Vive le Roi de cœur! | Causeur

Vive le Roi de cœur!

Restauration du film culte sorti en 1966

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
Né en 1974, Thomas Morales est journaliste indépendant et écrivain.

Publié le 11 février 2017 / Culture

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"Roi de coeur" Philippe de Broca Restauration film culte

Alain Bates et Geneviève Bujold dans "Le Roi de cœur" de Philippe de Broca

Parfois, le métier de critique est d’une simplicité enfantine. Foin de théories fumeuses, de divagations sur la place de la caméra et d’analyses scabreuses sur les intentions du réalisateur, il suffit seulement de lire les noms inscrits sur l’affiche. Ni plus, ni moins. Un exercice à la portée d’un étudiant en cinéma, voire même d’un directeur des programmes. Attention toutefois aux risques d’éblouissement, le spectateur lambda n’est pas habitué à ce genre de divertissement délicat. La prochaine Cérémonie des Césars et sa cohorte de roitelets, tous satisfaits par leur génial talent et leur humanité triomphante, ne font pas toujours dans la pellicule fine, plutôt dans le commerce de gros. Sachez que le septième art n’a pas toujours été le cousin désargenté de la télé. Une sorte de maison de convalescence pour stand-upper pré-pubère où la vanne fait office de scénario et où les annonceurs se font censeurs. Le rire formaté aura définitivement tué la poésie de l’instant.

Un rêve de cinéphile

En 1966, on respectait encore le public. On lui prêtait même une certaine intelligence, au lieu de conforter son penchant naturel pour la grosse comédie, on essayait de piquer sa sensibilité sur des sujets de traverse. L’ambition d’élever le public s’est évanouie au mitan des années 80 comme le paiement des heures supplémentaires. Quand Philippe de Broca (déjà la seule évocation de ce nom-là vaut blanc-seing tellement son œuvre crépite sous le soleil de minuit) décide de réaliser Le Roi de cœur, il fait appel à la crème du moment : Daniel Boulanger au dialogue, George Delerue à la musique, Maurice Bessy à la photographie et sur l’écran défile devant nos yeux ébahis, la quintessence de la profession. Je cite, pêle-mêle, juste pour le plaisir de rappeler les noms de ces immenses acteurs : Alan Bates, Pierre Brasseur, Jean-Claude Brialy, Geneviève Bujold, Michelin Presle, Julien Guiomar, Michelle Serrault, Adolfo Celi, Françoise Christophe, Marc Dudicourt, je stoppe là cette énumération, je sais que certains cinéphiles ont déjà chaviré sous le poids de l’émotion.


Le Roi de coeur par bande-annonce-film

Le Roi de cœur ressort en ce début d’année au cinéma (notamment au Champo à Paris) et surtout en DVD dans une version restaurée en 4K par Technicolor France. Après de longues négociations, la famille Broca a enfin réussi à racheter les droits de ce long-métrage. Les Américains lui vouent une véritable vénération. De l’autre côté de l’Atlantique, on n’aime pas uniquement les pantalonnades de Chuck Norris et Steven Seagal. En France, à sa sortie, ce film n’a pas réuni les foules, raison de plus pour le regarder et pester contre l’incurie de nos aïeux. La distribution (ci-dessus citée) est déjà en soi une sorte d’émerveillement. Qui n’a pas vu le regard au bord des larmes de l’inaccessible Geneviève Bujold ne connait rien au jeu des acteurs, à cette virtuosité qui serre le cœur, à cette détresse à fleur de peau, à ce sentiment éphémère et violent qui nourrit une existence. Il y a des actrices qui illuminent des vies trop ternes, Geneviève fait partie de ces reines-là.

La féerie de l’improbable

Le visage de Micheline Presle se maquillant dans une maison en ruine ne me quitte plus depuis quinze jours alors que j’ai déjà oublié toutes les facéties des candidats à la présidentielle. Philippe de Broca, ce seigneur longtemps sous-estimé par quelques ridicules petits maîtres du métier, avait le don d’enchanter le réel, lui donner un vernis de tendresse et de chagrin, de dénoncer les atrocités de la guerre sans sortir l’artillerie lourde. On parle du toucher de balles chez les tennismen, de Broca filmait par effleurements successifs jusqu’à ce que son propos nous envahisse complètement. L’action du Roi de cœur se déroule en 1918, à la toute fin de la guerre. Les Alliés apprennent que les Allemands ont dissimulé une charge d’explosifs près d’une cathédrale, juste avant d’évacuer cette ville de province. Le soldat Plumpick (Alan Bates) est chargé de désamorcer la bombe. Il se retrouve alors confronté à une situation incongrue car les seuls habitants restants sont des pensionnaires d’un asile d’aliénés. Des « fous » en liberté qui sont totalement étrangers aux événements tragiques et font du soldat démineur, leur roi de cœur. Il y a dans cette étrange mise en abîme, une féerie de l’improbable, des filles en porte-jarretelles sur un camion de pompier, un carrosse tiré par un dromadaire, un amour impossible, un atroce cri de douleur et puis, cette certitude que la folie est largement partagée par tous les Hommes.

Le Roi de cœur de Philippe de Broca – DVD L’Atelier d’Images -

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    • 16 Février 2017 à 13h12

      Jean-Marie Sonet dit

      Michelle Serrault! Et moi qui croyait à une faute d’orthographe! Heureusement que j’ai pris le temps de regarder l’extrait de film…

    • 13 Février 2017 à 12h50

      efge dit

      Il y a toucher de balles et toucher de balle, pour le tennis c’est le second.

    • 11 Février 2017 à 17h21

      Sancho Pensum dit

      Avis à Causeur. Vous me virez tous les Brighelli, les Riocreux, les Rayski, les Castelnau, les Joncour, les Finkelkraut, les Bonardel, j’en passe et des pires, et vous me gardez les Morales, les Morales, les Morales !

      • 11 Février 2017 à 17h27

        Lector dit

        :D il ne va pas rester grand monde à part les Morales et peut-être Sébastien Bataille tout de même.

        • 11 Février 2017 à 17h31

          Sancho Pensum dit

          Fort bien ! Les autres, on les enverra se battre en Syrie contre Daech. Ca nous fera des vacances.

        • 11 Février 2017 à 17h43

          Lector dit

          bonne idée ! L’armée recrute. Allez hop Zemmour, il est grand temps d’illustrer vos propos, un peu de courage que diable !

      • 11 Février 2017 à 21h00

        Garmin dit

        Avis à Causeur. Vous me virez tous les Sancho Pensum, les Lector, j’en passe et des pires qui encombrent l’espace de leurs commentaires sans intérêt.

        • 11 Février 2017 à 22h44

          Ambrosius dit

          Excellent Garmin! Daech recrute! Alez hop Sancho Pensum et Lector, il est grand temps de révéler vos penchants islamophiles, un peu de courage que diable!

        • 13 Février 2017 à 7h27

          Lector dit

          héhéhé le petit perroquet réac sans public tout à son premier degré se sent piqué au vif…

        • 13 Février 2017 à 7h28

          Lector dit

          …et le grand courage de ce perroquet (encore un!) est de vouloir combattre les sans-grade. Hahaha allez juste pour le faire encore grimper au rideau : “Allaaaaah Akbar !” Wala bara zamar…

      • 12 Février 2017 à 13h44

        Ambrosius dit

        Bravo Igor, bien envoyé!