Problemos: une satire réjouissante de l’utopie écolo | Causeur

Problemos: une satire réjouissante de l’utopie écolo

Quand Eric Judor moque les zadistes

Auteur

Isabelle Marchandier
est membre de la rédaction de Causeur.

Publié le 21 mai 2017 / Culture

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Problemos d'Eric Judor, 2017

Des cols blancs boboisés qui prêchent le dogme décroissant du « vivre autrement » en allant faire leurs courses sans gluten chez « Bio c Bon », tout en pianotant frénétiquement sur leur dernier Iphone fabriqué en Chine aux militants anarcho-écolos qui profitent de toutes les luttes altermondialistes pour balancer des cocktails Molotov sur les forces de police, tout ce petit monde se reconnaîtra dans le nouveau film de Eric Judor : Problemos.

Les indignés ridicules

Le binôme de Ramzy Bédia, qui nous avait pourtant habitués à des comédies lourdaudes, où il interprétait toujours un peu le même rôle d’idiot utile, signe une petite satire bien réjouissante sur les dérives liberticides de l’utopie libertaire. Le pitch : Jeanne et Victor, un couple quadra typiquement représentatif de la classe moyenne mondialisée, décide de rendre visite à leur ami Jean-Paul, un néo-hippie qui consacre son été à lutter pour la protection d’un site naturel au sein d’une communauté de zadistes. A peine arrivés et voilà que les problèmes commencent. Portables et tablettes sont confisqués, il ne faut pas troubler la belle harmonie avec mère Nature et tant pis pour les hurlements stridents de la gamine du couple qui ne peut pas se passer de son doudou high-tech. Et les problèmes, c’est un peu comme le papier toilette : plus on tire et plus il y en a ! Jeanne, Victor et leur gamine se retrouvent ainsi contraints de vivre en autarcie dans la Zad à cause d’une pandémie qui a décimé tout le reste du pays.

L’autogestion avec des dreadlocks

Avec une ironie bienveillante, Judor s’amuse à pointer les absurdités de notre époque. De la thérapie de groupe féministo-écolo sur le contrôle du flux menstruel à « l’enfant » qui n’a pas de nom pour ne pas l’enfermer dans une identité sexuelle en passant par nos amis les bêtes aux droits égaux voire supérieurs aux hommes, Judor dégomme les travers les plus ridicules de l’idéologie. Et il ne s’arrête pas là. Le film atteint réellement sa dimension critique lorsque l’humoriste s’attaque au principe de l’autogestion défendu jusqu’au bout de leur dreadlocks par les indignés assis de Nuit debout. Pour Judor, l’autogestion est une utopie. Et comme toute utopie qui prétend vouloir établir le paradis sur terre au centre duquel trônera l’homme nouveau, on aboutit à la situation inverse. Le réel finit par s’en mêler et tel un grain de sable qui fait dérailler une machine bien huilée, il sème la zizanie et change la donne.

Écolo-dictature

Dans le film de Judor, le réel c’est la pandémie. Pour y faire face, la communauté libertaire s’autoproclamant solidaire, tolérante et pacifiste, se renverse en une dictature autoritaire qui pratique l’ostracisme et le vandalisme. Ainsi, elle met en quarantaine celui qui est soupçonné d’avoir été contaminé. Elle brûle sa cabane construite avec tout le confort moderne pourtant très appréciée par les membres de la communauté, devenus des vrais assistés, la réussite individuelle étant jugée trop discriminante pour être tolérée. Mais le plus drôle c’est qu’in fine, la communauté retrouve un semblant d’ordre en réhabilitant le droit à la propriété privée condamnée jusqu’alors.

Et ce n’est pas un hasard si le titre résonne comme Podemos, ce néo-populisme de gauche, issu des Indignados espagnols qui, après son entrée fracassante aux élections européennes, connaît aujourd’hui des lendemains qui déchantent entre divisions internes et élections décevantes. Car Judor assène un dernier coup de canif qui finit de décrédibiliser la figure de l’indigné anticapitaliste. Entre le chant révolutionnaire espagnol et la militante topless, clone navrant des Femen, le rebellocrate décroissant, en important les attributs étrangers de la rébellion, ne fait qu’adopter une pratique mondialiste qu’il condamne. À défaut du bon sens n’est-ce pas la tartufferie qui est la chose au monde la plus répandue ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 22 Mai 2017 à 14h43

      Terminator dit

      J’ai vu le film : un peu lourd par moments (la séquence sur les ragnagnas) mais effectivement très très réjouissant au final et les écolos ont vraiment l’air de ce qu’ils sont en réalité…

    • 21 Mai 2017 à 19h51

      Letchetchene dit

      Coquecigrue

      Non le nouveau slogan le plus con du monde c’est :

      “Mon Dieu qu’il est beau le petit à l’Élysée”

    • 21 Mai 2017 à 14h35

      Coquecigrue dit

      Le slogan le plus con du monde ?
      SAUVEZ LA PLANÈTE ! 

      • 22 Mai 2017 à 3h43

        Miss-sourire dit

        Vous avez mille fois raison !

        Je trie bien mes canettes de bière : par ce geste, je sauve la planète, je suis quelqu’un de gentil.

        Je suis contre les Chinois qui viennent visiter la Tour Eiffel, il faut sauver la planète !

        • 22 Mai 2017 à 6h28

          alain delon dit

          Vous avez tort mademoiselle, on est tous le Chinois de quelqu’un

    • 21 Mai 2017 à 14h12

      Flo dit

      J’ai hier ou avant-hier un fait divers dramatique qui a eu lieu en Belgique : un couple de végans a “nourri” son bébé avec du lait végétal depuis l’âge de 3 mois. Le pauvre enfant en est mort à 7 mois, pesant 4.3 kg, complètement dénutri. Voilà jusqu’où est allé leur fanatisme.

    • 21 Mai 2017 à 12h06

      Habemousse dit

      « Le réel finit par s’en mêler »

      C’est la lutte éternelle, et non finale, entre ceux qui veulent changer le monde à l’exception d’eux-mêmes, et ceux qui cherchent à se changer à son contact.

      La difficulté est que les premiers vivent en bande et sont agressifs : cuirassés de certitudes, ils avancent et détruisent tout sur leur passage.

      Que l’utopie les accompagne jusqu’à leur dernier souffle ne dérange personne tant qu’ils ne prétendent pas « régler » la condition spirituelle et morale d’autrui.

       La machine des idées reçues à broyer le palpable, balaie tout sur son passage, ne serait ce qu’hier soir à « Bibliothèque Médicis », où un ex-diplomate de la Hollandie nous expliquait, cheveu court et visage poupon sur cravate classique et déodorant actif pendant quarante huit heures chronos et vérifiés, sous le regard énamouré d’une directrice chef du CNRS, que la France n’avait jamais connu de problèmes migratoires et n’en connaissait pas : je ne sais si ce monsieur était en mission commandée, s’il croyait vraiment ce qu’il « affirmait » , en tout cas les lunettes noires qu’il arborait sur le bout de son nez ne l’aidaient pas plus que ça à voir le réel. : en les ôtant, il constaterait que dans la rue, un gros cinquième de la population ne lui ressemble pas.

      C’était un rigolo qui brossait un portrait idyllique des « actions » du dernier quinquennat…

      Le réel finira bien par s’en mêler, à nos dépens. 

      • 21 Mai 2017 à 14h31

        t hdo dit

        “C’est la lutte éternelle, et non finale, entre ceux qui veulent changer le monde à l’exception d’eux-mêmes, et ceux qui cherchent à se changer à son contact.

        La difficulté est que les premiers vivent en bande et sont agressifs : cuirassés de certitudes, ils avancent et détruisent tout sur leur passage.”

        Oui, vous commencez vous aussi à trouver que les libéraux commencent à nous les briser, c’est bien ça ?

        Bravo pour cette progression vers la sagesse, même si elle est un peu tardive.

    • 21 Mai 2017 à 11h54

      ebolavir dit

      J’ai vu, en compagnie d’ados. Elles ont déploré “Il n’y a pas d’histoire, on ne sait pas comment ça finit.” La dérision du langage féminino-ecolo leur est passée au-dessus de la tête, c’est tellement banal et lassant (il y a un autre mot, mais je suis bien élevé) pour leur génération. A par ça, on peut voir. Et imaginer la suite.

    • 21 Mai 2017 à 10h10

      dov kravi דוב קרבי dit

      Ça a l’air en effet réjouissant.
      Y aurait-il UN intrus parmi les ” rebellocrates décroissants ” [j'aime la trouvaille] du cinéma français ?
      Il risque de se faire manger tout cru par les nombreux donneurs de leçons du show bizz.

    • 21 Mai 2017 à 10h01

      A mon humble avis dit

      L’écologie politique est un avatar de l’anarchisme, celui-ci étant génétiquement incompatible avec Homo Sapiens (d’où la vision délirante d’un homme nouveau).
      Seuls les insectes sociaux vivent dans ce genre d’organisation, mais l’intellectuel perspicace saura déceler quelques subtiles différences entre une fourmi et un humain.

      • 21 Mai 2017 à 10h44

        accenteur dit

        A mon humble avis
        Mon prof de biologie du comportement qui était à la fois spécialiste de la fourmi ET du cheval prétendait dans son cours que la fourmi était le stade ultime et parfait de la vie en société.
        Je les contemple ces bestioles en train de tourner en rond en essayant de tirer un débris cent fois plus gros qu’elles et je me prends à douter. Car comme nous, elles donnent l’impression de ne pas toujours savoir exactement où elles vont avec leurs charges immenses.

        • 21 Mai 2017 à 13h31

          Schlemihl dit

          Dans le règne animal les articulés sont les êtres les plus réussis , beaucoup plus important que les vertébrés , et ils nous survivront très probablement .

          Les sociétés animales d’ insectes sont des réussites . Celle des fourmis semble plus simple que la société de certaines abeilles , mais elle dure depuis quelque 70 millions d’années ! les sociétés de mammifères ( castors loups  hommes rats .. ) sont moins efficaces et dureront sans doute moins longtemps .

          Mais il ne faut pas essayer de les imiter . Notre squelette est interne , nous n’avons pas de métamères et seulement quatre pattes , le système nerveux est situé en arrière du système digestif . En effet , un examen assez poussé permet de ne pas confondre une fourmi avec un homme .

          Contentons nous de ce que nous avons . Aucune fourme n’a jamais été capable de construire du fil de fer barbelé , une mitrailleuse , un gibet , une chambre à gaz , un journal , et n’ a offert à l’ univers l’ équivalent de Néron Landru Hitler . 

        • 21 Mai 2017 à 13h52

          accenteur dit

          “métamère” toi-même Schlemilh ! – m merci pour les différences Schlemihl. Mais

        • 21 Mai 2017 à 13h53

          accenteur dit

          Schlemihl Je signale un accident. Le truc est parti tout seul. M

        • 26 Mai 2017 à 12h37

          frederic dit

          Une belle histoire qui fait reflechir (racontee par un astrophysicien de renom). “Nous les humains sommes les seuls etres vivants a dormir sur le dos. Voyez vous un cheval ou une fourmi qui peuvent le faire? Puis, en ouvrant les yeux deux fois la meme nuit on a constate que la lune avait change de position. Et, curieux, on a commence a faire de la science”

        • 26 Mai 2017 à 12h38

          frederic dit

          26 Mai 2017 à 12h37 frederic dit Une belle histoire qui fait reflechir (racontee par un astrophysicien de renom). “Nous les humains sommes les seuls etres vivants a dormir sur le dos. Voyez vous un cheval ou une fourmi qui peuvent le faire? Puis, en ouvrant les yeux deux fois la meme nuit on a constate que la lune avait change de position. Et, curieux, on a commence a faire de la science”

        • 26 Mai 2017 à 12h42

          frederic dit

          helas accenteur, mon commentaire ne trouve pas sa place dans le programme de Causeur. Il etait destine a vous repondre mais il a glisse plus loin. Cherchez et vous trouverez…

        • 26 Mai 2017 à 13h59

          plplalbe dit

          L’astrophysicien devrait rester dans son domaine j’ai un chat qui dort sur le dos et la lune il s’en fou sauf les jours de pleine.

      • 21 Mai 2017 à 13h17

        Schlemihl dit

        La société germanique égalitaire et massacrante ( 15ème siècle ! ) , l’ Utopie , la Cité du Soleil , la Nouvelle Jerusalem , Jean Jacques Rousseau , Fourrier , Proudhon , Cabet , Leroux , Marx , Pestel Günther ,Chamberlain , le Docteur Carton , les Verts ….. il y en a eu des gens qui voulaient sauver le monde !

        Ou bien on ne les écoute pas et tout continue comme ça peut . Mais c’ est l’ histoire du Dr Faust , qui reçoit parfois une visite . – Monsieur , j’ai lu vos oeuvres , je veux vous aider  - Excusez moi , mais j’ en préférerais un autre – Parce que je suis le Diable ? mais vous n’ avez que moi .

        Et le Diable se met au travail avec des procédés diaboliques , il y est bien obligé , et bâtit l’ enfer . Le Diable , pour Rousseau , ça a été Robespierre , pour les socialistes ça a été Lénine Staline et leurs continuateurs , pour les racistes eugénistes ça a été Hitler , et les islamistes , qu’est ce que vous croyez que c’ est sinon des possédés qui appliquent de bonne foi le doctrine d’ Al Qutb et compagnie ?

        Les Verts sont des démons minables ( la race est nombreuse ) qui appliquent des théories fumeuses venant de Rousseau Carton  Van der Mersch Jack London etc . Heureusement pour nous leurs pouvoirs de nuire sont limités . Mais la méchanceté diabolique est là et la joie de faire souffrir . Devenus dictateurs ce seraient des monstres .

        Ils ne me donnent aucune envie de rire .Les gens à lubies sont plus dangereux que les criminels et tuent beaucoup plus . 

        • 21 Mai 2017 à 14h00

          accenteur dit

          Merci pour cette longue analyse, mais pour moi, le diable est l’être humain sous toutes ses formes, à toutes les époques, sous tous les régimes. Je me tiens loin d’eux tant que je peux. Quand je suis obligée d’en croiser et d’échanger, je suis aimable autant que l’exige la civilité.

        • 21 Mai 2017 à 14h19

          Schlemihl dit

          Accenteur

          je ne suis pas renseigné sur la nature du Diable , mais il est certain que ses agents existent . Je ne saurais définir le Mal , mais on peut le reconnaitre , jusque à un certain point le mesurer et prévoir ses effets , comme une grandeur physique.

          Le Mal est mauvais pour tout le monde , ceux qui le subissent et ceux qui le commettent . Les doctrines immorales comme le communisme et le nazisme finissent mal . Le nazisme , qui a réussi à être grand dans le mal et qui a montré du courage , n’a duré que douze ans et est mort dans le sang et le feu . Le communisme hypocrite et menteur , ne réussit pas à crever et agonise interminablement dans la pourriture .

          Les islamistes finiront mal , mais nous crèverons peut être avant eux .

          Les verts ? je n’ en sais rien . Ils ont la réalité contre eux , mais ils sont soutenus par la nature humaine . Si il y a un gros crac ( guerre famine cataclysme épidémie …) la réalité les fera oublier et on passera à autre chose . Mais ils reviendront sous un autre nom , comme les communistes et les nazis .

          PS  je ne suis pas métamère mais montmartrois