Regarder la France tomber
Le déclin, une mythologie française
Publié le 29 juillet 2010 à 18:00 dans Politique
Mots-clés : France

Anne Louis Girodet, La Révolte du Caire, le 21 octobre 1798.
Un sondage, récemment paru dans le Journal du dimanche, nous a appris la nouvelle : 7 Français sur 10 estiment que la France est en déclin. L’Agence France Presse s’est aussitôt fait fort de colporter la « mauvaise » nouvelle et, dans les rédactions, les plus belles intelligences du pays se sont affairées à l’envoyer directement au marbre, rajoutant ici et là quelques trémolos d’affliction.
De la crise économique à la nullité de nos footballeurs en Afrique du Sud, des « affaires » qui font les titres des gazettes aux fortes chaleurs qui en épuisent les lecteurs : rien n’incite vraiment à l’exaltation patriotique quand le vague à l’âme gagne tout un peuple. Mais l’idée de déclin n’est pas seulement liée à la conjoncture et à la morosité ambiante : elle est profondément enfouie dans l’esprit français comme la part secrète de ce que nous sommes. Elle nous constitue : être français, c’est, d’abord, se penser en déclin. L’idéologie française est une manière de théologie négative.
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 25Juillet/Août 2010

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L'auteur
François Miclo est rédacteur en chef de Causeur magazine. Twitter : @fmiclo
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29redrackam dit
Je suis bien content d’avoir pu lire les 219 paragraphes dont j’avais été privé.
Miclo charge, laser en main, scalpel en poche, la ligne casquée des piétons de la pensée prête-à-cuire.
J’ai dans l’idée cent prolongements à son texte fort et bien écrit.
Risquons-en un.
Une certaine “élite” française s’est rendue compte de la persistance de ce membre coupé dans les douleurs du corps social. Elle impose donc des gestes qui incluent ce membre et le tronquent: la charité est remplacée par l’impôt, le sacrifice par la rigueur, la fraternité par l’uniformité. On nous rejoue même cette farce triste que fut la Fête de la Fédération en nous priant de vénérer la Laïcité, vetsale un peu fripée, qu’on nous maquille en Déesse-Mère.
On compte sur le fond de sens du sacré que tous les peuples conservent même les plus meurtris, surtout eux peut-être.
On confond croyance et crédulité.
Métaphysique et “valeurs universelles”.
Dépassement des égoïsmes et solidarité fiscalement assistée.
Et bien des posts, ici où là, qui disent avec plus ou moins de gros sel dans le calibre “On a touché le fond” prennent, à la lecture de Miclo, un relief d’Espérance.
François Miclo, je vous tire ma coquille!
expat dit
Merci Sausage.
sausage dit
Lorsqu’il fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella d’une voix éloquente en ces termes : « Courbe doucement la tête, ô Sicambre[Note 11] ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ». Remi était un évêque d’une science remarquable et qui s’était tout d’abord imprégné de l’étude de la rhétorique, mais il était aussi tellement distingué par sa sainteté qu’il égalait Silvestre par ses miracles. Il existe de nos jours un livre de sa vie qui raconte qu’il a ressuscité un mort. Ainsi donc le roi, ayant confessé le Dieu tout puissant dans sa Trinité, fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et oint du saint chrême avec le signe de la croix du Christ. Plus de trois mille hommes de son armée furent également baptisés. […] »
Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, chapitre XXXI.
sausage dit
La réponse serait très longue à détailler puisqu’il faudrait passer en revue 2000 ans d’Histoire, mais s’il l’on devait poser un repère, le plus probant serait celui de Clovis qui décida de se faire baptiser (avec 3000 de ses hommes je crois) par Saint Rémy, l’évêque de Reims.
Ce baptême permet à Clovis d’asseoir durablement son autorité sur les populations, essentiellement gallo-romaines et catholiques, il peut désormais compter sur l’appui du clergé, et vice-versa.
expat dit
Non Sausage – ce n’est pas grave, mais je trouve que votre intelligence et votre censée valent mieux qu’un knack quoi c’est tout.
sausage dit
Quant à mon pseudo, je suis confus, il est un peu puéril, mais je n’ai pas vraiment choisi, plutôt une habitude (sûrement mauvaise).
expat dit
@ Sausage : vous pouvez m’expliquer un peu pourquoi on dit ça de la France ? (désolée je suis une inculte et je l’avoue ouvertement).
sausage dit
Expat
“La France est la fille ainée de l’Eglise”
Ca n’est pas anodin, certes l’Europe est baignée par la chrétienté, mais la France a une place prépondérante en son sein (l’Eglise), d’où cette particularité française.
expat dit
@ François Miclo : merci pour ce texte bien réfléchit.
@ Sausage (au passage – je n’aime PAS votre pseudo – vous n’êtes pas un knack comme a dit Rackam) : “Mais ce que je trouve extrêmement intéressant c’est la deuxième partie du texte qui voit en la chrétienté une des explications majeures voire l’Explication de cette mélancolie française”
Moi aussi. Et comme a dit F Miclo, ce n’est pas limité à la France. Je pense que tout ‘l’Occidental’ en souffre.
robespierre dit
Beau billet, Monsieur Miclo. Triste mais beau. Mais déclin ou pas déclin ? Incroyance donc déclin ? Positivons, soyons modernes ! La France, en tombant, finira par arriver sur ses genoux, c’est à dire non pas la position du missionnaire (elle l’a déjà) mais celle du pénitent en prière , ce qui n’est tout de même ce n’est pas la même chose !
Une question : “France fille ainée de l’Église” : copyright Renan ou pas finalement ? Il y a une “petite rue” Renan dans le 15ième et un gros boulevard pour Edgard ! Bizarre, qui se souvient de Quinet ? (à part vous bien sûr et moi aussi un peu)
Peu de penseurs français (et même occidentaux), il me semble, ont posé la “question du problème de la déchristianisation”. Marcel Gauchet, il y a peu de temps a pris conscience de cette IMMENSE question de (dé)civilisation. Paul Veyne a écrit un magnifique livre sur Constantin mais en filigrane c’est cette question qu’il se (et nous) pose. Veyne, ex-communiste (y-a-pas mort d’homme hein !) repenti (mais agréable à lire) ! Combien de français lambda pensent que la déchristianisation a été une forme de libération ? Le Christianisme, un fardeau et non un héritage ? Une violence et non un humanisme ?
Faites un sondage idiot (oui oui) dans un milieu bobo avec cette question idiote ,certes, mais attendez les réponses :
” D’après vous l’inquisition a-t -elle vraiment beaucoup plus tué que les nazis ?”
Le socle n’est plus là ! Enfin, il nous reste les livres de Bernanos et Peguy
François Miclo dit
Rackalimero : je croyais que vous vous moquiez. Allez, pour le coup, je vous paie une coquille neuve !
Impat1 dit
…” La médiocrité ignore le déclin. Son propre est de toujours se satisfaire de ce qu’elle est. Quand elle n’est rien, elle se contente de ce qu’elle a. Le déclin ne s’oppose pas à la grandeur, il l’appelle : on ne voit jamais chuter que ce l’on estime devoir être naturellement placé en hauteur. Le soleil et les astres déclinent. Jamais les cailloux ni les taupes.”…
François Miclo, ce paragraphe est admirable.
sausage dit
Texte remarquable,
Alpin vous avez complètement raison lorsque vous évoquez une “décomposition” plutôt qu’un déclin en mettant en comparaison la nostalgie et la mélancolie plutôt que le “nihilisme” qui est effectivement de rigueur.
En revanche, je pense qu’on peut effectivement accorder à la France cette spécialité que l’auteur développe tout au long du texte.
J’avais déjà assez bien intégré l’idée d’une France cherchant, tout au long de son histoire à être le digne successeur de l’empire romain, y arrivant presque ou pour une courte période.
Mais ce que je trouve extrêmement intéressant c’est la deuxième partie du texte qui voit en la chrétienté une des explications majeures voire l’Explication de cette mélancolie française
L'Ours dit
Léon,
nous serions donc bien en déclin puisqu’il y a de moins en moins de chrétiens en France, et que ceux qui en sont d’origine, la renie de plus en plus pour être dans l’air du temps.
Alpin,
parfaitement d’accord avec vous, le mot “décomposition” conviendrait mieux au ressenti actuel.
Miclo,
texte passionnant et riche. A méditer.
Impat1 dit
Que les Français se croient et croient leur Pays en déclin ne fait pas de doute. Mais fusse toujours le cas ? Rien n’est moins sûr. La lecture des journaux, et surtout des lettres privées, d’avant 1939 ne traduit rien d’un tel sentiment, bien au contraire. Même si le germe du déclin existait au fond de nous-mêmes, il n’a éclaté qu’après la suite de désastres qui à partir de mai 1940 a déferlé sur notre Pays et détruit notre fierté. Définitivement ?
redrackam dit
Cher François Miclo,
lorsque j’ai publié mon premier post, sous le nom de rackam, votre texte comportait deux paragraphes seulement. Il était en accès libre. Mais un peu court.
A présent vous me moquez car le poulet a pris des cuisses, et je ne puis commenter que si je me connecte sous “redrackam”. Car il est servi à la table des abonnés.
Les abonnés, ce sont ceux qui ont le droit de se faire enguirlander là où les autres n’ont pas accès…
C’est trop injuste.
rackalimero
François Miclo dit
Rackam : court comme une brève ? Vous en êtes bien sûr ?
rackam dit
Alpin,
merci pour cette perspective…
Devant la Rome en flammes, et le peuple en larmes, je pars contempler la mer.
Cet article, paru dans les longues, est court comme une brève.
Dommage, Miclo est capable de développer cela avec brio.
Notamment cette “théologie négative” qui m’intrigue.
Bon été à vous, homme des cîmes.
Léon dit
Oui,
Les français ne se pensent en déclin que lorsque la grandeur devient leur objectif premier, c’est à dire dès qu’ils cessent d’être chrétiens, et donc humbles et joyeux.
Tandis que dès que nous redevenons chrétiens, et donc humbles et joyeux, nous devenons grands, en apparence presque par accident, parce que nous sommes ouverts à la Providence et que la joie est une pure source de créativité.
Donc, le déclin est surtout le signe d’un changement de centration de la nation, et ça, ce n’est pas très bon.
Alpin dit
@François Miclo,
Ah si vous pouviez avoir raison.
Mais je vous renverrais bien au cruel N° spécial consacré par “Newsweek” à la Grande-Bretagne à la fin de l’été 2009,à son propre état et à la conscience douloureuse que la plupart de ces citoyen(ne)s en ont.
Cette inquiétude est bien européenne sauf peut être les danois ,mais qui n’en sont
pas moins inquiets.
Et puis en fait le terme est impropre ,beaucoup trop imprégné de culture romaine
,avec son idée d’un maximum de force suivi par une descente ,
Le tout cycliquement.
Mais maintenant le terme qui convient ,le mieux est celui de décomposition.
Le déclin…,c’est pour les nostalgiques,pas pour pour les nihilistes qui tiennent le
haut du pavé.