Le Medef aura-t-il un projet sérieux sur les retraites? | Causeur

Le Medef aura-t-il un projet sérieux sur les retraites?

Pour un régime unique par répartition

Auteur

Jacques Bichot
Economiste.

Publié le 07 mars 2017 / Économie

Mots-clés : , ,

retraites medef financement reforme

Sipa. Numéro de reportage : 00776058_000006.

Le Medef a récemment publié un document de 170 pages intitulé : Les réformes à mener pour la France de demain. Dans la partie intitulée « Faire de la protection sociale un atout », trois pages sont consacrées au thème « Préparer l’avenir de nos retraites ». Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont l’organisation patronale aborde le problème du financement : alors que le leitmotiv de son projet est la baisse du coût salarial et de celui de la protection sociale, le Medef n’envisage même pas l’hypothèse d’un basculement des cotisations patronales sur les cotisations salariales, seule façon de faire prendre conscience aux salariés de leur véritable rémunération et du coût de la protection sociale ! Mais concentrons-nous ici sur la question des retraites par répartition, qui « mobilisent aujourd’hui 13,7 % du PIB », comme le dit justement le Medef.

Le Medef n’a rien compris

La première page attire l’attention sur la baisse du ratio cotisants/retraités, mais les rédacteurs n’en tirent pas la conclusion qui s’impose : à savoir que, la générosité d’un système par répartition dépendant au premier chef de la démographie, il est absurde d’attribuer des droits à pension au prorata des cotisations vieillesse, lesquelles ne donnent aucune indication sur ce qui pourra raisonnablement être consacré aux retraités dans plusieurs décennies. Quarante ans après l’avertissement d’Alfred Sauvy selon lequel nous ne préparons pas nos pensions par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants, le Medef n’a toujours rien compris.

La seconde page est consacrée à deux propositions : « reculer l’âge légal de la retraite à 65 ans », et « faire converger les régimes publics et privés », expression maladroite pour plaider en faveur d’un alignement des régimes de fonctionnaires sur le régime général, qui s’applique aux salariés du secteur privé, mais qui n’a rien de privé. La proposition concrète est de calculer la retraite des fonctionnaires sur la base de la rémunération moyenne, primes comprises, des 25 meilleures années, au lieu du traitement indiciaire des six derniers mois.

Cette proposition n’a de sens que si l’on reste dans le cadre de régimes par annuités. Or la troisième page préconise au contraire le passage à un « système de retraite par points ». Cela veut-il dire qu’après avoir bouleversé une première fois les règles de la retraite pour les fonctions publiques, on les changerait à nouveau pour passer des annuités aux points ? Cela revient à conseiller à un patron qui veut changer et l’implantation de son usine, et son matériel, de commencer par transférer les vieilles machines dans le nouveau local, pour ensuite seulement les remplacer par du matériel moderne !

Créons un régime unique

Enfin, le Medef entend procéder à un regroupement de nos trois douzaines de régimes en trois régimes, « un pour les salariés du privé (piloté par les partenaires sociaux), un pour les travailleurs indépendants et un troisième pour la fonction publique ». Pourquoi trois régimes plutôt qu’un seul ? Le Medef ignorerait-il que la compensation démographique entre régimes fonctionne très mal ? Ses spécialistes de la protection sociale devraient quand même savoir, par exemple, qu’elle est incapable de pourvoir aux besoins de régimes démographiquement sinistrés comme celui des mines, ou de la SNCF, ou des exploitants agricoles, ou encore des ouvriers de l’État1 ? Comment ce système trinitaire survivrait-il, si l’État, les collectivités locales et les hôpitaux se mettaient à recruter principalement sous contrat de travail ordinaire ? Les subventions publiques devraient s’envoler : est-ce cela que veut le Medef? Une étude moins superficielle aurait évidemment conclu à la création d’un régime unique, conforme à la fois au goût des Français pour l’égalité et à la logique de la répartition.

Rappelons à ce propos ce que disait le ministre du Travail et de la sécurité sociale, Daniel Meyer, lors de la préparation de la loi du 17 janvier 1948 qui instaura, contre son avis, la pluralité de régimes qui, depuis lors, nous empoisonne la vie : « Dans le domaine de la vieillesse, il est manifeste qu’aucun régime d’assurance sociale n’est viable s’il ne s’adresse pas à un groupe social dans lequel la répartition entre les éléments âgés et les éléments actifs présente une certaine stabilité. Or, il n’est pas exagéré de dire que c’est seulement dans le cadre de la population d’un pays que l’on peut trouver cette stabilité. »

Le passage aux points serait l’occasion rêvée pour mettre en place un régime unique de retraites par répartition. Un tel régime unique pourrait parfaitement être distribué par des organismes en concurrence, tout comme le fait d’avoir une monnaie européenne unique ne nous empêche pas de choisir la banque à laquelle nous nous adressons pour tenir notre compte courant. Que le Medef ne l’ait pas compris est à peine croyable, et pour tout dire désespérant

  1. Ce dernier régime n’a plus qu’un cotisant pour 3 retraités, ce qui a pour conséquence seulement 460 M€ de cotisations pour 1 835 M€ de pensions (en 2015). La compensation démographique ne lui fournit que 52 M€. L’État est obligé de verser une subvention de 1 387 M€. Et cela pour seulement 102 000 pensionnés et 31 000 cotisants !

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    • 10 Mars 2017 à 9h48

      Amaury-Grandgil dit

      “Pour un régime unique par répartition”

      C’est aussi une proposition de Macron (et la BCE)

    • 8 Mars 2017 à 12h03

      Habemousse dit

      « …la retraite des artisans et des commerçants qui fraudent en masse. »

      Cette affirmation est valable pour ceux des commerçants et artisans qui exerçaient il y a une cinquantaine d’année, à moins que vous appeliez « Commerçants » la grande distribution : en ce cas je n’ai rien dit.
      Si vous voyez aujourd’hui des petits commerçants « aisés », quelques boulangers et exceptions mis à part, appelez moi !

       Les centres-villes sont des déserts couverts de tag ; est-ce parce qu’ils sont en fuite ?

      Les apprentis commerçants qui s’installent pour la durée de leur incompétence le font parce que, croient-ils, ils peuvent ouvrir quand ils le veulent et piocher dans le beau tiroir caisse derrière lequel ils se tiennent, avec leur naïveté, leur paresse et leur illettrisme ( véridique, hélas ).

      Les « nouveaux artisans », intronisés en six mois dans des métiers qui réclament plusieurs années de pratique, ne font pas mieux que mettre la clef sous la porte après avoir perdus le maigre pécule de licenciement qui leur avait permis de rêver au delà de leur incompétence.

       Il n’y a qu’une seule sorte de fraudeurs, ceux qui se nourrissent du travail d’autrui, on les trouve partout, quelques rares exemples au patronat et une grande majorité chez les hommes politiques et les syndicats de profiteurs.

       Quant au Medef, la crise des grosses têtes se fait sentir, là aussi.

       Car avant de parler retraite, argent et droit du travail, si on parlait devoir et éducation : même si ce n’est pas le sujet ici, parce que tout en découle ?

    • 7 Mars 2017 à 21h16

      adadaf dit

      Avec des économistes de ce calibre, on est sauvés !!
      Sa propositions précédente visait à faire payer par les salariés la retraite des artisans et des commerçants qui fraudent en masse. Le voilà qui veut faire table rase du passé (injuste, forcément injuste) et faire la fortune des sociétés d’assurance privées en recommandant une retraite par points, autrement dit par capitalisation. Dans la rubrique “j’enfume” croit-il sérieusement que les points seront tous les mêmes et que 10 ans après ce système mirifique, les points des uns seront les mêmes que ceux des autres ?

    • 7 Mars 2017 à 16h33

      Aristote dit

      Le système suédois, régime unifié de répartition à points est le seul sensé.

      C’est je crois la proposition de Macron. Je ne suis pas macroniste, mais voilà une idée que FF pourrait lui piquer. 

      • 7 Mars 2017 à 18h55

        Sancho Pensum dit

        On y viendra. Dans 5 ans, 10 ans, ou 20 ans, mais on y viendra.

      • 10 Mars 2017 à 9h52

        steed59 dit

        sauf que le “sytème suédois” tant vanté par Macron n’existe plus depuis les années 92/93 au cours du quel il s’est fortement libéralisé. le seul système dit “scandinave” – c’est à dire très intégré et très socialisé – qui existe encore est le norvégien, et encore grâce au financement issu de la manne pétrolière. Même le danemark l’a largement élagué

    • 7 Mars 2017 à 15h47

      L'Ours dit

      Ca fait plus de 35 ans que j’ai écrit une thèse sur la façon de calculer les charges des entreprises (et donc de remplir les différentes caisses, dont la retraite).
      Pour faire très très court: Il faut pour cela que les entreprises paient des charges en fonction de leur taille et non en fonction du nombre d’employés à qui s’ajoute un léger ratio préférentiel pour celles qui emploient plus que les autres, toujours à taille égale.

      • 7 Mars 2017 à 18h41

        jeanpierremartin dit

        Le principe m’a l’air bien. Est ce qu’il est soutenu par des économistes ou bien des Politiciens ?