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USA : Laissez venir à nous les diplômés

L’immigration au crible du libre-échange

Publié le 10 juillet 2013 à 9:00 dans Société

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E pluribus unum, la devise des Etats-Unis formule l’idéal américain : l’unité dans la diversité, credo d’un pays d’immigrés. C’est dans le respect de cet équilibre subtil que s’inscrit la grande réforme de l’immigration voulue par Obama qui a été votée conjointement au Sénat par les deux grands partis. Après l’échec de Bush il y a sept ans, désavoué par son propre camp sur la question, les circonstances n’étaient jamais aussi favorables pour les immigrés, le vote latino ayant révélé tout son poids lors de la réélection d’Obama.
Si elle est approuvée par la Chambre des représentants, ce serait la réforme la plus ambitieuse en la matière depuis un quart de siècle. Au programme, la régularisation des 11 millions de sans-papiers présents sur le sol américain (en majorité mexicains), et leur naturalisation au bout de 13 ans, ainsi que l’augmentation du nombre de visas et de permis de séjour permanents pour les travailleurs les plus qualifiés.
Si la Comprehensive Immigration Reform (CIR), a été mise sur le tapis par « la bande des 8 », un groupe bipartisan de sénateurs,  les dissensions internes à chaque parti sont nombreuses.
14 des 46 sénateurs républicains ont voté ce texte controversé, au risque de raviver les tensions avec l’aile la plus droitière de leur camp.
En effet, le débat qui agite le Grand Old Party met en lumière l’insoluble contradiction du  néo-conservatisme américain, qui cherche à concilier libéralisme économique et défense des valeurs traditionnelles. Les républicains se trouvent ainsi déchirés entre credo libre-échangiste et culte nostalgique d’une Amérique blanche.
Alors que certains cow-boys texans s’insurgent contre la légalisation d’immigrés clandestins et invoquent le précédent de 1986, où une « amnistie » avait suscité un afflux massif de population, les milieux d’affaires se disent évidement favorables à la réforme. En effet, ceux-ci – comme Mme Parisot en France qui sermonnait Guéant pour sa politique d’immigration trop restrictive empêchant les patrons de « tirer profit du métissage » (sic) – encouragent l’ouverture des frontières aux migrants, qui leur permettrait de combler leur manque de main d’œuvre. Microsoft a d’ailleurs soutenu publiquement la réforme, arguant que l’entreprise n’arrivait pas à recruter aux Etats-Unis. Le Wall Street Journal , qui comme son nom l’indique se veut le porte-parole de la finance, est lui aussi immigrationniste, y voyant une nécessité pour nombre d’entreprises qui n’arrivent pas à pourvoir des millions d’emplois trop besogneux pour l’Américain de souche. « Les travailleurs doivent bien venir de quelque part », affirme au journal Jay Reed, responsable d’une fédération patronale du BTP.
Mais côté Tea Party, on n’a pas la même analyse : un rapport du très droitier think-thank  Heritage Foundation a affirmé que la réforme coûterait plus de 6 300 milliards de dollars sur cinquante ans. Une fois régularisés, les immigrés consommeraient plus de services publics (éducation, police, retraites, santé..), mais ne paieraient que très peu d’impôts, la plupart d’entre eux se situant dans les tranches fiscales les plus basses.
Pour calmer ces salauds de white-trash, le  consensuel « plan des huit » appelle à établir une relation claire entre le besoin d’emplois du pays et l’octroi de permis de travail aux étrangers. En bref, renforcer l’immigration « à la carte » pour garantir des frontières sûres et fournir de la main d’œuvre pas chère sur commande.
Grâce à ce compromis, la réforme passera sans aucun doute : en échange de la régularisation des sans-papiers, les Républicains obtiendront le renforcement des frontières et le durcissement des critères d’immigration choisie. La loi prévoit donc une hyper-sécurisation de la frontière mexicaine : 20.000 agents supplémentaires, des drones et des clôtures plus hermétiques. Et l’examen d’entrée sera durci : « Nous devons garder les meilleurs » explique Paul Ryan. On parle même de l’établissement d’un « permis à points » à partir de 2017 qui remplacerait le système de loterie pour obtenir la fameuse carte verte. Le sésame ne se gagnerait plus à la tombola, mais à « la force du poignet ». Ainsi les diplômés recevront beaucoup de points (5 pour une licence, 15 pour un doctorat), ainsi que les jeunes, et les ressortissants d’un pays à faible immigration. Le  paradigme de la chance, qui laissait à tous l’opportunité d’être déçus par le rêve américain, sera alors remplacé par une implacable logique darwinienne, où seuls les meilleurs seront sélectionnés pour rentrer dans la grande famille de la liberté.
L’Oncle Sam pourra ainsi tranquillement faire ses courses dans le grand supermarché mondialisé, choisissant avec l’œil averti du consommateur exigeant l’immigré ayant le meilleur rapport qualité/prix.
L’immigré rapporte des dollars, mais aussi des voix, et l’ignorer peut coûter cher. Lindsey Graham, sénateur républicain de Caroline du sud, l’avoue prosaïquement : « si la réforme échoue par notre faute, nous sommes morts en 2016 ».
En effet, le vote latino est devenu la clé d’entrée de la maison Blanche et le Parti Républicain ne peut plus se contenter de viser la classe moyenne blanche. Les hispaniques, qui ont voté Obama à plus de 75%, et constituent aujourd’hui près de 16,5 % de la population américaine, ne peuvent plus être ignorés par les républicains.
In fine, la réforme de l’immigration américaine révèle la conception marchande de l’immigré qui sous-tend toute position sans-frontiériste. Comme le résume la bonne vieille maxime utilitariste, « Chacun compte pour un, et aucun pour plus d’un » : une voix, des bras, l’immigré n’est qu’un pion qu’on déplace au gré des desseins électoralistes et des calculs économiques, qui, de ce coté-ci de l’Atlantique, ne prennent même pas la peine de se déguiser en projets humanistes.

*Photo: maaritroiha.

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  • 11 Juillet 2013 à 7h44

    eclair dit

    usa angleterre ont le même point commun ne pas former leur propre population suffisament. Cela coute de l’argent résultat obligation d’importer de la main d’oeuvre qualifiée etrangere.

     Le problème allemand est lui du coté de la petite enfance pas assez de structure d’accueil  
    résultat baisse de la démographie et obligation d’importer de la main d’oeuvre
     
    Plus le fait que le chomage ne doit jamais être sous la barre des 5%. Cela entraîne des tensions sur le marché du travail d’où  hausse des salaires.
    Donc importation d’immigrés.

    Que font l’ump et le ps.  importation massive
    destruction du système éducatif français
    Et cela couplée avec une forte désindustrialisation.
    En réalité ces processus amenent à la paupérisation des populations des pays recevant l’immigration. 

  • 10 Juillet 2013 à 18h51

    Marcel Meyer dit

    « En effet, le vote latino est devenu la clé d’entrée de la maison Blanche et le Parti Républicain ne peut plus se contenter de viser la classe moyenne blanche. »

    Premier pas vers la libanisation du pays, là-bas comme ici. 

  • 10 Juillet 2013 à 15h23

    Lauro dit

    En Espagne on a régularisé en 2005 des centaines de milliers de personnes, certes très majoritairement venant d’Amérique centrale et du Sud et on a vu le résultat : cela a créé un incroyable appel d’air. Si les américains agissent en ce sens, le renforcement du mur avec la frontière mexicaine n’y changera rien

    Mon blog : http://bougerlafrance.kazeo.com/

  • 10 Juillet 2013 à 11h33

    beneficedudoute dit

    La plupart des étudiants des grandes universités américaines (en math, sciences, finances, etc) sont asiatiques (Chinois ou Indiens principalement)….ils reçoivent la meilleure éducation chez eux (avec un supra élitisme dont on n’a pas idée), sont envoyés aux USA pour se perfectionner, puis repartent chez eux pour construire les universités de demain.

    Et concernant les sciences humaines, c’est morne pleine : ça n’intéresse plus personne vu que ce n’est pas rentable (est-ce qu’être cultivé, ça rapporte ? non ! )… de sorte que bientôt, nous ne seront plus que des robots capables de superbes équations sans aucune mesure de ce qu’est l’Humanité. Or, on sait où le pragmatisme sans éthique peut conduire !

    http://beneficedudoute.wordpress.com/

  • 10 Juillet 2013 à 9h11

    Parseval dit

    eh oui le système scolaire va plus mal aux USA qu’en France, il me semble que la moitié des étudiants en Master sont étrangers, sans immigration ils ne pourraient plus faire grand chose…

  • 10 Juillet 2013 à 9h06

    Eugène Lampiste dit

    “comme Mme Parisot en France qui sermonnait Guéant pour sa politique d’immigration trop restrictive empêchant les patrons de « tirer profit du métissage » (sic)”

    chut, faut pas le dire !!!

    les immigrés, ce sont les gauchisssssss qui les font venir pour leur donner plein d’allocs, surtout pas le patronat droitard qui en profite pour tirer les salaires vers le bas et les conditions de travail vers l’esclavagisme 

    • 10 Juillet 2013 à 10h05

      Victoire5678 dit

      Arrête Leroy avec tes droitards!

      • 10 Juillet 2013 à 12h49

        Eugène Lampiste dit

        mais vivi, c’est moi, votre gègène adoré

        pourquoi voulez vous que je sois leroy ? 

    • 10 Juillet 2013 à 11h30

      golvan dit

      En réponse à Lampiste:
      Autrement dit vous approuvez la thèse du FN qui explique que la gauche immigrationniste est l’alliée objective de la droite esclavagiste du grand patronat. 
      Ca me paraît tout-à-fait exact. 

      • 10 Juillet 2013 à 12h48

        Eugène Lampiste dit

        tout à fait

        par contre, où avez vous vu que le ps était de gauche ?