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Qatar : l’internationale islamiste

De Doha à Alep, le salafisme sera-t-il le genre humain ?

Publié le 22 janvier 2013 à 9:25 dans Monde

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qatar arabie saoudite

La francophilie absout-elle tous les péchés ? Jamais démenti depuis quelques années, le lien privilégié entre la France et le Qatar habite nombre de consciences politiciennes. Parmi les rares voix dissonantes, Julien Dray s’est singularisé en réclamant la création d’une commission d’enquête sur les investissements qataris en France, là où la députée Karine Berger, secrétaire nationale du PS à l’économie, invoque l’islamophobie dès qu’un importun ose attaquer Doha. Mais il y a plus grave que ces querelles picrocholines auxquelles la vie politique nous a accoutumés. Le Qatar n’investit pas seulement dans des équipes de football en perdition ou des palaces parisiens en quête d’une seconde jeunesse. Sur le plan international, les paris qataris se font sur un terrain nettement plus pentu et aventureux que les pelouses du Parc des Princes.

On savait l’émir du Qatar grand ami des révolutions arabes et de leurs porte-drapeaux islamistes. Les Tunisiens d’Ennahda sont dans ses petits papiers, de même que les islamistes libyens les plus obtus et la milice salafiste « syrienne » du Front Al-Nosra, largement approvisionné en jihadistes de tous les pays. Mais ce n’est pas tout. En juin dernier, bien avant l’engagement militaire français au Sahel, Le Canard enchaîné nous apprenait que « les insurgés du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), les mouvements Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont reçu une aide en dollars du Qatar.»

Traduction : au moment même où l’Algérie, l’Europe et Amérique comptent sur la France pour faire reculer les troupes jihadistes au nord du Mali, le meilleur ami moyen-oriental de Paris lui savonne la planche. Ce n’est pas donc qu’une question de bienséance, ni même de principes (quoiqu’on puisse trouver l’utopie jihadiste fort peu accommodante avec les femmes, les minorités religieuses et tout ce qui dépasse de son étroite weltanschauung), mais bien un conflit d’intérêts qui devrait inciter le quai d’Orsay à reconsidérer son amitié qatarie. En encourageant la constitution d’un narco-Etat islamiste touarego-malien, Doha finance à la fois le crime international et le terrorisme. Du point de vue de la dynastie Al-Thani, il est d’ailleurs logique d’arroser de pétrodollars des mouvements archéo-futuristes qui entendent recréer le fantasme des premiers temps de l’islam. Pour peu que les salafistes ainsi stipendiés se montrent reconnaissants et respectent la souveraine émancipée cheikha Moza, l’épouse de l’émir, les aider relève du comportement le plus hallal qui soit. La prédication (da’wa), le grand et le petit jihad ne figurent-ils pas parmi les devoirs du musulman ?

À trop se focaliser sur l’Iran, la diplomatie française oublie qu’il arrive que le diable porte pierre. Notre base militaire à Abu Dhabi, inaugurée à grands renforts de médias par un Nicolas Sarkozy alors au pinacle de la popularité, avait clairement désigné l’ennemi : Téhéran et ses velléités nucléaires. C’était faire peu de cas de la nouvelle puissance qatarie et de son sac à dos idéologique, non moins ambitieux que le messianisme khomeiniste. À ceci près que le Qatar s’adresse aux 90% de musulmans sunnites, loin de l’état de minorité qui confine l’Iran chiite dans la marge de l’Oumma. Nos brillants diplomates, d’ordinaire plus lucides, ont peut-être péché par analogie. Il est si tentant de rapprocher le wahhabisme saoudien de son petit frère qatari. Deux pétromonarchies conservatrices alliées des Etats-Unis, aux familles royales pléthoriques qui comptent nombre de mécènes du jihadisme, semblent a priori faites du même bois. Mais après les électrochocs du 11 septembre et la vague révolutionnaire partie de Sidi Bouzid en 2011, Riyad a perdu une grande partie de sa capacité d’influence. L’ancien allié des despotes déchus Ben Ali (réfugié à Jeddah !) et Moubarak cultive des relations mi-figue mi-raisin1 avec les Frères Musulmans locaux alliés d’Ankara et de Doha.

L’épreuve des faits nous montre des Saoudiens attentistes et prudents, attachés au fragile équilibre politique du royaume, dont les visages inquiets et sénescents contrastent avec l’activisme international des Qataris. L’émir du Qatar sera-t-il le Trotski du XXIe siècle ? Si l’hypothèse se vérifiait, on lui déconseillerait vivement de tenter d’exporter le jihad au Mexique…

*Photo : Lυвαιв.

  1. Non fermenté, cela va sans dire !
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  • 26 Janvier 2013 à 2h48

    ALMFBTYPP dit

    les quataris c’est plus complexe et moins mauvais que vous ne les dites: et c’est un avenir moins rigoureux que ce que vous pensez : au delà du psg il existe une aide anti dictature , un combat contre le radicalisme musulman , une religion plus douce

  • 23 Janvier 2013 à 10h02

    néonéo dit

    Euh… Le pire des “maux”, of course… Grosse fatigue…

  • 23 Janvier 2013 à 9h57

    néonéo dit

    Le pire des mots pour la diplomatie française serait de se résoudre à n’être que le caniche de la Maison Blanche. Les Européens se tirent en effet une balle dans le pied en se conformant sans broncher à la stratégie du “leading from behind” de l’administration Obama. Après la sous-traitance de la guerre, Washington invente la sous-traitance diplomatique! Et ceci sans contreparties financières ou sécuritaires notoires sur le long terme pour les chancelleries du vieux continent. Les grimaces et réticences de Susan Rice sur le dossier malien ont d’ailleurs mis à jour les limites de la collaboration avec un allié américain désormais plus préoccupé par son autosuffisance énergétique et le “pivot vers l’Asie” que par les dynamiques géopolitiques moyen-orientales, maghrébines ou européennes. Suis pas une fan du Flamby. On peut néanmoins lui reconnaître un mérite: celui d’avoir quelque peu rétabli l’équilibre entre Doha et les autres alliés traditionnels de la France dans la péninsule arabique (=”Al-Jazeera” en arabe! ROFLMAO!). L’idylle bouffonne et médiatique du Sarko avec Sa Majesté l’émir Al-Thani commençait à friser le ridicule, voire la servilité. Et son “Obamania” inconditionnelle à frôler le manque total de recul et d’objectivité. Cela faisait passer en outre l’ensemble du corps diplomatique français pour une bande de potiches interchangeables dont la seule mission aurait été de défendre les intérêts du “grand frère” américain dans la région… 
    Bon, après, de là à crier sur les toits “Flamby-de Gaulle, même combat”, let’s not push mémé in the bégonias… 
    P.S: s’il te plaît madame Lévy, peux-tu mettre plus d’articles de Daoud sur le Moyen-Orient dans ton canard sympa? D’avance merci.

  • 22 Janvier 2013 à 21h21

    Eugène Lampiste dit

    Les Français sont il prêts à renoncer à beIn Sport ?

  • 22 Janvier 2013 à 14h46

    Quentin albert dit

    “Nos brillants diplomates d’ordinaire si lucides”…
    On est en plein dedans là. La lucidité et la cohérence au sommet. Un grand jeu mais que des petits joueurs.
    Tout ça se termine d’ordinaire assez mal…

  • 22 Janvier 2013 à 12h42

    Vassili Tchouïkov dit

    Le Qatar «le meilleur ami moyen-oriental de Paris ». Que veut dire cette expression ? Le Qatar n’est pas le meilleur ami moyen-oriental de la France. C’est une pétromonarchie qui a les moyens d’acheter. Les clubs de foot, les hôtels, mais aussi les hommes. C’est ce qu’elle fait.
    À droite comme à gauche.
    Interrogez-vous sur le point de savoir, par exemple, pourquoi c’est Julien Dray qui a demandé cette commission d’enquête. Les réponses pourraient être amusantes…

    • 22 Janvier 2013 à 19h18

      saintex dit

      Je m’interroge, et ne trouvant aucune réponse, avant de me passer à la torture je vous demande si vous avez une idée sur Julien Dray et le Katar.

  • 22 Janvier 2013 à 11h51

    L'Ours dit

    Oui NCC, ce doit être cela.

    Saintex,
    merci de l’info. C’est vrai que comme on le disait d’un autre, s’il pleut et qu’il dit qu’il pleut…
    ;o) 

    • 22 Janvier 2013 à 11h52

      NCC dit

      “Un escadron de 13 chars Leclerc embarque cette semaine à bord du roulier Ark Forwarder, l’un des navires de la Maritime Nantaise affrétés pour les besoins de transport logistique des armées françaises. Provenant du 1er Régiment de Chasseurs de Thierville-sur-Meuse, ces chars de bataille font partie des moyens engagés par l’armée de Terre dans le cadre de l’exercice Gulf Falcon 2013, qui doit se dérouler du 16 février au 7 mars au Qatar. Depuis Toulon, les véhicules et le matériel seront transportés jusqu’à Doha par l’Ark Forwarder. Les opérations logistiques sont gérées par le 519ème Groupe de Transport Maritime.” (Source sur demande).

  • 22 Janvier 2013 à 11h49

    Marcus Graven dit

    Ce matin, M. Bayrou était interviewé par Raphaëlle Duchemin sur France Info. M. Bayrou soutient bien évidemment la politique de François Hollande au Mali.
    « L’Etat malien était menacé, dit-il de sa voix un peu forcée, d’être renversé par une force djihadiste, fanatique, extrémiste, qui veut imposer une loi d’il y a mille ans avec lapidation, avec amputation des membres de ceux qui ont commis des délits entre guillemets à leurs yeux. »
    « L’application stricte de la charia, intervient la journaliste de France Info. »
    « Et donc, il y a quelque chose de dangereux, poursuit M. Bayrou, pour, non seulement le Mali mais pour la France…»
    M. Bayrou par les termes qu’il choisit décrit les Etats islamiques de la péninsule arabique. Il représente parfaitement l’immense majorité des politiciens français dans leur trouble dissociatif de l’identité. Ils ont en eux la présence de deux ou plusieurs identités ou “états de personnalité” distincts qui prennent tour à tour le contrôle de leur analyse. Une amnésie dissociative qui leur permet de ne pas voir la nature du régime politique chinois et de fustiger Mugabe, de combattre les djihadistes au Mali et de soutenir leurs confrères syriens, de critiquer la charia dans les zones talibanes d’Afghanistan mais de ne rien en dire à Ryad. Maladie dans les discours, maladie dans les comportements, les politiciens français manquent singulièrement de consistance. 

    • 22 Janvier 2013 à 11h54

      Fiorino dit

      Je ne suis pas d’accord, la France a arrêté les djihadistes français prêt à se rendre en Syrie. Il ne faut pas confondre frères musulmans et djihadistes, on peut critiquer la position française sur la rebellion syrienne, notamment son manque de clairvoyance sur l’après Assad (s’il y en aura un), mais n’oublions pas que les frères musulmans sont au pouvoir en Turquie aussi. Que je sache ce pays continue de rester dans l’Otan.

    • 22 Janvier 2013 à 14h42

      borgoloff dit

      C’est bien vu. Et sans être un thuriféraire d’Assad, je crois bien qu’il faut s’attendre à du gratiné en Syrie après son départ.

  • 22 Janvier 2013 à 10h29

    L'Ours dit

    Je crois que c’est Eugène Lampiste ( sinon que veuille bien se manifester l’auteur de cette remarque judicieuse, je ne sais plus sur quel fil), qui mettait en face la guerre que nous menons contre des islamistes pendant qu’on jouait ami ami avec ceux qui les financent, en l’occurrence le Qatar.

    • 22 Janvier 2013 à 11h44

      saintex dit

      Tarik Ramadan a dit la même chose.

    • 22 Janvier 2013 à 11h45

      NCC dit

      Vous faites peut-être allusion à mon commentaire, à la suite de l’article sur le serval, concernant l’envoi de chars Leclerc et de 150 autres véhicules à destination du Qatar dans le cadre de “manœuvres” militaires qui n’ont peut-être pas uniquement pour unique objectif de faire des démonstrations sur le terrain avant de leur vendre quelques chars (on attendra un peu pour  le Rafale…).
       

    • 22 Janvier 2013 à 18h27

      Eugène Lampiste dit

      bonsoir l’Ours.

      j’ai juste dit (je crois) que la France pourrait en profiter pour rompre les relations diplomatiques avec l’arabie saoudite et le qatar (mais les supporters du psg sont ils prêts à un tel sacrifice ???)

      et puis j’ai surtout mis le lien du passage du juge Trévidic chez Ruquier
      Ce qu’il dit est passionnant (il parle de ces pays qui financent les fous de dieu), et il en sait mille fois plus que nous tous réunis :

      http://www.youtube.com/watch?v=mZbvq6_hSc8

  • 22 Janvier 2013 à 10h03

    panpan2017 dit

    Belle analyse, Daoud, qui mériterait d’être enrichie par les insights d’un Mihaely sur ce billard à mille bandes.

    Oui, l’Iran concentre sur lui toutes les attentions des pays occidentaux, bien aidés en cela par l’obstination d’un Netanyahu qui répète quotidiennement qu’il n’y a aucun autre péril dans ce monde. Ce qui laisse penser que le Qatar ne représente aucune menace pour Israel. Ou est peut-être même pour lui un atout dans son ambition de leader incontournable du PO.

    Il est difficile de comprendre quels sont les plans à long terme du Qatar. Probablement pas en effet d’exporter le djihad au Mexique, l’Emir a dû lire Don Winslow. Mais l’aide apportée (semble-t’il) à AQMI est suffisante pour lui donner un fort pouvoir de nuisance, mais insuffisante pour lui permettre de changer la donne au Sahel (la réaction française étant prévisible).
    So what ?
    (flûte je n’ai pas réussi à caser Slatan :-) )

    • 22 Janvier 2013 à 10h14

      Fiorino dit

      A mon avis ce n’est pas tellement l’aide apporté a tel ou tel autre groupe terroriste le problème, mais tout ces projét des madrassas qu’on peut lire dans l’article de France24. D’ailleurs saul nous palrait des madrassas financées par l’Arabie Saoudite au Tchad. Travailler la société en profondeur vers un islam rigoriste mais paraît bcp plus dangereux que financer telle ou telle autre groupe terroriste qui d’ailleurs signe l’arrêt de mort de la cause elle même.

    • 22 Janvier 2013 à 10h47

      schaffausen dit

      Qu’est-ce-qu’un “insight” ?

      Je ne comprends pas bien en quoi le Qatar serait un allié objectif d’Israël ? Parce qu’il veut prendre la place de l’iran au Proche-Orient (cf la visite à Gaza) ?

      • 22 Janvier 2013 à 12h55

        panpan2017 dit

        Gil Mihaely a une connaissance approfondie des interactions de cette région 
        Mon allusion a Israel rebondissait sur ce que relevait Daoud, la différence de traitement faite a l’Iran par rapport au Qatar. Or une large part de la position occidentale envers l’Iran est influencée (pour dire le moins) par la position Israélienne.  
        Il serait donc intéressant de mieux comprendre pourquoi on entend aussi peu de “critiques” israéliennes envers le Qatar. 

  • 22 Janvier 2013 à 9h35

    Fiorino dit

    “À l’origine de ces doutes, un article du Canard enchaîné, datant du 6 juin dernier, intitulé : “‘Notre ami du Qatar’ finance les islamistes du Mali”. Le journal d’investigation rapportait que l’émir du Qatar avait livré une aide financière aux mouvements armés qui ont pris le contrôle du nord du Mali. Il citait une source au sein de la Direction du renseignement militaire français (DRM) selon laquelle “les insurgés du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad, indépendantiste et laïc, NDLR), les mouvements Ansar Dine (proche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique) et Mujao (Mouvement pour l’uncité et le djihad en Afrique de l’Ouest) [avaient] reçu une aide en dollars du Qatar”. Si l’hebdomadaire ne précisait pas les montants de cette aide ni le mode d’attribution, il avançait néanmoins que les autorités françaises étaient informées des agissements des Qataris dans le nord du Mali.

    Un mois plus tard, c’est Sadou Diallo, le maire de Gao, ville située dans le nord du pays, qui accusait le Qatar de soutenir les islamistes basés dans la zone. “Le gouvernement français sait qui soutient les terroristes. Il y a le Qatar, par exemple, qui envoie soi-disant des aides, des vivres tous les jours sur les aéroports de Gao, Tombouctou, etc”, déclarait-il sur l’antenne de la radio française RTL.

    Polémique autour de l’aide humanitaire qatarie

    L’été dernier, la présence d’au moins quatre membres de l’organisation humanitaire du Croissant rouge qatari a alimenté ces soupçons. Les rebelles touareg du MNLA estimaient alors que le déploiement de cette ONG à Gao – la seule autorisée par les djihadistes à entrer au Nord-Mali – était la preuve du soutien de l’émirat aux combattants islamistes. Un membre du MNLA, interrogé par l’AFP sous couvert d’anonymat, indiquait fin juin que les humanitaires qataris, dont la sécurité était assurée par des membres du Mujao, étaient principalement là pour distribuer des biens, comme de l’huile, du sucre, du riz et du thé. Un moyen pour Doha, selon lui, “d’aider le Mujao à se rapprocher de la population”.

    L’émirat a, lui, officiellement démenti un tel engagement au Nord-Mali. Sur le terrain, l’un des quatre membres du Croissant rouge qatari s’est aussi défendu en affirmant, le 25 juin à l’AFP, être “venu à Gao pour évaluer les besoins de la population en terme de soins, d’eau et d’électricité”. À l’automne, les services de renseignements français ont assuré, à l’issue d’une enquête de terrain, que le Qatar n’avait pas envoyé d’agents sous couverture humanitaire auprès des islamistes.”

    http://www.france24.com/fr/20130121-qatar-nord-mali-groupes-islamistes

    • 22 Janvier 2013 à 9h38

      Fiorino dit

      “Doha joue un rôle partout où il y a des mouvements islamistes”

      Pas de preuves, donc. Pour autant, Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), reste persuadé que “Doha joue un rôle partout où il y a des mouvements islamistes. Tout comme c’était le cas en Libye et que c’est le cas en Syrie.” Le Qatar a, en effet, reconnu joué un rôle dans ces pays auprès des islamistes : Le chef d’état-major du Qatar, le général Hamad ben Ali al-Attiya, a notamment indiqué que des centaines de soldats qataris ont participé aux opérations militaires en Libye aux côtés des ex-rebelles. De même, les autorités qataries ont pris fait et cause pour la révolte syrienne depuis l’été 2011.

      De son côté, le géographe Mehdi Lazar, a estimé, dans une tribune publiée par l’Express le 4 décembre dernier, que le lien entre le Mali et le Qatar ne date pas d’aujourd’hui. Doha “dispose déjà d’un réseau de financement de divers madrasas, écoles religieuses ou œuvres caritatives qui datent des années 1980 et 1990 au Mali”, précise-t-il.

      Une présence qui se justifie par des intérêts économiques, selon lui. “Le Mali dispose d’un potentiel gazier et a besoin d’infrastructures pour le développer. Or, le Qatar maîtrise ces techniques. Il pourrait ainsi, en cas de bons rapports avec les dirigeants d’un État islamique au nord du Mali, exploiter le sous-sol qui est riche en or et en uranium et le potentiel gazier et pétrolier “, explique Mehdi Lazar.

      Médiateur dans les négociations futures ?

      La politique étrangère qatarie reste aussi motivée par une forme d’idéologie islamiste sunnite, ajoute le géographe. “Ce serait, pour l’émirat, un moyen simple mais risqué d’augmenter grandement son influence en Afrique de l’Ouest et dans la bande sahélienne”, explique-t-il. “Comme en Syrie, la présence de l’émirat au Mali – si elle s’avère réelle – doit être resituée dans le contexte d’une concurrence double : d’abord avec l’Arabie saoudite pour le contrôle de l’islam sunnite mondial, mais également afin de renforcer le poids de ce même islam sunnite face au chiisme”. Et de poursuivre : “Il continue ainsi l’action entreprise en Égypte, en Libye et en Tunisie”.

      Toutefois, le géographe ne pense pas que le Qatar soit impliqué dans le conflit au Mali. Il lui prêterait plutôt un rôle de médiateur dans d’éventuelles négociations futures entre le gouvernement malien, la Cédéao, les différents groupes rebelles du Nord, l’Algérie et la France.