
      Et chez les femmes c’était pareil.Chris Evert et Navratilova n’avait pas du tout le même style.
      Maintenant non seulement les caractères se sont uniformisés,ils sont tous d’un lisse à pleurer,mais en plus ils jouent tous à peu près de la même façon.
      J’ai été un très grand fan de Tennis mais depuis les années 90 ce sport totalement aseptisé et hypocrite (derrière l’image propre,ça fait longtemps que le Tennis est le royaume du dopage et de la came.) ne m’intéresse plus.Sauf bien évidemment pour voir de jolies joueuses en jupette.;-)