“Radicalisation”: la guerre des mots | Causeur

“Radicalisation”: la guerre des mots

Ce qu’occulte ce terme pudique

Auteur

Mathieu Bock-Côté

Mathieu Bock-Côté
est sociologue, auteur du "Multiculturalisme comme religion politique" (Cerf Ed., 2016).

Publié le 31 octobre 2016 / Religion Société

Mots-clés : , ,

radicalisation islam daech terrorisme

Sipa. Numéro de reportage : 00778129_000015.

La question de la radicalisation est à l’ordre du jour. On en parle beaucoup et on en parlera encore longtemps. Et on peut être à peu près certain qu’on en parlera assez mal. Parce que cette question est très mal posée. D’abord parce que le thème de la radicalisation lui-même est piégé: il est là pour détourner notre attention et masquer la question spécifique de l’islam radical, qu’on veut occulter, parce qu’on craint qu’elle ne contribue à la stigmatisation des musulmans. Ensuite, parce que lorsqu’on abordera néanmoins la question de l’islam radical, on risque d’assister à la victimisation de ceux qui s’y engagent. C’est la discrimination dont ils seraient victimes qui pousserait les jeunes musulmans vers l’islamisme, à la manière d’un réflexe de défense malheureux mais inévitable. En gros, on nous dira que l’islam radical n’est pas vraiment un problème, et lorsqu’il devient un problème, c’est à cause de nous. Lorsque l’islam radical frappe, nous en sommes d’une certaine manière coupable.

Tous radicalisés ?

Reprenons ces deux questions distinctement. Le phénomène de la radicalisation ne veut à peu près rien dire en soi. Comme j’aime le dire, quand un péquiste [NDLR : membre du Parti québécois, favorable à l'indépendance de la Belle province.] se radicalise, il veut tenir un référendum coûte que coûte dans un premier mandat, lorsqu’un conservateur fédéral se radicalise, il veut privatiser Radio-Canada, quand un social-démocrate se radicalise, il rêve d’une augmentation généralisée des impôts, quand un catholique se radicalise, il rêve de lois morales plus coercitives, mais quand un islamiste se radicalise, il peut verser dans le terrorisme et le djihadisme. En d’autres mots, c’est l’islam radical qui pose un problème de sécurité majeur aujourd’hui. Il ne représente pas une variante parmi d’autres du problème du radicalisme : il représente un problème à part entière, qu’on ne peut sérieusement dissoudre dans un problème plus vaste.

Mais on ne veut pas l’avouer. Alors on jette un voile sur le phénomène et on parle de radicalisme en général. On dira s’inquiéter de tous les radicalismes, histoire de diluer la responsabilité de l’islamisme dans un phénomène plus global de radicalisation. Au nom de la lutte contre l’islamophobie, on pratique le déni de réalité et on va même jusqu’à dire que toutes les religions et les doctrines menacent également, par la tentation radicale qui leur serait consubstantielle, la paix civile et la sécurité dans nos pays. Un exemple parmi d’autres : après l’attentat d’Orlando, par Omar Mateen, n’a-t-on pas assisté au procès des grandes religions monothéistes, comme si le christianisme et le judaïsme étaient coupables par association des crimes commis au nom de l’islam radical?

Balayer le réel sous le tapis

Mais il arrive qu’on doive quand même poser la question de l’islamisme. On a beau balayer le réel sous le tapis, il en reste toujours des traces. Que faire d’elles? En général, on victimisera ceux qui sont tentés par l’islamisme. C’est la société d’accueil qui, en les rejetant, les pousserait vers l’islam radical. En un mot, l’islamophobie serait à l’origine de l’islamisme. C’est très fort. En gros, le monde occidental serait coupable du fait qu’on le rejette et qu’on veuille entrer en guerre avec lui. L’Occident serait structuré autour d’un système discriminatoire poussant à la persécution des minoritaires, et plus particulièrement, des musulmans, et parmi ces derniers, certains trouveraient refuge dans une idéologie radicale qui répondrait aussi au besoin d’absolu des plus jeunes.

On ne luttera convenablement contre la tentation islamiste qu’en luttant contre ces discriminations supposées et en se convertissant plus ou moins officiellement au multiculturalisme, une doctrine favorisant l’ouverture à l’autre et le respect des différences. C’est en déconstruisant la nation qu’on pourrait créer une société véritablement inclusive qui ne pousserait plus les jeunes désemparés dans les bras des islamistes. Dans cette perspective, on condamnera toutes les politiques visant à restaurer une culture de convergence et c’est ainsi qu’on fera le procès notamment de ceux qui souhaitent mettre de l’avant une vraie laïcité nationale. On relativise au même moment l’influence du discours islamiste et la haine de l’Occident qu’il propage dans nos pays en cherchant à instrumentaliser les contradictions qui traversent nos sociétés pour imposer sa loi ou verser dans la violence meurtrière. Nous peinons à comprendre que le monde occidental trouve dans l’islamisme un ennemi qui veut sa perte.

En d’autres termes, nous sommes en ce moment devant une offense rhétorique et sémantique pour imposer un vocabulaire culpabilisateur. Devant les discours et les études qui prétendent nous éclairer sur ce phénomène, il n’est pas interdit de faire preuve de scepticisme. Dans les circonstances, c’est l’autre nom de la vigilance démocratique.

Retrouvez cet article sur le site du Journal de Montréal.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 5 Novembre 2016 à 6h46

      QUIDAM II dit

      Le fanatisme religieux islamique a existé bien des siècles avant la colonisation, la CIA, l’Etat d’Israel, la pseudo ghettoïsation des « quartiers sensibles », le FN, l’intervention en Afghanistan ou en Irak, etc, etc.
      Lier la radicalité à des causes socio-économiques est donc historiquement une erreur grossière.
      C’est aussi une erreur socio-politique parce que de nombreux groupes, ou communautés, vivent dans la détresse sans pour autant verser dans le terrorisme.

    • 1 Novembre 2016 à 19h11

      Rico dit

      Extrémiste: Partisan d’une doctrine poussée jusqu’à ses conséquences extrêmes.

      Radicaliser: Rendre un groupe,son action, plus intransigeante, plus dure. 

      Pas facile de s’y retrouver mais résumons si j’ai bien tout compris…

      Donc,des Français électeurs d’un parti démocratique qui souhaitent une fermeté politique face a un ennemi reconnu qui emploient des actions violentes dépassant de très loin le terme d’intransigeance attenante a la définition de radicalisé,seraient donc pour ces Français la des extrémistes.

      Tss,Tss…pas encore bien compris.
      Je récapitule mais,pffouu,c’est dur pour mon cerveau.

       Les “radicalisés” se référant au Coran,qui trouve normale voir jouissif d’agresser ou de massacrer leur prochain pour divergence raciale ou religieuse,seraient donc moins pire dans les termes selon l’UMPS que ces Français jugés “extrêmes” par le simple fait de voter pour une politique moins soumise aux “radicalisme”,comme ils disent.

      Le pseudo extrémiste que je suis n’a pourtant jamais agressé quiconque physiquement comme verbalement,hormis répondre de toutes les façons a ceux qui m’ont chercher noise ou insulté,mais cela suffirait donc a faire de moi pire qu’un “radicalisé” qui tue ou fomente des actes terroristes par frustration divine.

      PPFFFIII…ça va pas non!      

    • 1 Novembre 2016 à 18h22

      nil0 dit

      Terrorisme Lever la confusion entre les racines et les fruits
      La naissance du wahhabisme ne doit rien à la colonisation. Il apparaît dans la 1ère moitié du XXVIIIème siècle. Politiquement, on peut le qualifier de courant PANISLAMIQUE.
      C’est le soutien idéologique, politique et financier et de l’Arabie Saoudite (début du XXème siècle) qui l’anime.
      Le Panislamisme est impérialiste, hégémoniste, prône la suprématie mondiale de l’Islam et véhicule une idéologie antidémocratique, antiféministe, la conversion sous la menace, l’interdiction de quitter la religion sous peine de mort, l’interdiction du blasphème, … c’est pourquoi je le qualifie de FASCISLAMISME.
      L’histoire du Moyen Orient explique assurément le succès de ce courant aujourd’hui (citons brièvement : intérêts pétroliers, guerres antisionistes, conflit sunnite/shi’ite, échec des nationalismes plus ou moins laïques…) mais ne l’a pas créé.
      Dernièrement, l’Etat islamique, qui l’incarne, est l’enfant incestueux d’al Qaeda et de l’armée sunnite de Saddam Hussein écartée du pouvoir en Irak.
      Pour l’extrême gauche (pour schématiser), les attentats en France résulteraient de son histoire coloniale et de sa participation à la coalition internationale contre l’Etat islamique.
      Cette analyse, orientée, ne tient pas devant l’analyse des faits.
      En effet, il est UN état qui a mené récemment des guerres coloniales, brutales et dévastatrices, contre des peuples musulmans (Afghans -1979-1989 – et Tchétchènes -1994-2008…-), état qui est aujourd’hui engagé dans la coalition contre l’Etat islamique, soutient le camp shi’ite (l’état syrien, l’Iran, le Hezbollah), bombarde sans état d’âme des civils essentiellement sunnites…
      C’EST LA RUSSIE ! Entendez-vous parler d’une vague d’attentats en Russie ? NON.
      Le choix de la France comme cible par l’Etat islamique est un choix stratégique.
      La France est un pays démocratique et de plus, laïque ; le peuple français inclut une forte communauté musulmane qui a un passé colonial qui laisse des cic

    • 1 Novembre 2016 à 16h24

      Hannibal-lecteur dit

      Chouette, très chouette M. Bock-Côté. Bien dit, clair et convaincant.
      En somme, le seul problème, c’est le coran. Car le coran c’est le refuge de tous les extrêmistes en même temps que des modérés, y compris des malfrats qui y cherchent une apparente rédemption, au moins aux yeux de leurs benêts de corréligionnaires.
      Et comme il est inutile et inepte d’espérer modifier l’objet de la foi aveugle de tant de millions de gens , il reste la seule solution de n’autoriser l’usage du Coran dans notre république qu’à condition de sortir du littéral et de passer à la sublimation, comme la civilisation l’impose, la sortie du barbarisme.
      Il s’agit non pas de le modifier en tant que texte divin, selon la foi proclamée, mais d’en rendre l’usage compatible avec la civilisation, avec les valeurs républicaines. Ça c’est une chose possible parce qu’elle ne s’attaque pas au dogme, mais à l’usage de ce dogme compatible avec les lois nationales. 

    • 1 Novembre 2016 à 14h12

      rolberg dit

      En chacun de nous il y a un individu qui veut imposer ses vues, la plupart du temps par paresse, pour ne pas avoir à les remettre en question. C’est à l’école qu’il faut régler ce problème. Les enfants bully sont présents, sont évidents. Dommage que l’enseignant voit là de la graine de réussite sociale.

    • 1 Novembre 2016 à 13h00

      caffer dit

      Article très juste et modéré, car il ne contient aucune conclusion ou mode d’action.
      Nous devons en effet être vigilants, nous en tenir aux faits, et non aux commentaires et discours proposant des solutions politiques à partir d’une analyse socio-centrée. 

    • 1 Novembre 2016 à 12h49

      Pol&Mic dit

      ou….. pour faire simple : allez vous faire “voir” signé: les socialistes!…..

    • 1 Novembre 2016 à 12h47

      Pol&Mic dit

      Valls/Hollande……./ C’EST CLAIR ? NON? qu’il se le tienne pour dit!!!!
      non mais!

    • 1 Novembre 2016 à 12h03

      persee dit

      JCM , je reste en accord avec vous , je nuance pour nos lecteurs

    • 1 Novembre 2016 à 12h02

      persee dit

      JCM , considérez que la distinction que vous opérez est du même ordre que vouloir séparer un catho coincé d’un catho libéré , d’un catho intello d’un catho inculte, d’un catho violent, d’un placide , d’un catho des villes d’un catho des champs : ils sont tous cathos avant tout , n’est ce pas ; He bien ! le principe vaux pour les autres religions . Et l’Islam est AUSSI un projet politique même pour ceux qui l’ignorent ..

      • 1 Novembre 2016 à 12h10

        laborie dit

        le principe veaux…le principe vox…le principe vô…le principe vaut…QCM faites votre choy….

    • 1 Novembre 2016 à 11h44

      jcm dit

      L’islamisme devrait être considéré dans son antériorité à la confrontation de l’Islam à l’Occident.
      C’est bien cette antériorité qui suggère de considérer la particularité de l’islam tout court.
      c’est l’islam et non l’islamisme qui doit être discuté.

    • 1 Novembre 2016 à 11h36

      persee dit

      Les indiens pensent avec leurs coeurs ( qui n’est pas le coeur affectif ou sentimental, C.G.Jung décrit la chose ). On a vu le triomphe de la Raison au XXème siècle , et le suicide de l’Europe auquel il a donné lieu. Les allemands en étaient les champions , ils n’ont pas changé du reste, nous tuant à présent avec des bons sentiments comme hier avec des mauvais. Nous sommes tous à faire le tri entre des propagandes, entre le vrai et le faux ….

    • 1 Novembre 2016 à 10h30

      Jean_Rémy dit

      @Terminator
      Désolé de vous dire que la mentalité signifiée dans votre commentaire, dévoile une personnalité victime et pétrie dans la propagande qui tend à nous faire avaler ce qui a été superbement préparé dans les salons des comploteurs.
      Et ces comploteurs mentent avec art et manière en enrobant leur mensonge de patriotisme.
      Je suis prof depuis plusieurs décennies et je deviens de flammes quand je vois ce qui se passe autour de nous  et le tout n’est qu’hypocrisie.
      On nous fait croire que la 3°religion révélée est terreur, sang alors que ce sont des qualifiant qui sont en complète contradiction avec la réalité. Je suis Chrétien , et fier de l’être. Ces dires concoctés dans les salons ne contribuent qu’à semer la haine et le mépris entre les humains.
      Il n’y a pas de soumission , détrompez vous. J’ai longuement enseigné dans les universités du monde Arabe , Beyrouth tout récemment. L’Islam , tel qu’il est décrit par ns scribouillards n’est que nuage opaque aux objectifs bien précis.      
      Je comprends parfaitement votre raisonnement mais , sorry de vous le dire , il faut réfléchir avec son cerveau et non avec son coeur. Quant aux dires de certaines presses, mieux vaut laisser le couvercle sur le puits puisqu’il y a beaucoup de choses à dire.
      J’espère m’être fait comprendre et, avec le sourire d’un vieux papy, je vous dis : sans rancune et bonne fête !!!

      • 1 Novembre 2016 à 11h26

        L'Ours dit

        Attendez j’ai bien compris? Vous essayez de dire que l’islam est une religion non violente? Et pour prouver cela vous parlez des musulmans?
        Mais encore heureux que tous les musulmans ne pratiquent qu’un islam fantasmé ou ce que j’appelle un islam des fêtes, parce que s’ils devaient faire leur religion selon ses préceptes ils feraient à peine mieux que Daesh..
        Parlez des musulmans tant que vous voulez, mais ne me faites pas croire que vous parlez de l’islam!

        • 1 Novembre 2016 à 16h07

          Hannibal-lecteur dit

          L’Ours ++++++
          Qu’est-ce qu’il veut nous faire avaler, le papy? Pas clair!

      • 1 Novembre 2016 à 23h53

        edgreened dit

        Le papy suinte l’anti-complotisme et donc l’anti-judaïsme. Il a du apprendre ça dans les universités du monde arabe ou il était parti enseigner…trop fort ce monde arabe. 

    • 1 Novembre 2016 à 10h13

      dongig2001 dit

      je propose d’en finir avec le mot radicalisation (et ses dérivés) pour le remplacer par abrutissement. Ça donnerait donc abruti à la place de radical et, à mon avis, ce serait plus juste.

    • 1 Novembre 2016 à 10h00

      Terminator dit

      Tout ça c’est du baratin pour endormir les français. Il n’existe qu’un seul système totalitaire politico-religieux qui s’appelle l’Islam et sa nation est l’Oumma, une et indivisible comme la République Française.
      Voilà pourquoi l’Islam n’est pas et ne sera jamais soluble dans la République, voilà pourquoi il nous combat ouvertement ou de manière larvée pour obtenir notre soumission (littéralement “Islam”), voilà pourquoi il ne faut pas écouter les dhimmis qui prétendent le contraire.

    • 1 Novembre 2016 à 9h30

      Pipelettoide dit

      Quand les mots perdent leur sens, on ne sait plus penser et dans ce domaine la gauche et FH sont très forts, il suffit d’analyser le sens des mots de leurs phrases creuses. Bref, à quand la déradicalisation des radicaux de gauches ?