Que viva Morales !
La revanche de Pancho Villa
Publié le 09 décembre 2009 à 12:35 dans Monde
Mots-clés : Bolivie, Evo Morales

Pancho Villa, un hors-la-loi devenu général de la révolution mexicaine.
Dans les bonheurs du week-end, la réélection d’Evo Morales, président de la Bolivie, et le succès de son parti, Mouvement vers le socialisme (Mas), nous ont presque autant comblé que l’héroïque victoire du LOSC sur L’OL par 4 à 3, dans l’un de ces matchs que la première ligue offre de plus en plus rarement et qui nous rappelle opportunément pourquoi on aime le foot. De la même manière qu’on aime ce qui se passe en Amérique Latine, où se construit un peu plus chaque jour une alternative pacifique au néo-libéralisme, une révolution par les urnes qui est une gifle pour la vieille doctrine Monroe toujours en vigueur sous Obama, les grandes compagnies pilleuses de ressources naturelles privatisées et les éditoriaux érudits mais délirants d’Alexandre Adler.
Chavez au Venezuela, Correa en Equateur, Ortega au Nicaragua, c’est un véritable printemps des peuples. Et tant pis si je passe pour un lou ravi de la cucaracha, j’ai sans doute trop regardé dans mon enfance l’excellent Pancho Villa de Buzz Kulik avec Yul Brynner dans le rôle du chef révolutionnaire et Robert Mitchum en trafiquant d’armes cynique séduit peu à peu la personnalité de Villa. Les scènes où Robert Mitchum à bord de son biplan bombarde les trains gouvernementaux bourrés des soldats Colorados avec des cocktails Molotov ont beaucoup fait pour ancrer en moi des images d’Epinal qui me font imaginer le “grand soir” comme une fiesta avec trompettes, castagnettes, feux d’artifice et étreintes avec des filles brunes aux cheveux noirs sous le regard bienveillant des mitrailleuses Hothckiss encore brûlantes. Je sais, à mon âge, c’est d’un lyrisme pitoyable mais enfin je suis quand même le citoyen d’un pays où ce sont les préfectures qui organisent des débats philosophiques en période pré-électorale. Alors, j’ai des excuses : il n’y a que les rêveries, pour l’instant, qui aident à supporter un quotidien avec Eric Besson.
Pour en revenir à Evo Morales, il a été réélu par 63 % des voix. Au premier tour. Et son parti a emporté les deux tiers des sièges sur l’ensemble des deux chambres. Si la moindre fraude avait entaché son élection, si le moindre début de soupçon de bourrage d’urne à Cochabamba ou Puerto Aguirre s’était fait jour, c’est pour le coup que cette élection reléguée loin en pages intérieures de nos journaux aurait fait la “une”.
Mais non, apparemment, les élections boliviennes ont été plus régulières que les élections en Roumanie qui appartient, si je ne m’abuse, à ce grand espace de droit et de liberté qu’on appelle l’Union européenne. Quant à l’opposition à Morales, le seul argument qui lui reste, c’est la crainte d’une concentration excessive des pouvoirs dans les mains d’un seul homme et une dérive autoritaire du pouvoir.
On peut les comprendre mais il y a un moyen simple de les rassurer : inviter en France Manfred Reyes Villa, le challenger malheureux et ancien gouverneur de province. Il verra que l’on vit très bien dans un pays hyper-présidentiel, que la démocratie se porte à merveille et qu’il ne viendrait à personne l’idée de dire que le pouvoir est aux mains d’un clan qui fait une politique au profit d’une classe contre une autre. Et qu’ils n’ont pas plus à craindre de la politique de bouclier social que va continuer Evo Morales que de celle du bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy.
Dans une projection désirante comme on dit en psychanalyse, les médias occidentaux dans leur immense majorité nous avaient pourtant expliqué que la Bolivie était en plein marasme, que les régions riches et leurs gouverneurs étaient sur le point de faire sécession, que la guerre civile était une question d’heures1. Que s’est-il donc passé ? Oh, presque rien, juste une politique à faire blêmir Jean-Marc Sylvestre et ses compères de LCI : Morales a nationalisé le gaz et le lithium et il a redistribué les richesses subséquentes sous formes de subventions massives pour développer le système scolaire, pérenniser les retraites et assurer l’autosuffisance alimentaire. Ne le répétez pas, nous ne voudrions pas provoquer un malaise chez Manuel Valls ou Vincent Peillon mais il se murmure que Morales serait… de gauche.
Sinon, le lithium bolivien est normalement utilisé pour les batteries des futurs moteurs électriques. Je ne sais pas si c’est le même qui entre dans le traitement des dépressions nerveuses, mais j’ai comme l’impression que du côté de Wall Street ou des places boursières européennes, il va y avoir une hausse des cours.
- Ce qui d’après les dernières informations pourrait bien être le cas du Honduras où les élections qui ont suivi le putsch contre Zelaya (chaviste) toujours réfugié à l’ambassade du Brésil dans son propre pays ne sont aucunement reconnues ni par la communauté internationale (à l’exception des USA) ni par la population hondurienne. ↩
-
L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
-
Plus







La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
72Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous :
Pas encore abonné ? Pour commenter cet article :
1 an : 55 €
1 an : 34,90 €
20 articles verrouillés : 9,90 €
thierry bruno dit
Merci Rackham pour le décodage de Jérôme Leroy. Si c’est pour gratter Gaëtan Brunoy, ça marche à tous les coups et l’allergie est virulente, mais malgré tout, gratter ou pas, il me semble parfois qu’à charger la mule ainsi, il va être poursuivi pour mauvais traitements envers ces pauvres bêtes.
Lisa dit
@Gaetan,
Cela ne m’etonnerai pas que JL lise Bloy, et pas en cachette, ses contradictions font partie de son charme, qu’on perd complètement quand on lit ses commentaires….
pirate dit
Brunoy est prévisible…
Gaétan Brunoy dit
@pirate
C’est fait, j’ai lu l’article de Dantec. J’aime bien son côté libertarien crépusculaire, c’est l’un des seuls Français à porter haut ces valeurs d’autonomie et de dignité. Les libertariens sont incontestablement les plus nobles des utopistes.
En revanche je suis moins sensible à son esthétique de science-fiction punk. Céline avait l’art du pamphlet, c’est autre chose.
Je suis sûr que Leroy lit Léon Bloy en cachette.
nadia comaneci dit
Mon Saul, je te vois venir de très loin. Chavez redistribue, je suis d’accord, Chavez vire les compagnies pétrolières américaines j’applaudis, Chavez se taille des plebiscites sur mesure, j’aime moins, il n’en a pas besoin, Chavez fait ami ami avec Ahmabidule, je dis l’anti-américanisme mène à tout, même à n’importe quoi.
pirate dit
Je viens de jeter un coup d’oeil sur la loggoré haschischin de Dantec, rien à dire du grand art, on dirait du Céline façon Bagatelle pour un Massacre. Je savais que ce type avait viré faf, mais la j’avoue je ne savais même pas qu’on pouvait être délirant à ce point. Brunoy vous devriez lire vous seriez dans votre élément.
MT dit
Monsieur Leroy,
Je viens de lire toutes vos remarques, vos opinons, vos craintes et vos aspirations. Elles sont nombreuses. Alors je ne vous livrerai pas une réponse succincte en seulement quelques lignes qui, de toute évidence, ne saurait susciter chez vous qu’une bien trop pâle ironie goguenarde. je vous réserve quelque chose de plus substantiel. Sûrement pour Noêl…enfin pour les “fêtes”…si vous me permettez d’employer cette expression!
A bientôt et portez vous bien.
Saul dit
Nadia,
et Chavez alors ? c’ est très “direct” chez lui avec tout ces referendums
pirate dit
Voilà Leroy la prédiction n’était pas difficile, vous venez de vous tapez le grand éclairé qu’est Brunoy, celui qui trouve que la dictature chinoise est par-faite, même s’il n’y connait rien, qui établi que tel peuple a voté et revoté, parce qu’il est analphabête, qui qualifie le président de Bolivie de trafiquant de drogue alors qu’il cherche justement une solution au dit trafique en rendant légal la culture traditionnelle de la coca -et là je sens que Brunoy va avoir un orgasme- ce qui semble un paradoxe pour ce genre de petits esprit qui parle de “réel” alors qu’ils vivent dans le dénis constant de celui ci. Et d’ailleurs quand bien même, je suis à ce sujet bien d’accord avec Kessler qui l’a dit bien mieux que je ne saurais le dire. Bref pour les Brunoy du monde entier, rouge, rose ou vert des couleurs à bannir, une seule à encensé, brune, à porter en chemise.
Lisa dit
@Joazim,
Les donneurs de leçon veulent faire notre bien contre notre avis, cela tourne mal en général.
Joãozim dit
Lisa :
====
” Je ne voudrais pas faire de mauvais estrit, mais pourquoi ça ne marche pas quand c’est le peuple suisse ?l ”
Pourtant les Suisses sont instruits, pas comme ces analphabètes de Boliviens (c’est pas moi qui le dit c’est Brunoy). Curieusement le même Brunoy ne fait aucun commentaire à propos des scores éléctoraux d’Uribe en Colombie…
Blague à part, la question du référendum sur les minarets me laisse confus, autant si j’avais la nationalité suisse j’aurais voté contre l’interdiction, pour plusieurs raisons (en vrac : faux problème, solution illusoire…), autant le déni direct de démocratie des donneurs de leçon à la Cohn-Bendit (ce type est décidément abject, mais bon ça on le savait déjà) laisse vraiment un goût amer dans la bouche…
nadia comaneci dit
Je l’ai dit un peu plus bas, Lisa, démocratie représentative si, démocratie directe no.