Wikimedia. Fernand Léger.

Mon premier réflexe, en tombant sur Le Point le jeudi 4 février, a été un pincement de jalousie à l’endroit des confrères. À la une, il y avait la tête de Valls surmontée du titre « La gauche Finkielkraut ». Sans vraiment savoir pourquoi, j’ai pensé que c’était une sacrée bonne idée. Bon, que l’un et surtout l’autre me pardonnent, je n’aurais peut-être pas choisi le même emballage. Je n’aurais pas détesté « la gauche Babeth », à cause de madame Badinter… Mais il faut dire qu’une semaine plus tôt, le Premier ministre avait assisté à la réception de l’écrivain sous la coupole de l’Académie française, ce qui avait été relevé comme un acte de courage, tant la peur des commères lyncheuses de la presse est devenue, pour certains, une seconde nature. Et puis, c’était marrant d’imaginer les gardiens du temple s’étrangler en voyant le beau mot « gauche » acoquiné avec deux de leurs bêtes noires.

Reste que mes amis du Point ont débusqué un loup qui est aussi une bonne nouvelle. À vrai dire, ce n’est peut-être pas le loup qu’ils croient tant il est difficile de nommer les choses dans un paysage balisé par un clivage droite/gauche qui n’a plus grande pertinence, sinon comme boussole affective. Autrement dit, « gauche » ça ne veut rien dire même si tout le monde sait de quoi on parle.

Donc, c’est sûr, il se passe quelque chose à gauche, un phénomène diffus, difficile à décrire et impossible à quantifier, mais qui pourrait rendre le climat intellectuel plus respirable. À Causeur, on s’est dit que cette embrouille idéologique était une affaire pour nous et on a fait un concours d’idées. La gauche Finkielkraut… ce n’est certes pas scientifique, mais on voit vaguement de quoi il s’agit. Alors on a pris le problème à l’envers, on a joué à lui chercher un nom commun, à cette néo-gauche, en espérant qu’ensuite, la chose nous livrerait ses mystères. On a vite laissé tomber « gauche réac », trop répulsif pour les intéressés, « gauche républicaine » aurait été à la fois pompeux et vague, « gauche laïque » ou « gauche patriote », réducteur, « gauche souverainiste », à côté de la plaque. J’ai tenté « gauche Causeur », non je blaguais, quoique.

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