Deux semaines après la publication du décret sur la réforme du collège, l’opposition est très loin de s’éteindre. Il y a des plats qui ne passent pas, et la façon dont le triumvirat Vallaud-Belkacem, Valls et Hollande s’est conduit, en particulier à l’égard des enseignants, a provoqué un écœurement que le repos estival n’arrivera probablement pas à atténuer. Un membre d’un collectif d’enseignants latinistes écrivait, au lendemain de la parution du décret, que son médecin cardiologue lui avait formellement interdit d’écouter ou de regarder Najat Valllaud-Belkacem. Aujourd’hui,  le tapage médiatique autour du débat sur la réforme a baissé d’intensité et ce n’est pas un mal car l’omniprésence de la ministre devenait pour nombre de nos concitoyens particulièrement pénible à supporter.

Ce qu’un décret fait, un autre décret le défait. Il ne reste  qu’à œuvrer patiemment et sûrement dans cette direction.

De nouvelles formes de contestation et de mobilisation inédites sont en train d’apparaître. Qui s’attendait à ce que les deux syndicats d’inspecteurs de l’éducation nationale donneraient de la voix à leur tour ? Le premier, le syndicat des inspecteurs d’académie (SIA) s’insurge contre le fait que le ministère et le conseil supérieur des programmes (CSP) conduisent les réformes du collège et des programmes « au pas de charge ». Le second, le syndicat national des personnels d’inspection (SNPI-FSU), prévient d’ores et déjà que « l’on ne pourra réformer le collège sans l’adhésion des personnels ». Il y a de la résistance passive dans l’air. Il ne faut pas s’attendre, dans ces conditions, que les inspecteurs manifestent beaucoup de zèle pour veiller à ce que leurs collègues enseignants appliquent la réforme.

Au niveau local, ce sont deux mondes qui s’ignorent habituellement au collège, celui des enseignants et celui des parents qui commencent à se rapprocher l’un de l’autre et pourtant, ce n’est pas chose naturelle, tant les incompréhensions et les méfiances réciproques peuvent être fortes. Depuis quelques jours, les réunions d’informations se multiplient dans les établissements publics, des collectifs même se forment, ayant pour objectif d’informer l’opinion locale des conséquences concrètes de la réforme pour les enfants. Ayant participé, en tant que parent d’élève, à l’une de ces réunions dans mon département de l’Essonne, j’ai pu observer que deux termes sont revenus plusieurs fois dans l’assistance : « violence » et « brutalité ». Or, pour une fois, ce n’est pas des collégiens qu’il était question, mais des artisans de la réforme. Tout le monde est sorti de cette rencontre parents-professeurs avec un seul mot d’ordre : abrogation du décret.

C’est ce même mot d’ordre qui  a conduit trois anciens ministres de l’Education nationale, François Bayrou,  Jean-Pierre Chevènement et Luc Ferry ainsi que trois intellectuels, Pascal Bruckner, Jacques Julliard et Michel Onfray, à lancer une pétition nationale, intitulée « pour un collège de l’exigence ! », destinée à François Hollande. Les pétitions ont fleuri au mois de mai, avec le résultat que l’on sait. Malgré le découragement qui pourrait amener certains à ne plus vouloir signer de pétitions, celle-ci mérite que l’on s’y arrête, qu’on la signe et la diffuse massivement. Outre le fait que ce texte établit un constat sévère et sans appel sur  une réforme  qui défend  « un égalitarisme niveleur »,  il avertit surtout solennellement le Président de la République « que sur des sujets aussi graves, aucun gouvernement  n’a la légitimité de décider sans débat, les citoyens étant en droit de l’obtenir et d’y participer ».

Le gouvernement peut continuer à faire la sourde oreille et se montrer intraitable sur cette question du collège, mais un tel appel, émanant de personnalités de premier plan et majoritairement issues de la gauche, est un véritable poison qui se distille doucement dans l’opinion, y compris, et peut-être surtout, de gauche,  à savoir que le  Président de la République et son Gouvernement sont en train de perdre leur légitimité à exercer le pouvoir dans notre pays.  En période d’instabilité économique, sociale et culturelle, nul ne peut prévoir quelles en seront les conséquences, pas même nos gouvernants.

 

François Bayrou, Pascal Bruckner, Jean-Pierre Chevènement, Luc Ferry, Jacques Julliard, et Michel Onfray ont décidé de s’exprimer ensemble contre la régression qu’engage la réforme annoncée du collège. Ils vous invitent à soutenir cet appel pour obtenir le retrait du décret de « réforme » du collège.

Pétition adressée à M. le Président de la République Professeurs, écrivains, anciens ministres de l’Education Nationale, citoyens d’options politiques et personnelles différentes, nous sommes engagés pour défendre et servir l’école républicaine. Nous décidons de nous exprimer ensemble contre la régression qu’engage la réforme annoncée du collège.

Tous les élèves ont besoin d’une Ecole forte et structurée pour réussir. Ecole forte, parce qu’elle affirme sa mission de transmettre des connaissances et des valeurs. Ecole structurée, parce qu’elle donne toute sa place aux savoirs disciplinaires.

Nous n’acceptons pas l’affaiblissement des disciplines au profit d’une interdisciplinarité floue, sans contenu défini, dont les thèmes sont choisis selon la mode et l’air du temps, imposés autoritairement et uniformément par le ministère, conduisant au « zapping » pédagogique. L’échange entre disciplines est fécond et mérite mieux que ces faux-semblants.

Nous n’acceptons pas que l’égalité des chances soit confondue avec l’égalitarisme niveleur et se résume à la suppression de tout parcours d’excellence.

Les victimes de ce renoncement, ce seront d’abord les enfants de milieux populaires ou défavorisés pour qui l’école est le seul recours, car ils ne peuvent avoir accès aux cours privés et aux leçons particulières de leurs camarades plus favorisés.

Fidèles à la maxime de Paul Langevin fixant en 1945 la mission de l’Ecole républicaine : « la promotion de tous et la sélection des meilleurs », nous défendons la notion d’élitisme républicain pour que chacun puisse aller au bout de ses capacités.
Quatre éléments sont pour nous fondamentaux :

1. Nous affirmons que la plus efficace des réformes du collège est celle de l’école primaire, puisque les difficultés du collège naissent à l’école primaire.
2. Nous défendons les langues vivantes. Nous n’acceptons pas que les classes européennes, bi-langues, internationales, soient rayées de la carte. Ces classes relèvent d’une pédagogie particulière. On les supprime, on ne les remplace pas. Prétendre imposer précocement deux langues vivantes à tous les élèves, quand une large partie d’entre eux peine à maîtriser le français et la première langue, est un leurre.
3. Nous affirmons la légitimité des langues anciennes. Nous n’acceptons pas que le latin et le grec, qui ont fait le socle de la culture et de la pensée françaises, qui forment les racines de notre langue comme de la langue scientifique mondiale, disparaissent en tant qu’options offertes dans tous établissements, dotées d’un horaire garanti.
4. Nous défendons des programmes clairs et compréhensibles par tous, loin des jargons indécents. Les programmes doivent partir de notions solides et fixer des objectifs clairs et atteignables. Le programme d’histoire en particulier doit proposer des repères chronologiques et ne peut réduire à de seuls traits négatifs ou facultatifs la civilisation européenne et l’héritage des Lumières.

Sur des sujets aussi graves, aucun gouvernement n’a la légitimité de décider sans débat. Les citoyens sont en droit de l’obtenir et d’y participer.
Nous signons et appelons à signer cet appel pour obtenir le retrait du décret de « réforme » du collège. Nous demandons que ce décret soit refondu après les consultations et le débat républicain qui s’imposent.

François Bayrou, Jean-Pierre Chevènement, Luc Ferry, Pascal Bruckner, Jacques Julliard, Michel Onfray.

*Photo : DR.

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