PS-UMP : Le renvoi d’ascenseur est en panne
Lang, Lauvergeon, Schrameck, Jouyet : les copains d’abord !
Publié le 01 février 2013 à 17:00 dans Politique
Mots-clés : François Hollande, Jack Lang, Jean-Pierre Jouyet, Olivier Schrameck, PS

La droite française vient de faire une découverte dont elle ne se remet pas vraiment et qui semble traumatiser certains de ses membres : la gauche, au pouvoir depuis l’élection de François Hollande, envisagerait de nommer prioritairement des hommes de gauche aux postes-clés du pouvoir !
L’insubmersible Jack Lang, que Nicolas Sarkozy avait pourtant envoyé comme « émissaire spécial du Président de la République » à Cuba et en Corée du Nord, et soutenu pour sa nomination comme « conseiller spécial pour les questions liées à la piraterie au large de la Somalie auprès du secrétaire général de l’ONU » va ainsi prendre la présidence de l’Institut du Monde Arabe. Anne Lauvergeon, ex sherpa de François Mitterrand, nommée à la tête du groupe COGEMA devenu AREVA par Dominique Strauss-Kahn, avait dit-on refusé le poste de ministre des Finances proposé par Sarkozy, se contentant de siéger dans la Commission Attali. Débarquée par le même Sarkozy en 2011, les relations s’étant tendues entre temps avec l’Elysée, elle obtiendra finalement EADS. Olivier Schrameck, ancien directeur de cabinet de Lionel Jospin, s’installe à la tête d’un CSA qui devrait nommer les présidents de l’audiovisuel public. Jean-Pierre Jouyet, l’ami de trente ans de François Hollande, dirigera la Banque Publique d’Investissement.
Mais l’offensive ne s’arrête pas là : 30 % des préfets auraient été changés, 50 % des recteurs d’académie remerciés. Certains hauts fonctionnaires ont été purement et simplement limogés, quand les nouvelles recrues de certains corps, recasées in extremis avant la défaite électorale, n’étaient carrément pas titularisées.
La politique de nomination actuelle va bel et bien à rebours de ce que l’on a pu connaître de manière caricaturale lors du dernier quinquennat, tout particulièrement à ses débuts. C’était la fameuse politique d’ouverture, avec les ministres de gauche qui clamaient haut et fort qu’ils voteraient Hollande. C’était les nominations au Conseil d’État de personnes dont on apprenait les compétences en même temps que la nomination. C’était aussi, bien souvent, le choix de personnalités neutres, dont les nominations ne pouvaient pas entraîner de critiques de la gauche. Et en ce sens, ce qui est révélateur, ce n’est pas que la gauche ait écarté 50% des recteurs nommés par la droite… c’est que 50% lui conviennent encore. Cette politique n’a non seulement pas rapporté une voix à Nicolas Sarkozy en 2012, mais, parce qu’elle avait laissé un sentiment profond de trahison au sein de son électorat, et malgré les louables efforts de Patrick Buisson dans la dernière ligne droite, elle lui en a certainement fait perdre.
Un jour peut-être la droite française comprendra-t-elle qu’elle ne gagne rien en s’alignant sur la gauche, et que la gauche ne renverra jamais l’ascenseur. Si la politique d’ouverture est censée avoir débuté par certaines nominations mitterrandiennes, elle concernait alors quelques individus isolés situés dans le meilleur des cas au centre, et s’arrêtait à ces rares individualités. On comprend certes la déception de ceux qui, année après année, ont tendu la main, cherchant à complaire à leurs opposants politiques, en se disant qu’un jour il en seraient récompensés. Mais il est rassurant de constater que la gauche, elle, cherche à mettre en oeuvre sa politique avec des gens de gauche. Elle fait ainsi preuve d’une cohérence qui, au niveau national comme au niveau local, dans les recrutements des hauts fonctionnaires comme dans ceux de la fonction publique territoriale, finit nécessairement par payer.
On ne peut pas reprocher à l’autre d’être lui-même, et encore moins lui reprocher sa propre incohérence.
*Photo : Alain Bachellier.
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L'auteur
Christophe Boutin est professeur de droit public à l'université de Caen. Il est l'auteur des "grands discours du XXe siècle" publié chez Flammarion
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26MONTCLAR dit
Quel renvoi d’ascenseur ? On cite 3 noms de personnalités nommées par Sarkozy et on s’arrête là. Prenons juste la Préfectorale et affichons la liste des préfets “de gauche” nommés sous le précédent quinquennat. J’attends …
Malvilar dit
On peut voir les choses sous cet angle, en effet, mais pour autant j’ai trouvé plutôt malin de placer un didier Migaud à la cour des Comptes et assez jouissif que celle-ci coupe court aux insinuations de Monsieur Moscovici…Et tout de même entre un con de droite et un compétent de gauche, la logique partisane qui prévaut généralement mériterait d’être depassée
Jipépé dit
“On ne peut pas reprocher à l’autre d’être lui-même, et encore moins lui reprocher sa propre incohérence.”
En effet. D’autant que le renvoi d’ascenseur eût consisté, si le pouvoir actuel avait souhaité fonctionner selon la méthode de Nicolas Sarkozy, à installer au Gouvernement ou dans des instances administratives de poids des gens du bord opposé pour qu’ils fassent une politique… de gauche.
Conception curieuse que celle consistant à demander à des adversaires, soit de retourner leur veste (M. Besson), soit de ne pas… mais de faire la politique contre laquelle l’on a dit que l’on voterait. En somme, une politique niant l’alternance. Le seul, sauf erreur de notre part, qui ait satisfait à l’injonction d’agir selon ses vues sans se renier fut Martin Hirsch avec la création du R.S.A.
respublica dit
“Maintenant elle n’a rien à perdre en faisant le chemin inverse et en le faisant vraiment.”
Pas si sur, L’UMP parti des Bourgeois “conservateurs” à excatement les mêmes intérets que le PS, parti des Bourgeois “progressistes”, le maintien de leur rente, assurée par la division et la déliquescence sociale, en celà l’ouverture de NS n’en a été que la démonstration flamboyante.
girafe234 dit
Votée réflexion montre que vous avez bien mal choisi votre pseudo !
Il me paraîtrait normal que dans une démocratie ouverte on soit tous représentés.
Sauf le FN justement.
eclair dit
@girafe
il y a entre 40 et 60% des français qui ne sont pas representés .
Pourquoi justement le FN?
On est pas dans une démocratie actuellement. On ne consulte pas les français sur les sujets. les différents gouvernements ne font que de la démagogie pour être élus.
respublica dit
je ne vois pas en quoi “le bien public” ne correspond pas à ma réflexion??
je me comprend pas non plus pourquoi, vous parlez du FN??
à la réflexion votre pseudo lui est trés bien choisi !
Christine dit
Quand la droite est au pouvoir, la gauche se pare de toutes les vertus pour monter au créneau et dénoncer telle ou telle dérive (forcément dérive) ; donneuse de leçons, détentrice de la vérité, éructant le Bien, le Bon et le Juste (très forte sur le Juste).
Après des années de ce confort, elle devient ce qu’elle n’a jamais cessé d’être. Et c’est pire que ce que l’on pouvait craindre.
Le Roi est nu.
girafe234 dit
Schaffausen, si on est soupçonné être de droite à n importe quel niveau associatif pu de fonction publique , on est toujours considére comme un cas psychiatrique.
Gwendan dit
Sur le coups, la droite n’a qu’a s’ne prendre à elle-même, ce n’est pas une nouveauté que l’”ouverture” est une lamentable anerie,un de ces trucs qui a plombé le mandat de sarkozy dés le départ.
A un moment,il faudra que la droite arrête de faire des oeillades amoureuses à la gauche et qu’elle n’hésite plus à revenir vers ses fondamentaux.
La “droite pas trop à droite” est allé aussi loin que possible dans le délitement, le symbôle parfait de cette décadence étant la grotesque bachelot.
Maintenant elle n’a rien à perdre en faisant le chemin inverse et en le faisant vraiment.
steed59 dit
merci M. Boutin de dire tout haut ce que pensent tous les électeurs de droite de cette foutue ouverture
JMS dit
La gauche est dans son rôle, sectaire, intéressée maniant sans aucun scrupule les grands sentiments et les petites combines…
rescarius dit
La Gauche est organisée comme une secte. L’ouverture n’est pas dans ses tables fondatrices. On ne supporte pas ceux qui pensent différemment. En revanche, l’hypocrisie y est bien reçue, et pour arriver, les ânes peuvent revêtir la peau du lion.
William Normand dit
Si on suit l’avis de cet article : il faut supprimer les concours de la fonction publique pour tous les cadres (et les autres aussi tant qu’on y est !). Comme ça les élus auront des collaborateurs de leur bord.
Tant pis pour la neutralité du service public : des hauts fonctionnaires PS à Bercy pour chasser l’opposant pas assez sage, des procureurs nommés non pas par concours mais par copinage, des policiers officiers de police judiciaires qui connaitront l’alternance.
Tant qu’on y est, il serait bon que les profs (y compris ceux d’université) donnent au politique des garanties de fidélité !
Et tant pis pour la neutralité du service public.
Je précise qu’à Bercy le ménage a été fait jusqu’à sous directeur avec en prime une chasse à la taupe !
Nous ne vivons pas le même rêve démocratique, M. Boutin
Quentin albert dit
Peut-être que cela serait en effet plus clair et plus honnête. Parce que le rêve démocratique c’est bien joli mais quand cela reste un rêve qui ne fait que couvrir les luttes d’influence et les chasses aux sorcières alors il faut peut-être mettre les principes en accord avec la réalité.
William Normand dit
Les concours administratifs, avec toutes leurs imperfections, sont ce qui garantit le mieux la neutralité du service public. Ils sont garant de la neutralité du service public donc de la liberté et de l’égalité (certes avec les imperfections de la nature humaine).
Le système soviétique où on ne peut être cadre dans l’administration sans être membre du parti peut vous faire rêver , pas moi.
Quentin albert dit
Plutôt un spoil system à l’américaine. Au moins on sait à quoi s’attendre puisque le systême français, tout vertueux qu’il est, n’est jamais respecté par nos élites. Les choses seraient claires.
William Normand dit
Le statut prévoit un devoir de réserve. Pour avoir été un DG d’une collectivité rempli de militants PS, à la suite d’une alternance, le rappel de ce devoir et quelques conseils de discipline calment vite le jeu et font rentrer le choses dans l’ordre.
Pour le spoil system : malheureusement les passerelles public/privé sont coupées donc c’est une impasse.
Quentin albert dit
La France est le pays des 300 fromages, non? Sans compter les fromages politiques…
Il faut récompenser les militants méritants, sinon à quoi bon l’engagement partisan?
Et là où la droite, toujours honteuse malgré les cache sexe qu’elle utilise (droite forte, droite décomplexée…) se croit toujours obligée de donner des gages, la gauche, médiatiquement et culturellement triomphante, place ses hommes sans vergogne ni complexe.
Et elle aurait bien tort de se gêner.
La droite ne va tout de même pas lui reprocher ses propres complexes?
Malgré les “Moi Président” de façade et qui font rigoler tous les Etats majors.
“Moi Président, tu les auras aussi ta voiture de fonction et ton maroquin”
William Normand dit
Belle éloge du sectarisme !
Fonctionnaire territorial non engagé dans un parti politique j’ai vécu l’alternance avec des progressistes humanistes : qu’y voit ? Le harcellement moral pour faire partir les agents, le mépris des fonctionnaires, le recrutement d’amis plus pour leur sectarisme que pour leur compétence (souvent on les cherche leurs compétence) etc.
J’ai même vu des gens de gauche se faire virer avec pertes et fracas pour collaboration avec l’ennemi !
Dans l’appareil d’Etat se passe la même chose : une chasse aux sorcière aveugle et sectaire.
Monsieur, ignorez vous le concept de neutralité du service public ? Est-ce pour vous un gros mot ?
Je suis atterré par cet article. Sans doute que le fait de rester dans une université coupe de la réalité et fait oublié les principes fondamentaux de notre république.
Eugène Lampiste dit
pour la fonction publique territoriale, je confirme à 100 %, William.
pour l’appareil d’Etat, je ne connais pas, mais y’a pas de raison que ce soit différent.
schaffausen dit
Moi aussi je confirme. On peut être harcelé dans la fonction publique territoriale parce que suspect de sympathies de droite …
Eugène Lampiste dit
ou de gauche, quand c’est la droite qui “gouverne”.
la droite fonctionne exactement de la même façon que la gauche, en ce domaine.
schaffausen dit
Je ne vois pas dans cet article un éloge du sectarisme.
Mais je l’ai peut-être mal lu.
Ma longue expérience dans le domaine des collectivités territoriales très importantes me fait dire que les élus cherchent toujours des hauts fonctionnaires (directeur général …) qui soient en phase avec eux, sans pour autant exiger d’eux qu’ils soient “encartés”. Je fais une exception pour les services de la communication.
Le principe de neutralité du service public s’applique à l’action de l’administration, pas au recrutement.
William Normand dit
Ma longue expérience des collectivités m’a fait voir des élus de droite s’entourer de DG de gauche pour monntrer leur humanisme et leur ouverture. Ils le font à tort car ces DG de gauche sont souvent sectaires et jouent contre leur camp.
Malheureusement pour les élus de droite, un fonctionnaire est toujours de gauche et qui plus est, outre leur age moyen canonique, ils se moquent de la collectivité qu’ils dirigent.
schaffausen dit
Visiblement, nous n’avons pas travaillé dans les mêmes collectivités.
Au vu de mon expérience (collectivité de + de 400 000h), ce que vous dites mérite, pour le moins, d’être nuancé.