La présidentielle, une chance pour l’islam? | Causeur

La présidentielle, une chance pour l’islam?

L’édito d’Elisabeth Lévy

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 06 avril 2017 / Politique

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Prières de rue à Clichy pour protester contre la fermeture d'une salle de prière, mars 2017. SIPA. AP22034698_000001

Le 30 mai 1806, Napoléon adresse à l’Assemblée des notables juifs qu’il a instaurée par décret 12 questions destinées à évaluer leur capacité d’assimilation : pratiquent-ils la polygamie, autorisent-ils le divorce par les tribunaux civils, les mariages mixtes sont-ils licites. On sonde aussi leur volonté d’adhérer à l’universalisme français et la profondeur de leur patriotisme – « Aux yeux des Juifs, les Français sont-ils leurs frères ou sont-ils des étrangers ? Quels sont les rapports que leur loi leur prescrit avec les Français qui ne sont pas de leur religion ? Les Juifs nés en France et traités par la loi comme citoyens français regardent-ils la France comme leur patrie ? » L’Empereur dévoile ses objectifs dans une lettre à son ministre de l’Intérieur : « Il faut atténuer, sinon détruire, la tendance du peuple juif à un si grand nombre de pratiques contraires à la civilisation et au bon ordre de la société dans tous les pays du monde. Il faut arrêter le mal en l’empêchant ; il faut l’empêcher en changeant les Juifs. […] Lorsqu’on exigera qu’une partie de la jeunesse aille dans les armées, ils cesseront d’avoir des intérêts et des sentiments juifs ; ils prendront des intérêts et des sentiments français. » Un an et moult controverses politico-talmudiques plus tard, la messe est dite : quoiqu’en renâclant sur les mariages mixtes, les membres du futur Consistoire central israélite de France donnent pour l’essentiel des réponses satisfaisantes aux questions de l’Empereur. Le 7 mars 1807, la communauté juive remercie Napoléon : « Béni soit à jamais le Seigneur Dieu d’Israël, qui a placé sur le trône de France, un prince selon son cœur. »

Le CFCM se demande ce que la France peut faire pour lui

En réalité, pas mal de Juifs devaient penser que Napoléon – qui ne les aimait guère – était un pur salaud. S’il leur a donné une place dans la société, il a pris à leur encontre nombre de mesures vexatoires. Une grande partie des conditions qu’il leur imposa pour faire pleinement partie de la communauté nationale serait aujourd’hui jugée discriminatoire et attentatoire aux libertés individuelles, comme cette drôle de demande faite au sanhédrin de « prévoir un tiers de mariages mixtes ». Justement : si les Juifs de France doivent être reconnaissants, c’est parce qu’il les a accueillis à la dure, sans se soucier de froisser leur susceptibilité ou de brimer leur identité.

Deux siècles plus tard, les musulmans de France n’ont pas cette chance. Installés ou nés en France à l’âge des droits de l’homme puis de l’individu-roi, ils ne peuvent compter sur l’autorité de l’État pour les aider à se dépouiller de ce qui, dans leur héritage, les empêche de devenir pleinement français. Il n’y a pas d’empereur pour dire à leurs représentants

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    publié dans le Magazine Causeur n° 104 - Avril 2017

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    • 9 Avril 2017 à 13h17

      libre36 dit

      voyez-vous…encore erreur sur probléme ce n’est pas une “race” qui est malvenue ! MAIS la religion. L’islam n’a rien à faire en FRANCE. vous voyez bien tout les problémes que ça engendre.

    • 9 Avril 2017 à 3h03

      naaj dit

      Au fond, une petite dose d’antisémitisme joue comme un vaccin contre un communautarisme débridé ! Je suis moi même juif, né dans les années 50. A cet époque l’antisémitisme “classique” français (opposé au nouvel antisémitisme d’inspiration islamiste) rodait à tous les étages. Bien conscient du mal fait aux juifs par les nazis quelquefois évoqué à demi-mots, il s’assortissait d’une certaine compassion. En quelque sorte le sale juif devenait le pauvre juif qui avait “beaucoup souffert” mais qui avait ce triste privilège d’être juif car, ils l’admettaient tous, chez “eux”, ils étaient toujours plus intelligents que “nous autres les goys”. En fait, le goy antisémite exécutait un virage aigu en devenant un goy philosémite. On pourrait dire que Hitler avait ruiné l’antisémitisme classique, transformant la haine du juif en juif objet du désire.
      J’avais un copain de classe qui était à Occident, antisémite par ADN. Après la Guerre des 6 jours, il avait mis un poster de Moshe Dayan dans sa chambre. C’était devenu son héros qui avait fichu une rouste aux Arabes. Ainsi ces ex antisémites étaient devenus des soutiens à Israël (quand on pense que même certains ex-nazis, comme Otto Skorzeny, travaillaient pour le Mossad à faire la peau à d’autres nazis qui étaient au service de l’Egypte)
      La fin de “l’antisémitisme classique” avait ramolli la discipline républicaine chez les nouvelles générations juives. Ils n’avaient plus à être exemplaire en tant que Français et profil bas en tant que juif. En particulier chez les nouveaux arrivants d’Algérie, on avait de nouveau entendu résonner les chants décomplexés du shabbat. Le laxisme multi culturaliste avait commencé à s’établir. On était devenu “fier d’être juif” (mais le juif “plus intelligent que les autres” comme Karl Marx et tant d’autres n’est-il pas un juif qui ne veut pas l’être ? Avec une pointe d’antisémitisme ?)
      Pour les Musulmans c’est le même trajet. (Plus de place, je continue mon exposé sur la case suivante…)

      • 9 Avril 2017 à 3h37

        naaj dit

        Le juif était haï et quelquefois jalousé, le musulman, lui, était méprisé. L’image du marchand de cacahuètes avec les tempes creuses, une moustache (inconsciemment) à la Hitler et une blouse grise était en quelque sorte la représentation de “l’Algérien” dans les années 50/60. C’était une tare d’être un arabe dans la bonne société. Quand j’étais ado, j’étais sorti avec une jolie brune. J’avais appris qu’elle était d’origine arabe, ça m’avait provoqué une répulsion, et je m’étais éloigné d’elle. J’avais du reste, petit-fils de grand-parents assassinés par les Einsatzgruppen en Pologne, pris conscience de mon racisme. Et ça m’avait énormément choqué. J’avais insidieusement intégré en moi le racisme ordinaire à la française. Mais comme juif, vers la fin des années 60, je n’en étais plus victime. Je n’avais plus à faire défriser mes cheveux pour satisfaire aux canons aryens de l’esthétique des années 50/60. Avec les années 70, l’antiracisme était à l’honneur. Black was beautiful, jew was beautiful too, le nez sémitique de Serge Gainsbourg n’était plus synonyme de laideur. Les arabes avaient encore à conquérir l’image. Travailleurs émigrés au bas de la société, ils étaient en dessous du prolo français. Mais les gauchistes/antiracistes/post 68 allaient leur envoyer l’ascenseur social.
        Le plus grand malheur pour les musulmans né en France est de leur avoir permis de porter des prénoms arabes. Ma mère était polonaise et juive, elle ne m’a ni donné un nom polonais ni un nom juif. Elle ne m’a pas appelé Yankel, mais Jean. Je suis français (j’emmerde les Polonais pour lesquels je ne ressens pas plus de racines qu’avec les Equatoriens, et à part la Shoah, je n’ai rien de commun avec les juifs ! A part une certaine malédiction…)
        Ma race c’est la France.
        J’ai connu beaucoup de français d’origine arabe dans cette même disposition d’esprit. Un renoncement volontaire à une culture ancestrale pour s’assimiler à la culture française. Quel magnifique cadeau que d’avoir cet héritage.

    • 8 Avril 2017 à 19h27

      ilus dit

      Misère qu’est l’humanité qui se désintègre toute seule et plus vite qu’on ne le pensait. Finalement nul n’est besoin d’écologie. Les hommes vont se rayer de la carte bien avant que la terre ne s’appauvrisse. Qui sait, une autre espèce pourrait en profiter pour se faire une place au soleil, celui dont on se fiche de plus en plus!

    • 7 Avril 2017 à 21h38

      hmr dit

      La France n’a malheureusement que ce qu’elle mérite. Elle a voulu et veut encore jouer au Phare civilisationnel, droitdelhommiste. Bon! Très bien! Bravo! Mais, qu’elle en assume toutes les conséquence, mêmes les plus fâcheuses! Elle n’est d’ailleurs pas la seule, d’autres pays voulant se faire un nom dans l’exemplarité humaniste, hier l’Allemagne, aujourd’hui la Suède qui vient de connaître un autre attentat terroriste.

    • 7 Avril 2017 à 18h58

      scarlet dit

      Safi: Si les étrangers sont victimes de l’Occident, alors qu’y font ils? Sont ils maso à se précipiter en masse dans un Occident qu’ils détestent?
      Pour ceux qui ne nous aiment pas, qui ne veulent ni de nos coutumes, ni de notre mode de vie, c’est bien leur droit, mais qu’ils dégagent ou s’abstiennent d’y venir.
      On ne peut pas à la fois pleurnicher qu’on est une victime injustement attaqué par des méchants occidentaux ET se précipiter en Occident, en demandant l’aumône à ces méchants Occidentaux!
      Un peu de cohérence ne ferait pas de mal à certains.

      • 7 Avril 2017 à 19h17

        i-diogene dit

        SCarlet,

        Si on suit ton raisonnement: en France, les juifs se disent harcelés et victimes de discriminations..!^^

        La laïcité doit protéger tout le monde..!^^

        • 7 Avril 2017 à 19h52

          scarlet dit

          Idiogene: Les Français juifs sont harcelés et même tués….par des musulmans, plus ou moins fraîchement arrivés en France.
          Et d’ailleurs que font les juifs? Ils n’emmerdent pas tous les français, ceux qui ne le supportent plus, tout simplement ils partent!

      • 8 Avril 2017 à 15h12

        Grützi93 dit

        Je dirais même un peu de dignité.