Programmes économiques: le jeu des 5 erreurs | Causeur

Programmes économiques: le jeu des 5 erreurs

Pas un ne répond aux problèmes de la France

Auteur

Jean-Luc Gréau

Jean-Luc Gréau
Economiste français

Publié le 22 avril 2017 / Économie

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En matière économique, Mélenchon, Hamon et Fillon proposent, chacun à leur façon, de rééditer ce qui a si bien échoué. Seuls Macron et Le Pen innovent. L'un sanctifie l'Europe sous tutelle allemande, quand l'autre, à l'inverse, fétichise la nation.

François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon lors du premier débat télévisé de la campagne présidentielle. Photo: Patrick Kovarik

Il existe deux façons légitimes de traiter les programmes présidentiels des candidats qui pourraient se qualifier au second tour – Fillon, Macron, Le Pen et Mélenchon, voire Hamon si les sondeurs se trompaient massivement. La première consiste à évaluer la cohérence des propositions au regard d’un monde transformé par la crise américaine, la crise de l’euro et de l’Europe, le péril terroriste, la vague migratoire et les votes anglais et américain de 2016 : les candidats ont-ils intégré dans leurs logiciels programmatiques tous ces changements qui ne figuraient pas à l’agenda de la mondialisation heureuse ?

La seconde se propose de confronter les propositions essentielles à l’état d’une France amoindrie et désarmée par les erreurs qui ont marqué les étapes du « suicide français ». C’est celle que nous avons choisie. Après tout, ce sont encore la France et les Français, c’est encore notre Histoire que nous connaissons le moins mal. Mais cela suppose que soient d’abord traitées les deux impostures qui ont dominé notre Histoire récente : l’imposture mitterrandienne et l’imposture chiraquienne, dont Éric Zemmour a analysé les ressorts.

L’imposture mitterrandienne et l’imposture chiraquienne

L’imposture mitterrandienne, c’est le socialisme à la française, cette mixture de marxisme et de redistribution sociale inscrite dans les 110 propositions de 1981, elles-mêmes largement inspirées par le programme communiste : nationalisation des plus grandes entreprises industrielles, nationalisation intégrale des banques, augmentation massive des prestations sociales et du Smic. Toutefois, ce n’est pas l’échec du programme, reconnu en 1983 une fois pour toutes, qui révèle une mystification, mais le fait qu’il a marqué une bifurcation majeure vers la libéralisation des marchés financiers, la mise en œuvre du marché unique puis le lancement de la monnaie unique, toutes opérations orchestrées depuis Bruxelles par le mauvais génie de l’expérience, Jacques Delors, avec la bénédiction de François Mitterrand. On pourrait parler de trahison. Ce serait manquer l’essentiel : le socialisme à la française était un faux-semblant dont l’échec était programmé. Un véritable coup de bonneteau : les électeurs benêts qui avaient tiré la carte « socialisme à la française » se sont vu présenter la carte « Europe néolibérale » par les deux arnaqueurs Mitterrand et Delors. Et cette Europe a poursuivi sa course en imposant sans cesse de nouvelles contraintes, aux États au nom des équilibres comptables, et au monde du travail par un libre-échangisme sans limites à ce jour, comme le montre le vote récent du Ceta, traité de libre-échange avec le Canada1.

>> Retrouvez tous les articles de Causeur.fr sur la présidentielle

L’imposture chiraquienne. Quand Jacques Chirac a rompu avec Giscard en 1976, c’était au nom d’un gaullisme trahi par ce dernier. Son nouveau parti conjuguait le retour aux valeurs gaullistes et un « travaillisme à la française » – au moment d’ailleurs où le travaillisme anglais connaissait la faillite qui devait conduire à l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher. Faut-il énumérer les zigzags de Jacques Chirac, converti au thatchérisme en 1980, puis à la social-démocratie à nouveau en 1995, avant de s’enliser dans une impuissance avouée durant son dernier mandat présidentiel ? Nous manquerions encore l’essentiel qui est que Chirac a été le liquidateur du gaullisme avec la complicité active de Balladur et de Juppé : quand il a organisé la cohabitation (1986), première brèche majeure dans la Constitution de 1958, quand il a approuvé la monnaie unique (1992), quand il a souscrit aux élargissements successifs de l’Europe, quand il a accepté le retour dans l’Otan.

Mais c’est avec sa conversion à l’Europe bureaucratique en plein essor depuis 1984, date de l’installation de Jacques Delors à la tête de la Commission, que Chirac, après son élection de 1995 qui coïncide avec la mort de celui qu’on avait surnommé Dieu, réalise la fusion des deux impostures. Ni les Jospin, Royal et Hollande, à gauche, ni les Juppé et Sarkozy, à droite, n’ont tenté de se délivrer de ce lourd héritage pour refonder une légitimité personnelle. Ne cherchons pas ailleurs la désorientation de tant de Français qui s’apprêtent à voter. Privés des repères essentiels, ils cherchent encore l’individu providentiel qui va les tirer d’affaire, comme s’il ne s’agissait que d’une question de personne.

Nous avons besoin d’un diagnostic sans faiblesse sur l’état de la France dans un monde largement hostile, et d’idées neuves. Or le programme de trois des candidats révèle plutôt la tentation du retour au passé : retour de la planification chez Mélenchon, retour du partage du temps de travail chez Hamon, retour du thatchérisme pour Fillon. À l’autre bout du spectre idéologique et politique, Macron et Le Pen incarnent les deux projets les plus antinomiques et les plus idéologiques, une France du tiers-monde subordonnée à l’Allemagne d’un côté, une France nationaliste qui échapperait au joug de l’Allemagne de l’autre.

Jean-Luc Mélenchon : le retour de la planification

L’originalité du programme de Jean-Luc Mélenchon réside dans sa réhabilitation verbale de la planification. Pourquoi pas s’agissant d’un philosophe connaisseur du Capital et d’un politique qui nourrit toujours une admiration pour l’expérience cubaine ? Attention, il s’agit d’une planification écologique. Jean-Luc Mélenchon entend sauver la planète menacée par l’homme, l’écologie doit donc prendre le pas sur l’économie qui renvoie à un monde bientôt révolu. Qu’envisage notre trotskiste converti à l’écologie ?

>> A lire aussi: Mélenchon, zéro pointé en économie - Pourquoi son idéologie est dangereuse

Rien. Nous disons bien rien. La planification écologique relève du pur

[...]

  1. Le vote récent du Ceta, traité de libre-échange avec le Canada, en est la dernière manifestation.
  2. Nom du groupuscule politique de Larrouturou.
  3. Dans la littérature néolibérale, les réformes sont courageuses, sinon ce ne sont pas des réformes.
  4. À l’exception de Xavier Bertrand, toutes les augmentations de la durée de cotisation ont été proposées par des fonctionnaires : Simone Veil, François Fillon, Marisol Touraine.
  5. Et comment fera-t-on pour contrôler les tarifs médicaux et pharmaceutiques dans le nouveau régime ?
  6. À entendre ou à lire certains d’entre eux, on se prend à dire : « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand. »
  7. Généralisation de la carte Vitale biométrique, suppression de l’aide médicale d’État et suppression des régions reconnues comme inutiles.

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    publié dans le Magazine Causeur n° 104 - Avril 2017

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    • 22 Avril 2017 à 16h09

      Letchetchene dit

      Ah ! La VACHE, Sancho…

      Pour dimanche soir, , pointez-vous à 20H00 pile devant votre téléviseur et vous verrez apparaitre le visage de celle qui sera votre prochaine Présidente….

      MLP : 50,50%

      Dégagez, il n’y a plus rien à voir…. C’est un habitant des quartiers Nord de Marseille qui vous informe , là où se vends et s’achètent les KALACHNIKOVS, comme les pommes, les poires ou le citron (pressé) que vous êtes…

      Sans rancune….Ha ha ha ha !

    • 22 Avril 2017 à 15h21

      golvan dit

      Très bonne définition de Macron “le candidat de l’Allemagne”.
      Il est certain que le seul enjeu de cette campagne est de savoir si l’on restera dans l’euro et l’UE ou si l’on en sortira, le reste n’est que bavardage.
      Si l’on accepte d’être le vassal de l’Allemagne, inutile de se la jouer, on continuera à s’enfoncer doucement.
      Et Macron est le leader de ce glorieux choix.

      • 22 Avril 2017 à 22h43

        ZOBOFISC dit

        Il y a d’autres enjeux dans cette campagne dont le plus important est de savoir si nous continuons de laisser entrer les hordes barbares ou si nous fermons la porte et tentons de régler “pacifiquement” la guerre civile qui couve chez nous.

    • 22 Avril 2017 à 15h15

      almifrel dit

      Fiction ? : Le jour où les Français verraient Hollande accueillir avec joie Macron, son poulain et héritier spirituel, sur le perron de l’Elysée, les Français auraient la gueule de bois !!!

    • 22 Avril 2017 à 13h48

      Moumine dit

      Pas commode de déambuler à la fois dans la séduction et dans la controverse.

    • 22 Avril 2017 à 13h35

      Dark Lord dit

      Il est évident que ceux qui votent pour Macron sont des collabos, les dignes héritiers de Laval, Dauriot, Daladier.
      Sancho pensum pourrait faire partie de la milice. 

    • 22 Avril 2017 à 12h36

      Sancho Pensum dit

      Chic ! Me suis-je dit. Enfin un article qui allait m’apprendre quels étaient les vrais problèmes de la France. Puis très vite, à la lecture, le nom de Zemmour est apparu.
      Houla ! Me suis-je dit. En réalité, nous n’en saurons donc rien, puisque le reste sera condamné à suivre les délires semi-complotistes d’un allumé qui se prend pour un intellectuel. Et bien m’en a pris, puisque…
      Bigre ! Me suis-je dit. J’avais donc raison. Mitterrand allait être accusé de la libéralisation des marchés financiers et Delors du “néo-libéralisme” européen, puis eux et tous les autres de la “désorientation” de “tant de Français”… Alors…
      Du calme, mon Sancho ! Me suis-je dit. Attendons les propositions de cet individu. Qui promettait, avec l’assurance de celui qui sait, un décortiquage en règle des positions des candidats. Il fallait livrer un “diagnostic sans faiblesse” de l’Etat de la France. Sans faiblesse et en toute objectivité, bien sûr !
      Ha ha ha ha ! Me suis-je dit. Puis juste après… Ecran noir !
      Tant mieux ! Me suis-je dit. Je mourrais plus intelligent de n’avoir pas lu les probables conneries qui allaient suivre.

    • 22 Avril 2017 à 11h26

      Nolens dit

      Qu’avons-nous en présence (sur la photo): 2 de l’extrême-gauche (Mélenchon et Hamon) les deux bouffent dans la gamelle en y crachant dedans, 1 de la pseudo-droite qui a mis les doigts dans le pot de confiture (comme les autres d’ailleurs) et qui fait la joie de ces salopards de journalistes, 1 classé à tort extrême-droite qui a un programme d’ultra-gauche (nationalisations, retour au franc, etc., un opportuniste inconnu il y a peu que nombre de personnes vont choisir alors qu’on ne sait pas avec qui il pourra gouverner.
      La France est plus que très malade et c’est un remède de cheval qu’il lui faut, aucun n’est en mesure de le concevoir et encore moins de l’administrer.
      Le reste n’est que blablabla.

      • 22 Avril 2017 à 12h38

        Sancho Pensum dit

        Un âne qui veut refiler un remède de cheval à la France… Je crains le pire.
        Ha ha ha ha !