Régionales : votez socialiste, c’est tout bénef !
Le PS doit rester un parti local
Publié le 02 février 2010 à 16:03 dans Politique
Mots-clés : Parti socialiste, Régionales 2010

Martine Aubry, par Audrey AK, flickr.com
Petit test : qui est capable de donner le nom d’au moins la moitié des vingt-deux présidents de régions métropolitaines ? Ceux qui mentionneront d’autres noms que Georges Frêche, Ségolène Royal et peut-être Jean-Paul Huchon, en sus de celui qui occupe le fauteuil près de chez soi, sont soit des allumés genre Rainman, soit des pros de la politique ou des sondages.
Voilà des gens, tous socialistes sauf deux, qui ne sont pas montés sur les chevaux du manège médiatique et mondain de la capitale. Leur ambition, à l’exception de la dame de Poitou-Charentes, semble se limiter à persévérer dans leur être jusqu’à ce que l’âge ou la lassitude de la chose publique les incite à passer la main.
Ils s’occupent des lycées, des trains de proximité, du tourisme, du développement économique, de culture, et il semble qu’ils s’en tirent plutôt bien, si l’on en croit les sondages.
On ne peut leur reprocher d’avoir gaspillé les deniers publics dans des édifices pharaoniques destinés à les accueillir avec leurs services : dans la plupart des cas, le mal avait déjà été fait par leurs prédécesseurs, quelle que soit, d’ailleurs, leur couleur politique.
Enfin, ils sont moins tentés de pratiquer le clientélisme que leurs collègues des conseils généraux, qui sont élus dans des cantons souvent très peu peuplés, où les votes sont aisément captables par quelques sucreries distribuées çà et là.
Pour ma part, j’ai tout lieu d’être satisfait de M. Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes dans laquelle j’ai le plaisir et l’honneur de résider.
Comme nous sommes de la même génération et natifs de la même région, nous nous sommes croisés, jadis, dans des lieux universitaires et militants à Lyon dans les années 1960, avant de mener chacun notre chemin professionnel et politique. Par ailleurs, il se trouve que Queyranne, alors ministre de l’Outremer du gouvernement Jospin, est venu en personne remettre à l’auteur de ces lignes une médaille que la République, dans sa grande magnanimité, avait consenti à lui accorder en dépit des multiples turpitudes de sa vie publique et privée.
Mon plaidoyer en faveur du vote PS aux régionales pourrait s’arrêter là, et laisser libre cours aux commentateurs pour qu’ils balancent leurs posts furibards comme quoi ils n’en n’ont rien à cirer que Luc Rosenzweig fasse son coming out électoral en racontant sa vie, comme un gros narcisse qu’il est.
Mais même si j’étais résident de Poitiers ou La Rochelle, je tiendrais le même discours, et les archives de Causeur sont là pour prouver que je n’éprouve pas de tendresse particulière pour madame Royal.
Il faut voter PS, d’abord parce que la droite, hormis peut-être en Ile-de-France, ne fait rien pour gagner, et même tout pour perdre.
Dans ma région, qui est tout de même la deuxième région française par sa population et son PIB, l’UMP n’a pas été capable de trouver une tête de liste dont la notoriété et l’envergure soit en mesure de contester sérieusement la prédominance de Jean Jack Queyranne. J’ai un infini respect pour madame Françoise Grossetête, député européen et stéphanoise, tête de liste UMP en Rhône-Alpes, mais ce n’est pas lui faire injure que de constater que sa notoriété et son aura régionales sont proches de zéro. La certitude de la défaite est déjà tellement ancrée dans les cuisines de la droite locale que l’on se déchire pour des places d’éligibles sur les listes qui intègrent le fait que la gauche conservera le pouvoir régional. C’est à qui placera son attaché parlementaire ou son suppléant en bonne position, pour être plus à l’aise dans le seul combat qui vaille : garder son siège de député en 2012.
D’ailleurs la droite, dans les départements où elle est archi-dominante, comme la Haute-Savoie dispose, à de rares et notables exceptions près, comme Bernard Accoyer, d’un personnel politique dont le niveau est assez lamentable, car même un bourricot pourvu de l’étiquette UMP aurait toute chance d’aller braire au Palais-Bourbon.
Ce défaitisme même pas révolutionnaire mérite donc d’être sanctionné.
Une autre raison d’apporter son suffrage au PS, probable vainqueur de cette consultation à l’échelle nationale, est de renforcer le pôle pragmatique, modéré et soucieux de développement économique face à des hurluberlus écolos et d’extrême gauche qui vont marchander des places en échanges de leur voix au deuxième tour.
Ainsi, voir un Philippe Meirieu, pape du pédagogisme effréné et tête de liste Europe-Ecologie dans mon coin, être en mesure de dicter la politique éducative de la région à Jean Jack Queyranne me cause un certain souci. Comme celui de voir des Verts trop puissants au Conseil régional inciter le pôle de recherche sur les nanotechnologies de la région de Grenoble aller chercher fortune sous des cieux plus cléments. Fort heureusement, l’émiettement de l’extrême gauche en réduit le pouvoir de nuisance, et l’on peut être certain que les mélenchoniens alliés aux vestiges du PC sauront se contenter des strapontins qui leur seront offerts en fonction de leur score au premier tour.
Enfin un dernier argument devrait emporter le morceau pour ceux qui hésitent encore à voter PS, par tradition de vote à droite ou allergie à Martine Aubry, Laurent Fabius ou Vincent Peillon. Plus le PS sera investi de responsabilités au niveau local et régional, moins il mettra d’ardeur à briguer le pouvoir au niveau national. Ces élus de terrain connaissent la chanson : dès qu’un socialiste est à l’Elysée ou à Matignon, c’est la Bérézina aux municipales et aux cantonales. Bien sûr, ils ne peuvent pas clamer cela urbi et orbi, mais il suffit d’observer les comportements des barons locaux et régionaux du PS pour s’en persuader. De leur maintien en poste dépend la survie de l’appareil politique d’un parti composé principalement d’élus et de ceux qui aspirent à l’être. Pour qui, comme moi, avec de sincères regrets, s’est détourné du vote à gauche aux élections nationales pour des raisons liées à la politique étrangère soit inexistante soit erratique du PS, sa présence massive à la tête des exécutifs régionaux est une assurance qu’il ne viendra pas nous sortir la France de l’OTAN, ou baiser les babouches d’Ahmadinejad au nom de la mauvaise conscience de l’homme blanc du nord.
Enfin, je souhaite ardemment la victoire de Georges Frêche en bas, à gauche sur la carte. Tous ceux qui ont connu Montpellier avant et après Frêche me comprendront.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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arnaud l dit
que de lyonnais et des rhônalpins sur Causeur!
ça fait plaisir se se sentir un peu moins seul…
Pour être clair, il est hors de question de faire quelque calcul que ce soit dans mon vote: pour avoir cotoyer des collectivités gérées par la droite et par la gauche, il est quand même assez facile de constater que les embauches de “copains”, la taille des “cabinets” est quand même en moyenne fort différent!
Comme me disait un de mes anciens employeurs: de toute façon, aujourd’hui, le militant socialiste de base est au minimum Vice Président de région, non?
Amorgos dit
La gauche décentralisée est en train de se transformer en une fonction publique territoriale bis (ce qui est au fond dans sa nature idéologique – républicanisme de l’Etat-guichet – et sociologique – le PS étant un parti de fonctionnaires, il ne sait que reproduire ad nauseam le seul modèle qu’il connaisse) : elle dépense, en toute irresponsabilité, des crédits qui lui sont dévolus par les ministères selon un cahier des charges qui lui est fixé par l’Etat. La patte personnelle des élus n’est, et ne peut être, que marginale : dans le choix des clientèles qu’ils décident de saupoudrer de subventions (modèle Frèche), ou dans les gadgets qu’ils inventent pour se faire un peu mousser et caser leur binette dans la feuille de chou locale, voire nationale pour les plus doués (modèle Royal). Qui peut réellement discerner les effets concrets des politiques régionales ou départementales, et a fortiori distinguer gauche et droite, sinon dans des affichages symboliques (rond-point Pierre Mendès-France contre voie rapide Georges-Pompidou, gymnase Lilian Thuram contre lycée Maurice Druon) ?
Jardidi dit
Tout le monde se moque de la République, peut-être, mais pas de la pauvreté.
Venik dit
@nadia : “..pourquoi chercher à démembrer plus encore des entités nationales qui se justifient historiquement ?”
Etes-vous sûre qu’elles se justifient encore ? Historiquement..le passé donc.
Et puis la France et d’autres ne sont plus depuis longtemps des entités nationales au sens où vous semblez l’entendre. (pour la répartition des chambres dans le chateau on devrait pourvoir trouver un compromis hédoniste)
@saul.Un effet de mode commença il y a déjà 30 ans. Otez-vous l’idée de nation de la tête et tout sera plus clair.Vous ramenez toujours la France à la bataille de Valmy,étrange pour un lecteur de Causeur !
@l’Ours
Mais c’est à désespérer votre position.. Si dans chaque tendance,réforme,vous n’allez chercher que les effets pervers.A ce compte-là on ne fait plus rien,immobilisme,non ? Ou vous ai-je mal lu? Les effets pervers peuvent être circonscrits.
Aristote dit
Dans un pays qui a le record du monde du nombre de fonctionnaires rapporté à sa population, les régions continuent d’en embaucher à tour de bras.
Un fonctionnaire indéboulonnable, c’est la garantie des hausses d’impôt futures, en échange de quoi ????
Belle gestion, en vérité…
susheela dit
@ Grandgil
Hervé Villard ! Excellent ! Effectivement, la ressemblance est saisissante !
Aubryyyyyyyyyyy ! C’est Finiiiiiiiiiiiiiiii !
Grandgil dit
Pourquoi il y a Hervé Vilard en illustration de l’article ?
Alpin dit
@L’Ours,
Bien le bonjour,
Entièrement d’accord et il faudra que je lise votre essai.
Mais il suffit simplement de “référer” une doctrine,un projet,une idéologie à ses effets,
positifs et négatifs ,d’en faire le bilan et d’en tirer les conséquences.
A mon sens le modèle le plus adéquat est celui de la clinique,de l’évaluation biomédicale,
avec son goût pour l’anatomie et l’analyse clinique.
Cela apparaît comme les seuls critères pour distinguer L’IDEOLOGIE de la Politique.
La tradition judéo-chrétienne exprime cela depuis longtemps par:
“L’enfer est pavé de bonne intentions”
signifiant que les intentions et les principes sans l’épreuve et la prise compte des conséquences ne suffisent pas à éviter le pire.
Le sociologue R Boudon a produit d’intéressantes réflexions à ce propos,peu prises en compte par ses collègues,ce qui en France n’est pas très étonnant.
L’Ours dit
Venik,
” C’est un effet pervers de la décentralisation…”
justement, un des principes de base que je m’applique et que j’ai décrit dans mon essai, c’est que je ne juge plus une idée (doctrine, etc), sur ses qualités, mais sur ses effets pervers.
Souvent, les résolutions les plus idéalistes ou prometteuses s’avèrent celles qui ont les pires effets pervers. C’est ainsi que j’élimine.
Vous avez énuméré des qualités. A quoi servent-elles si, compte tenu de l’homme, les voici dévoyées du fait de son pouvoir?
Saul dit
Nadia, Venik,
vous etes bien naïf….
“pourquoi chercher à démembrer plus encore des entités nationales ”
parce que c’ est un frein au marché…
et bien sur que nous sommes encore de taille…celle ci n’ a rien à voir, pour preuve, depuis que nous sommes passés à la taille “européenne” on a récolté que des emmerdes…
Seb’ dit
Moi j’ai voté Sarko en 2007, et je pense voter Martin Malvy donc PS en Midi Pyrénées ! Suis-je normal ???
Il faut dire qu’en face, la candidate est inconnue, et n’a pas “une tronche très catholique”. Elle est députée-maire de Montauban, et a dit ceci : “si je ne suis pas élue, je ne siégerai pas dans l’opposition”. On peut donc dire que la région, elle s’en tape … un petit tour et elle s’en ira ! Quelqu’un qui aime sa région, siège dans l’opposition et mène la bataille pour la remporter lors de la prochaine élection.
En plus, il parait qu’elle n’est jamais à l’assemblée nationale cette nunuche !
Il aurait un bon bilan Malvy selon la chambre régionale des comptes. Une des régions les moins endettées, de forts investissements, des dépenses de fonctionnement maitrisées, et ce vieux monsieur a un charisme, il a un mandat unique (ce qui est rare au PS), il a un côté “rural, france profonde” que j’aime bien.
Mais comme tous les présidents de région, il a fortement augmenté les impôts, et la pression fiscale est forte, le prix à payer pour cette région rurale, peu peuplée, désertée excepté le gros noyau Toulousain, qu’il faut désenclaver, rendre attractive …
Donc je pense voter pour ce baron local socialiste, même s’il est vrai que la région est déjà très très rose !!!
Par contre, je n’ai pas voulu de Pierre Cohen, maire PS de Toulouse … avec une victoire aussi courte : 50.42% des voix exprimées, j’espère qu’il sera battu en 2014, quelle incompétence !
nadia comaneci dit
Besancenot et son politburo se réuniront bientôt dans une cabine téléphonique. Voilà qui fera les affaires du Front de Gauche, je me demande quel effet la voilée aura sur les électeurs trostkistes.
Sinon, Venik, Europe oui bien sûr, nous ne sommes plus de taille à concurrencer seuls la Chine ou l’Inde, des régions, non. L’UE est en grande partie composée de micro-Etats, pourquoi chercher à démembrer plus encore des entités nationales qui se justifient historiquement ? Quant à revenir à la tenure et à la chatellainie autarciques qui ont fait les beaux jours de la décomposition du pouvoir médiéval… Je pencherais plus pour la mise en commun des personnes du sexe dit fort.
Saul dit
Venik,
non, franchement, le régionalisme n’ est qu’ un effet de mode et qui ne touche en vérité qu’ une toute petite minorité, la plupart s’ en foutant comme de l’ an 40…
c’ est encouragé, notamment par l’ europe, afin de détruire un peu plus les cohésions nationales, diviser pour mieux regner.
vous avez raison en ce qui concerne l’ Allemagne, ce pays a toujours eu une tradition federaliste ( la seule période d’ état centralisé fut le nazisme en fait ), mais cela marche car leur conscience nationale est fondée sur le “volk”, un lien qui transcende, s’ accomode du federalisme car suffisant en lui meme pour assurer leur cohésion nationale. or en France nous n’ avons pas ce lien “ethnique”, le lien est uniquement basé sur la conception de la nation, ou l’ état-nation ( un concept qu’ ont du mal à comprendre les allemands d’ ailleurs ), hors de celui ci on tombe dans la division et il n’ y a plus de cohésion, comme c’ était le cas justement au moyen age.
chaque pays a son propre modele de cohésion nationale, celui qui marche dans tel pays n’ est pas forcément transposable ou applicable dans un autre.
Borgo dit
Grande nouvelle : le NPA a sur une de ses listes une femme voilée. Comme l’a dit Besancenot, une femme peut être trotskiste, laïque et voilée. Mais oui !
Bvb09 dit
J´aime bien différencier le style de la technique.
N´´etant pas un esthète j´accorde plus d´importance à la technique.
Churchill était loin d´être un styliste mais quel punch!
Entre un Frêche et un Villepin je choisis Frêche qui me semble être plus efficace.
Venik dit
ineptes
Venik dit
Il faut donc accompagner ce mouvement, permettre l’éclosion de nouvelles cités-états qui parleront d’égal à égal avec le pouvoir central ET avec le pouvoir européen. C’est par exemple le cas en Allemagne et ils ne s’en portent pas plus mal. Tout cela rappelle furieusement le XI-ème ou le XII-ème siècle, tant mieux.
Quant au plan international, il est faux de penser qu’un affaiblissement du pouvoir central implique une perte d’influence à l’extérieur. D’abord il faut être vraiment dans la lune pour croire que la France pourrait dans le futur parler d’égal à égal avec la Chine ou avec une éventuelle future union de l’Amérique du sud, elle n’en a plus les moyens depuis 1914 en fait. D’autre part, un pouvoir soutenu par des régions fortes dont les voix porteront en Europe devrait être entendu,en tout cas bien plus que dans ces conférences inepte.
Bref,vive la Cité, vive Nestor Makhno, le phalanstère, et la mise-en-commun des personnes du beau sexe !
Venik dit
Je ne “plussoie” pas sur la féodalisation. C’est un effet pervers de la décentralisation, rien de plus, tout comme le présidentialisme est un effet pervers de la centralisation. Les néo-ethnos, je vous l’accorde, font aussi partie des effets pervers.
Néanmoins le mouvement régionaliste est une tendance de fond, sociale, amorcée depuis longtemps et auquel on ne peut résister; les cris d’orfraie des parisiens en perte d’influence ou des communistes nationalistes n’y changeront rien. Tant pis pour eux, qu’ils fassent joujou à la télé.
Pirée dit
Si vous n’avez pas les couilles de vous abstenir, votez blanc, c’est pas vu pas pris.
jules dit
Ça va pas la tête, Luc ? Faut te reprendre ou voir un médecin.