Tennis: sauvons Roland-Garros! | Causeur

Tennis: sauvons Roland-Garros!

Retour gagnant pour Les critiques de Serge Daney

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
Né en 1974, Thomas Morales est journaliste indépendant et écrivain.

Publié le 28 mai 2017 / Sport

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serge daney roland garros

Roland-Garros. Sipa. Numéro de reportage : 00562142_000007.

Chaque année, entre fin mai et début juin, la terre battue entre en résistance. Du côté de la Porte d’Auteuil, les terriens, ces souverainistes du tennis, adeptes du beau jeu et architectes du point construit luttent contre l’homogénéisation de leur sport qui ne se résume pas à une succession de services gagnants. Roland-Garros avec Madrid, Rome et Monaco font office de dernier quarteron d’une surface instable et poétique qui tend à disparaître au profit des revêtements rapides. Les tenants de la ligne dure (béton, asphalte, etc..) ont gagné depuis longtemps la bataille idéologique foulant du pied les racines même de leur discipline. C’est l’un des aspects méconnus de la mondialisation qui s’attaque à toutes les formes de singularité, d’identité et de beauté. `

Nadal rêve encore de terre battue

Faire table rase du passé semble être l’unique modèle de pensée. A l’évidence, les joueurs ne rêvent plus vraiment d’ocre, excepté Rafael Nadal. Qui n’a jamais vu Rafa entrer sur le Central, avec sa tête d’enfant boudeur et sa hargne à lâcher tous ses coups comme si sa vie en dépendait ne connait rien à la ferveur de Roland. Il y a une communion, une émotion, mais plus certainement encore un abandon total que le public ressent au plus profond de lui. La terre battue ne ment pas. Elle révèle les personnalités. Les fulgurances et les angoisses de chacun y sont exposées sans filtre. Cette année, le sort semble s’acharner sur l’épreuve parisienne. Federer a déclaré forfait, laissant un goût d’amertume au public français qui l’a pourtant toujours soutenu. Roland a une symbolique tellement forte dans les mythologies sportives, à l’instar du Grand Prix de Monaco, des 24 Heures du Mans ou du Tour de France que de ne pas y participer (sauf blessure) semble une décision pour le moins étrange. Sur la voie de la rédemption, Sharapova n’a pas obtenu son invitation de la Fédération. Et, une fois de plus, les commentateurs se demanderont quel joueur tricolore serait en mesure d’empocher la Coupe des Mousquetaires depuis un certain Yannick Noah, le 5 juin 1983, lointain possesseur du Graal.

Le Graal de Roland Garros

Les Internationaux de France sont en fait bien plus qu’un tournoi du Grand Chelem. Ils viennent réveiller des souvenirs d’enfance, des révisions d’étudiants, des amours de printemps, des envies d’enfiler un polo Lacoste blanc et d’aller taper quelques balles sur un quick délabré de province. Ils sont un repère fixe dans un monde qui se fissure chaque jour un peu plus. Pour se souvenir de ces années héroïques et avant de s’installer dans les gradins du Philippe-Chatrier ou du Suzanne-Lenglen, munissez-vous de « L’Amateur de tennis », chroniques de Serge Daney parues dans le journal Libération entre 1980 et 1990 que la maison P.O.L a le bonheur de republier en format poche. Agrémenté d’une préface de Mathieu Lindon, ce recueil d’articles tient autant de l’essai visionnaire que de l’instantané d’une époque où le tennis commençait sa mue démocratique. Serge Daney (1944-1992), journaliste cinéma rompu à l’exercice délicat de déconstruire la mécanique des films, avait trouvé dans le tennis, un nouveau terrain de jeu pour exercer son œil critique.

C’était Libé

Durant une décennie, les lecteurs de Libé purent profiter de son champ de vision et de réflexion en suivant Roland-Garros, Wimbledon, la Coupe Davis jusqu’au tournoi de Bercy en 1990. Un bon critique doit s’avoir varier les coups, assommer son adversaire par un passing-shot ou jouer avec ses nerfs en restant planté sur sa ligne de fond de court et puis tenter une montée au filet. Daney pratiquait un tennis complet, alternant portraits psychologiques, saillies assassines et regard pertinent sur un sport, victime de son succès. Il faut se souvenir qu’à cette période-là, le nombre de licenciés a explosé, que le public s’est mélangé et que le sport s’est professionnalisé. En septembre prochain sur les écrans de cinéma sortira le très attendu « Borg vs. McEnroe », lire Daney aujourd’hui, c’est posséder toutes les clés de compréhension sur ces deux légendes mais aussi se rappeler de Chris Evert, Martina, Jimbo, Riton, Vilas, Gerulaitis ou Roger-Vasselin.

Le lift abusif est une drogue!

On se régale lorsqu’il décrypte « l’école suédoise » considérant le lift abusif comme une drogue : « Un tennis réduit à un seul de ses coups ne peut toucher ni émouvoir ». Quant à son analyse du tennis féminin, elle est limpide. « Chez les filles, s’aventurer au filet, sortir son agressivité, ne pas macérer des heures dans la rage de ne pas perdre, donner au public une chance de participer aux règlements de comptes, est un risque » écrivait-il en 1982. Trente-cinq ans plus tard, Garbiñe Muguruza, tenante du titre 2016, livrait cette confidence dans une récente interview : « Mon tennis est un jeu à hauts risques : je frappe fort, je joue avec les lignes […] Je prends presque trop de risques, donc je perds beaucoup ».  Alors, que le spectacle commence !

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 29 Mai 2017 à 16h57

      Terminator dit

      Roland Garros, c’est la France du panache, du patriotisme et surtout du beau jeu où les participants prennent tous les risques dans des glissades impressionnantes.
      Roland Garros, c’est le meilleur public du monde, tous les joueurs qui y passent le clament volontiers.
      Roland Garros, c’est une tradition emblématique de la saison tennistique et il en est tant qui se perdent en France que ce serait vraiment dommage de perdre aussi celle-là…

    • 29 Mai 2017 à 16h57

      Hannibal-lecteur dit

      Encore un qui fait des promesses et …ne les tient pas : comment qu’on fait, M. Moralès pour ” sauver” Roland Garros? Vous causez beaucoup pour n’en rien dire !

    • 29 Mai 2017 à 12h01

      NATOS dit

      votre cher Nadal,DES BALLES A 5m DE HAUT!!!!!!!LA BARBE!!!!!!!
      et pour moi,LE PLUS GRAND:PANCHO GONZALES!!!!MAIS qui le connait encore chez
      vos”grands” spécialistes auto proclamés???????Pr Dr A.RENOUX Professeur Emérite des Universités de Paris.

    • 29 Mai 2017 à 11h32

      Brian dit

      C’est quoi cette histoire ?
      Le “moderne”, c’est le synthétique, et
      le “traditionel”, c’est le gazon !!!
      La TB n’est qu’un compromis “pis aller” entre les deux… 

      • 29 Mai 2017 à 13h34

        gnu dit

        Absolument pas, la terre battue n’est pas un compromis, ça existait bien avant le synthétique.
        La terre battue est une surface extraordinaire, d’avoir des surfaces différentes fait tout le charme de ce sport.

    • 28 Mai 2017 à 14h47

      Cyranitto dit

      Bonjour,
      après avoir lu ceci :
      “luttent contre l’homogénéisation de leur sport qui ne se résume pas à une succession de services gagnants.” j’ai failli arrêter ma lecture…
      L’homogénéisation des surfaces consiste en leur ralentissement généralisé, quel que soit le revêtement utilisé (gazon, dur ou terre). Les points doivent durer 3 plombes et les défenses doivent être héroïques.
      Pour certains commentateurs, un point qui ne comprend pas 24 frappes minimum n’est pas intéressant….ou plutôt : un point qui comprend au moins 24 frappes est forcément intéressant.
      Tous les tournois s’efforcent de ressembler à la terre battue pour sa lenteur.
      Si voir défiler des aces et services gagnants n’est pas intéressant, voir les volleyeurs se faire systématiquement transpercés par des défenseurs capables (grâce à leur matériel) de tirer des passings de mule dans toutes les positions est un peu écœurant.
      Mais nous parler d’homogénéisation des surfaces trop rapides au 21ème siècle est une escroquerie.

    • 28 Mai 2017 à 14h34

      gnu dit

      Morales raconte n’importe quoi, manifestement il ne connaît pas le tennis.
      La terre battue favorise justement les gros lifts, neutralise par sa lenteur et ses rebonds l’efficacité des attaquants.
      Donc le spectacle n’a rien à voir avec celui sur surface rapide : il suffit de voir comment ce bourrin de Nadal (sans compter ses compatriotes espagnols) a pu autant dominer le tournoi de Rolland Garros aussi longtemps, comment Federer a eu du mal dans ce tournoi alors qu’il a le jeu le plus abouti de tous les temps.
      Pour avoir joué longtemps au tennis, la terre battue est une surface très agréable (regardez sur quoi jouent les papis !) mais une surface pour limeurs, or ce qui fait la beauté de ce sport est la variété des coups, ce qui fait la beauté d’un joueur est sa polyvalence.

    • 28 Mai 2017 à 12h28

      Angel dit

      Et Djokovic va t’il recommencer sa resurection grace a un autre as comme Agassi ?

    • 28 Mai 2017 à 11h40

      l’appel de chtulhu dit

      En effet ça a été dit plus bas (clash 75) les sifflets crétins contre H. Leconte . Plus révoltant que ça , à une époque ancienne ou j’achetais de temps à autre le journal “l’équipe” , je me rappel de titres plus gros faits sur la blessure de Noah que la demi-finale de H. Leconte à Wimbledon . Le journal avait choisi son camp déjà , black is beautiful alors que le nordiste Leconte bof !!! Une honte !

    • 28 Mai 2017 à 11h39

      clark gable dit

      Emploi du temps chargé pour les bobos et people qui après Cannes vont devoir enchainer direct vers Roland et sans se reposer de sucroit
      Faut croire que le superficiel donne des forces , faudrait qu`on essaye pour voir !

    • 28 Mai 2017 à 10h12

      A mon humble avis dit

      Pour ne pas disparaître, il faut s’adapter. Le renouveau, ce n’est pas qu’en politique.
      Roland est le seul grand Chelem sans court couvert, sans éclairage de nuit, alors que certains ATP1000 en sont pourvus.
      Si on ne veut plus entendre son directeur impuissant se lamenter qu’il pleut, comme l’année dernière, et voir le tournoi devenir la risée de la profession, la fédération doit se bouger, et investir.
      Sinon, il se pourrait bien que Roland perde son statut. La terre ne sera pas battue face aux surfaces artificielles, mais les Internationaux de France seront remplacés par un autre tournoi, sur terre mais à l’étranger.
      Ce n’est pas la nostalgie qui sauvera Roland et son glorieux passé, mais la volonté des dirigeants français du tennis. Si elle existe…

    • 28 Mai 2017 à 9h14

      Habemousse dit

      Roland Garros, comme les champions de tennis s’est illustré au plus haut niveau, l’azur, jusqu’à trente ans, l’âge où la gloire commence à vous quitter, où l’exploit change de main et choisit une musculature et un corps neufs.

      La comparaison s’arrête là , les joueurs ne risquent pas leur vie à chaque lift, à chaque lob, à chaque coup droit : contrairement à Roland Garros ils ne tombent jamais de haut et se relèvent toujours, ils ne meurent pas les ailes brûlées en défendant le bonheur et la survie de millions de compatriotes.

       Les joueurs sont des sacrés caractères quand même et peu d’entre eux touchent un pactole dans un saladier qui leur assure un confort de star au quotidien.

       
      Mais devenir le thuriféraire des thuriféraires ? Il y a des petits et des sans-grade qui méritent mieux.

      Parlez nous plutôt de monstres d’acier à haute pression qui envoient leurs pilotes au septième ciel dans un bruit d’enfer et de claquements de dents.   

    • 28 Mai 2017 à 9h11

      Clash75 dit

      C’est surtout là boucle d’oreille de Victor Pecci, l’élégant Mecir, le classieux volleyeur Edberg, le fêtard Gerulaitis, le traumatisme de 84 pour Mac contre le besogneux Lendl,les sifflets, bien connements français contre Leconte, puis sa résurrection qq années plus tard, le sourire de Gustavo Kurt en, le brésilien flamboyant,et enfin Mister Rodge l’éternel accrochant le Graal

    • 28 Mai 2017 à 8h17

      JAMBON dit

      Il y a depuis le départ une différence de traitement médiatique entre Roland Dopos et le Tour de Pharmacy depuis que le dopage dans le sport saute au yeux de tous, et qui n’a jamais été vraiment expliquée