Punk is dead, vraiment dead !

La résurrection n’est pas un droit acquis

Publié le 14 janvier 2009 à 15:11 dans Culture

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Récemment, Arte a diffusé une rétrospective sur le mouvement punk, sans doute pour fêter les 31 ans et 10 mois de son apparition. Oui : sur Arte, ils aiment beaucoup le punk-rock. Depuis toujours ou, au minimum, depuis plusieurs mois. En vertu de quoi, donc, on a pu revoir, entre deux clips vidéo, la tête sympathique de Captain Sensible (ex-guitariste des Damned) ou le masque botoxé du pathétique Billy Idol (ex-chanteur de Generation X), venus nous narrer quelques anecdotes du bon vieux temps.

Parce que le punk-rock n’aura jamais été autant à la mode qu’aujourd’hui. Maintenant, tout le monde est punk, tout le monde est fan des Sex Pistols, tout le monde porte un T-shirt des Ramones, excepté ma concierge qui préfère Graham Parker et Dave Edmunds.

Bon, après tout, pourquoi pas ? On trouve bien des trentenaires bac+6 qui se retrouvent régulièrement le vendredi soir pour des pyjama-parties, à se goinfrer de fraises Tagada devant des épisodes de l’Ile aux Enfants. Nous sommes à l’époque du vintage : certains achètent à prix d’or les affreux blousons à cols pelle à tarte que nous portions au collège, et que nous pensions légitimement disparus dans les poubelles de l’Histoire; manque de pot : ils nous reviennent à la gueule, via Guerrisold ou Hedi Slimane.

Mais la fascination occasionnée par le mouvement punk ne relève pas de ce type de nostalgie : “Punk’s not Dead !” disait le philosophe grec. “Enlève ta main de ma cuisse !” lui répondait l’éphèbe impénétrable au concept d’immortalité. Car au nom de quoi ce courant musical devrait-il voir le temps suspendre son vol et les heures propices suspendre leur cours ? Serait-il donné éternellement à des teenagers sur le retour d’être destroy ? Voilà la question.

Les archéologues sont quasiment unanimes pour affirmer que le premier disque punk fut New Rose des Damned, sorti en 1976. D’autres groupes furent illico de la fête. De cette première époque, on retiendra principalement The Sex Pistols, The Clash, Stiff Little Fingers, The Buzzcocks, Angelic Upstarts, Sham 69, ou encore Generation X. Ces précurseurs furent bientôt suivis par une seconde vague, au tout début des années 80 : GBH, The Exploited, Peter and The Test Tube Babies, The Toy Dolls, etc. Désormais, on jouait plus fort et plus vite. A la joyeuse créativité vestimentaire du début (pensons aux tenues loufoques de Captain Sensible ou aux chemises peintes des Clash) avait succédé un style qui virait à l’uniforme : la panoplie Doc Martens/Perfecto/crête d’iroquois était la tenue camouflage idéale pour passer inaperçu au milieu de cette faune. Jean-Paul Sartre aurait finalement pu s’inspirer de ce punk des années 80 pour expliquer l’existentialisme, au lieu de prendre le stupide exemple du garçon de café. Lorsqu’on lui fit cette remarque, il répondit que c’était trop tard puisqu’il venait de mourir.

Maintenant, on est en 2008 ou 2009, je ne sais plus trop, et il m’arrive encore d’entendre des rebelz’ qui fuckent la society. J’ose rarement les prévenir que Jack Lang a quitté le pouvoir : ça pourrait créer chez eux un choc émotionnel. De même, j’hésite à leur expliquer que les groupes qu’ils voient sur MTV – Rancid, Less Than Jake, Sum 41, Good Charlotte ou Blink 182 , c’est pour « faire genre ». Mais ce n’est plus du punk-rock. Même si ça en a le goût. Au contraire, ces amuse-bouches mal décongelés sont le signe incontestable que c’est bien fini.

C’est fini, mais pas parce que MTV diffuse ces groupes entre un clip vidéo de Britney Spears et un de Madonna, que non ! Car, à son époque, la célèbre émission anglaise Top of the Pops avait elle-même accueilli la plupart des groupes phares du mouvement punk naissant. Aussi, ce qui nous envoie le signe fort d’une fin réalisée, puisque inéluctable, c’est justement la dégaine des membres de ces actuels boys-bands à la rebellitude marketing : ils sont déguisés. Sous les kilomètres carrés de tatouages qu’ils portent comme une armure, on reconnaît bien les minets qu’ils sont restés. Ils grimacent et gesticulent comme une meute de chihuahuas sortant d’un institut de beauté canine. Et dans leurs vidéos, ils vont même jusqu’à poser leurs chaussures sur les banquettes du wagon de métro – qu’ils ont loué – afin qu’on comprenne bien que… ouais. Ouais, mais non. Ils en font trop. La crédibilité ne s’achète pas…

Remarquons qu’il est encore possible de voir tourner quelques uns des groupes old-school, à l’heure actuelle. Trente kilos de plus et une calvitie qui aura eu raison de leurs fantaisies capillaires passées, mais toujours là. Car la réinsertion est moins facile pour eux que pour un footballeur qui marque un but contre le Brésil. Alors, ils reviennent pour des rappels qui semblent n’en plus finir. Au fond, toutes ces années de bons et loyaux services peuvent leur donner quelques privilèges. Les nostalgiques de l’âge d’or viennent, eux, y vivre les derniers moments d’une époque qui appartient déjà à l’Histoire. Il n’y aura ni résurrection ni réincarnation. Que des souvenirs et des disques…

Punk is dead. Définitivement et méchamment dead.

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  • 16 January 2009 à 19h43

    Nicolas dit

    Baptiste : Aux USA, c’est un peu différent. Certains groupes du début des années 80 (Bad Religion, Freeze, D.I, Gang Green…) ont évolué pour donner naissance au hardcore. On arrivera à quelque chose de plus musclé musicalement : Suicidal Tendencies (1er album), Bad Brains, 7 Seconds… Et enfin au hardcore straight-edge (Youth of Today, Slapshot) ou au crossover newyorkais (Agnostic Front, Biohazard, Crumbsucker…).
    Donc, le punk-pop californien n’est pas le seul fruit du punk américain.
    La preuve :
    http://www.youtube.com/watch?v=kjITD9LnwRY

  • 15 January 2009 à 23h00

    salvy dit

    Alors là, évidemment , si on sort les Saints (voir le lien vers la video de “Know your product”, posté par l’auteur), je retire ce que j’ai dit, et j’ai bien peur qu’il n’y ait même plus grand chose à débattre : “punk” n’est (ne fut ?) qu’un synonyme de “rock ‘n’ roll”, ce fut sa grandeur comme sa limite. Le reste relève de l’habillage, underground ou marketing, ce qui revient au même.
    Sur ce, bonnes vacances au Cambodge, les rebelles !

  • 15 January 2009 à 21h31

    Baptiste dit

    Tu as tout à fait raison, il ne faut pas limiter le punk à la musique et penser aussi à l’esprit punk. Mais alors, qu’est-ce que “l’esprit punk”? Si c’est être subversif, le punk est loin d’être mort et peut dès lors se trouver partout : dans la musique, mais aussi sans la peinture, la sculpture, la politique, les médias, …

    Nous ne sommes évident plus en 1977 et les choses ont forcément évolué. Donc cela veut dire que le punk se limiterait uniquement à 1977 (ou à l’époque, ou à tel disque ou tel groupe, c’est comme on veut)? Car si les punks d’aujourd’hui ne font plus la même chose qu’il n’y 30 ans, ce ne sont plus vraiment des punks ; et s’ils s’habillent n’importe comment avec des doc’ et une grande crête rouge comme Lars Frederiksen dans ta vidéo, ce ne sont que de pâles imitations convenues. Si je comprends bien (tu vas me dire que non ;-) ), le punk est donc condamné à être définitivement mort.

    Donc j’en reviens à ma question : qu’est-ce que le punk? On en revient toujours là, aux critères que chacun de nous utilise.

    Comment pourrait-on “reprocher” aux groupes d’aujourd’hui de copier les anciens? Tout le monde se nourrit d’influences! Le rock est-il mort aujourd’hui parce que les Killers, les White Stripes ou Coldplay auraient tout pompé à U2 ou aux Rolling Stones, qui eux-mêmes auraient tout pris à Elvis Presley, et ainsi de suite?
    Alors oui, les Sex Pistols ont inspiré Bérurier Noir, Bad Religion et Social Distortion, qui ont engendré NOFX et Rancid, qui ont inspiré Offspring et Green Day, qui ont donné des idées à Sum 41, Blink 182 et New Found Glory. Même si on en revient juste à la musique, et alors?

    D’ailleurs c’est amusant car tu en reviens toi-même à la musique puisque tu te demandes ce que les groupes actuels peuvent bien apporter. Nous voilà confronté à un jugement sur ce qu’est du “bon punk”… Tu vas peut-être trouver que les White Stripes ont renouvelé le rock (c’est un exemple) mais je pourrais très bien trouver que Rancid a renouvelé le punk! Je pense que tu souffres comme beaucoup du syndrome du “C’était quand même mieux avant”. A l’époque c’était bien, maintenant bof… Syndrome tout à fait normal! Je n’ai que 21 ans, mais je sais que dans quelques années je trouverai que c’était quand même mieux avant… Peu importe ce que chacun écoute, évidemment.

    C’est assez amusant : le mouvement a commencé (en gros) avec les Pistols alors que ce groupe est en fait un joli produit marketing, même s’il a abouti à un peu plus que ça, et aujourd’hui le public s’habille comme les groupes qu’il écoute, perpétuant ce “marketing”.
    Alors, punk’s not dead…?

    (J’espère ne pas avoir été trop long! Si oui, j’en suis désolé. C’est un sujet très intéressant à discuter et ce n’est parfois pas facile de faire court.)

  • 15 January 2009 à 19h30

    Nicolas dit

    1° Les néo-punks sont pas des méchants, qui prétendrait ça ?!!!

    2° Et Top of the Pops, Baptiste ? Relis ce que j’ai écrit, STP. Limiter le courant punk à la musique, c’est laisser l’esprit de côté. Le côté subversif est parti : on n’est plus en 1977 ! C’est ça que vous comprenez pas : aujourd’hui, tout ça c’est convenu, voire consensuel. Demain, Ségolène fera venir des “néo-punks’ pour chauffer la salle lors de ses meetings.

    3° Purée, les jeunes, au lieu de vous énerver, lisez, un peu ce que j’ai écrit ! Vous croyez que j’écoute quoi dans mon lecteur MP3 ? Je ne dis même pas que les groupes californiens dont vous êtes fans sont mauvais : je dis que c’est au punk ce que le canada dry est au whisky. D’ailleurs, je trouve que les “néo” imitent bien leurs aînés !

    4° Merci Béret Vert. On les aura !

    5° Du vrai punk rock :
    http://www.youtube.com/watch?v=NLbyaNbhHdU
    http://www.youtube.com/watch?v=6PQd7qOEBMo
    http://www.youtube.com/watch?v=r-7pTQx6d3U

    Contrefaçon chinoise :
    http://www.youtube.com/watch?v=5ItxpJqeaRg

  • 15 January 2009 à 17h39

    John Love dit

    Vivent les bobos de droite!

  • 15 January 2009 à 17h17

    Béret vert dit

    Nicola Huchet est un connaisseur ! Je me suis bien retrouvé dans la 1ère vague, Buzzcocks, Generation X… Je crois que le revival actuel du punk en France est aussi bidon que pouvaient l’être la plupart des groupes punks français des années 80, sans véritable assise populaire pour ces petits bourgeois talentueux qu’étaient les DOGS ou les Olivenstein, quand aux autres…La France na jamais eu l’esprit rock.

  • 15 January 2009 à 14h20

    Didier Goux dit

    Cher Nicolas, très heureux de vous savoir vivant et de vous retrouver ici !

  • 15 January 2009 à 12h00

    fromageplus dit

    Ouais, mais on oublie de dire le génie ponque, c’est d’avoir ouvert un immense champ musical au rock and roll et à la pop musique. Oublions les crêtes et les épingles à nourrice, penchons-nous sur le son, sur la négation revendiquée de la virtuosité, et constatons combien la célébration du power chord minimaliste fut une conquête de très haute volée. Sans l’esprit punk, le minimalisme serait resté un truc d’intello sériel et pénible. Sans l’esprit punk, on aurait pas eu Grauzone et la cold-wave jouée sur deux accords – voire sur un seul accord. On peut trouver que Blink-182 sont des rebelles de carton-pâte, il n’empêche que leur pop mélodique a gagné en saveur grâce à l’énergie punk. La chanson “Feeling this” est un coup de génie, n’en déplaise aux talibans qui ne donnent leur imprimatur punk qu’à trois albums de 1976 [oui parce qu'après c'est devenu n'importe quoi, ça a été récupéré, tout çââââ...].
    L’esprit ponque, on ne le dit pas assez, c’est le “one-two-three-four” des Ramones, c’est l’apocalypse en moins d’une minute et quarante sept secondes, ce qui est un tour de force.

  • 15 January 2009 à 11h32

    Baptiste dit

    J’avoue que ton article me laisse un peu perplexe. Et qu’il mériterait peut-être quelques précisions pour mieux appréhender ta pensée (même si je sais que ce n’est pas un traité du punk…):

    Qu’est-ce que le punk pour toi?
    Quels critères pourrais-tu donner poour dire qu’un groupe est punk ou non?
    Si un groupe “punk” passe à la télé, devient-il automatiquement commercial?

    De nouveau, je sais qu’on ne sait pas faire une encyclopédie du punk en une page mais cela donne malheureusement un côté superficiel à ton papier. Tu balances beaucoup sans vraiment d’argumenter, mais cela à le mérite de susciter des réactions.

    J’ajouterai également que je ne comprends pas pourquoi tu places Rancid avec Sum et Blink, malgré ta réponse…

  • 15 January 2009 à 6h19

    PatVVV dit

    bien dit
    j’aurais pas vomi mieux

  • 14 January 2009 à 23h31

    Salvy dit

    Ouh la la… la diatribe contre les méchants “néo-punks” qui font rien qu’à copier les vrais rebelles pour vendre de la soupe…et “The Exploited” comme maître étalon ! et les commentaires : le soi-disant “nihilisme profond et mal dégrossi” des punks originels !! et par dessus tout “punkitude”, le texte avec du Canada Dry dedans !!! C’est un concours ou quoi, messieurs-dames ?

  • 14 January 2009 à 23h00

    Nicolas dit

    “anticonformisme poseur” : absolument d’accord.
    Mais je crois pas que l’esprit ait perduré : notre époque a trop intériorisé cette forme de provocation pour qu’il puisse demeurer – au delà d’une musique que l’on peut apprécier – un aspect “rebelle” de ce côté.
    Cock Sparrer, Angelic Upstarts, Peter & TTB et d’autres jouent encore.Le problème (qu’on leur pardonne volontiers) c’est qu’ils incarnent ce qu’ils vomissaient avant : un rock de vieux, institutionnalisé.

  • 14 January 2009 à 22h55

    Augustin Mitraillette dit

    Chouette, on se croirait sur Agoravox. Prochaine troll, un article hautement polémique sur le football, avec championnat du monde de débats vraiment très intéressants dans les commentaires. C’est con, j’avais cru que je lisais Causeur, et j’aimais bien Oldfashioned.

  • 14 January 2009 à 22h36

    Frédéric dit

    Le néopunk contemporain est peut-être plus propre sur lui, mais il a perdu son innocence (c’est-à-dire, paradoxalement, son nihilisme profond et assez mal dégrossi). L’excellent article de N. Huchet se conclut en parlant de la reformation de certains groupes trente ans plus tard. Qu’on compare les Cock Sparrer hier et aujourd’hui, ça fait pas envie…Because you’re young…

  • 14 January 2009 à 22h29

    SK dit

    Les réacs se réclament parfois du punk ( les punks à diplômes) parce qu’il incarne un genre d’anticonformisme poseur.
    Pour les groupes contemporains, là, Nicolas vous exagérez: Sum 41, Good Charlotte ou Blink 182 . Ce n’est pas sérieux.
    Non, il faut chercher l’esprit du côté de l’électro-punk, par exemple.