Pulp libéralisme | Causeur

Pulp libéralisme

La tradition libérale pour les débutants

Auteur

Georges Kaplan

Georges Kaplan
est libéral.

Publié le 29 juin 2012 / Société

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Je fais partie avec quelques autres d’une toute petite communauté : celle des libéraux français. Nous ne sommes pas d’accord sur tout – il y a, parmi nous, des anarcho-capitalistes, des minarchistes, des objectivistes randiens, des libéraux-conservateurs, des libéraux de gauche et, me semble-t-il, une majorité relative de libéraux classiques – mais s’il y a un point qui nous rassemble, outre notre attachement aux libertés individuelles et notre méfiance vis-à-vis de la chose publique, c’est le sentiment profondément ancré en nous que la plupart de nos compatriotes n’ont pas la moindre idée de ce qu’est le libéralisme.

Soyons clairs : vous avez tout à fait le droit de penser que Nicolas Sarkozy et François Hollande sont des ultralibéraux, que l’Union Européenne, le Fonds Monétaire International ou la Banque Mondiale sont des organisations d’inspiration libérale ou que des entreprises comme Goldman Sachs, Lagardère et la Société Générale font pression sur nos gouvernants pour qu’ils mettent en œuvre des politiques libérales. C’est votre droit mais, vu de notre fenêtre, ce n’est pas seulement faux : c’est grotesque.

Aucun de ces personnages publics et aucune de ces organisations ne se réclame du libéralisme : tous et toutes ne cessent de réclamer une intervention accrue des pouvoir publics dans notre vie, à commencer par sa dimension économique. D’un point de vue libéral, MM. Sarkozy et Hollande ne sont pas des libéraux, l’UE, le FMI et la Banque Mondiale ne sont pas des organisations libérales et Goldman Sachs, le groupe Lagardère et la Société Générale sont de parfaits exemples de capitalisme de connivence.

Et c’est pourtant bien l’idée que véhicule notre classe politique unanime, les journalistes subventionnés de la presse officielle et pratiquement tout ce que compte notre beau pays d’intellectuels. Selon l’opinion publiée1, de Joffrin à Zemmour, de Todd à Michéa, de Demorand à Sapir, de Polony à Pulvar, les malheurs de notre pays seraient dus à la pensée unique – forcément libérale. On demande des noms ? Pas de problème : voilà Jacques Attali, Alain Minc et même BHL promus au grade infamant de représentants du dogme libéral. Même si le verbe n’est pas vraiment approprié : on croit rêver !

Albert Camus, qui n’était pas lui non plus un grand libéral, disait très justement que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Alors voilà : avant que nous puissions entamer une passionnante discussion sur le libéralisme, il peut être utile que nous nous mettions d’accord sur le véritable sens de ce mot. Pour ce faire, je vous suggère de vous reporter à une description du libéralisme écrite par des libéraux plutôt que par leurs adversaires les plus farouches.

Mais, me direz-vous, l’été n’est pas une période propice à la lecture d’un traité de philosophie politique. J’en suis bien d’accord mais il se trouve justement qu’il existe désormais une solution idéale pour s’informer sur ce qu’est vraiment le libéralisme sans pour autant passer pour un rat de bibliothèque perdu sur la plage. Ça s’appelle Pulp libéralisme (Tulys), c’est (très bien) écrit par Daniel Tourre, divisé en 36 courts chapitres qui déminent les clichés les plus courants sur le libéralisme. Cerise sur le gâteau, c’est drôle, divertissant et illustré de près de 230 vignettes de bandes dessinées américaines des années 1950 avec monstres improbables, demoiselles en détresse et autres génies du mal machiavéliques2. Bref, vous n’avez plus aucune excuse à l’ignorance.

Pulp libéralisme, la tradition libérale pour les débutants, Daniel Tourre (Tulys)

  1. « Il n’existe rien de tel qu’une opinion publique ; il n’existe qu’une opinion publiée » (Winston Churchill)
  2. À celles et ceux qui n’ont pas l’intention de bouquiner sur la plage et qui cherchent une œuvre plus académique, je recommande chaudement l’excellent Dictionnaire du libéralisme de Mathieu Laine (Larousse).

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 30 Juin 2012 à 16h20

      Amalfiore dit

      Moi j’espère être raisonnable,ça pourrait être suffisant comme doctrine.

    • 30 Juin 2012 à 14h38

      GHMD dit

      Mais, cher Monsieur Kaplan, je ne vous suis pas du tout à propos de la “pensée unique”. Qui croit qu’elle est libérale ? Tout au contraire, elle est keynèsienne. Tous les journalistes n’ont appris que cela à Sciences Po depuis des décennies…
      Merci pour vos conseils en matière de pédagogie du libéralisme, tout le monde en a bien besoin. Cela dit, je ne suis pas particulièrement libéral. Je pense d’ailleurs qu’il faudrait sortir de ces catégories trop schématiques et considérer que l’intervention de l’Etat peut valoir mieux, dans certains cas (lesquels, tout le débat est là…) que le laisser faire qui confine vite à l’irresponsabilité. Mais promis, je ne dis plus rien avant d’avoir lu Pulp libéralisme !

    • 30 Juin 2012 à 8h50

      laborie dit

      Dommage que le prix soit exorbitant…34 euros.

    • 29 Juin 2012 à 23h39

      Saul dit

      l’auteur décrit bien le phénomène de confusion dans la définition des termes (d’ailleurs à quel courant lui même appartient il ? minarchiste ? ;-)
      mais cette confusion n’est elle pas entretenue elle aussi par les libéraux eux même ?
      après tout, ils se montrent très timides dans leur critique du FMI, Lagardère et co, et vont même plutôt prendre leur défense. De plus eux même entretiennent la confusion en qualifiant de “socialisme” tout ce qu’ils abhorrent….
      Ainsi peut être Sarko et Hollande ne sont ils pas libéraux (Kaplan les qualifiait de conservateurs je crois), mais il est encore plus grotesque de les qualifier de “socialistes”. cette caricaturisation entraine une sorte de bipolarisation idéologique.
      Confusion aggravée aussi par le fait de dire capitalisme=libéralisme….ce qui donne parfois des libéraux qui, pour vanter le bien fondé de leur idéal, vont se mettre à défendre par exemple les 30 glorieuses…période du capitalisme le plus étatisé de l’Histoire dans le monde occidental !
      De plus certaines contradictions entrainent aussi cette confusion…ainsi un Pinera, reconnu comme libéral par les adorateurs de cette secte, mais qui fut pourtant un des principaux ministres et soutiens d’un régime dictatorial….pas vraiment en adéquation avec le libéralisme philosophique dont ils se réclament…

    • 29 Juin 2012 à 19h39

      Impat1 dit

      …”Staline, Castro, … n’empêche qu’ils s’en sont réclamés”

      Justement, les noms cités par Kaplan ne se réclament même pas du libéralisme.

      • 29 Juin 2012 à 22h57

        Georges_Kaplan dit

        C’est le moins qu’on puisse dire^^

      • 29 Juin 2012 à 22h58

        eclair dit

        @impat
        pourtant kritus écrit français il parlait du marxiste et du socialisme, il faisait une analogie! 

        • 30 Juin 2012 à 0h34

          kriktus dit

          Kaplan et ses petits camarades ne parlent pas français, ils ont même du mal à se comprendre entre eux les malheureux du coup ils n’essaye plus de parler, ils se sont mis à compter: ils comptent les billets c’est celui qui en a le plus qui est le plus intelligent et le plus libre.

    • 29 Juin 2012 à 18h51

      kriktus dit

      Si le dessin et les bulles font partie du bouquin, non merci!
      La propagande des années cinquante c’est un peu dépassée.
      Et puis plus sérieusement les marxistes disent la même chose de leur théorie, Staline, Castro, ne sont pas des représentants de notre théorie et patati patata n’empêche qu’ils s’en sont réclamés. On ne juge pas une théorie politique sur ses douces paroles mais sur les actes qu’elle a généré.
      Toute théorie politique, même la libérale ne vous en déplaise, doit savoir reconnaitre les enfants qu’elle a engendrés.
      Un bon administrateur reconnait ses fautes, un mauvais les cache de peur de la réprimande.
      A vous de savoir lequel vous voulez être le bon ou le mauvais!

    • 29 Juin 2012 à 17h41

      Impat1 dit

      Mais en addition à ces deux excellents ouvrages, un petit cours résumé de Georges Kaplan ici, ou ailleurs, serait fort bien venu…