Raque pour Cranach, y’a pas d’arnaque !
Publié le 18 novembre 2010 à 5:59 dans Brèves
Mots-clés : Louvre, Lucas Cranach
Evidemment Lucas Cranach l’ancien (1472-1553) est moins connu du grand public que Dali, Jeff Koons ou Jed Martin (l’artiste qui est au centre de La Carte et le Territoire de Houellebecq) ; moins connu aussi que les peintres stars du Musée d’Orsay ; moins connu également que certains de ses presque contemporains tels que Jérôme Bosch ou Bruegel. Pourtant Cranach est un peintre à l’univers graphique fascinant, qui a souvent traité avec une originalité déconcertante (et donc forcément stimulante) des thèmes très classiques tels que des scènes bibliques ou des représentations empruntées à la mythologie gréco-latine.
Le Musée du Louvre vient de lancer une très sympathique campagne d’appel aux dons afin de compléter la cagnotte destinée à l’achat d’un chef-d’œuvre de Cranach exécuté en 1531 « Les trois grâces » ; appartenant depuis les années 30 à une même famille française, qui a décidé de le mettre en vente. « Nous avons réuni les trois-quarts de la somme, ce qui fait qu’il faut un dernier effort pour que ce tableau puisse rejoindre les collections nationales », indique Henri Loyrette, président du Louvre, sur le site créé à l’occasion de cette opération). Le musée souhaite donc réunir environ un million d’euros à travers les dons du grand public, qui va pouvoir apporter sa glorieuse contribution de mécène d’un jour.

Se détachant sur un fond noir uni, ces trois femmes nues, portant chapeau et parures, ont été considérées comme une interprétation originale du thème des « Trois Grâces », mais l’étrangeté de leur posture a fait songer également qu’il pourrait s’agir d’une représentation allégorique de la Charité, de l’Amitié et de la Fidélité ; voire de trois jeunes-filles allemandes, délicieusement sensuelles, aux poses très subtilement provocantes. (Cette main posée sur la jambe de la jeune-fille légèrement cambrée située à gauche, la manière de se tenir en équilibre sur un pied de celle située à droite de l’œuvre, la disposition incongrue des pieds de la femme qui est au centre, qui n’est pas sans faire songer à ces cruelles et magnifiques postures que la danse classique inflige aux danseuses). Vincent Pomarède, directeur du département des peintures du Louvre résume le propos du tableau en ces termes : « C’est une œuvre qui est à la fois amusante, qui est troublante, mystérieuse, et d’une grande sensualité ».
Vous avez jusqu’au 31 janvier 2011 pour apporter votre contribution à l’achat de ce tableau, et l’arracher à un propriétaire privé pour en faire un bien commun. Saluons cette initiative tout à la fois habile sur le plan de la communication (le mécénat est une tradition plutôt anglo-saxonne qui perce assez lentement en France…), et courageuse dans le choix de l’œuvre et du peintre concerné : le grand Cranach, qui bénéficie de la sorte d’un coup de projecteur parfaitement inattendu, et bienvenu.
Alors, si jamais t’as cent balles pour un Cranach, vas-y !
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L'auteur
François-Xavier Ajavon est chroniqueur et professionnel de la presse.
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hathorique dit
Louis75 dit :
19 novembre 2010 à 13:34
Merci de votre réponse oui je comprends mieux quand vous me l’expliquez et mille pardons à Abdel et à ses biffins, si il en a encore, car la misère isole.
” Ne me dites pas, l’art concerne aussi les gueux, il élève l’homme au-dessus de sa condition, il fait voir la vie en rose et sauve du naufrage les âmes aveuglées par le seul souci de leur survivance matérielle”.
je n’aurai jamais l’indécence de le dire ni même de le penser, d’ailleurs je ne crois pas l’avoir dit, mais pourquoi évoquer Mozart et les nazis, quel est le lien avec la misère dans nos villes.
enfin merci de me remettre en mémoire, Tristan Corbières et par ce biais Gaston Couté le poète des gueux .
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/gaston_cout/sur_la_grand_route.html
et oui la Province c’est bien et même très bien, il fait un soleil qui éclabousse les montagnes enneigées et c’est si beau.
d’ailleurs je pars ramasser quelques châtaigne dans nos belles forêts dauphinoises
bien à vous
Zantrop dit
“Le citoyen Zantrop devrait épouser la Comaneci : ils sont parfaitement assortis.” déclare Porc.
Outre le fait que « la Comaneci » n’a peut-être pas mérité ça et que d’ailleurs je ne saurais être bigame, voici un commentaire de haute tenue qui devrait clore la discussion. Mais comme j’ai encore une ou deux minutes à consacrer au ci-devant Porc,(c’est-à-dire à perdre), j’ajoute ceci :
C’est « la mise au musée » qui est cause de désertification des lieux de culte, dit-il. Je rigole derechef.
Dans les années 60 (ou régnait encore l’opulence, selon lui) les églises étaient largement ouvertes et l’on pouvait y entrer librement. Mais la recrudescence des vols (tableaux, objets du culte, mobilier…) a progressivement amené leur fermeture. Et où donc se retrouvaient généralement lesdits objets ? Dans les musées ? Que nenni. Curieusement, ces objets finissaient plutôt dans quelques « résidences princières » et autres « demeures privées », après passage par des magasins d’antiquaires (dont je ne sais s’ils étaient tous «grands»).
C’est peut-être depuis que les églises et châteaux sont un peu plus surveillés que les antiquaires si prisés de Porc “éprouvent des difficultés croissantes à renouveler leur stock”. J’ai une pensée compatissante pour eux.
Louis75 dit
@ Hathorique.
(L’art ne me connaît pas. Je ne connais pas l’art. (T. Corbière.).
Bonjour. Qui parle de millionnaires ? Pas moi. Au contraire. Moi, je vous parle des huit millions de pauvres, des hordes de détrituphages à visage humain qui hantent les rues de Paris, de ceux qui touchent balpeau à suer dans des boulots de merde, des classes moyennes devenues très moyennes, des vieux qui crèvent aux confins des retraites étiques. Je fais référence à une hiérarchie des considérations où l’art, certes, trouve sa place, mais dans laquelle l’appel au mécénat, tel que nous l’a présenté notre Causeur-chroniqueur, prend un caractère insane. Ne me dites pas, l’art concerne aussi les gueux, il élève l’homme au-dessus de sa condition, il fait voir la vie en rose et sauve du naufrage les âmes aveuglées par le seul souci de leur survivance matérielle. Balivernes, légendes, pipeau. Y a pas que l’argent qui va aux riches, l’art aussi. Pour le bien de tous ? G. Steiner a très bien montré comment le nazi du matin pouvait se raser en écoutant du Mozart et travailler froidement au sécateur une jolie jeune femme juive l’après-midi. Réjouissons-nous malgré tout que le mécénat existe : il gratifie son auteur dans la mesure où il en a les moyens et maintien les œuvres à l’abri dans l’œuf muséal ou dans le snobisme des collections privées. Et lisez attentivement… mon Abdel, il ne descend pas les poubelles, il les fait pour pouvoir bouffer. Vous comprenez mieux mon post précédent maintenant ? Au fait : c’est très bien la province.
rocardo dit
Il faut un sacré culot,ou une mémoire de palourde,pour parler de l’opulence de la France de 1960.
rocardo dit
Cranach,c’est surtout un artiste conceptuel…
Ben oui,les alignements de Cranach!
…
OK,je sors.
hathorique dit
@Louis75 dit :
19 novembre 2010 à 1:58
Bonjour,
je ne comprends pas votre post ; le mécénat n’est pas uniquement réservé aux millionnaires et il permet de conserver des oeuvres qui fuiraient ailleurs ou disparaitraient définitivement comme ce tableau de Van Gogh qu’un japonais voulait incinérer avec lui, tableau d’ailleurs dont on ne sait pas ce qu’il est devenu.
Il faudrait peut être dire à Abdel ou même à Jean Jérome (qui ne doit pas souvent sortir les poubelles) que les grands Musées nationaux sont gratuits pour les moins de 26 ans ce qui a généré une augmentation de 52% et pour les fréquenter et parfois les accompagner il y a aussi des cohortes d’enfants chahuteurs qui garderont peut être un souvenir ému des belles Vénus croisées sur les toiles de ces musées.
http://www.service-public.fr/actualites/001173.html
Dans mon département l’Isère, eh oui c’est la lointaine province, l’entrée est gratuite dans TOUS les musées départementaux .
J’en parlerai avec ma videuse de poubelle qui d’ailleurs s’appelle Maria, comme quoi, il n’y a pas de fatalité.
Louis75 dit
Cher François-Xavier, au moins nous avez-vous épargné une retape honteuse qui eût consisté à nous sensibiliser à Basquiat, pour lequel nous eussions eu tort et regret de ne point désirer claquer 20 euros dans un ticket – qui nous eût permis de rager devant ses œuvres. Granach l’ancien n’est évidemment pas de la camelote pour mongoliens, encore que ces derniers doivent bien kiffer les femmes nues, et, dans les Trois grâces, nues elles sont. Mais ce n’est pas le mitan du problème. Le problème, que votre chronique délicate avance à petits coups de menton, est la supposition, sous réserve que nous aimions l’art, la peinture en l’occurrence, que nous serions prêts à répondre à un appel pécuniaire du Louvre pour que celui-ci se portât acquéreur de cette beauté picturale dans l’intention d’en faire un bien commun. J’ai bien lu : un bien commun. Mais dans quel monde vivez-vous mon ami ? Je ne connais personne qui serait prêt à lâcher un picaillon en ce sens. Votre « commun » ressemble fortement au caramel mou que Georges utilisait pour vider le tronc des églises dans Un drôle de paroissien. Je m’amuserais bien de savoir quels Causeurs répondra à votre appel. De mon côté, soyez assuré que je me charge de faire suivre votre demande à Abdel, qui fait tous les soirs les poubelles en bas de chez moi, et à quelques autres de ses amis biffins. Mais je suis bien certain qu’ils apprécieraient de jeter un coup d’œil sur ce Granach. J’ai cru comprendre qu’ils aimaient beaucoup les femmes à poil.