Rocky, l’éternel retour | Causeur

Rocky, l’éternel retour

Dis, Sylvester, c’est encore loin l’Amérique? Tais-toi, et cogne!

Auteur

Patrick Mandon

Patrick Mandon
éditeur et traducteur.

Publié le 13 mars 2016 / Culture Sport

Mots-clés : , , , , ,

Image extraite de Rocky II, réalisé par Sylvester Stallone et sorti en 1979 (DR)

En 1970, ses chances de percer à Hollywood étaient presque nulles. Ni beau ni laid, plutôt quelconque, que pouvait-il espérer d’autre que de brèves apparitions parfois non créditées ? Il allait se perdre dans le brouillard des figurants, avant de disparaître. Contre toute attente, en 1976, Sylvester Stallone s’imposait sur les écrans du monde avec sa créature nommée Rocky. Quarante ans ont passé ; dans Creed, septième et dernier opus dans l’ordre d’apparition, définitivement retiré des rings, Rocky balade sa neurasthénie entre son restaurant et le cimetière, où repose sa chère Adrian. L’histoire de cet homme, qui trébuche et se relève, croise en permanence la propre histoire de Stallone, celle du septième art, celle de la boxe.

Il a réussi à imposer au cinéma ce que les feuilletonistes français, au XIXe siècle, ont imprimé à la presse, puis à la littérature. Tout l’esprit du feuilleton tient dans les rebondissements, dans leur organisation : Stallone crée Rocky, lui fait traverser des épreuves, qui le modifient. De tous les bagarreurs à fort développement thoracique nés à ce moment-là, il est le seul à se mouvoir dans un même environnement sociologique sur une aussi longue durée. Ses victoires sont celles de Philadelphie, où les laissés-pour-compte l’ont identifié comme leur représentant. Les citoyens d’Albe avaient désigné les frères Horace, ceux de Rome les frères Curiace, pour être leurs champions respectifs. Rocky incarne les rêves de gloire et de revanche des perdants de l’Amérique : il devient leur « Coriace » prolétarien.

Homme de main

Mais comment tout cela a-t-il commencé ?

[...]

  1. Sur Wepner, The Real Rocky, 2011, documentaire de Jeff Feuerzeig, et The Bleeder, 2015, de Philippe Falardeau.
  2. Dans La Taverne de l’enfer, 1978, chef-d’œuvre écrit et mis en scène par lui-même, Stallone organise des combats clandestins.
  3. Sur le thème de la mélancolie du boxeur, John Huston a donné, avec La Dernière Chance (1972), une œuvre crépusculaire.

  • causeur 33

    Article réservé aux abonnés

    publié dans le Magazine Causeur n° 92 - Mars 2016

  • X

    Article réservé aux abonnés

    Déjà abonné, connectez-vous


    mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
     

    PAS ENCORE ABONNÉ ?

    causeur 33
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 14 Mars 2016 à 9h59

      gaze dit

      Merci à Patrick Mandon pour cet hommage plus que mérité à Stallone qui vaut beaucoup mieux que sa caricature (qu’il a lui-même grandement contribué à forger).
      Il a tout fait dans le cinéma : du porno soft quand il était à la dèche, un chef d’oeuvre avec Rocky I, des blockbusters bien bourrins, des nanars, des succès d’estime passés inaperçus, un film d’action violemment satirique (Demolition Man), etc. Et oui, le personnage de Rocky lui colle remarquablement à la peau : révélation sortie de nulle part a début, il a pris ensuite la grosse tête avant de tomber dans un relatif anonymat, puis a su rebondir pour un dernier combat.

      • 14 Mars 2016 à 16h01

        Patrick Mandon dit

        Réponse à Gaze, qui écrit, fort justement : « Stallone qui vaut beaucoup mieux que sa caricature (qu’il a lui-même grandement contribué à forger)».
        Stallone, en effet, est le dernier représentant hollywoodien du cinéma populaire, fondé sur des valeurs « américaines ». Le premier Rambo, mis en scène par Ted Kotcheff, est une splendide illustration du traumatisme, qui saisit l’Amérique après le Viet Nam. Rambo n’est pas exactement un soldat perdu, c’est un homme détourné de son chemin par l’apprentissage du métier de soldat d’élite et par l’exercice « spécial » de la guerre elle-même. Il est le cauchemar de l’Amérique, son remord.
        Si vous ne le connaissez pas, je vous recommande vivement La Taverne de l’Enfer (Paradis Alley), sur un scénario de Stallone, mis en scène par lui. Vous y retrouverez tous les éléments fondateurs de son univers : les paumés, l’affrontement physique, la démonstration de force, la fragilité des brutes, la chute et la chance, le sursaut…
        Comme acteur, il fut plus qu’excellent dans le rôle d’un flic corrompu, soumis aux puissants puis capable de se retourner contre eux : Cop Land, de James Mangold.
        Il y aurait beaucoup à dire sur ce type peu banal, méprisé, humble et orgueilleux, génial par instant, médiocre, ultra commercial mais fondamentalement adepte du cinéma d’auteur… Il me paraît que le dernier américain de la légende, c’est Stallone.

        • 14 Mars 2016 à 16h42

          gaze dit

          Merci, je vais découvrir “La taverne de l’enfer” avec grand plaisir; j’ai adoré le premier Rocky que j’ai trouvé très émouvant, un véritable chef d’oeuvre. 

        • 14 Mars 2016 à 17h10

          gaze dit

          Dois-je confesser que quelques larmes me sont montées aux yeux lors du final de son combat homérique contre Apollo Creed?
          https://www.youtube.com/watch?v=Q_qhLRUh66k 

        • 14 Mars 2016 à 17h37

          Patrick Mandon dit

          14 Mars 2016 à 17h10, gaze dit : « Dois-je confesser que quelques larmes me sont montées aux yeux lors du final de son combat homérique contre Apollo Creed? »

          Gaze, ces larmes vous honorent ! À la fin de grands combats de boxe, on éprouve ce genre de sentiment, et les boxeurs eux-même l’éprouvent. Même des types aussi rudes que Mike Tyson reconnaissent leurs valeureux adversaires, les étreignent. La boxe vraie, celle d’avant (jusque dans les années quatre-vingt-dix), chez les poids lourds comme chez les poids moyens (la catégorie reine, selon moi, mais elle n’a plus de combattants), est un mélange d’honneur et de rage, le ballet de violence que deux duellistes plus ou moins inspirés dansent devant la foule rassemblée. Je n’oublie pas, malgré tout, que monter sur un ring est un acte de courage pur, puisqu’il engage sa vie même.
          Avez-vous vu Creed, le dernier Rocky ? Il a retrouvé l’esprit du premier, intact. L’entraînement de base, la douleur, la grâce, la victoire après la chute, l’attention aux gens modestes, le sentiment d’appartenance à une ville, à ses faubourgs. Si vous ne l’avez pas encore vu, et compte tenu de ce que vous dites ici, vous ne pourrez que l’apprécier.

        • 15 Mars 2016 à 10h39

          gaze dit

          Non, pas encore vu Creed, mais je vais certainement le faire!

      • 13 Mars 2016 à 10h59

        Cyranitto dit

        Bonjour,
        n’oubliez pas d’ajouter à votre liste un grand nombre de films : les tarentino, les westerns…. dans lesquels des crimes atroces, voir des génocides, sont glorifiés à tour de bras. Si j’ai l’occasion, je regarderais “éperdument” pour me faire mon opinion sur ce film précis.
        Merci de l’avoir signalé.