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Fin de vie : hâtons-nous lentement !

Le rapport Sicard sur l’euthanasie et le suicide assisté va décevoir François Hollande

Publié le 03 janvier 2013 à 17:46 dans Politique Société

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Le rapport Sicard sur la fin de vie, à peine remis au président de la République, est déjà devenu un abcès de fixation, suscitant d’interminables polémiques autour de thèmes qui n’en constituent pourtant pas le suc : l’euthanasie et le suicide assisté. Qu’y a-t-il donc dans ce fameux rapport, que personne ne semble avoir lu et qui suscite tant d’inquiétudes, par ailleurs légitimes ?

Le préambule de ce texte qui actualise la loi Leonetti se révèle purement statistique. Il nous apprend deux choses essentielles : personne ne souhaite mourir; et si cela devait arriver ce devrait être sans douleur. D’où il ressort que 58% des gens se déclarent favorables au suicide assisté, ce qui a justifié l’engouement du candidat Hollande et la commande dudit rapport au professeur Sicard. Une première partie du texte résume les approches sociétales, à savoir : le vieillissement de la population, les inquiétudes face au cancer, à la maladie d’Alzheimer  et  à la mort sociale de ceux qui deviennent un fardeau pour leurs proches ; les inégalité géographiques etc.

Qu’il nous soit permis d’émettre quelques réserves. Primo, Sicard oublie le jeunisme ambiant et le refus de la finitude même s’il pointe les stratégies d’esquive de la mort à travers l’usage de l’euthanasie. Secundo, le « choix libre et informé depuis 65 ans » qu’il évoque nous fait bien rire car le changement de notre rapport à la médecine dissimule mal le passage du paternalisme au consumérisme. Tertio, Sicard omet d’évoquer la crise économique et ses conséquences sur les politiques de santé publique, bien qu’il souligne avec raison le désordre institutionnel endémique : Etat, sécurité sociale, collectivités et l’absence criante de concertation entre ces différentes strates administratives aboutissent à un regrettable gâchis financier et humain.

Dans un deuxième temps,  il dresse le bilan de la loi Leonetti; et plus particulièrement de sa non-application en dehors des soins palliatifs. En lieu et place des directives anticipées qui ne sont qu’un avis, Sicard appelle de ses vœux la mise en place d’un véritable testament biologique et entend passer d’une suggestion à un impératif. La non-reconnaissance des diplômes de Soins Palliatifs et Douleur entraîne un déficit de vocations. Cette survalorisation de l’acte par rapport au service engendre un déficit de financement pour l’accompagnement non technique aux malades. Sicard fustige également des pratiques d’obstination déraisonnable (le fameux acharnement thérapeutique), particulièrement dans les services d’urgence.  Ajoutons qu’il faudrait revoir les critères d’admissibilité en soins palliatifs. Il arrive encore trop souvent que des sédations terminales soient décidées à l’insu des familles. Sicard déplore par ailleurs le nombre insuffisant d’unités mobiles de soins palliatifs  (un médecin, deux infirmières, un demi-psychologue par exemple) tout en se félicitant de la transversalité de leurs missions.  Il serait pourtant  plus efficace que l’équipe en question s’investisse à plein temps dans les conseils et dans les soins jusqu’au mieux-aller des malades. Les comités d’annonce fonctionnent mal, le patient est laissé au milieu du gué lorsqu’il apprend qu’il ne guérira pas.

Dans un troisième temps, Sicard élargit son enquête à quatre pays : trois qui autorisent à la fois l’euthanasie active et le suicide assisté, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse et enfin l’Oregon (Etats-Unis) où ne se pratique que ce dernier. En l’occurrence, le bilan est très mitigé. Notons qu’en Oregon, 50% des « patients » ne prennent pas le comprimé prescrit pour mourir, sachant que son effet létal diffère en fonction des individus : vous pouvez décéder en un quart d’heure comme en vingt-quatre, voire survivre !

Plus fondamentalement, Sicard rappelle un certain nombre de principes, comme l’interdit fondateur de tuer (dont la mise en cause supposerait un changement de civilisation), le serment d’Hippocrate  (précepte essentiel de la médecine :  primum non nocere : d’abord ne pas nuire). Rappelons que la  parution du best-seller de Claude Guillon et Yves le Bonniec, Suicide mode d’emploi (1982),  allait aboutir cinq ans plus tard à la loi définissant le délit de provocation au suicide. Il y a quelques années, la loi Leonetti se fixait pour but de soulager la douleur en préservant la liberté de soigner contre l’impératif d’en finir. Cette tension souligne les tiraillements du malade entre désespoir et envie de vivre jusqu’au bout.

De leur côté, François  Hollande et sa ministre Marisol Touraine préconisent une forme de suicide assisté à la française, supervisée par un médecin prescripteur et un accompagnateur, qu’encadreraient des associations chapeautées par l’Etat. La question sera débattue en juin 2013. Quant au professeur Sicard, il adopte une position critique et considère l’euthanasie comme impensable. Son rapport est une excellente mise à jour de la loi Leonetti, qui dresse un état des lieux lucide du désastre médical en matière de fin de vie. On peut toutefois lui reprocher de pas écorner les politiques de santé publique et d’ignorer (sciemment ?) les mobiles économiques qui sous-tendent la promotion du suicide assisté.  Pour l’exprimer crûment : mourir c’est faire des économies.

*Photo : Ed Yourdon.

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6

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  • 8 Janvier 2013 à 19h26

    Christophore dit

    Dignité ? Parlons-en, justement ! Car l´homme n´est pas qu´un animal supérieur. Nous avons une conscience. Nous savons qu´un jour nous mourrons. Il est normal de laisser faire la nature, aidée par l´art médical pour soulager la souffrance. Mais pourquoi faire un suicide assisté ? Si un malade veut en finir, il est capable de le faire tout seul, sans une loi en prime, et les proches sont capables aussi de préparer le cocktail. Pourquoi exiger cela de ceux dont la profession est de soigner, de soulager la souffrance, d´accompagner la vie jusqu´au bout ?
    Ou alors, on pourrait instituer des « maisons de la mort » avec un personnel juste qualifié pour cela. Après tout, on a supprimé la peine de mort, on n´a plus de bourreaux, mais ça peut se réinventer pour nos vieux. Au moins on est cohérent : qui veut vivre, va a l´hosto, qui veut mourir, va a la maison de la mort, les vaches, pardon, les « fins de vie », seront bien gardés.
    Mais, au fait, j´y pense : pourquoi ne pas imiter la nature ? La Nature avec un grand N. Dont on parle tant et tant ? Pourquoi ne pas être « vert » jusqu´au bout ?
    Dans la nature les feuilles tombent le moment voulu, les animaux meurent en paix le moment venu. Il n´y a que l´homme qui va se laisser voler sa mort ?

  • 8 Janvier 2013 à 15h11

    pic dit

    Il ne faut pas euthanasier deux éléphantes tuberculeuses !
    Sont-ce les mêmes qui pétitionnent également pour l’euthanasie de humains incurables ?
    Quel grand écart de pensée notre société nous inflige !
    Si l’euthanasie devait être le fruit d’un geste effectué par nous-mêmes et non par des personnels médicaux tiers serions-nous prêts à l’effectuer?
    Donner la mort ou déléguer ce don, posons la question aux beaux esprits qui ne seront confrontés qu’à une signature au bas d’un formulaire !

  • 5 Janvier 2013 à 9h18

    seniorenforme dit

    Les sondages fleurissent, en effet 86% des Français se déclarent “favorables à la légalisation de l’euthanasie”. 80% des seniors se prononcent pour une loi et François Hollande a mis en place cette mission pour réfléchir sur une réforme de l’euthanasie. Ce qui est intéressant dans cette étude c’est que 58% des catholiques sont aussi demandeurs d’une nouvelle législation. Enfin, 57% des seniors ont malheureusement déjà accompagnés un proche en fin de vie.
     http://blog.seniorenforme.com/

  • 4 Janvier 2013 à 16h05

    zapping dit

    Comment ne pas faire le parallèle entre l’explosion démographique du troisième âge difficile à gérer et l’apparition d’un débat sur l’euthanasie ?
    http://www.exorcismes-postmodernes.fr/

  • 3 Janvier 2013 à 22h41

    MONCHERETBEAUPAYS dit

    L’euthanazi c’est le cocotier du bobo….

  • 3 Janvier 2013 à 20h09

    Marie dit

    Très intéressante mise au point. On sait bien que les soins palliatifs sont inégaux en France, la loi Léonetti oubliée par certains , il suffit donc de former et d’informer et non de demander aux associations , d’ailleurs pourquoi toujours en appeler à elles , elles ont aussi un cout dont on ne parle jamais, et de se conduire en adulte humain et non en contempteur d’une idée qui sent véritablement le désir de faire des économies !
    Ou tuons les gens à la naissance ce sera plus efficace!