Prière de ne plus prier

Quand l’Eglise catholique se défroque

Publié le 27 août 2010 à 10:21 dans Politique

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Le père Arthur Hervet : prêtre ou jeteur de sorts ?

L’histoire a tourné en boucle ces jours-ci : le père Arthur Hervet, 71 ans, assompsionniste lillois, a déclaré face à des journalistes : “Je prie, je vous demande pardon, pour que M. Sarkozy ait une crise cardiaque.” Quelques heures après, l’ecclésiastique se rétracte, convoque une conférence de presse et fait pénitence. La presse compatit et justifie, dans ses oeuvres, le brave vieux exténué par les combats qu’il mène en faveur des Roms. Le diocèse de Lille y va de sa petite antienne catholique : “Ses mots ont certainement dépassé ses propos.” Ite missa est ? Mon cul, oui ! On ne quitte rien du tout avant l’élévation.

Les mots du curé lillois ont certainement dépassé ses propos. Son repentir était des plus sincères. Chacun peut en être convaincu. Cependant, vouloir, dans son for intérieur, la mort d’un homme n’est déjà pas rien. Prier pour elle, nom de Dieu, est une sacrée affaire ! Prier pour cette mort et l’annoncer publiquement, lorsque l’on est prêtre de l’Eglise catholique, apostolique et romaine (et néanmoins lilloise) est une autre chose encore.

On n’est plus dans le christianisme, on est dans le gore, le film de série Z, non plus dans les canons de l’Eglise. Le christianisme est né au Golgotha. Il repose essentiellement sur la victoire de la vie sur la mort. Cela s’appelle la foi en la résurrection. “Mort, où est ta victoire ?” Voilà ce que tout chrétien, après la lettre de Paul aux Corinthiens, peut proclamer à la face du monde. La plus irrationnelle question de l’univers est la raison d’être de tout chrétien.

Prier pour qu’advienne sur un homme la mort n’est pas simplement en contradiction avec je-ne-sais quelle éthique chrétienne : c’est la négation même de la foi au Christ ressuscité. Qu’un prêtre prie pour que la mort advienne sur un homme revient à consacrer la victoire de la mort sur la vie. Il y a quelque chose de vaudou là-dedans : certes, on suppose le père Hervet gentil avec les animaux – aucun poulet n’aura été sacrifié dans son anti-exorcisme –, mais “prier pour la mort” n’a pas franchement une tronche très catholique.

Et puis, Dieu sait que tout ça n’est pas très canon. Le droit canonique – qui n’est pas une fumisterie lorsque l’on est prêtre catholique – prescrit qu’il y a des conduites incorrectes par nature et d’autres qui le deviennent selon les circonstances de temps et de lieu. Le canon 285 interdit au clerc tout ce qui ne convient pas à son état. Souhaiter la mort de quelqu’un convient-elle à un prêtre ? Conseiller de la nonciature aux Etats-Unis, Mgr Jean-François Lantheaume répond : “Il va de soi que “souhaiter la mort de quelqu’un” non seulement ne convient pas à un clerc, mais a fortiori à un chrétien même, car souhaiter que quelqu’un meurre, c’est lui souhaiter du mal, et partant, c’est un péché grave, ce n’est pas seulement une grave entorse au droit canonique mais au précept évangélique qui nous commande d’aimer nos ennemis et de prier pour eux. Le canon 287 – plus général que le canon 285 du CIC 1983 –, intime l’application au maintien entre les hommes de la paix et de la concorde fondée sur la justice. Prier pour la mort d’une personne physique relève non seulement d’une infraction à ce canon – puisqu’en l’état, on entraîne inévitablement un appel à la haine et au mépris, donc à la discorde et à l’injustice – mais aussi relève de la gravité amorale manifeste de la part du clerc qui adresse cette prière. A moins qu’on soit en présence d’un être “non compos sui”, qui ne dispose ni de ses facultés mentales ni de son jugement, la question doit être traitée non plus seulement sur le plan canonique, mais aussi sur le plan moral. L’agir moral du prêtre qui appelle à prier pour la mort de quelqu’un, par haine ou mépris, est intrinsèquement mauvais moralement car, en contrevenant directement le Décalogue, il emporte ex toto genere suo une violation grave de l’ordre moral de par sa malice. Cette contravention entraîne un préjudice non seulement de la personne, mais aussi de l’ordre moral objectif et demande réparation. Il revient à l’ordinaire du lieu de prendre une juste peine pour faire cesser ce trouble public.”

Il y aurait donc, selon ce spécialiste du droit canon, matière à poursuites. Des poursuites qui pourraient aller loin, jusqu’au renvoi du père Hervet de l’état ecclésiastique. Mais le droit canon, qui s’en soucie ? Qui le prend au sérieux ?

Cependant, une question fondamentale se pose à l’évêque de Lille comme à l’ensemble des évêques de France. Peuvent-ils imaginer ce qui se serait passé si la prière du père Hervet avait été exaucée ? Quoi – rires entendus à la Conférence épiscopale –, vous croyez encore que les prières adressées au Très-Haut peuvent être exaucées ? Pères évêques, à vous de répondre maintenant : croyez-vous encore en la prière ?

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  • 2 September 2010 à 9h29

    Guenièvre dit

    @ François Delpla,

    “Votre long développement confirme certaines de mes craintes ou intuitions : il concerne surtout le primaire, et procède moins d’une connaissance du terrain que de lectures très orientées.”

    Encore une fois vous affirmez sans savoir. Dans le dernier collège où j’ai été pendant 20 ans je faisais partie d’une équipe qui s’occupait de la liaison CM2 – 6è et qui rencontrait régulièrement les instituteurs. Nous avons pu constater que les élèves qui venaient des écoles où l’on enseignait de manière dite” traditionnelle” avaient beaucoup moins de difficultés que les autres. Nous avions même fait des statistiques qui indiquaient des différences considérables.
    Je n’ai aucunement voulu participé à votre “lynchage” collectif. Je ne suis pas d’accord avec la thèse qui consiste à dire que tout n’est qu’une question de moyens. Je pense que les idées sont parfois, tout autant, sinon plus destructrices que les conditions matérielles. J’ai voulu l’exprimer, c’est tout ! En matière d’enseignement on peut faire beaucoup avec peu d’argent et on peut faire des “conneries” avec beaucoup d’argent ( j’en ai vu!). Je ne suis pas naïve, je pense qu’il faut un minimum et je ne suis pas non plus d’accord avec la politique de Chatel. J’ai bien aimé l’article de JL sur ce site : l’école sera achevée par un comptable. “Achevée” cela veut dire que ce n’était pas brillant avant !

  • 2 September 2010 à 1h03

    François Delpla dit

    un rappel pour finir : Aventin a soutenu que les suppressions de postes ne portaient pas sur des profs devant élèves, un mensonge auquel Sarkozy lui-même n’a plus recours depuis près de deux ans, et personne n’a moufté sauf moi.

  • 2 September 2010 à 1h00

    François Delpla dit

    Je suis aussi adepte de Chaumont, mais ne mélangeons pas tout car le couperet des 6 jours risque de tomber.

    Votre long développement confirme certaines de mes craintes ou intuitions : il concerne surtout le primaire, et procède moins d’une connaissance du terrain que de lectures très orientées. Il les confirme aussi par ses omissions : vous avez participé à mon lynchage collectif et cagoulé, et à présent ne soufflez mot de cet aspect des choses.

    Maintenant, je n’ai plus beaucoup de solutions : je me lance dans un grand développement et me fais traiter comme devant, ou on va me dire que je n’argumente pas .

    Mais j’estime avoir dit l’essentiel : le défi de la démocratisation, dans la France de la fin des “30 g” puis de la crise, était énorme et nécessitait une grande politique, qui n’a jamais pointé son museau. Le reste est bricolage sur fond de restriction des moyens rampante puis, depuis trois ans, exponentielle.

  • 1 September 2010 à 23h06

    Guenièvre dit

    celui d’une chercheuse :
    http://www.sauv.net/lurcatddeesp.htm

    et il faudrait retrouver un documentaire passé à la télé il y a 3 ou 4 ans et qui fut sur Dailymotion pendant un temps : ” L’Education Nationale, ce grand corps malade ”

    C’était édifiant !

  • 1 September 2010 à 23h01

    Guenièvre dit

  • 1 September 2010 à 22h52

    Guenièvre dit

    … Beaucoup d’autres éléments ont sans doute contribué à l’affaiblissement de notre système scolaire mais les « sciences de l’éducation » lui ont porté un coup fatal . Pour des raisons idéologiques on a renoncé à la transmission. L’école a failli non seulement parce qu’elle ne permet pas aux jeunes les plus défavorisés de s’intégrer dans notre société grâce à un travail, elle a failli aussi et surtout parce qu’elle ne leur a pas donné un minimum culturel, pas même la maîtrise de la langue . Or la culture c’est ce qui permet de se construire et de ne pas être sans défense devant un présent angoissant !

  • 1 September 2010 à 22h49

    Guenièvre dit

    Ces méthodes ont été bien sûr étendues aux collèges. Avec des élèves qui ne savaient plus leurs conjugaisons, ne faisaient plus la différence entre un nom et un verbe on a continué à « faire des activités » .En histoire- géo par exemple on distribuait un certain nombre de documents ( documents papier, diapos, films) et ensuite les élèves devaient, à partir de ces documents, retrouver eux-mêmes les événements essentiels, les idées… et, avait dit une inspectrice, même le titre de la leçon oui, l’idéal serait qu’ils découvrent eux-mêmes le titre de la leçon ! Et pas de résumé à la fin, ou alors trois lignes…faites par les élèves eux-mêmes si possible.. Des méthodes utilisables en fac ou au moins avec des gens qui possèdent déjà un savoir et des repères chronologiques solides .Certains enseignants ne s’y sont pas faits, mais petit à petit les autres ont été formatés dans les IUFM. Des instituteurs comme Michel Le Bris, des profs comme Brighella ou Barreau ont essayé d’alerter l’opinion. Normalement ça aurait dû être le scandale absolu parce qu’on marchait réellement sur la tête . Pourquoi est-ce que cela a continué ainsi ? Pourquoi est-ce que les parents ne se sont pas révoltés ? Et bien parce que malgré tout , des élèves s’en sortaient. Ceux qui avaient un milieu culturel qui leur permettait déjà d’avoir déjà des connaissances, ceux qui avaient des parents qui pouvaient les aider ceux là s’en sortaient…

  • 1 September 2010 à 22h40

    Guenièvre dit

    ·. En 1988, le recteur Migeon remet à L.Jospin un rapport intitulé « La réussite à l’Ecole » . Ce rapport est élaboré par un certain nombre de spécialistes de ces « sciences de l’Education » qui jusque là n’avaient pas réussi à convaincre la masse de leurs collègues sur le terrain. Ils vont profiter de l’aubaine, et de la naïveté ( ou de la complicité ? ) des politiques pour faire imposer leurs idées de manière autoritaire. En matière de lecture par exemple on trouvera nombre d’interdits : ne pas utiliser le manuel, la lecture à voix haute et le déchiffrement ( le B.A BA) sont nuisibles et représentent un danger pour l’enfant ( déchiffrer empêcherait d’accéder à une lecture purement visuelle ) et la lecture doit être déconnectée de l’écriture. La grammaire traditionnelle est interdite, on lui substitue l’Observation raisonnée de la Langue. L’enfant observe et dit ce qu’il voit dans la phrase. Ces auteurs se réclament d’une conception de l’apprentissage « constructiviste ». C’est l’enfant qui va « construire ses propres savoirs » ce n’est pas le maître qui va les lui transmettre. Le maître n’impose pas, il ne demande pas d’apprendre par cœur, il est là seulement pour guider l’élève dans sa recherche. On comprendra aisément que l’on ait vu ainsi arriver en 6è des enfants qui n’avaient pas « construit » grand chose !

  • 1 September 2010 à 22h37

    Guenièvre dit

    @ Expat,

    Je suis revenue de Chaumont, j’y vais depuis 5ans : cette année c’est particulièrement réussi . Thème :jardins , corps et âme.
    J’ai un peu de temps, alors je vous raconte:

    · Il s’est passé dans l’enseignement la chose suivante . Après 68 un certain nombre de pédagogies nouvelles se sont développées, beaucoup venant des Etats Unis ( qui les avaient déjà abandonnées à cause d’échecs retentissants par exemple la méthode “look and say”) et du Canada. En gros toutes ces pédagogies nouvelles avaient pour but de « substituer l’apprentissage de l’écolier à l’enseignement du maître ». Belle formule à laquelle, à l’époque, j’ai adhéré en partie . Comment ne pas approuver, dans une certaine mesure en effet, quand on vous disait qu’il valait mieux pour les élèves « apprendre à apprendre » plutôt que d’apprendre tout court. Mais à côté de ces enseignants qui « travaillaient autrement », d’autres continuaient à faire des cours traditionnels c’est-à dire à transmettre aux enfants certains savoirs ce qui maintenait un équilibre.

  • 1 September 2010 à 20h23

    François Delpla dit

    complètement faux en ce qui me concerne, ce “soi-disant” n’était qu’une exigence de précision, satisfaite avec retard mais finalement satisfaite.

    quant à vous, vous venez d’admettre que vous m’aviez insulté, et de vous vanter de l’avoir fait anonymement.

    Lâche personne !

  • 1 September 2010 à 19h32

    expat dit

    Vous trouvez que vous n’insultez pas en disant “soi-disant’ ? C’est pire c’est du mépris. Et oui je reste anonyme, sauf pour les Causeurs que je rencontre en ‘vrai’.

  • 1 September 2010 à 17h48

    François Delpla dit

    toujours l’insulte, et toujours anonyme.

    cela aussi, vous l’avez nié, charitablement, s’agissant d’Aventin.

    et là, oserez-vous ?

  • 1 September 2010 à 16h58

    expat dit

    Non F.Delpla, vous n’avez toujours pas compris. Sa façon d’écrire ‘son style’ m’a convaincu BEAUCOUP plus que vous. Il ne s’agit pas d”amour’ pshtt.
    C’est pourtant simple à comprendre non ?
    “ne m’agonisez pas pour avoir mis en doute son expérience professionnelle”
    Oh si. Vous êtes d’une insuffisance incroyable, vous devez vous regarder dans la glace.

  • 1 September 2010 à 15h57

    François Delpla dit

    ce n’est pas du dépit amoureux que je vous fais, aimez Guenièvre tant qu’il vous plaira mais ne m’agonisez pas pour avoir mis en doute son expérience professionnelle quand vous venez de l’opposer fallacieusement à l’absence totale de la mienne !

  • 1 September 2010 à 15h37

    expat dit

    Oui François Delpla, j’ai écrit ça sur vous, mais ce n’était pas de la ‘suffisance’ c’était juste un choix personnel concernant deux styles – c’est pour ça que j’ai dit ‘je suis désolée’. Vous comprenez la différence ?

  • 1 September 2010 à 15h11

    François Delpla dit

    Je relis ceci :

    “à François Delpla et Guenièvre
    j’adhère beaucoup plus aux fait relatés par Guenièvre – je suis désolée mais elle a vécu ça de l’intérieur et les faits sont les faits.
    L’école va très très très mal aujourd’hui (surtout après l’école primaire).”

    quelle monstresse, cette exeupatte !
    elle m’a traîné plus bas que terre pour avoir parlé de la “soi-disant”‘ expérience professorale de Guenièvre, alors qu’elle venait d’écrire cela sur moi !!!

  • 1 September 2010 à 13h54

    François Delpla dit

    A la bonne heure !

    ou plutôt à la mauvaise.

    Vous vous acharnez pendant des jours à cinq cagoulés sur un homme et surtout, à travers lui, sur une muse : c’est bien Clio que vous visez, c’est elle qui vous énerve et à qui vous cherchez des poux “de forme” dans la chevelure. Car en me reprochant d’amener des faits dans le débat “d’un ton suffisant”, c’est bien votre horreur des faits que, naïvement, vous manifestez. C’est tellement plus simple d’échanger entre vous les mêmes anathèmes unilatéraux, que de vous mettre à réfléchir sur ce qui pourrait nuancer le tableau !

    Mais les douze coups des six jours vont retentir et, en me laissant la conclusion, vous ne réussissez qu’à figer éternellement, pour le passant, votre gêne.

  • 1 September 2010 à 8h17

    expat dit

    Guenièvre : “je pars pour le Festival des Jardins de Chaumont” vous nous raconterez ? j’en ai entendu parlé – ça me semble bien !
    Pour le reste, j’attends la suite de votre histoire !

  • 1 September 2010 à 8h06

    François Delpla dit

    J’ai entendu ce slogan (éclatement de la classe + réduction du cours magistral) pendant toute ma carrière en collège et lycée (1973-2008). Je suis assez bien placé pour savoir que son très faible taux de réalisation tient essentiellement au souci prioritaire des ministres “réformateurs” de faire des économies.

    Les médias primaires accusent les syndicats, sans prendre garde à la contradiction, à la fois de pédagogisme et de conservatisme. La vérité c’est que, faute d’une volonté politique claire et des moyens adéquats (pas seulement financiers, mais avant tout il n’aurait pas fallu vouloir faire d’économies), la classe et le cours magistral restent des points de passage obligés, mais insatisfaisants. De temps à autre, un inspecteur ou un recteur fait un peu de zèle, et tout retombe. Rien à voir, encore une fois, avec le primaire où l’encadrement est bien plus important et capable d’imposer du grand n’importe quoi… le bon sens l’emportant tout de même en général, à l’usure.

    En cette rentrée encore, la réforme Darcos light des lycées, mise en oeuvre à la hussarde en seconde par Chatel, consiste misérablement à donner à certains élèves de seconde deux heures de suivi individualisé…