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Quand la Palatine débine

L’identité française vue par une princesse étrangère

Publié le 24 janvier 2010 à 6:30 dans Culture

Hyacinthe Rigaud, <em>Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.</em>

Hyacinthe Rigaud, Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.

En ce jour de 1671, un carrosse lancé sur les routes de Lorraine en direction de Saint-Germain emporte une jeune fille, dont le visage sans grâce est dévasté par les larmes, les cris et des suffocations de bête à l’agonie. Elle se prénomme Élisabeth-Charlotte. Elle est fille de Charles Ier (1617-1680), électeur palatin du Rhin, et de Charlotte de Hesse-Cassel (1627-1686). De  l’homme qu’elle épousera bientôt, elle ne sait rien, ou très peu. C’est bien assez. L’époque ne dispose pas les demoiselles à contrarier leurs parents sur le choix qu’ils ont fait de leurs maris. L’exception de sa naissance et les combinaisons politiques l’ont désignée pour devenir la “prisonnière” d’un somptueux palais, toujours en chantier, bâti à la gloire du monarque de France, pays ennemi et bourreau du sien. Dans quelques jours, on l’appellera Madame, après qu’elle aura dit oui à Philippe de France, dit Monsieur, frère du roi. Elle restera fameuse sous le nom de La Palatine.
 
En fille soumise, elle s’est conformée à l’ordre de son père : abjurer sa foi protestante, se convertir au catholicisme afin de complaire à son prochain maître. Mais elle n’est pas dupe : “Dans tous les sermons, on fait de grands compliments au roi pour avoir persécuté les pauvres réformés. […] Il est vraiment bien déplorable que dans sa jeunesse […] on ne lui ait pas fait comprendre [que la religion] est instituée plutôt pour entretenir l’union parmi les hommes que pour les faire […] se persécuter les uns les autres.” Dans son courrier (ouvert sur ordre du roi), elle réclame le droit de se faire une religion “à part soi”. Il serait vain de déceler l’influence des Lumières sur tout cela ; on y constatera plutôt la liberté d’une femme sensée, tôt revenue des illusions du monde, pieuse mais sagement sceptique. Évoquant le “catéchisme de Heidelberg” (protestant), s’en remettant à la bonté du Christ, elle conclut que “mourir c’est tout de même chose affreuse et malheureusement nous ne savons guère ce qui adviendra de nous après cette vie…” Elle assistera sans plaisir au progrès du “parti des dévôts” de la Maintenon (“vieille ordure”), et n’aura de cesse de vitupérer ses représentants.
 
Elle a le pas lourd, les hanches d’une jument poulinière, et l’ensemble de son “appareil”, loin d’être ondoyant, suggère la paysannerie danubienne. Avec le temps, rien ne s’améliore dans son apparence : sa silhouette s’alourdit encore, les bajoues et le menton se colorent de couperose. Elle en rit ; on prétend que son premier fils, le duc de Valois, lui ressemble fort, elle confie à sa tante aimée, la duchesse de Hanovre : “[…] vous pouvez bien penser dès lors que ce n’est pas précisément un très beau garçon […]“ ! Beaucoup l’évitent, quelques-uns la moquent, tous la craignent : sa voix de stentor perce les plus épaisses vanités.
 
Délaissée très tôt par Monsieur, qui lui préfère les “mignons” en général et le chevalier de Lorraine en particulier, elle se découvre les qualités qui permettent de survivre dans un milieu hostile et changeant : le sens de la formule et des mots piquants, lancés comme une volée d’oursins. Démontrant une conscience aiguë de sa position et de ses privilèges, elle demeure le modèle de la grande aristocratie de sang bleu. Néanmoins, sa liberté de ton, son audace morale, son culot de haranguère éduquée l’affranchissent de toute manière guindée. Si le paradoxe qu’elle incarne – la morale d’une princesse d’Ancien régime frottée des indiscrétions salaces d’une concierge d’immeuble cossu – nous intéresse encore, c’est à la littérature qu’il le doit ; sa correspondance est non seulement un témoignage historique de premier plan, mais encore la manifestation d’un caractère assez singulier pour exprimer des revendications universelles. Attendue, espérée même, elle ne connut certes pas le sort précaire d’une immigrée clandestine et sans papiers. Mais elle vécut de la plus triste façon qui se puisse imaginer, dans un double exil, loin de sa patrie, souvent recluse dans ses appartements, à Versailles, entièrement dépendante de l’humeur du “plus grand roi de la terre”. Toujours, elle oscilla entre l’horreur que lui inspirait la Cour et la vénération blessée qu’elle éprouvait pour son tourmenteur. Ne pouvant fuir, promise à une mort lente, elle se livra donc à une impitoyable observation du royaume de France, qu’elle fit partager dans quelque cent mille lettres. À force de perspicacité, elle finit par connaître admirablement sa prison et ses geôliers, sinon à les aimer.

Elle voit à la cour de l’Ogre (ainsi Roger Nimier nomme-t-il Louis XIV) un homme qui ne lui inspire tout d’abord “ni noblesse ni bon sentiment”. Qu’est-ce donc, à ses yeux, qu’un Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon ? Peu de chose dans l’ordre des humains, mais une encombrante insignifiance, car il possède l’arrogance de la noblesse française : “Quoique nous autres comtesses palatines, nous ayons pour ainsi dire donné naissance aux princes les plus puissants du monde, on croit ici à peine que nous soyons de bonne maison, et s’il arrive […] un comte palatin, un misérable duc lui disputera le rang. Cela me rend souvent si furieuse que j’en crève…” (1702). Avec le temps, elle adoucit sa manière. La palatine et le duc, sans le savoir, pratiquaient la même discipline : l’observation de la comédie versaillaise. Saint-Simon, la nuit venue, dans son minuscule cabinet, bâtit “l’immense édifice du souvenir”, quand la Palatine laisse agir ses humeurs, s’exerce au croquis à main levé, au trait jeté (elle admirait Molière). Tous deux, souvent, assistent aux mêmes scènes, entendent les mêmes éclats de voix. Il relate la formidable gifle qu’elle administra à son fils, le duc de Chartres, dans la grande galerie : l’infortuné jeune homme n’avait pas osé refuser le parti de Mlle de Blois, que lui imposait le roi. La Palatine, furieuse de ce mariage avec une “bâtarde” (la promise était la fille de Louis XIV et de Mme de Montespan), “lui appliqua un soufflet si sonore qu’il fut entendu de quelques pas, […] couvrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs, dont j’étais, d’un  prodigieux étonnement.” (Saint-Simon). Madame s’inclinait toujours devant la volonté du roi, mais jamais sans combattre…

Elle vit dans l’intimité éblouissante d’un souverain, qui lui fournit le gîte, le couvert et la joaillerie, mais l’emprisonne. Alors, sous la femme blessée, la princesse se venge… Nos médecins sont des sots : “La France est le pays où les remèdes valent le moins […] On n’y débite que des lavements et des sirops tout à fait communs ; on y est bien ignorant.” Et Descartes, notre grand penseur national, celui qui nous plaça en tête de la course à la logique et à la raison ? Il ne vaut pas Leibniz, qui n’a pas l’impudence de voir dans les chiens de la simple mécanique plaquée sur du vivant ! Le peuple des campagnes compose une lointaine masse sombre, envieuse, barbare. Les parisiens sont braves, crédules, cependant ils ont la tête émeutière. Si l’avarice nous tient, l’intérêt nous mène : “Cela provient de l’habitude vicieuse d’acheter toutes les charges…” Et pour ce qui est de nos rapports avec la papauté : “En France, on ne se soucie guère ni de Rome ni du pape : on est persuadé qu’on peut faire son salut sans lui.” La grande affaire de ce pays, où “l’amour dans le mariage n’est plus du tout de mode”, c’est la galanterie, laquelle abolit toutes les barrières sociales : “Ici, les cavaliers boiraient tout aussi bien avec les femmes de chambre qu’avec les demoiselles nobles, pourvu qu’elles fussent coquettes.” Généralement, les mœurs des grands sont corrompues au dernier degré. Ils perdent des fortunes au jeu du lansquenet, où ils côtoient “toute sorte de racaille”. La Palatine évoque la figure de la duchesse d’Ussay : “[…] morte pourrie […] du mal français (la petite vérole)”, sans doute contaminée par son mari, qui s’enivre en compagnie des laquais “et fait pis que cela avec eux”. Avec la recommandation du prince, et sous sa protection, on peut tout se permettre : “Le duc de Nevers et sa femme ont fait mettre hier leur fils aîné à la Bastille par lettre de cachet du roi. On prétend qu’il a dit des horreurs sur le compte de son père…” Les mahométans osent aspirer à des unions “extra-communautaires” : le roi du Maroc voit la princesse de Conti, en tombe éperdument amoureux, demande sa main au roi, et s’engage à lui donner “autant de capucins qu’elle voudra, pour que chaque jour elle puisse entendre la messe.” Avec cela, oublieux des menaces et des calamités, nous sommes gais et insouciants : “Les Français ne peuvent pas perdre l’habitude de rire, il faut qu’ils rient de tout ce qu’ils entendent […]“, et qu’ils “chansonnent tout”.
 
Au-dessus de cette agitation, voici Louis XIV ! Il est l’astre dont l’attraction s’exerce sur tout le monde connu, c’est-à-dire Versailles et sa cour médisante, le pôle magnétique où convergent les lignes d’un protocole éblouissant. À cette femme de tempérament, faite pour les soirs victorieux et la passion des corps, à cette amoureuse sans utilité, l’éblouissante proximité avec un roi solaire fut une atroce volupté. Le peu d’assiduité de son légitime époux lui inspirera cette réflexion, qu’on imagine suivie d’un long soupir : “Est-ce qu’on peut redevenir vierge au bout de dix-huit ans ?” Alors, bien sûr, avoir Louis XIV à portée de main et ne pouvoir en disposer, dans un palais où la moindre alcôve n’est que gémissements, sucions et coïts furtifs… Navrant ! Mais, là encore, elle tient sa revanche sur les délicates constitutions françaises, grâce à sa robuste santé germanique. Si, pour le déduit, il ne la voit pas, pour la traque du gibier au fond des forêts, il ne veut que la Palatine. Cavalière émérite, elle rentre des chasses où l’entraîne le roi, harassée, fourbue, écorchée, traînant après elle une odeur de sang mêlée de sueur. Pour rien au monde, elle ne manquerait ces parties sauvages, où l’on force le loup, le cerf ou le sanglier. Elle chevauche au plus près de Louis, éprouvant le plaisir sauvage des vèneries sanglantes, à l’égal de son dieu soleil. 

C’est ainsi qu’elle subit l’épreuve interminable d’une femme mal mariée, qu’elle eut le bonheur de voir son fils, le Régent, monter sur le trône de France, et la joie mauvaise de survivre à son  ennemie intime, Mme de Maintenon…
 
La recension impitoyable des bassesses humaines auxquelles se livrent la Palatine et Saint-Simon, n’est-elle que mesquine satisfaction de spectateurs chafouins des misères d’une société de confinement ? La méchanceté de leurs portraits n’excède jamais celle de leurs modèles. Versailles réunissait toutes les manigances d’une société humaine énervée. Cependant, chez ces deux “infiltrés” dans le vaisseau royal gisait le sentiment de la grandeur, que leur inspirait le roi. Quoique d’Ancien régime, et observateurs fascinés de sa moisissure, ils appartiennent à ce “monde d’avant” cher à l’un de nos amis. Ils ne sont nullement de ces malins du dernier rang, de ces sarcastiques postmodernes qui dissimulent mal leur médiocrité dans le ricanement hypercritique.  

Lettres de la princesse Palatine, 1672-1722, coll. Le temps retrouvé, Le Mercure de France, préface de Pierre Gascar,  édition établie et annotée par Olivier Amiel, 1999.


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  • 28 January 2010 à 21h10

    Patrick Mandon dit

    Mais qui donc êtes-vous, Bérénice ? Si mystère il y a, il n’est point frelaté. Vous savez, bien sûr, quelle crainte sacrée inspirait Hécate, la mystérieuse, la divinité aux trois figures. Seriez-vous notre Hécate ?

  • 28 January 2010 à 21h04

    Bérénice dit

    Music for my ears!

    “Comment encore offrir cette admirable langue?”

    Elle s’offre dans sa simple éternité à ceux qui goûtent les mystères non frelatés.

  • 28 January 2010 à 20h00

    Patrick Mandon dit

    (Bérénice à Titus)
    «Mon coeur vous est connu, Seigneur, et je puis dire
    Qu’on ne l’a jamais vu soupirer pour l’empire.
    La grandeur des Romains, la pourpre des Césars
    N’a point, vous le savez, attiré mes regards.
    J’aimais, Seigneur, j’aimais : je voulais être aimée.
    Ce jour, je l’avouerai, je me suis alarmée :
    J’ai cru que votre amour allait finir son cours.
    Je connais mon erreur, et vous m’aimez toujours.
    Votre coeur s’est troublé, j’ai vu couler vos larmes.
    Bérénice, Seigneur, ne vaut point tant d’alarmes,
    Ni que par votre amour l’univers malheureux,
    Dans le temps que Titus attire tous ses voeux
    Et que de vos vertus il goûte les prémices,
    Se voie en un moment enlever ses délices.
    Je crois, depuis cinq ans jusqu’à ce dernier jour,
    Vous avoir assuré d’un véritable amour.
    Ce n’est pas tout : je veux, en ce moment funeste,
    Par un dernier effort couronner tout le reste.
    Je vivrai, je suivrai vos ordres absolus.
    Adieu, Seigneur, régnez : je ne vous verrai plus.»
    (Jean racine, Bérénice, Acte V, scène 7).
    On ne joue plus les tragédies, on ne sait plus comment les jouer : il faudrait être à la fois audacieux et modeste. Comment encore offrir cette admirable langue ?

  • 28 January 2010 à 17h31

    Bérénice dit

    @ Patrick Mandon
    Votre style me ravit, grâce à vous je vais découvrir celui de cette grosse grande belle dame.

    @saul
    total respect pour la générosité de votre âme qui arpente sans trêve les chemins de la connaissance.

  • 28 January 2010 à 12h20

    Patrick Mandon dit

    Excellent développement, cher Saul, et beau travail à la fois émotionnel et rationnel. Je pense que nous pouvons déduire de tout cela que le «sentiment national» est un «sentiment d’appartenance» à une terre de bonheur.
    Cette idée du «bonheur d’être français», même contredite par d’impitoyables réalités, même refusée ou retirée à beaucoup, même sévèrement contrariée par des faits navrants, cette idée me paraît à la fois plus conforme à la vérité ainsi qu’à la «fantaisie» nationale : les français, servis par la géographie et le climat, ont su faire fructifier l’héritage des grecs et des romains. Gouvernés par le principe du plaisir, ils ont développé une manière d’être capricieuse, agaçante aux yeux de beaucoup, mais à vocation (à prétention, diront les fâcheux) universelle.
    Oui, vraiment, si Dieu a créé le monde, il a laissé aux hommes le soin (et le plaisir) de créer la France…

  • 28 January 2010 à 7h40

    expat dit

    @ Saul : merci merci merci.

  • 28 January 2010 à 5h23

    Alpin dit

    @Saul,

    Bien le bonjour,

    Merci pour votre exercice ,votre bataille avec l’insaisissable ,enfin
    quelque peu cerné.

  • 28 January 2010 à 4h39

    lady dit

    Saul,
    Ne pouvant trouver le sommeil après avoir subi l’assaut de ma diligence par deux ayatollahs de la rue parisienne (un gars, une fille? de la police nationale) , exaspérée de n’avoir su me défendre sans perdre mon sang froid, devant ces deux “petits maîtres” qui m’ont abusivement “alignée” (2X90€), je me suis plongée dans la lecture de votre superbe analyse.

    Devant ,cette fois-ci, tant de cœur, d’esprit et d’intelligence, ma hargne a laissé sa place à l’apaisement et un précieux réconfort . Merci, je peux aller dormir. Et demain j’y reviendrai pour savourer à nouveau le bel esprit français que vous incarnez.

    “…les voyageurs français se comportant déjà à l’ époque de Montaigne comme des raleurs, critiquant la cuisine des pays dans lesquels ils se trouvaient, un trait que l’ on retrouve encore de nos jours…”
    Je rajouterais, si vous me le permettez, coléreux, révolté et …Comme moi ce soir rackettée par la volaille sur VTT

  • 28 January 2010 à 1h23

    Saul dit

    ( Argh ! toujours en captivié..)

    Patrick,
    ils ne sont toujours pas apparus, mais mon propos était que ce dont nous étions les plus fiers étaient ces 3 éléments, car finalement ce sont les plus agréables, les plus durables et surtout ce qui était commun à tous :
    la “cérémonie” du vin, on la retrouve dans toute les couches sociales, ça m’ a toujours frappé, ceux de la “haute” feront tourner leur verre afin d’ en sentir l’ arome, et ceux d’ en bas le humeront juste et y tremperont à peine leur lèvres pour le gouter mais il y a toujours ce petit moment de silence de chacun face au 1er verre, c’ est presque mystique !…meme pendant un casse croute sur un chantier, lorsque le vin est sorti, quasiment tous demandent “c’ est un quoi ? ” “il est d’ où ?” “il est de quelle année ? ” et demanderont quand meme à voir la bouteille pour lire l’ étiquette, meme s’ ils ont l’ info, comme pour s’ impregner de…..enfin vous voyez
    c’ est toujours pour en connaitre l’ origine…et donc “la terre….” : )

  • 27 January 2010 à 21h11

    Patrick Mandon dit

    Saul, on tient quelque chose, mais, dans l’ignorance de la suite, je ne peux pas encore me prononcer. Votre affaire est audacieuse (la terre, les morts, les fromages), mais je retiens que la saveur réunit la communauté. Joli passage aussi sur la cérémonie de la dégustation: il y faut donc une mémoire du goût, c’est à dire une antériorité, une aptitude à juger, à choisir. Le commencement d’une civilisation du bonheur…
    Je dois m’en aller, mais je vous répondrai dès demain.

  • 27 January 2010 à 19h45

    Saul dit

    Expat & Lady,
    l’ avalanche a eu lieu mais mes 8 premiers posts sont en attente de modération, ce que je ne comprends pas, j’ avais divisé mon texte en 9 part et bien pris attention à garder une marge de 60 caractères, ça doit etre les liens qui prennent de la place…
    par ex Expat, votre post entre mon 4 et 5 et le votre Lady entre mon 7 et 8..
    j’ espère que Justine ne va pas tarder à liberer mes 8 premiers, parce qu’ en laissant que le 9ème, ça casse un peu tout…

  • 27 January 2010 à 19h41

    Saul dit

    9
    Le réferendum sur le TCE vient aussi de ça. Jamais on n’ avait vu des électeurs lisant un texte juridique et en débattre à ce point. Il ne s’ agissait pas de sanctionner un président comme l’ affirment les européistes, mais bien de défendre un idéal de vie, un mode de vie meme. C’ est le refus d’ une europe voulant standardiser nos camemberts par ex, et donc standardiser notre identité..Périco Légasse dans son combat pour la sauvegarde de nos « fromages qui puent «  n’ exprime rien d’ autre que ça…
    cette célébration de l’ identité que l’ on peut voir dans les repas, les fetes avec le vin : j’ ai remarqué qu’ à chaque fois que l’ on ouvre les bouteilles, meme la plus infame picrate, ou seulement un simple vin de pays, on le goute d’ abord, on le jauge avec une certaine gravité quasi religieuse…
    j’ y vois là une célebration de « la terre et les morts « , on se souvient…
    une celèbre marque de fromage l’ a compris par ce slogan « du pain, du vin, du …. »
    elle est là l’ identité nationale, ce qui a toujours fait consensus entre les français quelque soient leurs opinions, leurs religions :
    le pain, le vin, le fromage…

    alors oui c’ est notre seule gloire, car la preuve de la réussite de notre enracinement…de la construction d’ un peuple, qui est à l’ origine sans identité..

  • 27 January 2010 à 19h39

    Saul dit

    8
    mais c’ est aussi cet événement qui va casser quelque chose dans ce « ressort » dont a fait preuve la France après chaque catastrophe : près de 1,5 millions de morts, et sur les jeunes de la classe 1914, l’ avenir du pays, 1 sur 4 tué au combat…
    là peut etre a t ‘ on perdu cette insouciance, la crainte envahissant les esprits comme on le voit à Munich…
    et puis 1940, la plus grande branlée qu’ ait connu ce pays..beaucoup de nos contemporains « progressistes » qui ne voient dans notre Histoire qu’ une longue suite de larmes et de ” sous France ” et la preuve que la Nation n’ existe pas, que nous ne serions qu’ un conglomérat se diviasant au moindre problème, n’ ont pas compris qu’ à part quelques uns sauvant l’ honneur à Londres, d’ autres se fourvoyant dans une collaboration et des salauds profitant de la situation, la majorité était tout simplement hagarde, perdue se réfugiant derrière un vieux maréchal de France, le dernier repère d’ une gloire passée..ce français hagard, perdu, c’ est Vendresse dans « l’ imprimerie de Verdun « toujours de Vercors…
    aussi le sentiment d’ etre français ne se traduit pas par les armes mais revient toujours sur le plaisir,des choses simples que l’ on cherche à magnifier..la recherche du « beau » en toute chose. pour preuve que l’ on retient plus un roi “père des lettres et des arts”, un vert galant, ou Versailles

  • 27 January 2010 à 19h37

    lady dit

    20/20 Mandon ,
    En attendant l’avalanche Saulesque . Nous attendons!

  • 27 January 2010 à 19h35

    Saul dit

    7
    cette gaieté que les étrangers soulignaient, qui s’ exprime meme après les défaites, et surtout cet universalisme que l’ on retrouve, tel qu’ une affiche coloniale, aucune autre nation coloniale n’ associant leurs indigènes au roman national, ou aussi simplement dans « la marche à l’ étoile «  de Vercors, par cet aubergiste rouquin disant à un jeune juif tchèque venu en France par amour de ce pays , «  alors dés aujourd’ hui tu es l’ un des notres « .
    cette gaieté et cette joie de vivre est un trait que l’ on retrouve à travers les siècles, Rabelais le démontrant déjà par son Gargantua, et à contrario dans, je crois, Pantagruel, quand il décrit le saccage des vignes d’ un monastère par une bande armée, on sent là une douleur diffuse..Versailles en sera aussi une illustration, tout comme « la fete imperiale «  de Napoléon III, ou le souvenir de la « belle époque » avant cette sorte d’ apocalypse qu’ est la grande guerre….joyeuseté et insouciance traduite par les allemands par cette expression «  Heureux comme Dieu en France « 
    cette Grande Guerre finalisera vraiment ce mortier de la Nation…car là on ne rigole plus, 20 % de la population française en armes, une « guerre totale «  avant l’ heure, le peuple prêt a subir toutes les horreurs ..preuve éclatante d’ un patriotisme à tout crin, celui ci commençant par la solidarité des copains dans la tranchée

  • 27 January 2010 à 19h24

    Saul dit

    6
    la Révolution s’ enorgueillit de son « sang impur » qu’ elle arbora à la face de l’ europe mais fut aussi une continuité quelque part, le centralisme jacobin succedant au monarchique, meme la devise «Liberté, Egalité, Fraternité » peut rappeler les 1ers Francs, cette devise aurait pu etre la leur.
    La différence fut cette volonté de se débarrasser de ce 1er ciment, divisant ainsi le peuple.
    Celui qui révela la conscience nationale fut en fait un corse, français de fraiche date, Bonaparte qui réintégra la Croix et ainsi assura la cohésion nationale et non plus seulement collective. Meme Lors de la restauration, les monarchistes durent en tenir compte en gardant le drapeau tricolore .
    Un « enfant du miracle «  paya de son échec au retour sur le trone ce refus du lien national .
    Ces 3 couleurs illustre la transformation d’ un collectif réuni autour d’ un roi et du Christ en un « peuple » dans le véritable sens du terme.
    Cette construction de la conscience nationale s’ est faite par ajouts successifs d’ éléments les uns sur les autres. S’ ils ont retranché le roi de l’ imaginaire collectif, il n’ en reste pas moins qu’ ils gardent ce 1er ciment de la religion, mais à une place moindre, ce désir d’ un « père » malgré l’ égalitarisme, que l’ ont voit par l’ attente d’ un « homme providentiel «, De Gaulle, Mitterand…ce que n’ a pas compris Sarko.

  • 27 January 2010 à 19h22

    Saul dit

    5

    celui ci éprouvant envers cette dernière un attachement quasi physique. Il sera toujours réticent, à l’ inverse des anglosaxons par ex, à émigrer meme lors des aventures coloniales outre mer que ce soit sous la monarchie, le 2nd empire ou la république. Ce que Barrès traduira par « la terre et les morts « . un lien renforcé aussi par une « qualité de vie «  qui rendait envieux d’ autres peuples, les voyageurs français se comportant déjà à l’ époque de Montaigne comme des raleurs, critiquant la cuisine des pays dans lesquels ils se trouvaient, un trait que l’ on retrouve encore de nos jours…les plaisirs de la table ayant toujours eu une importance considérable. .un besoin primaire élevé au rang d’ art…une nouvelle sublimation
    Le minimum étant le pain, ce pain qui nous rend encore horrifié aujourd’ hui quand on le jette, Lady a très bien expliqué ce qu’ il représente dans notre imaginaire collectif.
    Le terme « copain » illustrant ça, un partage du pain, une solidarité et aussi une illustration de cet enracinement.
    Le Roi y perdit sa légitimité quand sa femme autrichienne, sorte de « belle mère «  jamais acceptée insulta ceux qui en réclamait par «  qu’ ils mangent de la brioche « . les français tuèrent alors leur « père » et se découvrirent une mère « Marianne », une mère dans laquelle on voulait aussi voir un père, par ce terme de « Patrie »

  • 27 January 2010 à 19h20

    expat dit

    @Saul : super, 9 ce n’est pas trop !

  • 27 January 2010 à 19h20

    Saul dit

    4
    ou bien encore ce goût pour la polémique qui peut nous faire apparaître futiles, cette impression pouvant etre appuyée par cette manie du jeu de mot, et de la langue qui nous pousse à chercher et apprecier toujours un bon mot au lieu d’ arguments. Comme si la preference allait à la forme qu’ au fond. Mais en vérité c’ est pour donner de la forme au fond, l’ un appuyant l’ autre.
    La beauté du geste…une sorte de quete donc, comme la recherche d’ une sublimation.
    Celle ci se retrouve avec la religion, par la construction d’ édifices défiant les siècles et devant lesquels on ne peut qu’ etre envahi par …quelque chose d’ indicible, mais que l’ on sent notre, une émotion nous rappelant notre ancienneté, ou une volonté de nous enraciner
    mais au début dans un territoire sans identité propre, les populations durent se construire aussi une Histoire commune et un lien par l’ intermédiaire du Roi, perçu tout au long de la monarchie comme le “père”. mais tout sentiment collectif se fonde aussi sur un mythe des origines, celui ci sera mis en scène par Grégoire de Tours avec l’ ancetre des « hommes libres », Francion fils de Priam roi de Troie.
    Le roi, figure paternelle, descendant ainsi d’ une aussi noble lignée, roi thaumaturge «  le roi te touche, Dieu te guérit «  ( qui évoluera par la suite en « le roi te touche, Dieu te guérisse « ), protecteur d’ un peuple enraciné à sa terre

  • 27 January 2010 à 19h18

    Saul dit

    3
    ce qui explique l’ ironie, le ton taquin, tout cela ne se contentant pas d’ une explication  simpliste  de la vie, et permettant ainsi d’ en apprecier tout les menus plaisirs … On peut le voir par le marivaudage : là ou d’ autres se contenteraient de l’ objectif de reproduction ou de plaisir sexuel, on veut en apprecier encore plus le goût par ce jeu de gringue …un plaisir amplifié quand le défi est plus grand, car quand ce dernier n’ y est pas, l’ interet et la motivation n’ y sont plus
    un trait que l’ on peut voir dans le domaine militaire, le panache des français préferant toujours les glorieuses défaites aux victoires faciles en faisant leur ce proverbe «à  vaincre sans péril, on triomphe sans gloire «, ce qui fera arracher un « Ah les braves gens ! Ah l’ insolente nation ! « à un roi de Prusse lors d’ un Sedan tournant en Waterloo au cours duquel eut lieu un remake de « la charge de la brigade légère « . ou à l’ inverse un Bir Hakeim ou un soleil d’ Austerlitz vérifiant cette autre maxime « impossible n’ est pas français « 
    ce qu’ on retrouve aussi dans le sport, faisant ainsi mentir les ethnodifferencialistes autoproclamés « vrais français « , une équipe de France se faisant laminer dans des match de foot contre des équipes de 2ème ordre type Bulgarie, mais rejouant David contre Goliath face au Brésil..et le refus de la main d’ Henry