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Non-dits dans le métro

RATP: des rails de la diversité au tunnel de l’islamisme

Auteur

Olivier Prévôt
anime le site et la revue L'Esprit de Narvik

Publié le 09 janvier 2017 / Société

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A la RATP, la politique d'ouverture à la diversité n'a pas porté ses fruits. Le recrutement massif d'agents issus de l'immigration a créé un terrain favorable aux menées islamistes.

Le métro parisien. SIPA. 00508550_000015

Rayane1 veut que notre entretien se déroule à son domicile, en proche banlieue – un joli quatre-pièces dont il est l’heureux propriétaire. « Je ne pourrais plus m’acheter cela, vu les prix actuels… Mais me voilà demi-millionnaire », plaisante-t-il. « Avant de critiquer la RATP je voulais que tu voies ça. Parce que ça, je le dois à la Régie. À 25 ans, j’ai pu emprunter à taux très bas. » D’emblée, le courant passe entre nous. J’apprécie ce ton exempt de tout misérabilisme. Et nous sommes bien d’accord : on ne fera pas le procès de la RATP. Mais ça n’empêche pas d’essayer de comprendre.

« Oui, oui, on m’a dit : tu vas me parler de Samy Amimour. » Quoi ? Qui a dit ça ? Je n’ai encore jamais prononcé le nom de cet ancien chauffeur de bus devenu l’un des terroristes du Bataclan. Il est dans toutes les têtes, symbole de l’échec de la politique de recrutement dans les quartiers. Amimour pourtant ne m’intéresse pas. « S’il avait été employé dans une poissonnerie, on n’accuserait pas Auguste Pêchard d’avoir joué avec le feu. » Rayane rigole, se détend, m’invite à m’asseoir sur le canapé où il prend également place, le bras gauche sur le dossier, la main droite sur son genou. Assis sur le rebord, les jambes serrées avec dessus mon calepin, je peux commencer.

Il y a quelques années, un petit groupe de femmes ose évoquer devant une caméra le machisme grandissant à la RATP, notamment celui des islamistes qui ont progressivement investi certains dépôts de bus. Parmi ces femmes, il y a Ghislaine Dumesnil, qui écrira plus tard Mahomet au volant, la charia au tournant.2 Mais j’évite pour l’instant de prononcer le nom de cette dernière. Je me concentre sur une partie de son témoignage qui m’intéresse particulièrement. La vidéo des femmes a provoqué un tollé à la RATP. Pas parmi les islamistes. Ce sont les autres qui ont surréagi : les musulmans modérés ou non pratiquants, appuyés par la direction, les syndicats et le gros des collègues des chauffeurs mis en cause. Je veux comprendre cette solidarité-là, qui s’est exprimée avec une violence particulière. Comment une politique active d’intégration non seulement n’éteint pas la virulence antiraciste (elle n’est jamais « derrière nous ») mais fait flamber le réflexe communautaire, jusqu’à anesthésier le bon sens, et cela dans l’indifférence générale ? Et comment, côté encadrement, au nom des potes, des gens, a priori de gauche, en viennent de facto à cautionner le sexisme, l’homophobie, le racisme et l’antisémitisme des barbus ?

Les agents doivent ressembler à leurs clients

« Tu l’as dit toi-même : ils cherchent à ne pas être cela. » Rayane ne prononce pas le mot, mais cela porte un nom : le retour du refoulé. « Tu ne vas quand même pas me dire que ce sont des racistes qui vous ont embauchés ! »

« Je n’irai pas jusque-là. Mais il ne faut pas nous prendre pour des idiots non plus. J’étais jeune, je cherchais du boulot. J’avais passé des entretiens à droite, à gauche. J’ai bien senti qu’avec mes cheveux frisés, mon nom, mon adresse à ne pas laisser sa voiture dehors, je bénéficiais d’un préjugé favorable chez les uns, défavorable chez les autres. À la RATP, c’était clair : j’avais la tête de l’emploi. La tête, pas le CV. »

La RATP a longtemps été une entreprise de transports publics, c’est-à-dire un royaume d’ingénieurs apportant des solutions techniques à des problèmes concrets. Début 1989, la nomination à sa tête de Christian Blanc, l’une des figures de la deuxième gauche, rompt avec cette tradition. L’entreprise devient un champ d’expérimentation sociale et son corollaire : une machine à communiquer des valeurs. Mais c’est avec la présidence de Jean-Paul Bailly, nommé cinq ans plus tard, que l’ouverture aux jeunes des cités s’impose comme le mantra de la RATP. Les agents doivent ressembler à leurs clients. Cette formule choc justifiera tous les pactes de la diversité possibles.

[...]

  1. À la demande des agents de la Ratp à qui il est demandé de ne pas répondre aux journalistes, les prénoms ont été systématiquement modifiés.
  2. Paru aux éditions Riposte laïque.

  • causeur.#42.couv.bd

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    publié dans le Magazine Causeur n° 101 - Janvier 2017

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  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 14 Janvier 2017 à 14h54

      rolberg dit

      Quand je pense à la manière dont s’y sont pris les chrétiens pour s’emparer de l’empire romain, je m’attends au pire.

    • 14 Janvier 2017 à 13h50

      Patrick dit

      La RATP n’a jamais aussi bien porté son nom : “Religion d’Amour, de Tolérance et de Paix” !

    • 14 Janvier 2017 à 13h36

      zelectron dit

      les rats du gruyère métropolitain ne sont pas prêts de quitter le navire!

    • 14 Janvier 2017 à 12h11

      Pol&Mic dit

      bientôt : rétablissement de la troisième classe! (réservée aux femmes et filles (exclusivement) …..

      • 14 Janvier 2017 à 13h48

        Patrick dit

        Et la quatrième réservée aux “koufars” ?

    • 11 Janvier 2017 à 16h47

      Marc54 dit

      On joue les apprentis sorciers…
      C’est la course en avant des bizounours, plus ça échoue et plus il faut accélérer.
      Il ne va bientôt plus rester que la solution extrémiste pour corriger toutes ces erreurs.

    • 10 Janvier 2017 à 23h31

      Livio del Quenale dit

      Oui, ça  c’est facile, les exceptions cachent la forêt, donnant des prétextes échappatoires aux politiques pour repousser sans cesse ce problème dramatique.
      -
      Voici plus de 60 ans qu’arabes et musulmans sont arrivés en nombre significatif en France de 1981.  
      Ce qui fera bientôt trois générations, qui ni ne s’intègrent, ni ne s’assimilent .
      Au contraire les jeunes se radicalisent, sans toutefois, encore, être franchement intégristes (semblerait-il, enfin peut-être, voir plus haut) .
      Mais le plis se prend et le divorce est consommé, la haine viendra, puis si l’on n’y met pas le holà, une guerre civile. Ca vous tente ?

      Quoi faire ?
      Concomitamment : éducation, instruction, formation, avec fermeté et répression, oui nous en sommes là, et ce, pour rester dans une démocratie … démocratie simplette, pour ne pas dire gauche et espérer ne pas être traité, pour un oui ou pour un non, de facho, ce qui n’est pas le plus grave si l’on s’y colle.
      -
       Car il faut ce qu’il faut quand on veut un résultat, si du moins on sait ce que l’on veut et être insensible à la culpabilisation, la manipulation, la mauvaise foi, voire la calomnie.
      Sans oublier la pétochardise de nos “élites” niaiseuses hors sol, mais “vertueuses”.
        
       –