Retraites : le fardeau de l’homme jeune
Contre le droit de mourir dans l’indignité
Publié le 15 juin 2010 à 18:00 dans Société
Mots-clés : Retraites

Faut-il avancer l'âge du départ au cimetière ou celui de la retraite ?
Le débat sur le financement des retraites qui s’éternise dans les médias n’est pas à la hauteur de mes attentes. On avait commencé par évoquer trois leviers pour résoudre le problème du déficit : je n’en vois plus que deux à l’horizon. Seuls l’allongement de la durée du travail et l’augmentation des cotisations restent envisagés ; l’hypothèse d’une diminution du montant des pensions a disparu des discours dans un soulagement qui semble général. Or, c’est cette solution qui me tentait. Depuis qu’elle est passée aux oubliettes, la question qui ne me passionnait pas m’intéresse encore moins.
Le quatrième âge, très peu pour moi !
Je ne veux pas de retraite, je n’en aurai pas, j’ai pris mes dispositions. Il y a quelques années, j’ai réalisé des travaux de menuiserie dans une maison d’accueil pour personnes du quatrième âge. À l’heure où sonne l’appel du goûter, une armée de morts-vivants se déverse dans les couloirs. En roulant ou en claudiquant, la procession branlante des béquilles et des fauteuils s’avance lentement mais sûrement vers le sucre promis. Aux ordres des infirmières, prononcés sur le ton niais qu’on leur réserve et que je n’employais pas avec mes enfants de deux ans de peur qu’ils ne deviennent des débiles profonds, les vieillards aux silhouettes déformées par les douleurs et les couches s’engouffrent dans les ascenseurs et coupent à tous ceux qui les aperçoivent toute envie de vieillir. En rentrant chez moi, j’ai brûlé fiches de paye et relevés de points pour que l’entrée de toute sorte de mouroirs me soit, faute de moyens, définitivement interdite.
[...]
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 24Juin 2010

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L'auteur
Cyril Bennasar est menuisier.
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hathorique dit
Bonjour à tous
je lis toujours avec amitié les rugueux articles de Cyril, et je me reconnais dans les écrits de beaucoup d’entre vous que je salue ici.
Si je pousse aujourd’hui la porte de ce salon c’est pour dire à Cyril ma compassion.
La perte d’un père ou d’une mère c’ est aussi celle de son enfance.
Qui donc va nous aimer, qui va nous comprendre au delà des paroles.
C’est la douleur du jamais plus, la mémoire interrompue.
Nous serons à tout jamais des orphelins, orphelins de la bienveillance attendrie des regards que nous n échangerons jamais plus.
livia dit
@ Cyril Bennasar
Comme Sophie je compatis.
Les orphelins de père et de mère savent ce que vous ressentez.
J’aimerai beaucoup que votre article revienne sur Causeur quand votre douleur sera moins intense.
Je vous répondrai ce que j’en pense.
Amitiés .
kingludo dit
J’ai la joie de ne pas avoir eu de père. Quoiqu’à l’adolescence, un père absent est encore plus présent qu’un père à la maison. Joie, car cela fait un être aimé à perdre de moins. Pour le reste, je suis aujourd’hui à peu près adulte, je n’ai plus besoin de père, ni de mère. Il faudrait pour avoir une caution, mais ce n’est rien qu’administratif.
J’ai de la peine pour vous, pour ce vide etc.
kingludo dit
Pourquoi la rédactrice en chef de Causeur en photo pour cet article ?
Un billet qui ne vient pas quelques jours après mes posts idoines, ça change et cela vous autonomise, j’en suis heureux pour vous. Quant aux idées, sauf celle qui fait devenir très riche, elles sont faites pour circuler. C’est bien ainsi.
Je me vois bien papi sur un banc dans un petit village du Var entre la montagne et le lac méditerranée qu’on nomme pompeusement mer. Je serai coiffé d’un vieux Borsalino, j’aurai des potes pour jouer aux boules et picoler en douce de ma mégère de femme, car je me marierai âgé en ayant eu la chance de ne pas emmerdé par elles avant. Je mettrai la main au cul des passantes et jouerai le sénile pour ne pas prendre de gifles. J’aurai 40 ans de lecture, de réflexion, d’écriture, de contemplation, de vécu en plus et ça me plait beaucoup.
Mais un jour quand le grand déclin sera là,. Avant que la main ne puisse plus fonctionner, je partirai dans un bordel sur la rivière des parfums, je fumerai une dernière fois de l’opium préparé par un beau petit machin asiatique et je me tirerai une balle dans la bouche. Fantasme que je traîne depuis l’adolescence. Pas l’opium, c’est fait, mais se faire exploser le caisson.
Libero dit
A cette heure-là, seuls les morts ne dorment pas. Je sais, je triche un peu. Le silence de mes parents décédés me pèse moins aujourd’hui que celui qu’ils gardèrent – sans doute malgré eux – de leur vivant. J’aime bien Benassar. Quand il écrit, on dirait qu’il passe la varlope. Je comprends que ça ne plaise pas à tout le monde. On fait son deuil de pas mal de choses. Les copeaux tombent sans bruit à côté du cercueil. Je dis ça parce qu’on est entre abonnés aux parents absents. C’est comme ça, paraît-il, qu’on devient adulte.
Sophie dit
Cyril, je compatis sincèrement au deuil qui vous frappe.
La perte du père, je connais.
Pour une fois, j’ai le plaisir et l’honneur d’être en désaccord avec vous.
Nous en reparlerons plus tard, si vous le voulez bien.
Maintenant, c’est un peu tôt.
Si je puis me permettre, et sans être intrusive, je vous souhaite de vivre la perte du père dans toutes ses dimensions, sans crainte d’explorer et de ressentir.
Je vous embrasse.
Libero dit
Après la compassion, la passion con : que les vieux fassent la mort ensemble ?
L'Ours dit
Mon père est mort il y a cinq ans et j’ai ressenti la même chose que vous.
Mais de là à devenir gérontocide, allons, reprenez-vous!
Et puis, plutôt que d’avoir une vision du style “le meilleur des mondes”, ne gâchons pas et allons jusqu’à “soleil vert”, histoire qu’ils servent au moins à ça, les vieux!