Remaniement : Pascale, Emmanuelle, Marylise et les autres | Causeur

Remaniement : Pascale, Emmanuelle, Marylise et les autres

Considérations en vrac sur notre nouveau gouvernement

Auteur

Marc Cohen

Marc Cohen
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 12 février 2016 / Politique

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Il est des ministres sur le départ que l'on va regretter. Et d'autres que l'on regrette vraiment de voir entrer au gouvernement.

Pascale Boistard, Emmanuelle Cosse et Marylise Lebranchu (Photos : SIPA.00732046_000009 / 00715616_000007 / 00729513_000023)

Une remarque furibarde pour commencer

Pascale Boistard reste secrétaire d’Etat, mais désormais en charge des personnes âgées et de l’autonomie. Elle était auparavant en charge du droit des femmes. A ce titre, cette républicaine féministe grand teint avait donné une interview tonitruante à Marianne le 28 janvier dernier, titrée « Il y a sur notre territoire des zones où les femmes ne sont pas acceptées ». On pouvait y lire une série de rappels au règlement laïque bien agréable à entendre.

Pascale parla clair : « À la jonction entre laïcité et droits des femmes, nous faisons face à des reculs préoccupants ».

Plus clair : « Est-il normal que dans certains endroits, vous ne trouviez aucune femme dans les cafés ? Il y a une forme de morale mal placée, souvent exercée par des groupes minoritaires sur une majorité, et qui conduit à ce que l’espace public, censé appartenir autant aux hommes qu’aux femmes, se retrouve restreint pour les femmes. »

Encore plus clair : « Je constate que l’Observatoire de la laïcité s’est encore peu saisi de cette question des droits des femmes. Peut-être ses membres étaient-ils absorbés par d’autres sujets ? »

Ces déclarations cashissimes lui avaient valu une descente en flamme par Ségolène Royal, une semaine plus tard sur France Inter. Comme je suis un journaliste indigne, je ne vais pas paraphraser mes confrères de Marianne, mais copier-coller leur résumé de cette forfaiture.

Extrait de l’article de Marianne.net :
Voici la réponse de Ségolène Royal au micro de France Inter : « Il faut arrêter avec toutes ces polémiques sur la laïcité, la loi de 1905 est extrêmement claire, et il y a d’autres priorités sur le droit des femmes. Les violences conjugales, les violences dans la rue, les violences intrafamiliales (…). Le second point, ce sont les inégalités salariales, ce sont aussi des vrais combats dans l’entreprise. » Ségolène Royal, qui tente à ce moment-là de changer de sujet, est relancée par son intervieweur : « Mais cette emprise religieuse qui écarterait les femmes de certains lieux, c’est secondaire ? » Là encore, la ministre refuse de répondre, brandissant une « instrumentalisation politique des conflits sur la laïcité qui ne doivent pas perdurer ». Et d’asséner un dernier coup qui devrait lui offrir un beau sujet de discussion avec sa collègue Boistard, à quelques heures du conseil des ministres : « Il faut s’attaquer aux vrais problèmes concernant les femmes et je viens de vous les donner. »

Fin de citation. On reprend son souffle, mais oui, vous avez bien lu ce que vous avez lu. Cette ségolènade sans bravitude aucune a-t-elle coûté son poste aux Droits des femmes à Pascale Boistard ? Je crois que oui.

Une remarque de banlieusard inquiet pour continuer

L’arrivée d’Emmanuelle Cosse au Logement est une très mauvaise nouvelle pour les habitants des zones pavillonnaires, notamment en banlieue parisienne. Chez Europe écologie – Les Verts, tout le monde considère les pavillons et les micro-immeubles comme une hérésie écologique et économique. Au nom de quoi Cosse va très probablement, elle aussi, intensifier la « densification », et prôner un nouvel « assouplissement » des PLU. Comme Duflot l’avait fait. Et comme le réclament goulument les promoteurs. Vous avez dit écologie ?

Une remarque mélancolique pour presque conclure

Marylise Le Branchu a été débarquée du gouvernement. Ça m’attriste. Je sais bien qu’elle était aubryste, mouriste dans la dignité et autres choses qui m’enthousiasment peu. Mais depuis le gouvernement Jospin, j’ai été sensible à son talent oratoire, plus précisément à sa manière d’expliquer des choses parfois compliquées – ou indéfendables – avec des mots simples et des arguments convaincants.

Ces vingt dernières années, c’est une des femmes politiques qui m’a le plus impressionné, probablement aussi parce qu’elle ne portait pas sa condition féminine en bandoulière, ce qui, à mes yeux, est une preuve insigne de féminisme et de féminité.

On se souviendra aussi que garde des sceaux, elle avait contribué à crever l’abcès des disparues de l’Yonne et n’avait pas hésité à sanctionner plusieurs magistrats fautifs.

Naturellement cette sacrée cliente, dont mon ami Roland Castro me dit « C‘est une femme délicieuse : de la bonne gauche, simple, sans l’enflure ordinaire de la plupart de ses collègues », n’a jamais vraiment intéressé les médias et on ne lui prédit pas une seconde carrière à Solférino.

Une remarque séfaradophobe pour en finir

J’apprends qu’une Audrey Azoulay a été nommée ministre de la Culture ? La vérité, comme dircab’, elle va prendre Hanouna ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 16 Février 2016 à 9h53

      gid dit

      Tout cela est très normal. Le président normalement incompétent de la France  prend des décisions qui démontrent de plus en plus sa petitesse face à des enjeux  qui le dépasse et nous aussi. Son sens tactique et politique est de plus en plus lisiblement cynique. Fort avec les faibles et faible avec les forts. Plus le temps passe, plus tous ses surnoms caustiques de 2012 deviennent malheureusement criants de verité. Il ne fait que “remplacer” au lieu de “faire” et de “faire faire”. Peu importe qui d’ailleurs : vû le temps passé aux  ministères, ce sont des stagiaires de luxe qui viennent occuper des fonctions autrefois sérieuses. Trois ministres du Logement, trois ministres de l’Education et trois ministres de la Culture en moins de quatre ans… ces changements faciles évitent de s’occuper de ce qui est difficile et compliqué. L’année à venir  risque d’être agitée de coups de colère, d’explosions  et de difficultés. Le couple au pouvoir – c’est bien ce qu’exprime la réaction dictatoriale de Segolène Royal restaurée dans son ego, citée dans votre article – devient de plus en plus dramatiquement clair dans la façon dont il exerce son autorité en lieu et place d’actions concrètes positives qui restaureraient notre souverainté. Fiasco total.