On a beaucoup glosé sur les conséquences en Europe du référendum écossais. Essentiellement au travers d’un potentiel effet domino régionaliste et de l’implosion en douceur de l’UE qui en découlerait.

Or c’est un simple tweet de soutien de Barack Obama en personne qui a surpris à quelques jours du scrutin. La Reine d’Angleterre (et d’Ecosse), avec un humour très british, a naturellement joué son rôle de gardienne de l’unité de la couronne; mais pourquoi les Etats-Unis venaient-ils donc se mêler de cette affaire?

L’inquiétude a grandi de l’autre côté de l’Atlantique, à mesure que l’écart dans les sondages se resserraient entre les camps du oui et du non. Le vassal britannique a du apprécier le renvoi d’ascenseur de son suzerain américain. Encore une fois, c’est avec un cynisme teinté de paternalisme que Londres est traité par Washington. Dès qu’Albion s’écarte délibérément de la ligne fixée par la Maison Blanche, les Etats-Unis se tournent vers Paris ou Berlin en fonction de leurs intérêts économiques ou militaires. Ce simple fait suffit à effrayer leur féal et à flatter les rivaux continentaux du Royaume-Uni. Et le caniche revient aussitôt se blottir dans la niche américaine. Une telle soumission méritait bien une petite récompense, un tweet en l’occurrence.

Pour éviter ce genre de désagrément, l’ancien maître britannique, devenu valet, joue du mieux qu’il peut son rôle de cheval de Troie des Etats-Unis en Europe. Agent du Département d’Etat à Bruxelles, Londres bloque toutes les ambitions d’Europe-puissance qui pourraient menacer la suprématie et le monopole de l’OTAN. Le Royaume-Uni, depuis l’humiliation du canal de Suez, a choisi de jouer un second rôle en Amérique plutôt qu’un rôle majeur en Europe. Ce n’est donc pas sans raison que Barack Obama s’inquiète des velléités de sortie d’Europe et de division de son meilleur relais d’influence.

Côté anglais, d’autres conséquences que la perte de considération américaine étaient à craindre si l’indépendance écossaise avait abouti. Le Royaume-Uni aurait vu son accès à la mer du Nord et à l’Arctique restreint (surtout si les îles Orcades, Shetlands et autres archipels sympathiques suivaient le destin d’Edimbourg). Ouverture maritime, dont on sait qu’elle concentre l’essentiel des ressources énergétiques de l’île et que c’est un important passage pour les sous-marins nucléaires de Sa Grâcieuse Majesté. S’ils devaient quitter leur base navale stratégique près de Glasgow, les Anglais auraient un début de réponse à la question du renouvellement de leur sous-marin de classe Trident. La fermeture de la base aurait pu donner le coup de grâce. Sans l’Ecosse et sans dissuasion nucléaire, le Royaume-Uni pouvait-il garder son siège au conseil de sécurité des Nations-Unies? Le dossier est depuis longtemps sur la table de Ban Ki-Moon…

On peut comprendre les cris et les larmes de David Cameron. Car c’est dans le pathos que les responsables britanniques ont donné de leur personne pour appuyer le « Non » ces derniers jours. Appuyée par une presse britannique encore plus prompte au mélo que d’habitude, jamais l’Angleterre n’avait déclaré sa flamme aussi violemment à l’Ecosse. Le 10, Downing street, et tout le Parlement avec lui, s’est mis à genoux devant la croix de saint André. L’orgueilleuse Angleterre, même si elle sort vainqueur de ce scrutin, s’est humiliée devant sa partenaire, elle a demandé mille fois pardon, elle a fait miroiter de nombreuses contreparties financières et agité toutes sortes de menaces… Londres a été jusqu’à souffrir les soutiens de José Manuel Barroso et de Viviane Reding! Autant de scènes de ménages qui laisseront des traces à Glasgow et ailleurs.

Malgré l’issue du scrutin,  u fond de leur mausolée, les capétiens, qui ont toujours souhaité disposer d’une alliance de revers avec les Stuart, ont dû savourer cette campagne référendaire au goût de froide revanche.

*Photo : Lucy Young/REX/REX/SIPA. REX40336434_000018. 

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Hadrien Desuin
est expert en géopolitique.
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