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Qui a tué Ségolène ?

Sûrement pas les sondages…

Publié le 12 octobre 2011 à 9:33 dans Politique

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Ségolène Royal faisait partie du paysage politique français. Sa chute s’explique par son indépendance et les libertés qu’elle a prises vis-à-vis du Parti Socialiste.

Pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures. Ce qui a torpillé Ségolène Royal ce sont les sondages. Pas tellement le fait qu’elle n’était que troisième. Mais parce qu’elle était pronostiquée battue au second tour de la présidentielle face à Sarkozy. Contrairement à Hollande et Aubry pronostiqués vainqueurs. Argument imparable. Mathématique. Fatal.

Les sondages ont donc influé sur le cours des événements. Ils ont entretenu l’idée que Ségolène n’était pas le bon cheval. Qu’on ne pouvait pas parier sur elle. Dès lors, le vote utile dictait de se tourner vers l’un des deux favoris. Royal n’a pas su inverser la vapeur de cette dynamique perdante par un coup d’éclat. De l’avis général, sa performance lors du premier débat -le seul à être retransmis sur une chaîne publique- fut médiocre. Les jeux étaient donc faits.

Reste à savoir pourquoi les premiers sondages, ceux effectués auprès de sondés qui n’avaient pas encore pu être influencés par d’autres sondages, donnaient déjà Hollande et Aubry devant elle. Autrement dit, qu’est-ce qui, sur le fond, a fait péricliter la maison Royal ? On pense, en premier lieu, à cette série de critères impalpables qui déterminent la popularité. Elle a pu être une femme politique desservie par sa ressemblance avec sa marionnette satirique, qui exaspérait paradoxalement beaucoup de femmes, qui abusait de l’emploi du « je », du « je ferai », etc.

Plus généralement, le produit Ségolène pouvait être un excellent produit, mais pas forcément destiné à tenir la route. Royal s’est retrouvée prise à son propre piège, qui était d’incarner la nouveauté. Cet argument de la nouveauté est porteur en politique mais peut se retourner contre celui qui en use. Par définition, l’électeur sensible à la nouveauté est versatile. De Philippe de Villiers à François Bayrou, plusieurs hommes politiques français ont connu des vaches maigres après un vif succès. Le candidat ayant franchi la barre des 15% n’est pas assuré, quelque années plus tard, de dépasser celle des 5%.

En l’occurrence, la nouveauté la plus visible de Ségolène Royal, le fait d’être une femme, fut singulièrement concurrencée par l’arrivée de Martine Aubry à la tête du PS, voire par la médiatisation des femmes ministres sous Nicolas Sarkozy. A cela s’ajoute un brouillage de la marque Ségolène qui manquait de lisibilité. Fallait-il se fier à ses appels du pied aux banlieues ou au fait qu’elle était aussi restrictive que Manuel Valls en matière de régularisation des sans-papiers ? Etait-elle la championne des PME ou une candidate hostile aux licenciements boursiers comme Arnaud Montebourg ? Il y avait là un positionnement « chevènementiste » compliqué à concilier avec la logique binaire du PS.

La chute de la maison Royal

L’essentiel tient à la chute de respectabilité de cette Maison Royal auprès des médias et du parti socialiste. Ségolène fut successivement abandonnée par tous ses lieutenants, à commencer par Valls et Montebourg. Il ne restait plus dans son entourage que Jean-Louis Bianco, un mitterrandien sans visibilité médiatique. Cela tient à la violence des accusations contre elle au sein du parti. Ségolène est soupçonnée de ne pas être socialiste et de ne pas respecter la discipline de parti. De ne pas être bonne camarade. De manquer de foi laïque. D’avoir trop d’ambition personnelle. D’être incontrôlable. Cette posture en décalage lui a valu d’être excommuniée. Elle était dès lors marquée du stigmate de la défaite : face à Sarkozy puis face à Martine Aubry.

A cette occasion, Ségolène a commis un crime de lèse-majesté en accusant le parti socialiste de tricherie. C’est un véritable blasphème. Passible de vendetta. Le parti de Jaurès a, quoi qu’il arrive, les mains pures. Le contester, c’est faire le jeu de la droite, donc être suspect de dérive droitière. Mais il y a pire. Royal a attaqué Hollande dans les colonnes du Figaro. C’est inadmissible. A gauche, il est toléré de s’attaquer mutuellement, mais pas de le faire chez l’ennemi en lui donnant du grain à moudre. Impardonnable sacrilège. Enfin, dernier affront à l’église de gauche et à son credo, l’encadrement par des militaires des jeunes délinquants est une idée reprise par Sarkozy. Donc forcément suspecte. Et à bannir.

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  • 13 October 2011 à 17h11

    Impat1 dit

    Tu me glaces.

  • 13 October 2011 à 14h39

    Impat1 dit

    …”seule la crème de la crème”…
    Ah, je suis brûlé. 

    • 13 October 2011 à 16h57

      Saul dit

      tant que c’est pas fouetté

  • 13 October 2011 à 9h27

    Impat1 dit

    Saul,…”…”honnetement Impat, très peu ont entendu parler de cette boulette “Ben laden chiite”…
     Il y a des miracles parfois: je ne lis aucun journal, je n’allume jamais la TV, et je me souviens parfaitement de cette “boulette”.
     Tu me flattes, je dois faire partie du très peu.

    • 13 October 2011 à 14h27

      Saul dit

      normal, seule la crème de la crème… ;-)

    • 16 October 2011 à 9h24

      isa dit

      C’était passé à RMC, non, avec le fin Bourdin?

  • 12 October 2011 à 22h15

    eclair dit

    @saul
    Ce qui a fait perdre Royal en 2007 c’est 3 choses.
    Son ton saccadé qui était énervant donnant l’impression qu’elle prenait les électeurs pour des débiles.
    Le fait que les élephants du PS type fabius ou emmanuielli ont rajouter des propositions du PS aux propositions de Royal.
    Son débat contre sarkozy et son hallucinante déclaration qu’il fallait un policier pour raccompagner les femmes policières le soir.

    Ces 3 choses couplées lui ont fait perdre 2007.

     

  • 12 October 2011 à 22h12

    eclair dit

    Royal ce qui l’a plombé c’est sa déclaration après la présidentielle de 2007. QUand elle  a a sorti que dans son programme il y avait des trucs irréalisables 

    Elle s’est auto suicidé politiquement ce jour là.  
    Un politique peut mentir mais il ne doit jamais admettre qu’il a menti délibérement. Sinon pour le coup sa crédibilité en prend un gros coup.
     

    • 12 October 2011 à 22h19

      Guenièvre dit

      Très juste eclair : je connais certaines personnes qui ne lui ont jamais pardonné d’avoir dit que le smic à 1500 euros ce n’était pas crédible …

  • 12 October 2011 à 16h35

    pirate dit

    Pas vraiment d’accord avec cette analyse, ce qui a descendu Ségolène Royale c’est elle-même toute seule, comme une grande. Sa plus grossière erreur c’est d’avoir voulu réutiliser le style sarkozy en campagne. D’ailleurs elle est rentré avec une belle vigueur dans tous les pièges qui lui tendait. Il lui a laissé parlé de 6ème République, alors qu’il n’avait qu’évoqué l’idée. Elle a voulu le prendre de vitesse, elle n’a rien compris sur quoi il allait du coup pouvoir se reposer. La 5ème et donc toute la frange gaulliste de l’UMP. Elle a cru à l’image, puisque les dirigeants d’aujourd’hui se la pète new look, playboy, homme d’affaire-tueur, de Berlu à Poutine. Avec son numéro de star et un discour de droite habillé en gauche (l’Ordre juste). Aucune chance que ça ne puisse plaire à la base socialiste, les vieux de la vieille, ni les plus vindicatifs. Et aujourd’hui, bien entendu elle est la martyr de ses partisans… bah tient. Son soucis c’est son égo énorme et on ambition dévorante. Elle ne pouvait donc joué sur le même terrain que le tout petit, vu que c’est aussi son soucis à lui. Opération de com sur opération de com, à jouer les maitresses d’école de son putain d’ordre juste, elle s’est vautré le plus souvent. Et bien entendu l’histoire de la tricherie a achever de la discrédité. Tout autant que son numéro de martyr de ceci ou de cela.

  • 12 October 2011 à 15h12

    Impat1 dit

    Saul,…” minimisaient à donf les innombrables gaffes que faisait aussi sarko (Ben laden chiite, le nombre de sous marins nucléaires etc)”…
    Pourtant, à l’époque j’en avais entendu parler. Et crois-moi, ça signifie que les médias en parlaient beaucoup beaucoup !  

    • 12 October 2011 à 17h44

      Saul dit

      on n’a pas vraiment la même perception alors Impat, parce qu’à part le Canard ou Marianne, je ne me rappelle absolument pas que le Figaro, le Monde ou le nouvel obs faisaient leur une là dessus (par contre concernant la madonne du poitou, ils ne se génaient pas).
      objectivement, les média ont tiré à boulets rouge sur la ségo et ont bien plus épargné sarko (honnetement Impat, très peu ont entendu parler de cette boulette “Ben laden chiite”)
      (d’un coté ça ne me déplaisait pas trop,je pouvais pas la blairer déja la ségolène)

      • 12 October 2011 à 18h12

        isa dit

        Quand on écrit que le futur président est fou…

      • 12 October 2011 à 19h02

        Saul dit

        oui ça c’était Marianne, mais Marianne fait comme tout le monde : un bon gros titre bien accrocheur en couverture, mais à l’interieur….bof ! ça revelait juste qu’il était colérique, soupe au lait etc, des petits défauts qui ne suffise pas à qualifier quelqu’un de fou (c’est d’ailleurs ce qui m’a déçu chez Marianne, faire comme tout les autres journaux, faire des titres bien provocs, pour au final ne pas dire grand chose, et à la limite dire l’inverse de ce qui est dit en couverture….ceci dit, ils ont dit des choses positves sur sarko, approuvé certaines de ces idées etc)

  • 12 October 2011 à 14h44

    SPQR dit

    Le corollaire de la primaire c’est que la course à la présidence devient un one-shot game. Il faudrait sortir du lot pour ne pas nécessiter une primaire et avoir ainsi le droit à plusieurs échecs. C’est un peu l’enseignement venant d’outre-Atlantique.

    • 12 October 2011 à 15h21

      kacyj dit

      L’autre enseignement venu d’outre-at est qu’ils n’ont pas à subir les mêmes têtes durant 30 à 40 ans, que les PDR sont jeunes et qu’ils s’évitent ce ridicule premier tour des présidentielles avec une multitude de candidats alors que seuls 5 d’entre eux sont en mesure de présider le pays.

  • 12 October 2011 à 14h23

    Saperlipopette dit

    Peut être bien elle même… 

  • 12 October 2011 à 14h11

    kacyj dit

    Curieux ! A aucun moment, l’auteur ne vient souligner que peut-être, éventuellement, par le plus grand des hasards, Royal pourrait être responsable de sa propre chute.
    Je vous ferais juste remarquer que même dans son fief, Hollande arrive largement devant elle (je ne suis même pas sûr qu’elle soit en seconde position). Et le fief, cela ne trompe pas.
    Après, vous pouvez toujours chercher à expliquer les choses à l’aide des sondages…Si vous pouviez arrêter de prendre le français pour un con qui ne vote que comme le lui dit le sondage.
    Contrairement à vous, P. Jolibert, je n’ai pas voté pour le PS en 2007 parce que c’était elle (et je pense ne pas avoir été le seul dans ce cas là) et tout comme vous je ne le regrette pas. Désormais, c’est Blanc qui aura ma voix en attendant qu’émerge un gars ou une fille qui arrête de se coucher devant le diktat des médias et non des sondages, j’insiste bien.
    Enfin, rendons grâce à Ségolène qui vient d’annoncer son soutien à FH contre tous les pronostics des experts, et non, encore une fois des sondages. 

  • 12 October 2011 à 14h01

    Guenièvre dit

    Mais Saul, jusqu’en janvier 2007 on nous serinait aussi que Ségo allait battre Sarko. La manipulation par les sondages ça marche jusqu’à un certain point…je connais des militants de gauche qui, a tord ou à raison, ne lui ont tout simplement jamais pardonné certaines sorties et certains comportements après les élections de 2007.

    • 12 October 2011 à 14h37

      Saul dit

      d’où la campagne médiatique anti ségo qui a eu lieu justement à partir de cette date : souvenez vous, ça m’avait frappé à l’époque, tout les média lui tombaient dessus sur ces innombrables gaffes (la bravitude, la justice chinoise efficace etc) alors que dans le même temps, les même média passaient sous silence, ou les minimisaient à donf les innombrables gaffes que faisait aussi sarko (Ben laden chiite, le nombre de sous marins nucléaires etc)

      • 12 October 2011 à 17h37

        Guenièvre dit

        “à tort ou à raison” décidément j’écris à tort et à travers…

        Non saul, les bourdes de Sarko étaient tout à fait soulignées aussi mais beaucoup moins nombreuses que celles de Ségo ( son auto-contradiction au sujet des survols israeliens devant les forces de la FINUL lors de son voyage au MO, sa célébration de la célérité de la justice chinoise, ses déclarations sur l’indépendance de la Corse et du Québec…) elle n’était manifestement pas prête et ce fut un festival…

      • 12 October 2011 à 18h07

        Saul dit

        il en a fait autant Guenièvre, et non elles n’ont pas été aussi soulignées que celle de Royal, les media ont même délibérément transformé certains propos pour les habiller en gaffe : je pense à l’efficacité de la rapidité de la justice chinoise, elle parlait de leurs tribunaux de commerce, rien d’autre, ce que les journaleux savaient parfaitement…mais ça ne les a pas empeché de faire croire qu’elle parlait de la justice chinoise en général.
        autre exemple, je ne sais plus à quel meeting, le candidat sarko avait déclaré que “l’homme n’était pas une marchandise comme les autres” !!!!!!!
        vous vous souvenez d’un media qui en a parlé ?
        parce que celle là elle est quand même énorme, même si pas comme les autres, il dit clairement que l’homme est une marchandise….

        je suis d’autant plus objectif que je ne supportais pas la ségo, et n’ai pas voté pour elle :-)

      • 12 October 2011 à 18h30

        isa dit

        Mais c’était pas anti-Ségo, j’ai suivi les deux, je peux vous dire qu’à l’époque Sarko était très fort (même vous, vous auriez pleuré à son discours du 14/01) et elle était tout à fait nulle, souvenez-vous juste de la bravitude.
        Enfin, tous ceux qui ont travaillé avec elle ne peuvent plus la saquer tant elle est tyrannyque.

      • 13 October 2011 à 14h28

        Saul dit

        hum, pleuré, peut être pas :-D

  • 12 October 2011 à 13h41

    Pierre Jolibert dit

    J’ai voté pour elle aux deux tours en 2007, en me jurant de voter à droite aux législatives si elle était élue. Je ne l’aurais pas refait cette fois-ci mais je ne regrette pas.
    L’analyse de M. Crapez me plaît beaucoup, et j’aimerais beaucoup qu’elle soit entièrement juste.

  • 12 October 2011 à 12h15

    Saul dit

    Analyse interessante… pour résumer on pourrait dire que son heure était passée.
    mais ne pas sous estimer non plus la force de persuasion (manipulation) des sondages : j’en connais plusieurs qui sont allés voter Hollande ou Aubry, non pas par adhésion à leur “projet” (sic ….si quelqu’un peut dire ce que c’est ), mais par “vote utile”. Les sondages ont tellement seriné que seuls Aubry et Hollande étaient les seuls à pouvoir battre sarko, qu’ils avaient la crainte lors de cette primaire de voir émerger un autre candidat qui ne pourrait emporter la victoire en 2012

  • 12 October 2011 à 10h55

    SPQR dit

    Les cimetières sont en effet pleins de gens qui se croyaient indispensables!

    Eppure gira!

    Pas sûr que Ségo mérite toute cette analyse ni même tant de sollicitude.

  • 12 October 2011 à 10h47

    Patrick dit

    “Ségolène n’était pas le bon cheval”
    Ou plutôt la bonne jument ?
    :-))

    “l’église de gauche” , qui avait F. Mitterrand pour dieu ?

  • 12 October 2011 à 10h29

    isa dit

    C’est un résumé de ce qu’on lit partout ?