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Prix littéraires : tous pourris ?

Ni angélisme, ni cynisme, ni purisme

Publié le 28 octobre 2009 à 20:35 dans Culture

Edmond et Jules Goncourt, par Nadar.

Edmond et Jules Goncourt, par Nadar.

Tous les ans, un petit vent d’octobre secoue le même marronnier. Tous les ans, c’est la saison, les gazettes résonnent des mêmes flonflons. Vas-y Mimile, les prix sont corrompus, chauffe Marcel, les renvois d’ascenseurs dans la presse, et allez donc, les copinages, et Galligrasseuil, etc. Ça chaloupe dur pendant quelques semaines, et puis ça se calme, ça reviendra l’année suivante, comme la trêve des confiseurs, les giboulées de mars, le bal du 14 juillet, tout ça. On ne s’en lasse pas. On s’y attache, au contraire. La corruption littéraire fait partie du sympathique folklore français, comme l’accordéon, le béret basque et le fromage qui pue. On y tient. Les Américains, ces puritains, n’en ont pas, eux. Et puis ça ne porte pas à conséquence.

Les Français adorent tourner en rond en répétant les mêmes figures. Mais pour ça, il convient d’endosser le déguisement qui convient. La bourrée de la corruption littéraire se danse en costumes typiques. Costume poujadiste : tous pareils, tous pourris. Costume cynique : corrompus, oui, et alors ? Ça n’empêche pas d’être un bon écrivain. Costume vertueux : il faut dénoncer les collusions, moraliser la vie littéraire. Costume nietzschéen : Et alors ? Les moralistes et les curés nous fatiguent. Costume fataliste : de toutes façons, c’est pareil partout, on n’y peut rien. Costume taquin : c’est çui qui le dit qui y’est. Costume renseigné : mais on le sait bien, tout ça. Chacun fait son petit tour sur scène, c’est joli à regarder.

Chaque année, il faut dire que l’orchestre y met du cœur. On change un peu les paroles, mais ce sont toujours plus ou moins les mêmes musiques. On rit, on s’amuse, on en redemande. Donnons quelques exemples de rengaines, histoire de savoir de quoi nous parlons. Une trouvaille récente : La Bibliothèque nationale de France vient de créer un nouveau prix littéraire, destiné à récompenser un écrivain majeur d’aujourd’hui. Il a été décerné au printemps dernier. Qui est l’heureux lauréat ? Philippe Sollers. Et qui figure dans le jury du prix ? Julia Kristeva, épouse de l’heureux lauréat. Très joli, bravo. Quelqu’un s’est-il ému qu’une institution d’état fonctionne tranquillement au népotisme ?

Il est vrai qu’on a là une figure récurrente du folklore. Pour ne donner que deux autres exemples, Yannick Haenel et François Meyronnis publient en 2005 Poker, un livre d’entretiens avec Sollers, précédé de quelques pages d’adoration lyrique (“Il y a en effet chez Sollers [...] cette force d’acuité qui lui permet d’avoir accès aux expériences verbales les plus extrêmes” ; “l’étrange individu nommé Philippe Sollers est capable de jouir des tourbillons de la case vide ; il est donc le mieux placé pour entendre Yannick Haenel, me dis-je, avec une extravagante modestie”). Et qui publie ce livre d’adoration envers Sollers ? Mais Sollers, bien sûr, dans sa collection de “L’Infini”. Pas mal. Peu de temps après, le prix Décembre couronne Yannick Haenel, pour un roman publié dans la collection “L’Infini”. Et qui figure dans le jury du prix ? Philippe Sollers, éditeur de l’heureux lauréat. Car toute peine mérite salaire. C’est à ce prix qu’on arrive.

Mais on n’en finirait pas de faire la liste, BHL (du Point) nous fournirait mille exemples à lui seul. Dernier en date : il vient de faire l’éloge de Yann Moix (du Figaro), qu’il considère comme un grand cinéaste. S’il n’est pas certain que Yann Moix soit un aussi grand cinéaste que, mettons, BHL, il semble en revanche avéré que le sens du grotesque se perd dans nos élites intellectuelles.

Naguère, l’air des articles de complaisance était joué par de vieux ménétriers. La relève est assurée brillamment par les jeunes, notamment Yann Moix, le Howard Hawks du XXIe siècle, qui, dans Le Figaro, trouve que Philippe Labro, du Figaro, est un aigle, un phénix, un Faulkner, ou qui passe la rhubarbe à Beigbeder, lequel lui refile le séné. Sans parler de toute la partie invisible : Machin écrit un article élogieux sur le dernier livre de Truc publié par la maison Chose. On ne sait pas que la maison Chose a versé un copieux à-valoir à Machin pour un livre qu’il n’a jamais écrit. Machin rembourse en articles. Passons sur les jurys de prix littéraires qui volent au secours du succès, ou votent comme de bons godillots pour obéir au président ou aux pressions de leur éditeur.

Oui, mais qui peut se vanter d’être un pur ? Qui est assez impeccable pour donner des leçons ? Tout dénonciateur de pailles n’a-t-il pas une poutre dans l’œil ? Sans endosser le costume du cynique ou du poujadiste, on peut estimer que la compromission est inhérente à la vie sociale et professionnelle. Que vivre, c’est faire des compromis avec ses idées, dans presque toutes les situations, client, parent, amoureux, touriste, salarié, etc. Un écrivain a des amis, des éditeurs, connaît des journalistes, publie des papiers dans tel ou tel journal, reçoit des prix, figure dans des jurys. Peut-il jurer de ne s’être jamais trouvé dans une situation où il va favoriser un ami ? De ne s’être jamais fourvoyé dans des émissions télévisées bas de gamme ? On ne pourrait à la rigueur jouer les purs que si l’on dénonçait les travers du dehors. Mais en travaillant, en consommant, en vivant tout simplement, on est compromis, et on fait des compromis.

Il ne s’agit pas de tout justifier, ni de tomber dans un confortable relativisme mais d’éviter les deux ornières complémentaires du rigorisme moralisant et de l’indifférence cynique. Le puriste dénonce tout le monde indistinctement, ce qui revient à ne pas faire de différence entre les comportements, et les vrais corrompus en profitent pour mener leurs petites affaires tranquillement. Les voilà justifiés : ils ne sont pas pires que les autres, ils sont pareils. Le puriste, qui ne distingue pas, est le complice objectif de la corruption. De même, la rébellion est devenue un argument commercial et une pose de notables. On croule sous les rebelles, mais on manque de critiques.

Faudrait-il alors, pour éviter tout conflit d’intérêt, se retirer du monde ? Faudrait-il que les écrivains ne puissent pas être en même temps critiques littéraires ? Mais qui est vraiment retiré du monde ? L’austère Julien Gracq a pratiqué aussi la critique sur la littérature de son temps. Il s’est engagé. Le meilleur de notre critique, celle qui reste, c’est celle des écrivains : Barbey, Schwob, Bloy, Mérimée, Gourmont, Baudelaire, Sartre, Jacques Laurent, Vialatte, etc. Dans une conception rigoriste de la déontologie littéraire, ils n’auraient pas dû publier d’articles critiques. Et nous n’aurions plus, à ranger dans l’histoire de la critique littéraire, que Paul Souday, Duvergier de Hauranne ou André Chaumeix.

Il faut tenter de coller au plus près à un idéal d’honnêteté, savoir dire non, tout en sachant qu’on est dans le bain, et que dès lors on ne détient aucunement le privilège absolu de la vertu. L’important, c’est de distinguer. Les situations et les cas sont complexes, autant que la réalité humaine. C’est au prix de cette distinction qu’on pourra éventuellement se permettre de dénoncer.


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  • 1 November 2009 à 10h53

    Shonarchan dit

    @ ubundane

    Oui vous avez raison.
    En Inde ils ont par exemple Ananda Awards…
    Cela existe partout où il y a une littérature bien établie.

  • 1 November 2009 à 7h12

    ubundane dit

    Il n’a pas qu’en France qu’on décerne des prix littéraires! Les Etats Unis ou les Britanniques aussi en attribuent et pas qu’un seul !
    * Booker Prize
    * Caldecott Medal
    * National Book Award
    * National Book Critics Circle Award
    * Newbery Medal
    * PEN/Faulkner Award
    * Pulitzer Prize
    * Commonwealth Writers’ Prize
    * EMMA Awards
    J’ignore si la remise des différents “awards” est saisonnière et si cela déclenche les délires médiatiques qu’on connait ici. Néanmoins sur un bouquin la mention “Prix Pulitzer” a un impact sur les ventes…Après tout les gens de lettre vivent aussi du commerce de leurs élucubrations. Je vends donc j’existe.

  • 31 October 2009 à 22h10

    Shonarchan dit

    @ André Assiétoi

    Et Monsieur Jourde écrit avec ses pieds, comme je l’ai montré un peu plus bas.

  • 31 October 2009 à 21h33

    André Assiétoi dit

    Tiens, la censure est passée par là. M. Jourde n’aime pas être contrarié.
    M. Jourde a toujours raison. M. Jourde est un génie de la critique. M. Jourde est visionnaire. M. Jourde est un astre rayonnant… Ça va comme ça, ou je vous en met un peu plus ?

  • 31 October 2009 à 20h19

    Averell dit

    A Pirate
    Je ne puis que vous accompagner dans votre colère contre les critiques. Néanmoins, la critique pourrait être un grand genre si elle restait un exercice d’amour et non de flatterie. Mais voilà, il faudrait qu’elle soit libre, libre, libre, et non commanditée par des coteries, assujettie à des stratégies de vente. Nous sommes enfouis sous de la mauvaise critique qui décharge sa benne, et quotidiennement. Mais ce n’est rien. Le monde reste vaste et divers, contrairement à ce que d’aucuns s’emploient à nous faire accroire.

  • 31 October 2009 à 17h09

    Pirate dit

    avec les médias et cette manie d’avoir un avis sur tout. Tel spécialiste de Napoléon (Tullard) se lance dans un dictionnaire du Cinéma (chez Bouquin) et écrit des tissus phénoménaux d’âneries. Tels petit marquis se réunissant autour d’une table pour se lancer leur référence à la figure, Raoul Walsh pour nous parler de The Dark Knight (…) et tout ça avec des airs entendus et un sérieux papale phénoménal, pire l’absolu (du moins apparement) certitude que leur avis fait non seulement loi mais qu’ils ont un début de culture sur le sujet. Et les critiques littéraires c’est la même. C’est accorder à d’autre le droit de réfléchir pour soi. Donc le mieux c’est les laisser à leur chatterie et continuer d’aller voir et de lire ce que l’on veut

  • 31 October 2009 à 17h00

    Pirate dit

    Pour l’hypothèse d’Emmanuel Carrère (je crois que c’est de lui le bouquin) l’idée à mon avis était de dégager l’humain de l’ogre plus que faire de la stratégie (mais votre hypothèse est “marrante” et ouvre un gouffre de perspective qui fait froid dans le dos en vérité) démontrer qu’un rien aurait pu faire basculer un caractère et un destin. Après tout c’est vrai sa vie a été mené vers la politique un peu par une succession de circonstance, et l’une majeur c’est d’avoir raté les examens de peintures. A quoi tient l’humanité finalement…
    Pour les interventions des petits camarades j’ai juste envie de demander à quoi sert les critiques en général ? Je suis un grand passioné de cinéma et jamais, une seconde un critique a su m’expliquer pourquoi je devais aimé ou non un film. Excepté un… si… mais il se trouve qu’on se connait et qu’on partage certain goût personnel. C’est pas une référence du coup. Pour moi les critiques ont proliféré

  • 31 October 2009 à 16h51

    Pirate dit

    Cette indication de Mann est bien juste, je trouve le romantisme horrible en soi, il porte sur lui son drame. Non je ne laisse rien à personne, c’est plus simple, Wagner est lourd je lui préfère Beethoven ou Bach et la philosophie m’a toujours ennuyé contre la littérature. Faute en est plus a de désespérant prof qu’à autre chose. Je ne laisse rien au nazisme pas non plus la svastika, symbole solaire, et bouddhiste qu’il a souillé pour toujours. Les nazis n’étaient que de sombre voyou, Fritz Lang les avait bien vu dans M le Maudit Ce qu’ils ont fait de Nietzches ressemble à leurs autres activités : piller, violer, voler et tuer tout ce qui ne leur convenait pas, à commencer par les idées. cela étant si comme le faisait remarquer un musicien “Dieu doit beaucoup à Bach” Nietzches et Wagner pleurent encore de cette adoration que leur vouait Hitler. Comme disait l’autre dans un autre contexte, ça doit être dur d’être aimé par des cons

  • 31 October 2009 à 14h50

    Averell dit

    (suite)
    De même, il ne faut pas “faire cadeau” de Wagner aux nazis, pas plus qu’il ne faut leur faire cadeau du romantisme, ce mouvement si authentiquement européen qui a brillé en Allemagne d’un singulier éclat. Non, il ne faut pas leur faire cadeau de tant de richesses, encore actives si nous le voulons.
    Je ne sais plus quel écrivain – Thomas Mann peut-être – signale que le romantisme ouvre quatre-vingt-dix neuf portes sur la beauté et une, la dernière, sur l’horreur.

  • 31 October 2009 à 14h49

    Averell dit

    A Pirate
    Je pratique cette hypothèse, une hypothèse à rebours, fascinante, puisqu’elle permet de “refaire” l’histoire, comme le permettent les “occasions manquées”. C’est l’un des champs de la rêverie de l’historien. Par exemple : si Hitler, plutôt que d’attaquer l’Union soviétique, avait choisi de peser plus sur le pourtour méditerranéen, le canal de Suez, le Moyen-Orient, etc., etc.
    Ne pas savoir ou ne pas vouloir envisager tout ce qui sépare Nietzsche des nazis, c’est “faire cadeau” de Nietzsche aux nazis. Souvenez-vous du message de Hans-Jürgen Syberberg dans cette suite filmée de près de sept heures, “Hitler – ein Film aus Deutschland” (1977), un film si riche en invitations à réfléchir.

  • 31 October 2009 à 13h42

    Shonarchan dit

    Pierre Jourde écrit dans cet article:

    “Mais pour ça, il convient d’endosser le déguisement qui convient.”

    On constate sans peine la nullité stylistique absolue de cette phrase. C’est fréquent chez cet auteur, qui se parfume d’être “critique littéraire” et fait son beurre du sulfatage en règle d’écrivains meilleurs que lui.

    J’estime que le métier de critique littéraire est d’emblée une arnaque, mais quand c’est Pierre Jourde ou Eric Naulleau qui s’y colle, ça devient carrément risible.

    Alors maintenant voir cet écrivaillon s’insurger contre les prix littéraires, ça fait tout simplement rigoler.

  • 31 October 2009 à 13h36

    Thot Har Megiddo dit

    “la compromission est inhérente à la vie sociale et professionnelle”, mais pas la corruption.
    Donc, à ce que j’ai compris, Pierre Jourde va bientôt siéger dans un jury littéraire. Comme dirait Élisabeth Levy, il n’y a pas de honte à gagner sa vie (apocryphe).

  • 31 October 2009 à 11h14

    Averell dit

    A Pirate
    Très intéressante votre interprétation de cette sensation de pureté : “Une complète façon de vivre le corps et ses fluides comme une découverte sans limite”. Et je partage votre colère contre les revenus-de-tout. J’ai souvent pensé qu’ils mériteraient la peine de mort s’ils n’étaient déjà morts…

  • 31 October 2009 à 2h57

    Pirate dit

    Je crois que pour Bataille, accessoirement ça fait penser à l’enfance, cette complète façon de vivre le corps et ses fluides comme une découverte sans limite. Ca pue pas, c’est pas possible, c’est peut-être là l’idée de la pureté. C’est l’abscence totale de recul ou de cynisme comme chez Houellebecq à ce que j’ai put en lire (j’ai pas dépassé la 1er page d’Extension du domaine de la lutte, ces revenus de tout me saoule)

  • 31 October 2009 à 2h50

    Pirate dit

    Oui pour Vialatte j’ai lu le premier tome, c’est là dedans les délires animaliers, si demain je devais écrire des chroniques ou des éditos, j’irais chercher là. Bataille moi c’était cette histoire de lait et d’urine qui m’avait marqué, il y a aussi un auteur dans le même genre que j’aimerais attrapé, une bizarrerie complète qui avait mit le feu à son époque le Tutu de Princesse Sapho, je l’ai vu passé en librairie, j’y ai jeté un oeil mais je n’étais pas certain d’aller jusqu’au bout (et les finances était en berne). C’est marrant que vous me parliez de Don Quichotte j’ai failli me le procurer l’autre jour, mais il faut croire que je n’étais pas d’humeur. Dans les disruption littéraire, mais c’est un autre genre j’avais adoré Jacques et son Maître, ça c’était de la révolution stylistique et narrative, surtout pour son époque et même aujourd’hui en fait. du coup là je me suis rabattu sur Jim Harrison, Dany Laferrière et une mômerie de Frederick Brown.

  • 30 October 2009 à 22h57

    Averell dit

    (suite)
    Et bien, tout ce vomi (on vomit beaucoup chez Georges Bataille, au moins autant que chez Arthur Adamov), toute cette urine (vous vous souvenez : “Marie pisse sur le comte”, “Marie s’arrose d’urine”, etc.), tant de salissures donc, par la grâce de la neige, me rendirent ces textes incroyablement purs. C’est étrange, lorsque je rencontre le nom de Georges Bataille, c’est le mot “pureté” qui me vient, sans que je m’efforce. Est-il possible que la neige explique tout ?

    Je vous écris un courrier demain à propos de Don Quichotte.

  • 30 October 2009 à 22h55

    Averell dit

    A Pirate
    Merci pour cette réponse. Et vous me donnez plus encore l’envie de lire les chroniques de “La Montagne”. Je les ai vues en deux volumes chez R. Laffont, dans la collection “Bouquins”, avec, en couverture, des dessins de Chaval, un dessinateur dont l’absurde a au moins un peu à voir avec celui de Vialatte… et de Kafka. Mais Chaval s’est suicidé, comme Bosc. Georges Bataille… “L’histoire de l’œil”… Vous me faites revenir un souvenir. C’était dans un chalet des Alpes de Haute-Provence, chez des amis. J’y ai lu ce livre qui réunissait aussi “Madame Edwarda” et “Le mort”, en 10/18. Et j’ai continué avec “Le bleu du ciel”. Il neigeait, et à gros flocons.

  • 30 October 2009 à 21h46

    Pirate dit

    Quand il attaque Radio paris par contre il est énorme, quelque chroniqueur serait bien venu de s’en inspirer aujourd’hui (Guillon ce lamentable blagueur en facilité par exemple). Vialatte n’a pas fait dans la polémique mais il se moquait et sans gène. Perec oui, la Disparition, les Choses, quand j’ai lu ce dernier ça m’a tué, dans mon couple j’avais l’impression de vivre la même. Et puis Bataille, l’Histoire de l’Oeil, ça tue aussi cette pornographie sans borne, cette jouissance… et donc Céline, même si je ne peux plus lire il me déprime à force. Aujourd’hui c’est plutôt Douglas Adams, Terry Pratchett, pour les plus faciles ou James Crumley, Coupland (encore un qui ramène à Toussain, celui de la salle de bain) Marquez, Harrison, Llosas (la fête du bouc ! gigantesque) Cohen (Belle du seigneur) Ellroy, Dan Fante (le fils de John) la poésie de Bukowsky (love is a hell dog) et parfois Pennac aussi, un des rares français.

  • 30 October 2009 à 21h32

    Pirate dit

    Vialatte j’avais commencé par lire la Banane de Koenisburg (je crois que c’est le titre) et ça ne m’avait pas frappé, c’était Desproges qui m’y avait envoyé, et puis j’ai lu les Chroniques de la Montagne, les bras m’en tombait parce que du coup Desproges semblait tout au plus être une parodie, le Pangolin par exemple, Vialatte s’est tapé tout un bestiaire. Mais il est moins abrasif, moins coupant que Desproges, et beaucoup plus prolixe aussi, mais pas moins absurde. En lisant Kafka je vois bien ce qui lui a plu dans cet humour là, cette distance froide (qu’on retrouve chez Toussain du reste) ce désespoir juif, donc joyeux, déchanté aussi et questionneur. Vialatte est d’une époque, parfois elle sent un peu la poussière, mais il est aussi terriblement moderne, le plus souvent en fait, du coup, et pourtant ils n’ont pas grand chose à voir, je me suis mit à Pierre Dac, mais Dac est plus dans le calembourg

  • 30 October 2009 à 18h54

    Averell dit

    (suite)
    Et j’aimerais lire ses chroniques pour “La Montagne”. J’ai découvert il y a peu une “Association des Amis d’Alexandre Vialatte” dont le siège est au 11 rue d’Assas, à Paris.
    Depuis la mort de Georges Perec, de José Cabanis et, plus récemment, de Julien Gracq, je ne lis plus aucun romancier français. Le roman me semble à présent mieux vivre dans d’autres langues que le français ; et il n’y a là rien d’irrémédiable. Et l’essai, par exemple, est un genre où le français reste fécond. Et il est plutôt stimulant dans la foire aux médiocrités de débusquer la chose qui mérite l’attention et que l’on emporte précieusement avec soi.